Les Chroniques des Lames Perdues

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Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 19:51

Yoko
-J’ai un très mauvais pressentiment…
Assis en face de moi, sur le rebord de la fenêtre close, Reyan surveillait notre « appât ». Je levai la tête vers lui et esquissai un sourire.
-Dites moi… vous êtes toujours aussi optimiste ?
-Seulement lorsque je suis impliqué dans un plan plus qu’hasardeux devant permettre de capturer des créatures pourvoyeuses d’hallucinations…
J’étais sur le point de rétorquer quand je fus prise d’un frisson. Je me tournai vers l’extérieur. Le nain continuait de se parler à lui-même, comme si de rien n’était. Pourtant la créature approchait. La sensation d’angoisse que j’avais éprouvée quelques nuits auparavant, m’envahissait de nouveau. Baissant la tête, je fermai les yeux une fraction de seconde et respirai profondément.
-Eh, mais qu’est-ce qui lui prend !
L’acteur venait de se lever, le regard toujours dirigé vers l’extérieur. Je suivis son regard pour apercevoir le nain qui s’était mis à courir, poursuivi par une pluie de flèche provenant du bâtiment d’à côté.
-L'archer. Il faut l’arrêter.
-Vous êtes sûre…
-J’en ai peur. Nous pouvons peut-être essayer de le prendre à revers…
-Et les ennuis continuent…
Malgré les circonstances, je ne pus m’empêcher de sourire.
-On ne vous a jamais dit que vous râliez un peu trop ?
Sans attendre la réponse, je sortis de la pièce. Après un bref moment d’hésitation, Reyan m’emboîta le pas. De là où nous étions, nous échappions à la vue d’Aaron. Mais ce n’était malheureusement pas le cas d’Alastar et de Linyia, également sortis de leur cachette, qui étaient pris pour cible. Entre deux flèches, Alastar nous lança.
-La créature s’en prend à Aaron ! Elle a deviné notre plan. Il faut s’occuper de maîtriser Aaron…
Je soufflai.
-Sans blague...
-Ou il va finir par tous nous embrocher !
La pluie de flèche redoubla d’intensité. Voilà que l’elfe s’y met aussi…
Un cri provenant d’en face nous signala qu’Alastar venait d’être touché.
J’évaluai rapidement la situation. Aaron s’était posté à la fenêtre d’une des pièces du premier étage du bâtiment d’à côté, afin d’échapper au regard éventuel de la créature. Arya, quant à elle, s’était installée au deuxième étage, juste sous le toit du même bâtiment. De l’autre côté, Alastar et Linyia essayaient d’atteindre un abri en évitant les flèches. Je respirai profondément, puis me dirigeai vers le bâtiment, le plus silencieusement possible, suivie par Reyan. Nous empruntâmes les escaliers jusqu’à la chambre occupée par l’archer. Lorsque nous arrivâmes sur le pas de la porte, son arc était tendu, prêt à tirer un nouveau trait potentiellement mortel.
-Je sais que vous êtes là.
Il se retourna, son arme désormais dirigée vers nous.
-Vous allez payer !
Reyan leva les mains, en signe d’apaisement.
-Du calme… on peut en discuter d’abord…
Je n’attendis pas de voir si ces paroles avaient servi à quelque chose. Il fallait agir. Vite. Je concentrai rapidement mon attention sur la corde de l’arme qui céda dans un claquement, frappant durement au passage le visage de l’aveugle. La flèche tomba sur le sol dans un bruit sourd.
-Qu’est-il arrivé ?
L’acteur répondit.
-Oh juste une petite hallucination, pour changer.
Puis il se tourna vers moi.
-Il s'est passé quoi avec cet arc ?
Je balayai la remarque d’un geste de la main.
-Peu importe. Arya est toujours sous l’emprise de...
-J’y vais.
Sans attendre notre réponse, Aaron se précipita vers les escaliers.
J’attendis encore quelques instants avant de le suivre. Lorsque j’arrivai en haut, l’elfe avait lâché son arme et était aux prises avec l’aveugle qui ne tarda pas à la maîtriser, lui tordant le bras droit dans le dos. Il avait dû arriver assez discrètement pour la surprendre.
-Lâchez moi !
Arya commençait à grimacer sous la douleur.
-Je crois que vous pouvez la libérer.
Après un instant d’hésitation, l’archer lâcha l’elfe qui s’éloigna, massant son bras endolori. Puis elle avisa son arc posé sur le sol, la flèche tombée à côté et pâlit.
-Qu’est-ce que j’ai fait…
-Vous vous êtes essayée à quelques exercices de tir à l’arc…
Je me tournai vers Reyan qui venait d’arriver à son tour. Puis je tentai de rassurer l’elfe.
-Alastar a été touché… au bras je crois. Mais ce n’est rien de grave je pense.
-Et… Gurdil ?
-Il s’est mis à l’abri dès que les choses ont commencé à dégénérer.
Elle hocha la tête, visiblement soulagée.
Entre temps, Aaron s’était approché de la fenêtre. Il prit la parole.
-Les autres sont en bas, nous devrions les rejoindre.
Un murmure d’approbation parcourut la salle, et nous descendîmes rejoindre nos compagnons.
Nous entrâmes dans la pièce principale. Alastar était assis sur une chaise, une flèche ensanglantée à ses pieds, tandis que Linyia tentait en vain d’arrêtez l’hémorragie à l’aide d’un morceau de tissu.
A l’autre bout de la pièce, le nain faisait les cents pas, pestant contre « ce plan de merde qui n’avait de toute façon aucune chance de marcher ».
Après un instant d’hésitation, je me dirigeai vers le couple. Malgré ma réticence à dévoiler mes... dons, il fallait que je fasse quelque chose. Je ne pouvais décemment pas le regarder se vider de son sang sans lever le petit doigt...
Je fis signe à Linyia de se pousser. Passée la surprise, elle obtempéra, ne sachant visiblement plus quoi faire. Je sentais les regards posés sur moi. Prenant une profonde inspiration, je m’agenouillai à côté du blessé, appliquai ma main droite juste au-dessus de sa blessure et fermai les yeux.
-Elle fait quoi là ?
-Chut !
Je me concentrai sur la plaie, tout en formulant à voix basse une incantation. Je sentis la chaleur quitter ma main pour se dissiper sur la blessure. Je restai ainsi quelques secondes, avant d’ouvrir les yeux et de me lever, lentement. L’hémorragie avait cessé. Un silence de mort régnait dans la pièce. Alastar fut le premier à prendre la parole.
-Mais qui êtes-vous enfin ?
J’esquissai un sourire.
-Je vous en prie…
Il secoua la tête. Je repris.
-Je crois que c’est évident, non ?
Il attendit quelques secondes avant de répondre.
-Pourquoi ne nous avez-vous rien dit ?
- Vous ne me l'avez pas demandé...
Le nain prit la parole.
-Eh t’aurais pu l’dire ! J’aurais pas été forcé de jouer les bouts de viandes pour attirer cette saleté d’bestiole !
Je secouai la tête.
-Rien n’est moins sûr. Ce… plan aura au moins eu l’avantage de l’attirer jusqu’à nous. Sans cela, je ne pouvais rien faire.
-Vous voulez dire que vous pourriez arrêter la créature maintenant ?
-Je pourrais essayer de voir ce qu'elle est. Et pourquoi elle provoque ces... hallucinations. Elle est toujours à proximité…
-Eh là ! Attendez une minute !
Je me tournai vers l’acteur qui poursuivit.
-C’est une blague c’est ça ?
-Pas vraiment…
Il eut un petit rire.
-Allons bon… alors vous êtes une magicienne. Certes. Et moi, je suis le Comte de Kolimine...
Je m’inclinai avec un sourire.
-Monsieur le Comte…
Alastar soupira.
-Vous ne pouvez pas arrêtez... Il faudrait essayer de faire quelque chose tant que la créature est dans les parages non ?
Je haussai les épaules.
-Vous devriez apprendre à vous détendre, je suis persuadée que cela vous ferait beaucoup de bien…
Puis, sans attendre la réponse, je m'assis sur le sol, les jambes croisées et fermai les yeux.
-La magicienne à l’œuvre…
-CHUT !
J’ignorai la remarque, et concentrai mon attention sur cette sensation d’angoisse qui semblait aller de pair avec la créature, afin de localiser cette dernière plus précisément. Avec difficulté, je chassai le malaise qui commençait à m’envahir. Et soudain, je la vis. L’ombre. Je ne pouvais discerner ainsi la véritable apparence de cette chose, mais je savais qu’elle était là. Je tentai une première approche. Un hurlement déchirant envahit mon esprit.
J’ouvris les yeux, le souffle court.
Tous avaient les yeux rivés sur moi. J’attendis quelques instants, me forçant au calme, puis je déglutis avant de refermer les yeux.
Je retrouvai l’ombre, plus rapidement. Le hurlement se fit à nouveau entendre, mais je ne me laissai pas déconcentrer cette fois-ci. Au bout d’un moment qui me sembla interminable, la créature cessa de hurler.
Je décidai alors de retenter une approche. Toujours concentrée, je commençai à effleurer son esprit.
Il était… étrangement flou. Chaotique même. J’essayai quelques secondes de suivre le fil de ses pensées et compris rapidement une chose. La créature était effrayée. Plus que cela, elle était terrifiée. Un frisson me parcourut l’échine. Qu'est-ce qui lui est arrivé ? Je remontai encore le fil de ses pensées, et entraperçus une sphère. Puis un nouveau hurlement me déchira l’intérieur du crâne et je stoppai brusquement mon intervention. A tort. J’eus à peine le temps d’apercevoir mes compagnons s’approcher de moi, avant de sombrer dans les ténèbres.

Starman
La "magicienne" tomba au sol, évanouie. Toute la troupe se groupa autour d'elle, cherchant à comprendre ce qu'il s'était passé.
-Qu'est-ce qu'elle a ? demanda Arya?
-J'en sais rien, répondit le nain.
-Quelle efficacité, je suis impressionné, répliqua Reyan, fidèle à lui-même.
-Silence, Reyan, l'interrompit Alastar.
Je m'apProche d'Anaëlya et met la main sur son front. Puis, je metS l'autre au niveau du coup, pour examiner la respiration.
-Je vois qu'on ne se gêne pas, ironisa l'acteur.
-Sa respiration est régulière. Elle n'a rien. Décidément, cette créature a plus d'un tour dans son sac.
-Et qu'est-ce qu'on fait ? demanda Gurdil.
-C'est évident, répondit Reyan. On met les bouts.
-Je ne pense pas que ce soit réalisable, dis-je. La créature a l'air vraiment en colère, et de plus, elle doit se trouver tout près. On a pénétré deux fois dans son territoire. Elle ne compte pas nous laisser filer.
-C'est de votre faute. Surtout à toi, l'aveugle. C'est ton plan pourri qui nous a conduit là-dedans.
-Je ne me rappelle pas que ta contribution lors de l'élaboration de ce plan ait été excessive.
Néanmoins, il n'a pas tort. C'est mon plan qui nous a conduit là. Quoi que soit cette chose, je l'ai sous-estimée.
Soudain, la magicienne se réveille, et tente de se relever.
-Doucement, fis-je. Tu vas bien?
-O... oui.
-Tu l'as trouvée?
-Il est... tout près.
Soudain, un craquement se fait entendre à l'étage. Même les autres l'ont perçu.
-Que... Que, bégaya le nain.
-Qu'y a-t-il, Gurdil, tu as peur, ricana Reyan, dont le ton n'était guère plus assuré.
-Pourquoi fait-il tout ce raffut, demanda Alastar. Il est plus discret normalement.
-Il veut nous attirer en haut, murmurai-je.
Et, bien évidemment, nous montons tous (y compris Anaëlya qui s'est remise). Etant donné le nombre de chambres à visiter, nous nous séparons. J'entre dans l'une des chambres, l'arc à la main. Vide. Du moins apparemment. Soudain, tout disparaît. Je m'attends à une illusion quelconque mais rien ne vient. Je ne vois plus rien, ni ne sens plus rien. Je suis vraiment aveugle. Panique, je cherche un des murs, mais je ne trouve rien. C'est pas vrai! La peur du noir. Comme quand j'ai perdu mes yeux. Ces jours entiers à marcher sans voir où j'allais, percutant des choses que je ne pouvais distinguer. Reste concentré! C'est une simple illusion. Rien de plus. C'est une illusion, c'est une illusion. C'est... J'ai peur. Pas la peur devant une bête féroce, celle qui te force à survivre. Non. La peur enfantine, celle qui te paralyse de terreur. Alors je l'entend. Une voix douce. Une voix chaude. Une voix d'outre-tombe.
-Tu as peur?
Je m'entends pleurer. Mais ce n'est pas moi qui pleure. Je ne sais plus où je suis. La voix est douce. Elle chantonne quelque chose. Je connais cet air. Une berceuse. C'était il y a si longtemps. J'ai envie de pleurer, mais cela fait longtemps que je ne peux plus. Je n'ai plus peur. Je chante à mon tour. Ma vision revient. Et soudain, je le vois. Il était là depuis le début. Si on ne le voyait pas, c'est parce qu'il nous lançait des illusions en permanence. C'est un humanoïde, difforme, sentant la pourriture.
-Toi voiiiiir Jorrrrreeeeeeeeellll, essaie-t-il de dire. Caaaaa paaaaas bieeeeeeen, toi pas devoir voiiiir Joreeeeeeeel.
Il panique. Il déteste qu'on le regarde (quoique dans mon cas, il se trompe).
-TOI PAS VOIR MOI!
Il me charge. Je tire ma flèche. Cela ne le ralentit même pas. Il me percute, je passe à travers le mur. Il essaie de m'envoyer une illusion, mais je recommence à siffler, et le début d'hallucination disparaît.
-Je te sens, dis-je. Tes tours ne marchent plus contre moi. Je te VOIS!
-Moi laid! Toi pas voir moiiiiiii!
Il charge, mais je l'ai vu venir et j'esquive. Je plonge entre ses jambes et passe derrière lui. Il se retourne, et nous nous tenons face à face, comme deux fauves, tendus, prêt à bondir. Je siffle toujours. Ca l'agace. Je dois trouver un moyen de prévenir les autres. Et vite.


Dernière édition par Yoko le Ven 13 Juin 2008 - 18:52, édité 1 fois
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 19:52

Mélanie
Nous avions décidé de nous séparer… Je ne trouvais pas que c’était une bonne idée, mais en même temps, j’avais besoin de réfléchir aux nouvelles données…
Anaëlya était donc une magicienne…
Voilà qui changeait beaucoup de choses… Et qui expliquait pourquoi je ne me sentais pas très à l’aise vis-à-vis d’elle… Il était hors de question qu’elle découvre mes points faibles… Elle avait peut-être un lien avec lui… C’était peu probable… Il y avait des tas de sorciers au monde… Et ils ne se connaissaient pas forcément… Mais peut-être… Dans ce cas, si il s’avérait qu’elle le connaissait, je lui ferais dire où il était…
Désormais, je me tiendrais à l’écart d’elle, même si elle m’avait sauvé la vie en arrêtant l’hémorragie, pensai-je en posant instinctivement ma main sur mon bras soigné, je devais me méfier… Je n’avais aucune confiance dans les sorciers…
Il fallait que pense davantage à cette créature maintenant… Je ne devais pas baisser ma garde… Par deux fois elle avait essayé de me piéger… Et à la deuxième, elle avait découvert ma véritable peur…
Linyia… Il était hors de question que ce que j’avais vu dans ma vision se produise… Je ferais tout pour que jamais elle n’ait à souffrir physiquement à cause de moi… Je ne pourrais jamais me le pardonner…
Le visage d’une autre jeune femme me revint à l’esprit… Puis le noir… Le froid des chaînes à mes poignets… J’avais déjà payé pour ça… Et je payais encore aujourd’hui… Je m’en voulais toujours… Je l’avais…
Je secouai la tête… Ca ne servait à rien de repenser à ça… C’était le passé… Je ne devais plus y penser… A moins qu’y penser soit la punition que je méritais vraiment pour avoir fait ça…
Une bruit à côté… Léger… Un sifflement…
Aaron… Qu’est-ce qui lui prenait de siffler ? Il voulait se faire repérer ou…
Une idée me vint à l’esprit… La créature… Peut-être l’avait-il finalement trouvée…
Je sortis discrètement de la pièce que je fouillais, épée en main et avançai lentement en suivant le bruit du sifflement…
J’arrivai enfin devant une chambre dont la porte était fermée, des bruits de combats venaient de l’intérieur…
-Moi laid! Toi pas voir moiiiiiii !
Cette voix était étrange… Comme si la créature n’avait pas parlé depuis longtemps… Il y eut de nouveaux bruits de combat…
Rapidement, je défonçai la porte pour tenter de surprendre la créature… Cela sembla marcher puisque une espèce de chose humanoïde, petite, mais un peu plus grande que Gurdil tout de même, se retourna et me regarda avec de grands yeux surpris. Aaron profita de ma diversion pour s’approcher rapidement de la créature et s’empara d’elle.
La bestiole commença à se débattre, mais apparemment, elle était extrêmement effrayée puisqu’elle ne pensa même pas à nous faire avoir des hallucinations…
-NON ! hurla-t-elle de sa voix enraillée. NON ! Vous pas tuer Jorel !! Jorel pas vouloir mourir….
-Mais tais-toi ! s’exclama Aaron.
La créature se débattait sans cesse et Aaron avait de plus en plus de mal à la tenir. Je m’approchai rapidement et, tenant mon épée le plus haut possible, je lui donnai un coup de garde derrière la nuque qui s’offrait à moi. Après un léger cri, la créature tomba évanouie.
-Tu aurais pu le tuer, dit Aaron en posant la bestiole à terre.
-Je sais viser. Si j’avais voulu la tuer, je m’y serais pris autrement…
-J’ai entendu des bruits… Ah… Intéressant…
Anaëlya s’avança vers nous et s’accroupit à côté de la créature, entre Aaron et moi, alors que les bruits des pas des autres se faisaient entendre dans le couloir.

Yoko
Nous venions juste de nous séparer afin de trouver la créature plus facilement.
J’avançais lentement le long des couloirs, repensant à ma tentative précédente. A ce hurlement déchirant. A cette sensation lorsque j'avais repris contact avec la réalité. C'était comme si... je tombais dans un puit sans fond... Et comme si toutes mes forces m'abandonnaient brusquement, et définitivement...
Je n’aurais jamais dû tenter une approche sachant la créature consciente. Sachant à quel point elle pouvait être effrayée. Si j’avais été plus proche de la sphère, si j’avais poussé le contact un peu plus loin, je ne m’en serais probablement pas aussi bien sortie. A quelques secondes près. Je frissonnai. Puis je secouai la tête. Je ne referais pas la même erreur.
Un sifflement interrompit mes réflexions. Je me dirigeai vers l’origine du bruit, une chambre située à quelques mètres de l'endroit où je me trouvais. Arrivée sur le pas de la porte, j’aperçus l'archer et l'homme au masque.
-J’ai entendu des bruits…
J’avisai une forme allongée, en partie cachée par les deux hommes, et poursuivis.
-Ah… Intéressant…
Je m’approchai jusqu’à ce que je puisse la voir dans sa totalité, puis je réprimai une exclamation. Cette créature ressemblait étrangement à une faera. A une sordide caricature de faera. Qui a pu créer une abomination pareille ?!
J’inspirai profondément avant de m’agenouiller près d’elle, portant instinctivement ma main devant mon visage. Par les dieux, même son odeur est atroce !
-Si jamais elle se réveille avant que j’aie terminé, essayez de la… rendormir.
-Comptez sur nous.
Je pris une nouvelle inspiration, puis fermai les yeux. La proximité de la créature me facilitait grandement la tâche. Je perdis rapidement contact avec la réalité. Je ne ressentais plus aucune présence, exceptée celle de cette chose. Puis je commençai à effleurer le fil de ses pensées, à le remonter jusqu’à la sphère.
J’augmentai encore mon énergie afin de me projeter à l’intérieur.
Ce n’était pas la première fois que je pouvais contempler ce spectacle. Mais il était toujours aussi fascinant. Aussi effrayant. Les quatre éléments se mêlaient en un ensemble à la fois harmonieux et chaotique, autour d’un orbe iridescent.
Rapidement, je réalisai ce que je n’avais fait que soupçonner lors de ma précédente tentative. L’équilibre normal avait été rompu pour être remplacé par un nouvel équilibre.
Et la flamme y était beaucoup trop étendue. Je comprenais très bien ce que cela signifiait. Pour agir à ce point sur l’élémentaire de feu… il fallait être adepte de la Magie Noire. Qui a pu…? Ce sorcier ? Une chose était sûre cependant, je ne pouvais manipuler cet élément sans risquer fortement d'altérer davantage l'esprit et l'apparence de cette créature.
Mais il existe peut-être un autre moyen d'empêcher cette chose de créer ces hallucinations. En théorie…
Puisant encore un peu dans mon énergie, je me concentrai maintenant sur l’Orbe. La source même de ce que les gens appellent la Magie. Relativement indépendante des autres éléments, je savais qu’en la modifiant, l'équilibre nouvellement atteint ne serait pas compromis.
A condition… que je puisse aller jusqu’au bout. Je n’avais pas la moindre idée du temps qui s’était écoulé depuis le début de mon intervention. Si je restais trop longtemps dans cet état…
Mais je n’étais pas arrivée jusque là pour tout arrêter maintenant. Je devais tenter. Une petite voix au fond de moi priait pour que la créature ne choisisse pas ce moment pour se réveiller.
Puis, une fois de plus, je puisai dans mon énergie. Un vague malaise commençait à m'envahir. Je devais faire vite. Je me concentrai plus précisément sur la composition de l'Orbe. Il était… dense. Beaucoup trop dense. Je savais désormais ce qu’il me restait à faire. Vite. Je n’ai plus beaucoup de temps. Je commençai à canaliser l’énergie de la créature. A la brider. Le moment était délicat. Un seul faux pas et les dégâts pourraient être irréversibles. Pour elle. Et pour moi.
Mon malaise, augmentant un peu plus à chaque instant qui passait, ne faisait qu’accroître la difficulté de ma manipulation.
Lorsque, enfin, je finis de brider l’énergie de cette pseudo faera, le contact entre nos deux esprits était prêt à se rompre brusquement. J’utilisai mes dernières forces pour quitter la sphère le plus lentement possible. Puis, aussi progressivement que mon énergie me le permettait, je refis surface.
Aaron et Alastar étaient toujours debout à côté de moi. Les autres nous avaient rejoint dans la pièce. Je sentis un grand froid m’envahir, prélude à un nouveau vertige. Je parvins néanmoins à souffler.
-Elle… ne provoquera plus d’hallucination. J’ai… bloqué ses pouvoirs.
Laissant mes compagnons assimiler la nouvelle, je pris quelques instants pour récupérer. J'avais rompu le contact beaucoup moins vite cette fois-ci, aussi le malaise se dissipa-t-il rapidement suffisamment pour que je puisse me lever, doucement, et faire face aux regards étonnés, sceptiques de mes compagnons. Reyan ne put s’empêcher de commenter.
-Et… c’est tout ? Vous fermez les yeux un instant et cette… chose n’est plus dangereuse ? Décidément c’est impressionnant…
Je lui adressai un sourire amusé.
-Vous vous attendiez à quoi ?

Macros
-Vous vous attendiez à quoi?
-A un spectacle pyrotechnique, quelques éclairs pour faire bonne mesure, le climat qui change en quelques instants... Ce que font les magiciens, quoi!
-Ah... Je crains de ne pas encore en être là.
-Tant pis, on s'en contentera.
Mon attention se reporta sur la... chose que nous avions aculée.
-Vous êtes sûre que ce machin ne représente aucun danger? Non pas que me faire encore cribler de flèches par nos deux tireurs d'élite me dérange, mais... en fait, si, ça me dérange.
-Non, c'est réglé... Je crois.
-Voilà qui me rassure énormément.
Tout le monde avait fini par se rassembler autour de ce... machin, qui commençait à peine à reprendre ses esprits. Dieux, qu'est-ce qu'il peut être laid! Apparemment, je n'étais pas le seul à être de cet avis...
-Pouah, ce truc est encore plus moche que l'derrière d'un troll! Franchement, quel est le tordu qui s'amuse à faire des trucs pareils?
Linyia lança un commentaire sarcastique.
-Ecoutez qui parle... On ne peut pas dire que tu puisses remporter un concours de beauté, le nain.
-Peuh! Vous pouvez parler, avec vos corps disproportionnés et ridiculement grands! Moi j'ai fini par m'y habituer, mais allez donc faire un tour dans une bonne ville naine bien comme il faut, et vous verrez un peu, c'qu'on dira!
J'eus un sourire ironique.
-Une ville remplie de Gurdil? Je crois que certains parmi nous n'y survivraient pas! Bon, trêve de bavardages... Qu'est-ce qu'on fait de ce truc?
Un silence accueillit ma question. Aurais-je touché un point sensible? Alastar prit la parole.
-J'imagine que nous pourrions toujours... la ramener au village... Et aviser ensuite?
-Quelle bonne idée, je suis sûr que les villageois seront ravi de voir ça. Allons y, j'ai hâte de voir leur tête.
Notre petit groupe commença à rassembler ses affaires, se préparant à quitter -définitivement, cette fois - le village en ruines... Finalement, tout s'était passé "à peu près" tranquillement. Toutefois... Depuis le début, je ne m'étais pas senti à l'aise avec cette histoire. Je pensais que le problème venait de la créature, mais à présent qu'elle était sous contrôle... Mon malaise ne faisait que se renforcer. Est-ce qu'elle était vraiment neutralisée? A moins que le vrai danger ne soit ailleurs... J'avais l'impression d'avoir manqué un détail important, juste sous mon nez... Et je ne pouvais qu'espérer que ça n'allait pas signifier notre perte à tous.
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 19:52

Starman
La menace neutralisée, nous repartons en direction de Cocorico, dans l'espoir de toucher la prime. Le voyage se fait dans le calme et un silence reposant pour quelqu'un qui n'apprécie guère le bruit. La créature (qui, apparemment, se nomme Jorel), était attachée et nous suivait péniblement, couinant comme un petit chiot qui aurait perdu sa mère. Bien que la majorité des membres du groupe semblent répulsés à sa seule vue, j'éprouve de la pitié pour cet être. Il n'avait rien demandé, nous sommes entré sur son territoire, et nous l'avons capturé.
-Jorel pas vouloir mourir. Jorel pas vouloir mourir.
Je me retourne vers lui.
-Ecoute, Jorel. Nous ne te ferons aucun mal, d'accord?
-Homme sans yeux mentir. Jorel savoir. Hommes blesser Jorel. Lui faire maaaaaaaaaaaal.
-Nous ne te ferons rien.
-Hommes attacher Jorel. Joreeeeeeeeeel pas aimer stupide corde. Stuuuupide cooorde serrer Jorel.
J'arrête de lui parler. Inutile de le raisonner dans son état. Il a peur et n'écoutera pas, de toute façon. Je tiens solidement la corde, et lui fais signe d'avancer plus vite. De son point de vue, nous ne pouvons que vouloir le tuer. Pourquoi l'avoir capturé sinon?
Nous arrivons à Cocorico dans la soirée. Visiblement, les habitants n'étaient pas du genre à rester tard le soir, vu que le village est désert. Les gens sont tous enfermés chez eux.
-J'ai connu plus animé, ricane Reyan.
-C'est bizarre, fit Arya. Où sont-ils tous ?
-On dirait qu'ils se préparent pour contrer une maladie contagieuse, dis-je, ou bien...
-Une bataille, termina Alastar.
Tandis que les autres s'agitent en tout sens afin de repérer de potentiels assaillants, je me concentre afin de percevoir le moindre détail nous entourant. Soudain, une corde qui se tend. Un arc.
-Baissez-vous, hurlais-je.
Tous s'exécutent. La flèche passe au-dessus de ma tête.
-Où sont-ils ? demanda Gurdil, dégainant sa hache.
-Va savoir, répondit Reyan. La flèche peut venir de n'importe où.
-Le clocher, dis-je. Le tireur est là. Une vision imprenable. L'endroit rêvé.
-Ils sont sûrement plusieurs, dit Anaëlya. Ils ne s'en prendraient pas à nous sinon.
Comme pour lui répondre, un carreau d'arbalète se planta au sol, non loin.
-Séparons-nous, fis-je. Parcourons le maximum d'espace afin de déterminer combien ils sont. Je m'occupe de l'archer.
Et je me dirige vers le clocher, courant en diagonale, et d'un obstacle à l'autre, évitant au maximum d'être exposé, tandis que les autres se dispersent. Progressant prudemment, je m'approche du clocher. A présent, le tireur se risque à découvert. Je me focalise sur lui. Et soudain, je le reconnais. Bien sûr.
-Reihnart, murmurai, plein de rage.

Macros
L’accueil qui nous fut réservé au village n’était pas tout à fait ce à quoi je m’étais attendu, ça n’était rien de le dire. Nous nous dispersâmes pour offrir des cibles moins faciles aux tireurs embusqués, et je ne tardai pas à me retrouver seul, adossé à un mur de bois, mon arbalète à la main. A qui devions-nous cette petite réception ? Au fond, peu importe… L’essentiel était de s’en tirer en un seul morceau. Toutefois, pourquoi est-ce que tout ce que nous faisions devait systématiquement tourner de travers, actuellement ? C’est alors qu’une voix retentit derrière moi.
-Toi ! Bouges pas ! Lâche cette arbalète !
Je lâchai l’un des plus beaux jurons de mon répertoire. J’étais tellement préoccupé par ce qu’il y avait devant moi que j’avais négligé de surveiller mes arrières… Une erreur qui pardonnait rarement. Je lâchais mon arbalète avant de lever les mains, les laissant bien en évidence.
-Ok, et maintenant, dégage-moi cette épée de ta ceinture.
-Il ne s’agit pas d’une épée, mais d’une rapière, ce qui est sensiblement différent. Elle se caractérise notamment par…
-Boucle-la ! Jette ce machin, maintenant !
-Bon, bon, demandé si gentiment…
Je défis mon ceinturon avant de le jeter au loin. Il me restait bien ma dague dans ma botte gauche… Mais comment est-ce que je pourrais m’en saisir sans qu’il réagisse ?
-Ok, tourne-toi doucement, maintenant.
J’obtempérai pour me retrouver face à un homme d’âge mur, une barbe noire désordonnée et un crâne dégarni, affligé d’une dentition à peu près en aussi bon état que les ruines d’Illefarn, vêtu d’une armure de cuir et de vêtements en mauvais état, une épée longue à la ceinture… Et surtout une arbalète en main. Et à cette distance, il ne pouvait pas me manquer… Il eut un rictus de satisfaction.
-Bien, pas de doute, t’es bien le type que je cherche. J’dois être né veinard, pas besoin de te partager avec qui qu’ce soit, maintenant !
Il venait de confirmer ce que je redoutais.
-Vous êtes là pour moi ?
-Qui d’autre ? On dirait que le tuyau était bon… Tu vaux un paquet de tunes.
Le tuyau… Quelqu’un du village m’avait reconnu ? Je n’y avais vu aucune affiche… Ce coin devait être tellement reculé que je doutais que le royaume de Karia se souvienne de son existence. Et pourtant… Je me risquai à poser la question qui me tenait à cœur.
-Qui vous a dit que je serais là ?
-Laisse tomber… J’ai pas besoin de répondre à un cadavre.
Oh bon sang. Je suis mal. Je suis très mal ! Attends, le demi elfe avait dit…
-Attendez ! Vous ne devez pas plutôt me ramener vivant au duc de Cormyr ?
-Duc de quoi ? Tout ce que je sais, c’est que le royaume fourmille de jolies petites affiches avec ta tête dessus. Et apparemment, tu vaux rien vivant, mon gars.
Merde. Il n’est pas au courant… Bien sûr, le duc a soigneusement sélectionné les chasseurs de primes à devoir me capturer vivant, il n’allait pas partager ce secret avec un minable comme ce type… Mais ce minable allait me tuer ! Gagne du temps, gagne du temps à tout prix !
-Je vous assure que vous feriez une erreur en me tuant maintenant. Le montant pour ma mort est élevé, mais ce duc dont je vous ai parlé payera bien plus pour m’avoir vivant…
-Mmmmph ! On dirait plutôt que tu cherches surtout à sauver ta tête par tous les moyens possibles…
-Vous devez me croire ! Disons que j’ai eu le malheur d’offenser cet homme… Bien sûr, il ne peut pas demander officiellement à ce qu’on m’amène à lui, mais il a payé des gens pour me rattraper… Tout comme il vous payera si vous m’amenez à lui.
-Mouais. Rien ne me dit que c’est vrai, cette histoire, plus simple de te tuer tout de suite.
Un de mes plus grands talents dans la vie était d’être capable d’endosser un rôle en n’importe quelle circonstance. J’étais fier d’être un très bon acteur, et c’était à présent la seule chose susceptible de me sauver. Malgré la peur qui me nouait l’estomac, je me mis dans la peau du seul personnage qui pouvait l’empêcher de tirer.
-Vous m’accusez de mentir ? Je suis un De Kercyan ! Je conçois que l’honneur et la droiture soient des concepts qui vous soient étrangers, mais ce n’est pas le cas de tous. Plutôt mourir que de souiller ainsi le nom de mes ancêtres !
L’homme hésita.
-Je me disais bien que l’nom sonnait comme celui d’un noble, mais…
Je m’engouffrai dans la brèche. Surtout, ne pas lui donner le temps de trop réfléchir, lui souffler soi même les réponses…
-Mais je n’en ai pas l’apparence ? La fortune varie, le sang demeure. Ma lignée remonte à la famille royale de Lorelia, sachez-le !
J’avais vu juste. Cet homme était cupide et stupide à la fois. Une combinaison dangereuse, dans son métier… De plus, mes origines semblaient inhiber ses réactions… Tuer un criminel recherché pour toucher sa prime était une chose, assassiner de sang froid quelqu’un de noble naissance quand on est soi même roturier en était une autre ! Bien sûr, il n’avait nul besoin de savoir que ma famille avait été privée de son titre et de ses terres il y a bien longtemps déjà, et que si elle remontait effectivement à la lignée royale, c’était le cas de toute la noblesse lorelienne, sans exception…
-Mais… Je sais pas, si ce duc vous en veut tellement… Vaudrait pas mieux mourir tout de suite au lieu d’aller là bas ?
Aaaaah, nous passons au vouvoiement, donc ? Bénie soit la crainte révérencieuse que les seigneurs inculquaient aux paysans ! Bien sûr, je serais incapable de le persuader de me laisser filer, mais j’avais à présent un ascendant psychologique sur lui… A moi d’en tirer profit.
-Vous ne connaissez donc rien à la noblesse. Si je dois mourir, je tiens bien à le regarder dans les yeux à ce moment-là, et lui montrer comment meurt un De Kercyan.
Le mercenaire était à présent en proie au doute visiblement partagé entre son amour du gain et sa peur superstitieuse de se damner en levant la main sur quelqu’un de plus haute naissance que lui. J’avançai vers lui, les deux mains écartées dans une posture rassurante.
-Je vous donne ma parole d’honneur que je ne chercherai pas à m’échapper, si…
Sans même finir ma phrase, je donnai un coup de pied dans le sol, lui projetant une giclée de poussière en plein visage. Il recula en titubant, désorienté par sa perte soudaine de la vue. Il tenta de s’essuyer les yeux, au moment où je lui lançai un violent coup dans l’entrejambe, atteignant les parties sensibles… Le mercenaire s’effondra au sol, plié en deux et gémissant de douleur. Je le bâillonnai d’une main tandis que de l’autre, je tirai la dague de ma botte et en calai la lame sous sa gorge.
-Bien, maintenant, c’est moi qui pose les questions. Essaye d’appeler tes amis à l’aide, et je te tranche la gorge sur le champ. C’est clair ?
Il hocha frénétiquement la tête, des larmes perlant à ses yeux à cause de la poussière. J’ôtais la main qui couvrait sa bouche. Le souffle court, le mercenaire murmura.
-Z’avez une drôle de conception de l’honneur…
-A quoi sert l’honneur d’un mort ? Maintenant, si tu veux sauver ta peau, tu vas me dire tout ce que tu sais. D’abord… Combien vous êtes, ici ?
-Une douzaine à peu près, je crois… Peut-être plus. On est venu en groupes séparés pour pas attirer l’attention.
Une douzaine… Les autres risquaient d’avoir de quoi s’occuper. Il fallait que j’en finisse avec celui-ci rapidement.
-Et maintenant… Qui vous a dit que je serais ici ?
-C’était un type, comment qu’y s’appelait, déjà… Philius ! Ouais, c’est ça, Philius. Il nous a dit que tu serais là avec des potes. Il a insisté pour qu’on fasse pas de mal aux autres, pour ça qu’on vous a séparé, tout à l’heure. Il a dit que si on t’tuait rapidement, les autres lâcheraient l’affaire… Mais y’nous a pas prévenu que t’étais un tel baratineur. Je m’suis fait avoir comme un bleu…
Sa phrase se perdit dans une sorte de gargouillis écœurant lorsque ma dague traça un sillon sanglant en travers de sa gorge. Son corps fut parcouru d’un frémissement avant de s’immobiliser, mais je ne lui prêtais déjà plus attention. Philius… Il nous avait… Il m’avait trahi ! Ce n’était pas un villageois qui avait donné l’alerte… C’était un membre de la compagnie avec laquelle je voyageais ! Cette seule pensée suffisait à me mettre en rage. Je me rendais compte que j’avais été d’une confiance aveugle. J’avais voulu me persuader que dans ce groupe, j’étais en sécurité. Et à présent… Je ne pouvais plus leur faire confiance. Philius avait été le premier, mais rien n’assurait qu’il serait le dernier. Au fond, qu’est-ce que je savais d’eux ?
Une elfe, dont le peuple est connu pour pouvoir se montrer méprisant avec les humains. Un nain, dont la soif d’or est légendaire. Alastar, qui semble me détester cordialement. Anaëlya, qui venait à peine de nous révéler ses dons magiques, et qui dissimulait bien trop de secrets pour que je puisse lui faire confiance. Linyia, une voleuse, pour qui le mensonge et la trahison devaient être une seconde nature. Et enfin l’homme des bois, qui manifestait un dédain trop évident de l’argent pour être honnête. Je ne connaissais aucun d’eux il y a une lune, et pourtant, je leur avais fait confiance. La vérité, c’est que j’en avais eu assez de devoir me battre seul. J’avais presque oublié que si je m’en étais sorti jusqu’ici, c’est justement parce que j’étais toujours resté indépendant. Et maintenant… Qu’est-ce que je devais faire ? Pouvais-je encore rester avec eux ? Mais une pensée ne tarda pas à prendre le dessus sur les autres.
Philius allait me le payer très cher.
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 19:53

Mélanie
Une fois partis chacun de notre côté pour offrir une cible moins facile à nos attaquants, je me dirigeai vers l’un des bâtiments d’où un carreau d’arbalète était parti. Pas question de se laisser tirer dessus sans au moins savoir pourquoi…
J’entrai silencieusement, dégainant mon épée. La maison comportait un étage, le tireur était très probablement là-haut. Avec précaution, je montai les marches sur la pointe des pieds pour essayer de faire craquer le bois le moins possible. Une fois à l’étage, je fouillai silencieusement les pièces à la recherche du tireur et le trouvai, près de la fenêtre, mais à couvert.
Il ne m’avait pas entendu venir.
Je me faufilai silencieusement jusqu’à lui et le saisis au cou et appuyant légèrement mon épée sous sa gorge. Je le sentis trembler de peur et il lâcha son arbalète qui était prête à tirer de la fenêtre au moindre mouvement.
-Ne… Ne me… tuez pas…
C’était un homme d’environ une quarantaine d’années, les cheveux gris à la tenue ni trop propre, ni trop sale.
-Maintenant que tu es à ma mercie, tu n’as rien à réclamer. Alors tu vas faire exactement ce que je te dis, compris ? dis-je d’une voix menaçante.
-O… oui…
-Bien. Pourquoi essayez-vous de nous tuer avec tes amis ?
-Nous sommes… Des chasseurs de primes… des petits chasseurs de primes… rien d’autre… C’est pour ça… On nous a dit… que si on s’occupait de l’un de vous… ça pourrait rapporter gros…
-On ? Qui ça on ?
-Un jeune gringalet… Il a dit… Il a dit s’appeler Philius…
-Philius, hein ?
Voilà qui n’était pas pour m’étonner. C’était donc pour ça qu’il avait préféré rester en arrière… pour nous tendre un piège…
-Pourquoi l’écouter ?
-Il a dit que l’un de vous… valait beaucoup…
-Ah oui ? Et il t’a dit un nom en particulier ?
-Il a dit que le type… s’appelait Reyan…
Alors c’était donc ça… Il voulait la récompense pour la tête de Reyan… Nous avions sauvé ce type et accepté parmi nous et il nous trahissait…
-Tu sais où je peux trouver Philius ?
-Il… Il a dit… qu’il nous attendrait à l’auberge… Quand on aurait Reyan…
-Bien. Merci pour ces informations.
Sans me formaliser davantage, je coupai la gorge du tireur pour ne pas risquer de me prendre un carreau dans le dos de sa part et redescendis aussi précautionneusement que j’étais monté, la garde de mon épée serrée dans la main droite…
Il fallait que je retrouve Reyan avant qu’il ne se fasse tuer… Je ne l’appréciais pas spécialement, mais je n’avais non plus aucune raison de le détester… Et puis, je repensai aux paroles de Linyia… Oui, j’aimais cette compagnie un peu particulière que représentait notre petite communauté. Depuis longtemps, je ne m’étais plus senti aussi bien avec des gens…
Il fallait également que je retrouve Linyia avant que Philius ne lui mette la main dessus… Intérieurement, je ne pus m’empêcher de prier pour qu’elle ne soit pas liée au plan de ce traître… Après tout, ils étaient amis… Et je ne la connaissais pas beaucoup…

Yoko
Nous venions juste de nous séparer, afin d’échapper plus facilement à l’archer qui semblait trouver amusant de nous prendre pour cible. Je m’étais adossée contre un mur, derrière un bâtiment proche, afin de rester hors de vue du tireur.
Je n’ai jamais était très enthousiaste à l’idée de me prendre une flèche en travers du corps. De même, je n’ai jamais été confrontée plusieurs fois, dans un laps de temps si court, à une situation qui menaçait de se solder par ce genre de regrettable incident. Décidément, voyager avec ce groupe n’est pas de tout repos. Je souris intérieurement. Moi qui espérais un peu de divertissement… Enfin là, c’est peut-être un peu trop… Qui est cet archer ? Et que nous veut-il ?
-Sors de là si tu tiens à la vie !
La voix, très proche, s’adresse clairement à moi. Voilà autre chose…
Je regarde rapidement autour de moi, et décide d’obtempérer. Ainsi, peut-être pourrais-je en apprendre un peu plus. Et puis, je préfère ne pas prendre le risque de me prendre une flèche ou quoique ce soit dans le dos, en essayant de fuir sans savoir à qui j’ai affaire.
Lentement, je sors de l’ombre pour apercevoir un homme, aux cheveux blonds d’une propreté douteuse et à la barbe naissante. Il porte une armure de cuir qui semble avoir fait son temps. Ses mains tiennent fermement une arbalète, pointée dans ma direction. J'esquisse un sourire.
-Vous ne tireriez pas sur une femme sans défenses tout de même ?
La réponse, des plus courtoises, ne se fait pas attendre.
-Ferme la et pas d’mouvements brusques ou j’plante ce carreau sur ta jolie p’tite gueule.
Je lève doucement les mains, lui signifiant que je n’ai pas l'intention de tenter quoique ce soit. Puis je commence à l’interroger, d’une voix calme.
-Auriez-vous tout de même l’amabilité de me dire ce que vous voulez ?
Il semble réfléchir un court instant. On dirait bien que je suis tombée sur une lumière…
-J’veux qu’tu viennes sur la place, et qu’tu dises à ton ami de se rendre.
Mon ami… qu’est-ce que…
-De qui parlez-vous ?
-Me dis pas que tu l’sais pas. Le type là… dont la tête vaut une p'tite fortune…
Dont la tête vaut une… aaah mais oui ! Mais… comment savent-ils qu’il se trouve ici ? Je pèse soigneusement mes mots avant de répondre.
-Oooh lui ? Vous perdez votre temps. La personne qui vous a parlé de cette récompense a menti. La prime est loin d’être aussi élevée que ce qu’il vous a dit.
Je marque une courte pause, puis reprends.
-Cet homme, ce… de Kercyan… ne vaut rien. Vous n’allez pas vous fatiguer pour…
-Te fous pas de moi. Il nous a montré l’affiche.
Alors quelqu’un les a bel et bien informés. Qui ? Un nom s’impose rapidement à moi. Effectivement, ce serait assez plausible. Il savait que l’homme recherché voyageait en notre compagnie. Il savait que nous allions revenir dans ce village…
-Philius vous a montré l’affiche ? C’est tout de même curieux…
-Y a rien de curieux à ça. Il nous a montré l’affiche. Et maintenant on fait not’ boulot.
Il ne me contredit pas. Philius… Comment peut-on agir de cette façon ?! Comment peut-on trahir ainsi des gens qui nous ont fait confiance ? Alors que je me débats avec ces questions sans réponses, un deuxième homme rejoint le premier.
D’une apparence plus soignée, il porte une cape sombre sur une tunique d'assez bonne facture. Dans ses yeux noirs transparaît une lueur étrange. Comme s’il était sûr de sa supériorité. Sûr de réussir tout ce qu’il entreprendrait…
Il arrive à hauteur du premier, et jette un œil dans ma direction, avant de se tourner vers son… collègue, qui l’interroge.
-Alors ? Vous l’avez eu ?
-Pas moyen de mettre la main dessus, il s’est bien planqué...
Le ton qu’il venait d’employer dénotait d’un certain état d’énervement. L’homme à l’arbalète fait un signe de tête dans ma direction avant de répondre.
-Elle était avec lui. J’me suis dit qu’on pourrait p’t’être s’en servir comme monnaie d’échange.
L’autre me regarde quelques secondes.
-Pourquoi pas…
J’ai un petit rire.
-Je serais particulièrement surprise qu’il décide d’échanger sa vie contre la mienne.
-Nous verrons bien. Allez avance.
Je suis sur le point de répondre, quand j’aperçois à quelques pas derrière eux une silhouette que je reconnais comme appartenant à l'elfe. Elle s’approche silencieusement des deux hommes, qui ont eu la grande idée de ne pas surveiller leurs arrières. Ils n’ont pas l’air de se douter de sa présence, mais je vais tout de même mettre toutes les chances de son côté…
-Oh… non… je crois que ça ne va pas être possible. Voyez vous je… n’ai vraiment aucune envie de jouer les appâts.
-On te d’mande pas ton avis.
Avec un petit sourire, je me concentre un instant, tout en formulant à voix basse une incantation. Un orbe incandescent apparaît rapidement dans ma main gauche. Je l’envois aussitôt en direction de l’arbalète. Il atterrit sur l’épaule de l’homme armé, qui lâche son arme pour tenter d’étouffer les flammes.
-Mince… il faut vraiment que j’apprenne à viser…
Je fais naître une nouvelle flamme dans ma main quand soudain, une violente douleur me déchire le crâne. Par les dieux ça fait mal ! C’est comme si… une sorte d’étau s’appliquait à m’écraser proprement la tête ! Mes mains se referment, étouffant l’orbe tandis que quelques paroles prononcées dans une langue qui m’est familière me parviennent aux oreilles. Un sor… l’étau se ressert un peu plus. Je porte instinctivement mes mains à mes tempes et m’appuie contre le mur.
Dans un semi brouillard, j’entraperçois la silhouette de l’homme qui tenait l’arbalète s’approcher de moi. Je sens une main agripper mon bras, le tordre dans mon dos et me forcer à me retourner, face au mur tandis qu’une voix, semblant venir de très loin me souffle à l’oreille :
-On rigole moins maintenant hein ?
Alors que la douleur atteint ce qui semble être son paroxysme, l’étau se relâche brusquement. Je secoue la tête, tâchant de retrouver rapidement mes esprits. L’homme, qui n’a pas lâché mon bras, me force à me retourner en même temps que lui. Je pousse un soupir de soulagement en voyant le spectacle qui s’offre à nous : le... sorcier est allongé sur le sol, Arya à ses côtés. Il était temps. J’ai vraiment cru que ma tête allait exploser…
-Qu’est-ce que…
Je n’attends pas que l’effet de surprise soit passé pour appuyer violemment mon talon sur le pied du chasseur de prime, qui me lâche en poussant un juron. J’en profite pour m’éloigner rapidement de quelques pas, en direction de l'elfe.
-Attention !!
Je me retourne vivement, pour voir une lame briller dans la main de l’homme. Mue par un réflexe, je me concentre une nouvelle fois, faisant naître un autre orbe enflammé que je lance sur le chasseur de prime. La sphère le frappe au visage, à quelques centimètres de son œil droit, l’obligeant à fermer les yeux.
Sa dague tombe sur le sol dans un bruit sourd tandis qu’il porte la main à son visage, reculant de quelques pas, désemparé.
Ses pieds rencontre un obstacle qui le fait trébucher. Il tente de se rattraper au mur tout proche, à l’aveuglette mais sa main ne touche que du vide alors qu’il s’effondre lourdement sur le sol. J’attends quelques secondes, prête à recréer un autre orbe si le besoin s’en fait sentir. Mais l’homme ne semble pas décidé à se relever. Je m’approche lentement. Ses yeux son clôts. Il ne bouge plus. Inconscient probablement. Sa tête a dû heurter une pierre.
-Joli coup…
Je grimace.
-Je visais l’épaule…
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 19:54

Starman
Reihnart m'observe. Je sens sa tête se baisser en ma direction.
-Aaron, dit-il. Dis donc. Cela fait quoi... 10 ans?
-11.
-Peu importe. Je suis surpris que tu t'en sois si bien sorti. Honnêtement, je pensais que tu étais mort.
-Navré de te décevoir.
-Ho, ce n'est pas bien grave. Je vais juste devoir finir le travail.
-Je crois pas que je vais te laisser faire. Je ne suis plus un enfant.
-Nous verrons.
Et il tire une flèche, que j'esquive en plongeant sur ma gauche. Je riposte, mais il a l'avantage d'être en hauteur, et ma flèche se plante à côté de lui. Je me dirige vers une maison isolée, afin d'éviter d'être exposé à ses tirs. Je monte à l'étage, et m'approche d'une fenêtre. Je décoche une autre flèche, sans plus de succès. Je ne peux pas continuer comme ça. Je ne peux pas le vaincre tant que nous ne serons pas à la même hauteur. Ce qui implique de le faire descendre, mais cela risque d’être difficile, il n'a aucune raison de ne pas rester où il est, ou bien... je monte le rejoindre. Dangereux. Je pourrais me rompre le cou en essayant. Mais étant donné que le rebord est plus avancé que les murs, il ne pourra pas m'abattre. Heureusement, les murs de l'horloge sont faits en vieilles pierres, ce qui offre beaucoup de prises. Je bondis par la fenêtre, atterris au sol, et cours en direction de mon mur d'escalade, esquivant une flèche au passage. J'entame mon ascension, tentant d'éviter de prendre des risques inutiles. Néanmoins, c'est très difficile d'éviter de tomber. Progressant lentement, tentant de ne pas m'appuyer sur des prises pourries. Soudain, une de mes prises au niveau de mes pieds s'effondre, me faisant perdre mon équilibre, me retrouvant suspendu sur une seule main. J'essaie de retrouver une prise pour mes pieds, mais peine perdue. La seule prise se trouve à un bon mètre au-dessus de mon bras. Je n'ai plus trop le choix. Reprenant mon souffle, je pose mes pieds sur le mur lisse, et bondis. Je réussis à saisir la prise du bout des doigts, puis en trouve d'autres au niveau de mes pieds. Ouf! Heureusement que je suis aveugle, si je voyais ce que je fais, je serais mort de peur.
Après un long moment, je parviens au sommet. Reihnart n'est plus là. Il est probablement parti se réfugier à l'intérieur. Je saisis mon arc, et pénètre dans la tour.
-Dis moi, me demanda-il. Pourquoi tu n'es pas passé par la porte?
-Je parie que tu l'as piégée.
-Bien vu. Tu as une bonne mémoire.
Je cherche à le repérer au son de sa voix, mais il y a trop de résonance.
-Je revois la fois où tu as failli me tuer tous les jours depuis dans mes ténèbres.
-Flatteur.
-Dis moi, Reihnart. Où donc se terre mon frère?
-Ho, il est occupé. Disons qu'un gros employeur... du genre spécial, paie cher pour avoir des assassins digne de ce nom. Mais il a récemment entendu dire que tu avais refait surface, et il a été… intrigué.
-Et te voilà.
-Ouais. Je me suis infiltré dans un de ces groupes minables de mercenaires qui cherchent ton ami... Reyan machin. Ils avaient un indic, Philius je crois. Tu connais?
-Si l'on veut.
Ainsi c'était lui le traître. Je dois dire que je m'en doutais un peu. C'était le plus à même de le faire.
-Alors, on a fait une fausse récompense avec ce monstre, on pensait qu'il ferait le sale boulot.
-Dommage.
Soudain, je l'entends. Derrière moi. Je fais volte-face. Nous sommes l'un devant l'autre, armes tendues.
-Tu veux jouer, Vicomte de Kinterheim, me nargua-t-il.

Macros
J’avais trouvé un refuge temporaire dans une grange abandonnée, celle là même où j’avais réglé son compte au semi elfe qui avait été à mes trousses. Mes adversaires du jour semblaient individuellement bien moins dangereux, mais ils avaient le nombre pour eux… Tout ça pour une pièce de théâtre… Je connaissais un noble qui avait beaucoup trop d’argent et de temps libre, et un caractère de cochon, ce qui n’arrangeait rien… Je me massai le front, toujours incrédule. Je devrais peut-être carrément changer de continent… Je connaissais un peu la culture de Kara Tur, peut-être que…
Des voix me tirèrent de ma réflexion, me rappelant que j’avais une affaire plus pressante en cours. Je m’accroupis derrière un tonneau en me saisissant précautionneusement de mon arbalète.
-J’t’assure, il est entré là dedans, j’ai préféré t’attendre avant d’entrer.
-Pas si fort, imbécile !
La porte s’entrebâilla, laissant la lumière filtrer à travers la salle. Jetant un regard furtif derrière mon abri improvisé, je vis deux hommes semblables aux autres chasseurs de primes avancer à pas prudents. L’un d’eux avait un arc court bandé, tandis que l’autre tenait un cimeterre. Les deux revêtaient des armures de cuir, et l’un d’eux avait le visage masqué par un heaume. Je retins mon souffle, mes doigts crispés sur mon arbalète. Je devais abattre le type à l’arc en priorité. Quant au deuxième… Si j’agissais assez vite, je devais pouvoir y arriver. Allez, encore un pas… Un autre… Je pris un grande inspiration avant de surgir de ma cachette, les prenant au dépourvu. Néanmoins, à l’instant même où je sortis, je me rendis compte que les deux mercenaires étaient plus près de moi que je le pensais. Trop près.
Je déchargeai mon arbalète pratiquement à bout portant, atteignant l’archer en plein front. Mais l’autre avait réagi au quart de tour, et sa lame courbe s’élevait déjà pour porter un coup potentiellement fatal… Je compris en un instant que je n’allais pas avoir le temps de lâcher mon arme désormais inutile et de tirer ma rapière. Et il semblait assez costaud pour trancher l’arbalète en deux si j’essayais de parer avec… Mon instinct prit le dessus, et je bondis littéralement sur mon agresseur, l’envoyant rouler à terre avec moi. Néanmoins je sentis très distinctement la morsure de sa lame lorsqu’elle s’enfonça dans mon épaule gauche… Fort heureusement, un coup donné d’aussi prêt manquait de puissance, et la blessure, bien que douloureuse, n’en était pas moins superficielle. Sans lui donner le temps de porter un second coup, je lui enfonçai mon genoux dans l’abdomen, lui coupant la respiration, avant de saisir son bras armé et de le tordre, ce qui lui arracha un cri de douleur. Néanmoins, l’homme conserva assez de lucidité pour m’asséner un coup de tête en plein front… Ou plus exactement un coup de heaume ! Je tombai en arrière, à moitié aveuglé… J’eus le bon réflexe de faire une roulade de plus en arrière plutôt que de revenir vers mon assaillant, ce qui me permit d’éviter la lame scintillante qui s’enfonça dans le sol. Je portais ma main à ma botte pour en tirer une dague, la lançant presque au jugé. J’eus la satisfaction de la voir s’enfoncer dans la jambe du mercenaire, le renvoyant à terre. Le temps qu’il se redresse, j’étais déjà sur lui, ma rapière pointée sur son cœur. Dans un grognement sourd, il lâcha son arme avant de se défaire de son heaume, capitulant.
-Ca va, ça va, je me rends ! Pas la peine de s’énerver !
Le souffle toujours court, je continuai à le tenir en respect de la pointe de mon arme, le temps de retrouver l’usage de la parole.
-Vous aussi vous en avez après ma tête, donc ?
L’homme eut un sourire désabusé.
-J’espérais qu’elle serait un peu plus facile à prendre. J’m’attendais à un nobliau et vous vous battez comme un type de la rue…
-J’ai eu une enfance tourmentée. Dites-moi plutôt où je pourrai trouver celui qui vous a mené jusqu’à moi…
-Philius ? Ce pleutre est terré dans l’auberge du village, à attendre qu’on vous ramène pieds et poings liés… Ou en tout cas, votre cadavre.
-Je vois.
Je lui assénais un violent coup du pommeau de ma rapière en plein visage, lui faisant perdre connaissance. Même si il se réveillait, il n’irait pas loin avec une jambe trouée… Il était à présent temps pour moi de rendre une petite visite de courtoisie au responsable de ce comité d’accueil. Mais avant… Je dégrafai ma cape de voyage écarlate, la dissimulant dans un tonneau., avant de ramasser le heaume de l’homme évanoui. Ca devrait suffire pour approcher de l’endroit… Du moment que personne ne s’approchait de trop près. Je déposai aussi ma rapière, la remplaçant pour l’occasion par la lame courbe de mon assaillant. Je reviendrais la chercher tantôt...
Je ressortis dans la grande rue du village, progressant à découvert… En espérant que mon déguisement suffirait à tromper les tireurs embusqués. Si ce n’était pas le cas… Je risquais fort d’être transformé en pelote d’épingle d’ici quelques instants. Sous le heaume, je suais à grosses gouttes, autant sous l’effet du stress que celui de la chaleur. Néanmoins, aucune flèche, aucun carreau ne vint entraver ma marche vers l’auberge du village… Arrivé à l’entrée, un autre mercenaire me salua de la tête.
-Salut, Kurt. Du neuf ?
Je me contentais de hocher la tête en passant devant lui d’un pas rapide, espérant qu’il n’essaierait pas de me bloquer l’accès. Fort heureusement pour moi, il n’en fit rien, me laissant gagner l’intérieur de l’auberge. Là, un homme seul attendait, une bouteille sur la table à laquelle il était assis. Philius…
-Ah ! Vous l’avez eu ?
Entrant dans le jeu, je déguisai ma voix pour répondre, adoptant un ton bourru.
-Ouais, on l’a coincé dans une grange. Mais j’avais la flemme de me trimbaler son cadavre tout seul.
-Oui, oui, bien sûr… Et les autres ? Vous ne leur avez pas fait de mal, j’espère ?
Je rêve ou il a l’air vraiment inquiet ?
-Quelle importance du moment que le travail est fait ?
-Ils ne sont pas impliqués dans tout ça, ce n’est pas la peine de s’en prendre à eux ! De toute manière, maintenant que ce Kercyan est mort, ils n’ont plus de raison de se battre… Et vous non plus.
-Oui, oui, bien compris. Vous passez devant ?
Au moment où il arriva à ma hauteur, je lui passai un bras autour de la gorge, lui calant ma dague sous le menton. Il n’eut même pas le temps d’esquisser un geste de défense, tant il était surpris par l’assaut soudain de quelqu’un qu’il croyait être un allié.
-Bien, je pense que maintenant, nous pouvons avoir une discussion intéressante, mon cher…

Mélanie
Je traversai avec précautions le village pour aller jusqu’à l’auberge. Si mes compagnons étaient intelligents, ils se seraient renseignés sur ce qui se passait et auraient obtenus les mêmes informations que moi…
Une question me taraudait pourtant… Est-ce que quelqu’un s’était chargé de la créature que nous avions trouvée ?
Si elle s’était enfuie, tant pis pour elle. Sans son pouvoir d’illusions, elle ne pouvait pas se défendre…
Alors que je continuai d’avancer, j’entendis des rires et des insultes.
-Ah ah ! Je sens qu’on va bien s’amuser avec cette petite…
-Il faudra d’abord m’attacher pour ça espèces de porcs !
-Je croyais qu’il avait dit…
-Il a dit de pas faire de mal aux autres… Mais ce qu’on va lui faire ça lui fera pas de mal.
Je reconnus tout de suite la voix de Linyia. Les hommes rirent… Il devait y en avoir deux ou trois. Je m’approchai et me cachai pour observer la scène… Oui, trois hommes entouraient Linyia, se rapprochant lentement d’elle. Elle essayait de ne pas leur tourner le dos, mais c’était difficile…
Si je ne me trompais pas, ils étaient le genre susceptible de se mettre en colère si on mettait en doute leur virilité, vu leur accoutrement et leur maintien, ils devaient se prendre pour de vrais mâles ! Alors qu’ils continuaient d’avancer je sortis de ma cachette.
-Venez donc vous en prendre à quelqu’un de votre tailles, espèces de couilles molles ! m’écriai-je.
-Couilles molles ! s’écrièrent-ils en se tournant vers moi. T’es qui toi l’épouvantail pour nous traiter de couilles molles.
-Ah… Vous préférez peut-être que je vous appelle eunuques ?
-Tu vas le regretter ! Toi, occupe-toi de lui. Ensuite, on pourra s’amuser avec la donzelle.
L’un des hommes se jeta sur moi, épée en avant. J’étais bien planté sur mes pieds et je n’eus aucun mal à contrer mon adversaire et à lui enfoncer mon épée dans le dos alors qu’il trébuchait.
Retirant mon épée, je fis gicler le sang de mon défunt adversaire dans les airs et me tournai vers les deux autres hommes.
-C’est tout ce que vous savez faire ? Des eunuques donneraient plus de plaisir à une femme que vous ne savez vous battre !
-Je vais te montrer, moi ! dit alors celui qui semblait être le chef.
Il vint me défier et nos épées s’entrechoquèrent. J’essayai de le doubler et de trouver une faille, mais il se battait mieux que son comparse.
Pendant que je m’occupais de lui, Linyia se chargeait de donner une correction au dernier individu. Elle se battait bien, c’était le moins qu’on puisse dire…
Je mis une bonne dizaine de minutes avant de trouver une faille dans la défense de mon adversaire. Après lui avoir fait croire que j’allais lui donner un coup par la gauche, je déviai brusquement mon épée et plantai ma lame dans son autre flanc. Cela eut pour effet de le faire tomber au sol, le sang coulant abondamment de sa plaie.
Linyia s’approcha de moi, semblant soulagée.
-Merci, Alastar…
-Pas de quoi. Il faut qu’on aille à l’auberge trouver Philius…
-Philius ? Pourquoi ?
-Tu n’es pas encore au courant ? C’est ton ami qui nous a donné. Il nous a fait tendre un piège quand on est arrivé ici.
-Je ne comprends pas…
-Il n’y a pas de récompense pour la créature. Tout ça n’était qu’un coup monté. Philius a fait venir des tas de chasseurs de primes ici pour s’occuper de Reyan.
-Non… Il n’aurait pas fait ça !
-Crois moi, c’est la pure vérité.
-Je… Non… Il…
Elle se mit alors à courir vers l’auberge.
-Linyia ! Attend ! m’écriai-je en allant à sa poursuite.
Je la rattrapai rapidement et lui saisis le bras.
-Laisse-moi ! Je vais à l’auberge ! Tu dis que Philius y est alors je veux lui parler !
-Arrête de faire ton entêtée ! Ecoute-moi !
-Non ! Lâche-moi !
-Pas question ! Tu vas rester ici et m’écouter !
-Je…
Mais elle n’alla pas plus loin car…
Nous avions tous deux entendu un bruit…comme un gémissement. Alors, lentement, nous nous approchâmes silencieusement et découvrîmes, recroquevillée dans un coin, la créature que nous avions ramenée. Apparemment, elle s’était enfuie de son côté et était restée là en attendant que les choses se calment.
Linyia s’approcha, malgré la puanteur de la créature et s’accroupit près d’elle, posant une main sur son bras.
La créature eut un mouvement de recul et lorsqu’elle nous vit, elle se recroquevilla davantage.
-Pas faire de mal à Jorel…
-Nous ne te ferons pas de mal, c’est promis, dit Linyia.
-Menteuse… La fille est une menteuse…
-Non, je ne te mens pas. Je suis peut-être une voleuse, mais pas une menteuse.
Elle tendit la main vers la créature. J’étais ébahi par sa capacité à retrouver un tel calme et une telle douceur dans la voix alors que quelques secondes plus tôt, elle aurait été capable de me tuer si ses yeux avaient été des armes.
La créature regarda un instant sa main, puis, comme rassurée par sa voix, elle mit la sienne dedans et Linyia revint vers moi avec la créature.
-Pas faire de mal à Jorel non plus ? demanda-t-il en me regardant.
-Non, je ne te ferai pas de mal, répondis-je.
Il tendit la main vers moi et je la serrai doucement pour ne pas lui faire de mal.
-Allons trouver Philius, maintenant, dis-je. Et restons ensemble.
Linyia acquiesça et nous nous dirigeâmes vers l’auberge.
Lorsque nous entrâmes, nous vîmes alors que Philius était en mauvaise posture. En très mauvaise posture. Reyan était arrivé avant nous et tenait fermement son arme contre la gorge du jeune homme. Nous nous immobilisâmes à l’entrée…
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 19:55

Starman
-Ne m'appelle pas Comte de Kinterheim, murmurai-je.
-Ho, pardon, c'est vrai que tu n'étais qu'un bâtard, il est vraiment surprenant que ton Père ait décidé de faire de toi son héritier. En fait, tu n'es qu'un moins que rien, une chiure qui a eu la chance d'avoir un sang un peu plus bleu que les autres.
-Qu'espères-tu? M'énerver?
-Bien. Tu as grandi dis donc.
Et, au lieu de tenter de me tirer dessus, il me donne un coup de boule. Je recule sous le choc, et j'entends son arc se tendre. En une seconde, j'ai tiré. Sans pouvoir viser.
-Putain, jure-t-il, tandis que ma flèche l'avait blessé à la jambe.
Son tir en est dévié et me frôle la joue. Reihnart tire plusieurs flèches, plus pour m'empêcher de l'atteindre que pour me toucher. Je me réfugie derrière un rouage, et il fait de même. Nous restons là, à reprendre notre souffle, attendant le moment où l'autre fera un faux pas. Puis, je décide de me lancer. Il est blessé. J'ai un avantage indiscutable.
-J'arrive, Reihnart, hurlai-je.
-Je t'attends, moins que rien, répliqua-t-il.
Je me mets à découvert. Ma vue magique le repère aussitôt. Lui aussi sort de sa cachette. Je vais tirer quand...
DONG!!
La cloche qui sonne me déchire les tympans. Je me couvre les oreilles, hurlant de douleur. Rien n'y fait. Je n'arrive plus à me repérer. Je perds l'équilibre.
DONG!!!!
Je sens un violent coup de poing sur mon visage. Reihnart s'amuse. Je riposte. Dans le vide. Autre coup de sa part. Je tombe par terre. Peu à peu, je reprends mes esprits.
-Haha! Dommage. Tu as les oreilles sensibles? Si près du but, quelle pitié.
Je sens un flèche dans mon foie. Heureusement, il n'est que 2h de l'après midi. Reprenant le contrôle de mes sens et de mon équilibre, je me relève péniblement. Alors, je perçois mon adversaire. Il est debout, et s'apprête à me finir avec une flèche. Je prend mon arc, et en sors deux de mon carquois.
-Tu compte faire quoi avec ça ? ricane-t-il.
-Te tuer.
Il tire sa flèche. Sans plus attendre je tire les miennes. La première arrête la sienne. La deuxième se loge dans son poumon gauche.
-Imp... Impossible, murmure-t-il, dans un souffle rauque, avant de s'effondrer.
Je m'approche de lui. Sa respiration est hésitante, et son cœur bat irrégulièrement. Il n'en a plus pour longtemps.
-T'es qu'un... 'es qu'un rien du tout.
-Peut-être. Mais moi, je respirerai encore dans cinq minutes.
-Héhé, si tu veux tuer ton frère, t'es encore loin du compte... Loin, loin...
Et il meurt. Alors, mon corps s'effondre à son tour. Je tombe à genoux. Mais ça ira. Je dois juste... reprendre mon souffle.

Yoko
L’elfe finissait de lier solidement les poignets des deux hommes toujours inconscients.
J’évalue rapidement la situation. Le mieux à faire pour le moment serait de retrouver les autres. Et à supposer qu’ils aient également fait quelque rencontre, ce qui me semble plus que vraisemblable, ils auront peut-être l’idée de retrouver le responsable de tout ça. Intuitivement, c’est ce que je ferais…
Je m’agenouille près du chasseur de prime et le secoue pour le réveiller. Il ouvre un œil, puis l’autre, et secoue la tête
-Qu’est-ce que…
Je décide pour une fois d’aller droit au but.
-Où est Philius ?
Il m’observe, un sourire narquois se dessine sur son visage.
-T’espères quand même pas que j’vais te dire ça…
Je pousse un soupir, et me tourne vers l’elfe qui arme son arc, pointant une flèche dans la direction du chasseur de primes. Puis je continue mon… interrogatoire.
-Vous êtes sûr que vous ne pouvez vraiment rien dire ?
L’homme nous foudroie du regard, semble peser le pour et le contre, et finit par nous apprendre ce que nous voulons savoir : Philius attend à l'auberge que ses acolytes en ait terminé avec Reyan. Je réprime un sourire amusé. Quel courage exemplaire...
Je remercie le chasseur de primes, avant de l’assommer d’un coup de coude bien placé.
Tandis que je me relève, deux coups de cloches se font entendre non loin de là. Je porte ma main à mon estomac.
-Déjà 2h… Je me disais bien que je commençais à avoir faim…
L’elfe me jette un regard étonné, j’esquisse un sourire.
-J’imagine que ce n’est pas une priorité…
Devant l’absence de réaction, je hausse les épaules et poursuis.
-Bon… Direction l’auberge je suppose ?
-Nous pourrions passer par le clocher…
Je hausse un sourcil, avant de répondre, amusée.
-Est-ce vraiment nécessaire ? Le moment est mal choisi pour faire du tourisme…
-J’ai vu Aaron se diriger par là.
-Ah ? Et bien d’accord, je vous suis.
L’elfe part devant, en direction du bâtiment dont la tour se découpe dans le ciel limpide.
Nous n'en sommes plus qu’à quelques mètres lorsqu’un homme en émerge en titubant, se servant d’une canne à la forme étrange pour se tenir debout. Après un examen plus approfondi, je remarque que la dite canne est en réalité un arc, et que l’homme n’est autre qu’Aaron.
Il tourne péniblement la tête vers nous, avant de s’effondrer sur le sol.
Nous parcourons rapidement les derniers mètres qui nous séparent du blessé, j’avise aussitôt la cause de ce brusque besoin d’aller observer le sol de plus près.
L’homme s’est pris une flèche dans le bas du ventre. Au niveau du foie semblerait-il. Et la blessure n'a manifestement rien de superficiel. Je grimace. Ce genre de blessure ne pardonne généralement pas, si elle n’est pas guérie dans les minutes qui suivent…
Sans attendre davantage, je m’agenouille et pose ma main sur son cou, afin de prendre son pouls.
-Est-ce qu’il est m…
-Non, son cœur bat encore.
Mais à ce rythme… ça ne va plus durer longtemps. Je murmure à l’adresse de l’archer inconscient.
-Désolée… ça va faire un peu mal…
Prenant une profonde inspiration, je sers ma main gauche autour de la flèche, et tire d’un coup sec, arrachant un cri étouffé au blessé. J’approche aussitôt ma main droite au-dessus de la blessure, d’où un flot de sang commence à s’échapper. La respiration de l’aveugle devient plus saccadée à mesure que les secondes passent.
Je ferme les yeux, et commence à murmurer une incantation. Je sens la chaleur quitter ma main pour s’insinuer à l’intérieur de la plaie, la refermant petit à petit, restructurant les tissus lésés par le projectile.
Quelques secondes plus tard, la blessure n’est plus qu’un mauvais souvenir. Enfin presque, je suppose que ce sera un peu douloureux pendant quelques temps encore...
J’aide l’archer à se relever.
-Ça va aller ?
Il acquiesce d'un signe de tête, puis il prend une profonde inspiration.
-J’imagine que je dois te dire merci…
J’esquisse un sourire
-C’est vous qui voyez…
Je laisse passer quelques secondes avant de continuer
-Pas de quoi…
L’elfe prend alors la parole.
-Philius nous a trahi, ces… hommes… ils recherchent Reyan. Et Philius attend à l’auberge qu’ils lui aient mis la main dessus.
-Les autres auront probablement obtenu les mêmes renseignements. J’imagine que nous devrions les y retrouver…
Après un bref moment d’hésitation, l’archer accepte de nous suivre jusqu’à la retraite du traître.
Quelques minutes plus tard, nous arrivons en vue de l’auberge, juste à temps pour voir Liniya et Alastar s’y engouffrer. Je jette un œil aux alentours, le coin semble désert, ils n’ont pas dû être suivis…
Puis nous entrons à notre tour dans le bâtiment, pour nous retrouver face à un Reyan, menaçant de tuer Philius d’un instant à l’autre, et d’une Liniya, le suppliant de n’en rien faire. Ils ne semblent pas nous avoir entendu entrer.
Je suis surr le point de signaler notre présence quand un bruit se fait entendre sur le pas de la porte, juste derrière nous.

Macros
Ma « conversation » avec Philius fut interrompue par l’arrivée soudaine d’Alastar et Linyia dans la salle de l’auberge. Je fronçai les sourcils. Avaient-ils comme moi obtenu l’information d’un ennemi ? Ou bien savaient-ils dès le départ où il fallait aller ? Ils se figèrent en apercevant la scène.
-Tiens, vous arrivez juste à temps pour le spectacle, on dirait…
Linyia paraissait clairement en proie à la confusion, ne sachant trop quoi penser de ce qui se passait sous ses yeux. Du moins, c’est ce qui semblait à première vue… Mais peut-être était elle juste meilleure actrice que je le croyais. Quant à Alastar, impossible de dire quoi que ce soit à cause du masque.
-Pourquoi, Philius ? Pourquoi tu nous as trahi ?
Je répondis le premier.
-Oh, quelques pièces d’or, c’est une motivation suffisante pour pas mal de gens, vous savez…
Je relâchai légèrement ma prise pour permettre à Philius de s’exprimer. A la réflexion, c’était une mauvaise idée, qui ne fit rien pour arranger mon humeur.
-C’est… un assassin, Linyia ! Je ne pouvais pas… vous laisser voyager avec quelqu’un comme lui plus longtemps. Mais il a réussi à vous embobiner et à vous persuader de son innocence. Je ne pouvais pas rester les bras croisés…
M’efforçant de mettre de côté ma colère en m’entendant une nouvelle fois accusé du meurtre de mes camarades, je persiflai.
-Oh, quelle noblesse d’âme de votre part ! Vous entendez ça, Alastar ? Il a l’air de prendre la sécurité du groupe très au sérieux, eh ?
-Dans ce cas, pourquoi s’en sont-ils aussi pris à nous ?
-Ils n’auraient pas dû ! Il fallait que je fasse vite, je n’avais pas le temps d’être regardant…
Je resserrai mon étreinte, ma dague se rappelant au bon souvenir de son cou.
-Arrêtes, tu vas me faire pleurer. C’est vraiment pas de chance, hein ? A se demander où sont les vrais criminels.
-Je n’ai aucun doute là-dessus ! J’imagine que tout ce que vous attendiez, c’est une occasion de tous nous trancher la gorge durant notre sommeil, comme vous l’avez fait avec ces saltimbanques…
J’aurais pu admirer le courage dont il faisait preuve dans sa situation précaire en d’autres circonstances, mais pour le moment, je n’étais guère enclin à l’indulgence avec lui.
-Ne me parlez pas de trancher des gorges, j’ai du mal à résister à la tentation, là, tout de suite.
-Non, ne le tuez pas, Reyan ! Je vous en prie, je sais que ce qu’il a fait est mal, mais…
-Ce que j’ai fait était la seule chose à faire ! Tu ne comprends pas, Linyia ? Vous devriez vous débarrasser de ce type avant qu’il ne le fasse.
Ma dague vint légèrement mordre le cou de Philius, faisant perler une goutte de sang.
-Cette conversation commence vraiment à prendre un tour déplaisant, vous savez…
Un bruit de bottes claquant sur le pavé se fit entendre, juste avant que la porte s’ouvre à la volée. Alastar avait déjà la main à son arme, mais ne la tira pas du fourreau. Anaëlya, Aaron et Arya étaient sur le parvis, mais nous ne les remarquions que maintenant, tout à notre « conversation ». Et le nouvel arrivant n’était autre que…
-Bon, y’s’planquent tous, mais z’ont sûrement pas planqué la bière ! Voyons un… Oh merde, kes’vous foutez tous là ?
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Gurdil savait soigner ses entrées ! La tension baissa d’un cran.
-Eh, mais il fout quoi ici, celui-là ? Il s’était pas barré ?
J’eus une moue désabusée.
-Il semblerait que mon ami Philius soit à l’origine des petites perturbations dans ce village… Ces petites affichettes lui ont donné des idées malsaines. Toutefois, il y a un remède très simple…
-Oh meeerde. C’est c’fumier qui fait que l’coin est truffé de putains de tireurs embusqués trop lâches pour une bonne bagarre d’homme à homme ?
Anaëlya eut un sourire amusé.
-C’est une façon de voir les choses.
Arya intervint, visiblement mal à l’aise.
-Mais… Qu’est-ce qu’on va faire, maintenant ? On pourrait…
Je coupai d’un ton sec.
-J’ai une idée très précise sur ce que JE vais faire. Détournez la tête si vous voulez.
Linyia intervint d’un ton suppliant.
-Non, Reyan, ne faites pas ça, je vous en prie. Donnez lui une dernière chance… Laissez le partir, j ne pense pas qu’il nous cause encore des problèmes avec ça…
-C’est vous qui allez avoir des problèmes si vous restez avec ce type !
Décidément, il ne fait rien pour se rendre agréable, lui… Si j’avais été seul, je n’aurais pas hésité une seconde. Mais devant l’assemblée présente, j’avais quelques scrupules à lui trancher la gorge sans autre forme de procès. Si encore, il n'y avait que l'aveugle! Après un moment d’hésitation, j’éloignai légèrement ma dague, tout en relâchant ma prise.
-Remerciez le ciel jusqu’à plus soif que je ne puisse rien refuser à une aussi charmante demoiselle, Philius. Elle vous sauve la vie, aujourd’hui. Mais croisez encore une fois mon chemin, et je vous garantis que vous n’aurez pas autant de chance…
Je le poussais brutalement en avant, gardant ma dague à la main. Tombant à genoux, il se massa la gorge endolorie par quelques minutes d’une pression peu amicale.
-Allez, fiche le camp, avant que je ne change d’avis.
Il se releva précautionneusement… Je ne vis l’éclat métallique dans sa main qu’au dernier moment. Il se retourna à une vitesse dont je ne l’aurais pas cru capable, avant de bondir sur moi de trois mètres en avant. Il fit le dernier mètre avec plusieurs centimètres d’acier en travers la gorge. Apparemment, j’étais toujours mûr pour mon numéro de lancer de couteaux… Philius s’effondra au sol, les yeux révulsés.
-Voilà, il a eu sa dernière chance.
Je retournai le cadavre face contre terre d’un coup de pied, avant de dévisager l’assemblée, adoptant une expression aussi calme que possible. Mais je devinai que mes yeux trahissaient facilement ma colère.
-Des objections ?
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 19:56

Emma
Je regardai le corps inerte de Philius, son visage contracté, les traits figés, ses bras étendus en formant un angle bizarre avec son buste, ses longues jambes, ses cheveux bruns, la lame incrustée dans son cou, ses longues mains blanches aux ongles noircis, dont l’un serrait encore une dague, sa chemise blanche qui dépassait de sa veste, et la tache rouge sous sa tête qui s’élargissait.
Reyan retourna le corps d’un coup de pied, et releva la tête vers nous.
Il avait une expression neutre, et seuls ses yeux trahissaient une certaine agitation.
Je ne comprenais pas.
-Des objections ?
Personne ne répondit.
-C’est bon, vous êtes content ? Fier de vous ?
Il me regarda, un peu interloqué.
-Il n’y pas de fierté à tuer un traître.
Nouveau silence.
-Ca vous a permis de vous venger. Alors, heureux ?
-Je n’avais pas le choix, il s’est jeté sur moi. Et puis j’ai pas à me justifier, Linyia !
Il criait presque.
-De toute façon, vous vous méfiez de lui depuis le début. Vous devez être ravi, vous aviez raison ! Mais y a quand même un truc que j’aimerais savoir, pourquoi il tenait tant à vous tuer, hein ?
-Vous oubliez ma célébrité… Je vaux un joli petit pactole, très chère.
-Arrêtez… Peut-être que Philius était cupide, mais pas au point de se jeter sur vous alors que y avait six témoins dans la pièce, qui l’auraient sûrement pas laissé repartir.
-Vous m’accusez de quoi, au juste ?
-Rien, laissez tomber. De toute façon j’en ai ma claque de cette histoire. J’en ai ma claque de courir après un sorcier imaginaire pour retrouver une nénette qu’est certainement juste partie avec le beau gosse du village plutôt que d’épouser un laideron de celui d’à côté. J’en ai ma claque de ce voyage. Et si en plus, maintenant je dois me coller au quotidien l’assassin de mon ami d’enfance, je préfère me barrer.
Je balayai l’assemblée du regard, en évitant de croiser celui d’Alastar, et me dirigeai lentement vers la sortie.
-Vous ne pouvez quand même pas me reprocher d’avoir tué Philius ? Ni nier le fait qu’ils nous a tous trahis, même vous ?
-Je vous reproche pas de l’avoir tué. Je dis juste que je n’ai pas confiance en vous. Et j’ai pas envie de ne pas me réveiller un matin, parce que vous m’auriez foutu une lame en travers de la gorge.
Au moment où je sortais de la taverne, j’entendis un gémissement sur ma gauche. Jorel était assis dans l’ombre, serrant ses genoux repliés contre sa poitrine.
-Sang… pas tuer…
Je m’accroupis près de lui, et posai une main sur son épaule.
-Qu’il y a-t-il, Jorel ?
-Pas faire de mal… pas tuer… pas tuer Jorel…
-Jorel, je te promets que personne ne te tuera.
-Jorel pas vouloir rester tout seul…
Je me levai et lui tendis ma main gauche qu’il serra aussitôt. Nous sortîmes tous deux de la taverne.

Mélanie
Linyia était sortie de la taverne et je remarquai juste à ce moment que Jorel n’était plus là non plus… Il avait dû avoir peur en voyant Reyan sur le point de tuer Philius.
Cela ne me dérangeait pas qu’il ait tué Philius, si j’en avais eu l’occasion, j’aurais moi-même enfoncé mon épée dans le ventre de ce traître… Mais ce qui me dérangeait, c’était que Reyan évitait soigneusement mon regard…
Je m’approchai de lui.
-Quoi ? demanda-t-il en me voyant arriver. Tu veux que je m’excuse publiquement de l’avoir tué ? Ou alors tu étais avec lui aussi ?
Je voyais dans son regard qu’il n’était plus tout à fait lui-même. La peur commençait à l’emporter sur sa raison.
Alors qu’il commençait à pointer une dague vers moi, je lui donnai un violent coup de poing qui le fit tomber à terre.
-Cessez de faire l’imbécile, Reyan. Il n’y a peut-être que Linyia dans tout notre groupe qui faisait confiance à ce type. Si vous pensez que l’un d’entre nous ait pu se joindre à lui, alors vous devriez nous tuer tout de suite. Mais je vous le dis, moi, je n’ai jamais été dans sa combine. Et je n’ai qu’une parole.
Je sortis de la taverne… Il fallait que je retrouve Linyia…
Je n’eus pas longtemps à chercher. Elle était assise plus loin, contre un bâtiment, genoux repliés contre elle, tête dans les bras… comme lorsqu’elle avait eu son hallucination… Jorel était près d’elle.
Je m’approchai lentement.
-Linyia ?
-Qu’est-ce que tu me veux ?
-Ca va ?
-Tu me poses la question ? Alors que je viens de voir mon ami d’enfance se faire tuer ?
-Linyia, ouvre les yeux. Reyan n’avait pas le choix. Et tu as entendu Philius comme nous tous. Peu lui importait qu’on soit blessé tant que Reyan lui rapportait la prime.
-Il n’a pas dit ça !
-Oh si il l’a dit. Il a dit qu’il n’avait pas de temps à perdre et qu’il n’avait pas le temps d’être regardant.
-Il… Il…
Linyia n’arriva plus à parler davantage. Je m’agenouillai près d’elle et relevai son visage vers moi.
-Je ne sais plus où j’en suis Alastar. Je faisais confiance à Philius… Je pensais… qu’il était sincère et gentil, comme avant… Je n’arrive pas à croire qu’il ait pu faire une telle chose…
-Tu l’as pourtant entendu comme nous tous, Linyia.
-Oui… Alastar… Je ne sais même plus à qui faire confiance…
-A moi, tu peux me faire confiance. Et je ne te permets pas d’en douter.
Elle me regarda un moment, puis, pour la première fois de la journée, elle sourit… Légèrement, mais elle sourit…
J’aurais pu contempler son sourire toute la journée… Mais quelque chose tira sur ma manche… C’était Jorel…
Il regardait en direction de la taverne… Reyan se dirigeait vers moi… Son air mécontent ne me plaisait pas du tout… Je me levai et Linyia se leva également. Jorel se cacha derrière ses jambes…

Starman
Philius n'était plus. Les derniers litres de sang qui parcouraient son corps sont en train d'imprégner le tapis, alors que son corps était devenu glacial comme la mort. Contrairement à la plupart des membres du groupe, je n'étais pas particulièrement choqué par cet état de fait. A vrai dire, en tant normal, je l'aurais sûrement été un peu plus (bien que je ne connaisse pas bien cette personne, et qu'elle nous ait trahi), mais mes pensées sont occupées par autre chose. Reinhart... a dit que mon frère avait trouvé un employeur du genre spécial. De qui pouvait-il s'agir? Et en quoi était-il si spécial? Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un seigneur quelconque , sinon en quoi serait-il si spécial? Un sorcier peut-être... Le fameux sorcier? Haaaaa, je n'en sais rien, mais c'est possible. Dans ce cas, que dois-je faire? Je pense que je vais suivre cette piste. De toute façon, il semblerait qu'il soit déterminé à finir le travail. En fin de compte, ça n'a pas vraiment changé. Je sors à mon tour de la pièce, en dernier, semble-t-il. Je commence à regretter le temps où les choses étaient simples. Je me demande ce que mon maître dirait?
A cet instant, un souvenir me revient en mémoire. Je ne voyais plus déjà, mais je n'avais pas encore développé ma vision "magique". Je vivais dans la forêt sauvage et implacable et me nourrissais de raines que mes mains trouvaient au toucher.
C'est alors. J'avais rencontré un homme, qui avait commencé à me prendre en main. Ce jour-là, mes mains touchaient de l'osier... un arc, celui que j'ai à présent.
-Qu'est-ce qu'un aveugle peux faire avec un arc ? avais-je demandé.
En guise de réponse, il tira une flèche, qui se figea, non pas dans un arbre (je commençais à distinguer les sons), mais dans une cible en métal.
-A toi.
Je pris mon arc, et tirai, plus au hasard qu'autre chose. Raté. Soudain, je sentis une douleur m'assaillir, comme un coup.
-Encore.
Je recommençai. Sans succès. Autre coup.
-Encore.
Et encore. Et encore. Mes joues étaient en sang. Je ne tenais plus sur mes jambes. Je tirai une autre flèche. Autre échec. Soudain, je vois quelque chose de flou se diriger vers moi. Je me protège avec mon arc. Le coup ne m'atteint pas.
-Bon début, fit-il. Mais ce n'est que le commencement. La voie la plus difficile t'attend.
Je retourne au présent, et souris légèrement. Oui, le chemin sera long et difficile. Tant pis.

Macros
Les réactions du groupe m’avaient déçu, mais pas surpris. Tsss, pour un peu, je sens qu’il y en a qu’il n’aurait pas fallu beaucoup poussé pour dire qu’ils auraient préféré me voir en terre à la place de Philius. Et l’autre qui prenait ses grands airs avec son histoire de « parole d’honneur »… Si il y avait une chose que j’avais apprise en vivant dans les quartiers pauvres d’Athakla, c’est qu’une parole donnée n’engage que ceux qui veulent y croire. Et si il croyait que sa déclaration fracassante allait me faire baisser ma garde, il se fourrait le doigt dans l’œil. Toutefois, toute cette affaire me frustrait considérablement. Pas tant le regard de mes « compagnons d’infortune » que le fait que cet abruti de Philius ait été jusqu’au bout convaincu de bien faire… Oh, et puis flûte. Je lançai aux personnes encore présentes dans l’auberge :

-Toute cette ambiance me déprime. Je vais faire un tour.
-Faites attention, il peut rester des chasseurs de primes dans les environs…
-Vous vous souciez de ma santé, maintenant ? Je suis capable de m’occuper de moi.
Sans ajouter un mot, je regagnai l’allée principale du village. Les habitants commençaient à remettre le nez à leurs fenêtres, pour constater que la crise était passée. Je ne leur prêtai qu’une attention modérée, trop occupé à réfléchir sur l’avenir. Peut-être était il temps que je tente ma chance seul ? C’était plus dans ma façon d’agir… D’un autre côté, même si un ou deux autres membres du groupe décidaient de s’inspirer du précédent de Philius, voyager en nombre m’offrait une meilleure protection… Ainsi que de meilleures chances de passer inaperçu. Il suffisait d’ouvrir l’œil.
C’est alors que je me rendis compte que mon errance sans but particulier me menait tout droit vers Linyia et Alastar, en compagnie de la bestiole du village fantôme. Hmmmph, juste ce qu’il fallait pour détendre l’ambiance. Je considérai l’idée de faire demi tour, mais je n’en fis rien, davantage par esprit de contradiction qu’autre chose. Je n’étais plus qu’à quelques mètres lorsque Linyia m’interpella.
-Vous êtes venu présenter des excuses ?
Je répliquai d’un ton mordant.
-De m’être sauvé la vie ? Je ne pense pas, non.
Alastar sembla pousser un soupir derrière son masque.
-Pas étonnant que vous ayez autant d’ennemis avec ce genre d’attitude. Vous ne vivrez pas vieux…
-Je préfère vivre jeune, de toute façon…
Je remarquai que la créature humanoïde s’était mise à trembler en me fixant du regard.
-Génial, je lui fais peur, maintenant ?
Linyia répliqua.
-Il n’a pas confiance en vous. Et moi non plus.
-Amusant, ça nous fait un point commun. Moi non plus je n’ai pas confiance en vous. Ca me permet au moins de savoir où je mets les pieds.
Alastar gronda.
-Reyan, je vous ai dit que…
-Que vous n’aviez rien à voir avec tout ça, bla bla bla… Les paroles ne coûtent rien. Vous feriez confiance à un type qui n’ose même pas montrer son visage en public, vous ? Non, hein…
-Si c’est ce que vous pensez, personne ne vous retient.
-Juste, ça m’a traversé l’esprit. Mais qui a dit que la confiance était une denrée nécessaire dans un groupe ? Après tout, aucun de nous ne se connaissait il y a un mois, et tout le monde a des raisons différentes d’être là. J’ai mes objectifs, et ça m’arrange de rester avec vous. Pour le moment. Ah, au fait…
-Quoi ?
-C’est Rey.
Sur ces mots, je laissai le petit groupe se « remettre » de mon passage. Peut-être devrais-je retourner à l’auberge ? Un verre me ferait du bien, après toutes ces histoires. De retour dans la salle, il ne restait que Gurdil assis à une table, en train de vider consciencieusement un tonnelet de bière.
-Eh, tu prends un verre ? Y en a assez pour deux, j’te l’garantis !
-C’est une invitation qui ne se refuse pas…
Me servant une choppe, je regardai d’un air rêveur la bière mousser dans mon verre. Gurdil ne manqua pas de le remarquer.
-Y a un problème ? C’est d’la bonne, et j’m’y connais !
-Non, ce n’est rien… J’ai juste besoin de faire le point, c’est tout.
-Baaaaah, c’étaient des minables. Des comme ça, j’m’en prends quatre au ptit’dej.
-Mmmmmh, je m’inquiétais plutôt au sujet des autres, des fois que Philius fasse école.
Gurdil vida d’un trait son broc, qu’il laissa bruyamment reposer sur la table, avant de se fendre d’un rot sonore. Puis il se retourna vers moi.
-Et pourquoi tu m’en parles à moi ?
J’eus un pâle sourire.
-Parce que tu n’es pas humain.
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 19:57

Mélanie
Finalement, nous décidâmes de tous prendre un peu de repos avant de se décider sur ce que nous allions faire. Le lendemain matin, nous avions pris la décision de repartir, tous ensemble, Reyan y compris.

Après quelques jours de marche dans la forêt, nous arrivâmes à proximité d’un village et lorsque je vis les grandes portes gardées… je ne pus réprimer un sourire… Je me souvenais parfaitement de cet endroit… J’y étais venu dix ans plus tôt… Et j’y avais passé un très bon moment. Et j’espérai secrètement que la bonne humeur des villageois redonnerait un peu de baume au cœur de Linyia.
Nous continuâmes à avancer et lorsqu’ils me virent arriver, les gardes se regardèrent et l’un d’eux alla dans le village. Lorsque j’arrivai, je serrai la main du garde qui était resté et le reconnus parfaitement.
-Bonjour, Alastar ! Ca me fait plaisir de te revoir.
-Moi aussi, Gordius.
-Ils sont avec toi ? demanda-t-il en regardant d’un air un peu inquiet l’étrange créature qui nous accompagnait.
-Oui. Pas de soucis à se faire.
-Et elle aussi ? demanda-t-il en me montrant Anëlya.
-Oui. Pourquoi ?
-Elle est déjà venue ici…
-Peu importe, aucun d’eux ne représente un danger pour le village, je peux te l’assurer.
-Je te fais confiance, alors.
-On peut entrer ?
-Oui, allez-y. Nicolas est allé prévenir le chef que tu es là.
-Merci.
Nous entrâmes donc dans le village, et sous les regards étonnés de mes compagnons, nombre de personnes vinrent me saluer, que je saluai également. Sans hésiter, je me dirigeai donc vers la maison qui était au centre. A peine étions-nous arrivés devant qu’un homme en sortit et me rejoignit avec un grand sourire, suivit du second garde.
-Alastar !
-Bonjour, Almett, dis-je alors que l’homme me prenait dans ses bras.
-Je suis heureux de te revoir mon ami… Qui sont donc tous ces gens !
-Des compagnons de voyage. Nous sommes venus te demander hospitalité pour quelques jours, histoire de nous reposer et de faire le plein de vivre… Ainsi que de redonner un semblant d’image à nos armes.
-Il n’y a aucun problème. Nous avons une maison vide qui sert pour les invités que vous pourrez occuper durant votre séjour…
-Mais, est-ce qu’il y aura assez de place ? s’inquiéta Reyan.
-Ne vous en faites pas pour ça ! Il y aura bien assez de chambres pour tout le monde ! Mais entrez, vous n’allez pas rester dehors toute la journée ! Bienvenu à vous aussi, dit-il à l’attention d’Anaëlya.
-Merci.
Nous entrâmes donc dans la grande maison du chef du village et je fus tout de suite accueillis par son épouse.
-Bonjour Elie… Vous êtes radieuse !
-Merci Alastar… Ce doit être le fait d’attendre un heureux évènement…
Je la regardai de plus près… Oui, elle était enceinte de plusieurs mois.
-Pour quand est-il ? demandai-je.
-Pour dans trois mois, dit le père avec fierté.
-Alastar !
-Damien ! Ca alors, tu as changé…
-Je suis un homme maintenant. J’ai 25 ans, ne l’oubli pas !
-Oui, c’est vrai… Le temps a passé vite…
Alors que je présentais mes compagnons, une jeune personne arriva et me sourit. Almett sourit en l’amenant devant moi…
-Alors, tu ne te souviens pas d’elle ?
-Tu…
Je restai quelques instants sans voix devant la beauté de Shalima… La fille de Almett… Car c’était bien elle. Elle avait grandi, mais elle avait toujours le même regard pétillant. Je la serrai dans mes bras.
-Tu as incroyablement grandi… Je me souviens de toi quand tu n’avais que 9 ans…
-Oui… J’ai changé aussi…
-Allons, allons, dit Almett. Nous allons faire la fête pour le retour de Alastar ! Mais avant, je pense que vous avez besoin de vous reposer un peu.
-Oui, je pense que ce serait une bonne idée.
Mon ami nous fit visiter la maison qu’il nous prêtait et nous choisîmes tous notre chambre. Il nous donna également des vêtements propres. J’optai pour une chemise marron à ceinture et un pantalon de la même couleur avant d’aller prendre une bonne douche. Mes compagnons ne tardèrent pas à m’imiter pendant que les villageois préparaient la fête du soir.
Le soir-même, tout le village était en grande fête pour mon retour. Les villageois dansaient et chantaient, buvaient et mangeaient. Je parlai avec Almett, lui racontant sous les oreilles attentives de sa fille et de son fils, ce que j’avais fait durant les 10 dernières années et ce qui nous amenait. Quant à mes compagnons, ils nouèrent facilement le contact avec les villageois et je pus remarquer que Jorel n’était pas en reste et que sa timidité commençait à prendre le large.
-Ce n’est pas dangereux pour vous de nous abriter ? demanda alors Linyia.
-Non, en aucun cas. Nous sommes l’un des villages les mieux armés de tout le royaume de Karia.
-Puis-je vous poser une question ? demanda Reyan. Comment se fait-il que Alastar soit si… connu ici ?
-Ah, il ne vous a pas raconté ?
-Disons qu’il est quelque peu… Modeste sur les bords, railla l’acteur.
-Il y a 10 ans, Alastar est arrivé dans notre village, et à cette époque, un dragon terrorisait notre peuple. Il fallait lui donner en sacrifice un enfant de 9 ans pour le calmer, jusqu’à l’année suivante. Alastar nous a aidé à nous débarrasser du monstre et du coup, il a sauvé notre village et nos enfants.
-C’était il y a longtemps Almett, dis-je quelque peu gêné.
-Oui, mais dans nos cœurs, c’est comme si c’était hier, dit Shalima en posant sa main sur la mienne. Allons, viens danser !
Elle m’entraîna sur la piste de danse, sous le regard noir de Linyia et l’amusement de Reyan. Nous dansâmes et elle rigola. Puis, elle m’entraîna à l’écart et me demanda si cela me gênait de marcher un peu avec elle. Je lui répondis que je n’y voyais pas d’inconvénient.
Une fois que nous fûmes un peu plus à l’écart de la fête, elle glissa sa main dans la mienne et se serra contre moi. Puis, elle se rapprocha doucement pendant que nous parlions. Une fois assis, elle prit ma main et la posa sur sa joue, en fermant les yeux.
-J’ai attendu ton retour, Alastar… J’étais sûre que tu reviendrais…
-Shalima, tu…
-Chut, dit-elle en posant un doigt sur mes lèvres. Je t’aime Alastar… Je t’aime depuis que tu es venu au village et que tu m’as sauvée…
-Shalima, dis-je en retirant sa main. Tu t’es faite des illusions et tu vis dedans depuis 10 ans…
-Mais, tu…
-Shalima, je ne suis pas amoureux de toi… Jamais je ne le serai. Je te vois uniquement comme une petite sœur, rien d’autre.
Elle baissa les yeux, et je vis une larme couler sur sa joue.
-Pourquoi tu dis ça de cette manière… si froidement…
-Parce que ça ne servirait à rien de faire des détours… Ca ne te ferait pas mieux comprendre. Et je ne veux pas que tu penses des choses fausses à mon sujet.
-Tu la préfères elle, n’est-ce pas ?
-Qui ça ? demandai-je étonné.
-Cette jeune femme rousse qui t’accompagne, cette Linyia…
-Il n’y a rien entre elle et moi. Et il n’y aura jamais rien, dis-je du regret dans la voix.
-Tu es bien sûr de toi… J’ai bien vu les regards que vous vous jetiez.
-Je sais ce que je dis…
Shalima se leva et courut pour retourner au village. Je retournai également à la fête et allai me rasseoir près de mes compagnons, sous le regard inquisiteur de Linyia. La fête continua toute la nuit.

Starman
Visiblement, les villageois connaissent bien Alastar, qui avait l'air de bien se plaire ici. J'avoue que j'aimerais bien pouvoir me sentir aussi à l'aise dans un endroit pareil. Mais pour moi, une ville n'est que bruit, foule gênante, et nuisance. C'est sans doute pour ça que, tandis que les autres font connaissance et semblent parfaitement s'adapter à l'environnement, je reste à l'écart, cherchant un coin tranquille. Mon seul désir est de sortir d'ici pour retourner là où je trouverais un semblant de calme. Mais je ne suis pas stupide (du moins je ne crois pas): nous avons besoin de cette escale afin de nous ravitailler. Je ferai donc contre mauvaise fortune bon cœur (si l'on peut dire) et prendrai mon mal en patience. Le bretteur au visage masqué saluait un peu tout le monde comme s'ils faisaient partie de sa famille (il faut bien admettre que tout le monde n'a pas une famille qui tente de te tuer). Une histoire de dragon. Presque surprenant. J'avais déjà affronté quelques trolls dans ma forêt, mais les dragons étaient rares dans nos contrées, du moins dans leur forme originelle. Ceci dit, il était possible qu'il ait affronté une espèce descendante, comme les Komodos. Parce qu'affronter un dragon à lui tout seul, cela me paraît peu crédible, généralement, il faut un groupe entier pour en éliminer un. Enfin, je ne saurai jamais le fin mot de cette histoire. On nous montre une maison où on s'installe. Plutôt grande, nous avons chacun notre chambre. J'en choisis une avec "fenêtre sur prairie", c'était la plus calme, et j'apprécie le vent qui s'engouffre par la fenêtre ouverte. Pour un peu, ça me rappellerai là où je vis. Un peu. Si je me force. Je préférerais dormir à la belle étoile, mais allez leur expliquer ça.
La fameuse fête en notre honneur. Un vrai cauchemar. J'ai vraiment l'impression que, bien que de fait je sois à côté, un monde me sépare d'eux. Même Jorel s'en sort mieux que moi. Chez la plupart des gens qui me regardent, je sens la même chose. Incompréhension et pitié. Un nain, ils comprennent. Une magicienne, à la limite. Mais montrez leur un archer aveugle et ils le regardent comme une curiosité. Je ne supporte pas la façon dont ils me fixent. C'est pourquoi je suis un peu à l'écart des lumières, loin de la piste de danse, loin des festivités. Quand j'ai trouvé la place, au moins trois ou quatre villageois m'ont proposé leur aide pour m'installer. J'ai dû décliner aussi poliment que possible. J'ai du mal à croire qu'ils ne se rendent pas compte que je perçois mieux mon environnement qu'eux. Par exemple, j'entends clairement Alastar rejeter la déclaration de la fille du chef. Je serais de meilleure humeur, j'en serais presque triste pour elle. Au bout d'un moment, elle finit par s'en aller, triste et vexée. Je m'isole du monde extérieur, pour essayer de trouver le calme qui me manque. Les bruits extérieurs disparaissent. Je suis dans une plaine, je suis seul. Le vent de l'est souffle sur mon visage, l'herbe verte est douce sous mes pieds. Tout est calme. Je suis en paix.
-Je peux m'asseoir?
Mon image intérieure se brise. Le monde extérieur reprend ses droits. Une personne me parle. Le fille du chef. Shalima.
-Comme vous le souhaitez, répondis-je.
Elle s'exécute. Elle semble vouloir quelque chose de moi, mais je ne suis pas sûr de quoi. Néanmoins, elle semble vouloir à plusieurs reprises engager la conversation. Hélas pour elle, on ne peut pas dire que je sois un grand bavard. Pourquoi s'obstine-t-elle?
-Alors il paraît qu'Alastar a tué un dragon ici, finis-je par dire.
-Oui, mais je suis sûre que vous avez fait des choses similaires.
-Ho, je crains que non, je me suis limité à des trolls, des choses dans le genre.
-C'est impressionant. Vous êtes impressionnant.
Que fait-elle? Que veux dire cette tentative aussi maladroite? Je me concentre sur elle, son rythme cardiaque ne bouge pas, elle joue la comédie. Il me faut quelques secondes pour comprendre. Evidemment, Alastar.
-J'aimerais beaucoup voir ce que vous avez sous votre bandeau.
-Vous ne voulez pas.
-Si.
-Tant pis pour vous.
Je retire alors mon bandeau. Une méthode cruelle pour lui faire comprendre, dommage. Je la fixe dans les yeux. Elle pousse un gémissement de terreur.
-Vous... Vous n'avez plus d'yeux.
-Je sais. Plutôt voyant, je le crains.
Elle conserve juste assez d'assurance pour ne pas s'enfuir en courant. Je remets mon bandeau en place. Un monde me sépare des autres personnes. Je vis dans un vide que nul ne peut atteindre. Seul.
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 19:59

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Un homme au crâne rasé, le visage tatoué de sinistres symboles et vêtu d’une longue robe écarlate pénétra dans l’entrepôt, flanqué de deux acolytes vêtus de façon semblable. Il ne pouvait y avoir d’ambiguïté sur leur identité : des fanatiques révérant Talos, des assassins redoutés dans tous les royaumes du monde connu. Trois autres tueurs attendaient patiemment à l’intérieur, rassemblés autour d’un même cadavre. Ils s’inclinèrent lorsque le nouveau venu entra.
-Exécuteur, c’est un grand honneur que vous nous faites.
L’Exécuteur Koveras, responsable du culte de Talos dans tout le royaume de Karia, répondit d’une voix glaciale.
-Soyez bref, Messagers. Mon temps est précieux, je dois être de retour à Jay Harla dans moins de dix jours…
-Bien sûr, Exécuteur. Nous pensons avoir retrouvé la trace de l’un des condamnés.
Koveras fronça les sourcils. Les personnes dont il était nécessaire de « retrouver la trace » se comptaient sur les doigts d’une seule main. Talos n’admettait pas l’échec, et son Jugement se devait d’être appliqué dans les plus brefs délais.
-Je ne me souviens pas que l’un des nôtres ait fait preuve de négligence. Qui est donc ce mécréant ?
-Nous pensons qu’il s’agit de celui qui a échappé à l’un de nos frères à Athakla. Nous ignorions jusqu’alors qu’il avait trouvé refuge dans ce royaume…
Koveras eut un reniflement méprisant. Il se souvenait avoir reçu une missive de l’Exécuteur Artanis, qui avait à charge de royaume de Lorelia, signalant que les Messagers avaient faillis à leur mission en laissant un des vingt-six condamnés s’échapper. Ainsi il serait à présent sur son domaine ?
-Sur quoi se fonde cette supposition ?
-Eh bien, vous devez savoir que ce village a récemment été troublé par une… bataille, au cours de laquelle quelques mercenaires ont trouvé la mort.
-Et alors ? Depuis quand le sort de ces vermines nous importe-t-il ?
-Il se trouve que nous devions apporter la sentence à l’un d’eux. Nous avons donc, afin de le retrouver plus rapidement, capturé l’un de ses compagnons, qui nous a avoué être venu en ce lieu pour toucher la prime concernant un certain Reyan de Kercyan. Nous nous sommes souvenu du nom… Aussi avons-nous jugé nécessaire de vous faire appeler.
Koveras haussa un sourcil.
-Je vois. Et qu’en est-il de votre proie originale ?
L’un des assassins sourit.
-Par chance, il a survécu à l’affrontement qui a décimé sa bande. J’ai eu l’immense honneur de lui porter moi-même le châtiment divin.
-Pardonnez moi, Exécuteur, mais il y autre chose. Cet homme…
Le tueur désigna le cadavre à ses pieds. Il s’agissait d’un semi-elfe, portant la barbe. Mort depuis un moment déjà. Néanmoins les assassins côtoyaient la mort depuis assez longtemps pour ne pas se laisser indisposer par son odeur.
-Eh bien ? Qu’a-t-il de particulier ?
-Il a été tué par une de nos lames.
Le sang de Koveras bouillonna à la seule mention d’un tel sacrilège. La mort de son ancien propriétaire ne le chagrinait pas : il était mort en servant Talos, et pour cela, il serait éternellement récompensé. Mais laisser une lame sacrée aux mains d’un infidèle… Talos ferait souffrir mille tortures à cet apostat, lorsqu’il comparaîtrait devant lui ! Et ses serviteurs avaient le devoir que cette comparution ait lieu dans les plus brefs délais… Il reporta son attention sur les trois assassins qui lui faisaient face.
-Interrogez les habitants de ce village. Retrouvez sa trace, et apportez lui la Sentence. Que tous ceux qui se mettraient sur votre route en subissent les conséquences.
Un des assassins, visiblement gêné, trouva le courage d’interroger son supérieur.
-Exécuteur, pourquoi l’Accusateur éprouve-t-il le besoin d’engager des mercenaires pour tuer cet homme, alors que Talos l’a déjà condamné à travers lui ?
Koveras poussa un soupir intérieur. C’était un jeune disciple, à qui il restait bien des choses à apprendre…
-Sache, Messager, que bien que Talos s’exprime régulièrement par la bouche des hommes pour juger les vivants, il ne s’agit pas moins de mortels souillés par le pêché. L’Accusateur a ses faiblesses. Il est impatient, envieux. Talos ne le guide déjà plus, et peut-être qu’un jour, l’un des nôtres lui apportera la Sentence. Mais notre devoir n’en est pas moins d’apporter son juste châtiment à celui que notre Seigneur a condamné par sa bouche.
-Et si les infidèles qu’il a engagé le faisaient avant nous ? Ce serait un terrible déshonneur !
Koveras eut un sourire réconfortant.
-Cela n’arrivera pas. Notre Seigneur ne le permettra point. Et vous serez les instruments de sa Justice.
Sur ces derniers mots, l’Exécuteur Koveras fit volte face, quittant les lieux avec sa garde d’honneur, laissant les tueurs à leur sinistre besogne. Il ressentit une certaine admiration au regard du chemin parcouru par le fugitif qu’ils traquaient. Sans ces mercenaires, ils ignoreraient peut-être toujours où il se trouvait… Et il avait prouvé en échappant la première fois à un Messager du culte qu’il avait de la ressource. Néanmoins, son destin était scellé. Tôt ou tard, Reyan de Kercyan périrait…

***

-Tchaaaaaa !
Je reniflai bruyamment, portant un mouchoir à mon nez. Anaëlya fut celle qui fit la remarque évidente de la journée.
-Hmmm, attrapé froid ?
-Je ne crois pas… Je suis sûr qu’une jolie fille doit être en train de penser à moi quelque part dans le monde ! Ah, la rançon du succès…

Yoko
Nous étions installés à l’une des nombreuses tables disposées pour l’occasion sur la place du village. Je regardai sans les voir les villageois fêter le retour de leur héros. L’ambiance était chaleureuse, mais je ne parvenais pas à me laisser envahir par la bonne humeur générale. Je ne pouvais m’empêcher de repenser à mon passage dans ce village, près d’un an auparavant. Et à ce que tout ceci impliquait. Ce que je n’avais fait que soupçonner très vaguement depuis quelques temps commençait à se confirmer…
-Tchaaaaaa !
L’éternuement fut suivi d’un reniflement bruyant. Je me tournai vers Reyan et demandai distraitement.
-Hmmm, attrapé froid ?
-Je ne crois pas… Je suis sûr qu’une jolie fille doit être en train de penser à moi quelque part dans le monde ! Ah, la rançon du succès…
J’eus un petit rire. C’était tout de même plus agréable de le voir de bonne humeur celui là. Espérons que cela durera…
-Sans doute…
-Anaëlya ?
Je levai les yeux. Un homme s’était approché de notre petit groupe. Il ne me fallut que quelques instants pour le reconnaître. Jehan.
-Je n’étais pas sûr… C’est agréable de vous revoir ! Comment allez-vous ?
-Ma foi très bien. Et vous ?
-Oh on fait aller… Vous avez de la chance de me trouver là, je suis rentré il y a quelques jours à peine.
J’eus un sourire.
-Alors je saluerai la dame de la chance de m’avoir permis de vous voir. Vous étiez en voyage ?
-Pas exactement. Un ami de mon père a accepté de me prendre en apprentissage dans la capitale.
-Ah ? J’en suis ravie pour vous.
L'année précédente à la même époque, il cherchait un maître qui pourrait lui apprendre le métier d'herboriste. Ainsi il avait fini par trouver. Ce n'était pourtant pas chose facile.
-Merci.
Il hésita un instant, regardant autour de lui.
-Dites-moi… voudriez-vous… danser ?
Je le regardai, vaguement surprise. Après tout, pourquoi pas. Je n’avais pas l’intention de lui parler ce soir, autant profiter de la soirée pour se détendre… J’attrapai la main que Jehan me tendait, puis me dirigeai à sa suite vers le centre de la place.
Je constatai avec un sourire amusé qu’il avait appris à danser depuis la dernière fois, mes pieds lui en furent reconnaissants.
La musique terminée, nous retournâmes vers les tables.
-Vous voulez boire quelque chose ? Je vous offre un verre…
J’eus un rire.
-Les boissons sont offertes ce soir n’est ce pas ?
-Ah vous gâchez tout…
-Ce n’était pas dans mes intentions !
-Je pense que vous mentez. Mais peu importe. Ma proposition tient toujours.
J’hésitai quelques secondes. Mais le poids de la journée commençant à se faire sentir, je décidai finalement de décliner l’invitation. Avant que l’homme n’ait eu le temps de protester, je déposai rapidement un baiser sur sa joue, puis partis en direction de l’auberge.
A mi-chemin, ma route croisa celle de l’archer qui marchait seul, l’air maussade. Apparemment, ce débordement de bonne humeur ne semblait pas déteindre sur lui. Je m’approchai de lui, un sourire aux lèvres.
-Bonne soirée ?
Il haussa les épaules pour toute réponse. Je poursuivis.
-Comment va votre blessure ?
-J’ai connu pire.
J’eus un petit rire.
-Qu’une flèche dans le foie ? Vous avez failli y passer vous savez…
-Qu’est-ce que tu veux ? Que je te remercie ?
Je le regardai, étonnée.
-Vous savez, ce n’est pas parce que je viens vous parler, que j’attends quelque chose en échange… Je venais simplement aux nouvelles.
-Je vais bien.
J’esquissai un sourire.
-Ah tant mieux alors ! Mais si je peux me permettre, vous devriez aller vous reposer un peu, la journée n’a pas été de tout repos…
Il répondit par une vague inclinaison de la tête, que je pris pour un acquiescement. Sur ce dernier échange, je lui souhaitai une bonne fin de soirée, avant de repartir en direction de l’auberge. J’avais à peine fait quelques pas quand il m’interpella.
-La magi… Anaëlya.
Je m’arrêtai.
-Oui ?
-Merci.
Je me retournai pour lui adresser un sourire, même si j’étais incapable de savoir s’il pouvait vraiment le voir.
-Mais je vous en prie.
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 20:00

Mélanie
Le lendemain soir, après que nous ayons revisité le village, Almett vint me trouver.
-Il faut que je te parle, seul à seul, mon ami.
Je suivis Almett dans son bureau et il s’assit, me faisant face.
-Il se passe quelque chose ? demandai-je.
-Il y a un peu plus d’un an, un vieil homme est arrivé dans notre village. Il t’a demandé.
-Comment ça ?
-On lui avait dit que tu étais venu ici et que tu y étais resté. Il espérait te retrouver ici. Mais il était très mal en point. Il est mort quelques jours après son arrivée, et nous lui avons donné une sépulture, près du vieux chêne.
-Comment est-il mort ?
-C’est un peu compliqué à expliquer…
-Je m’en chargerai, ne vous en faites pas, dit la voix de Anaëlya derrière nous.
-Comment se nommait-il ? demandai-je sans faire attention à son intervention.
-J’ai eu du mal à retenir son nom… Mais il est écrit sur la tombe et je ne voudrais pas l’écorcher… Cela porte malheur, tu sais…
-Amène-moi près de cette tombe.
Almett acquiesça et nous sortîmes. En voyant mon air soucieux, mes compagnons décidèrent de m’accompagner. Nous suivîmes donc tous mon ami vers le vieux chêne… Et en effet, une tombe était dressée tout près. Un homme, un vieil homme m’avait demandé… Je ne savais pas qui c’était, mais ce qui était sûr, c’était que j’avais une drôle de sensation dans le ventre… très désagréable…
-Le voilà, dit-il simplement.
Je m’approchai de la tombe et sur la pierre, je lus ce simple épitaphe : Barwald. Je posai mes mains sur la pierre, pour me retenir… Non… Il… Pas lui… Pas maintenant… Pas si près…
-Alastar ? demanda la voix de Reyan.
Mais je n’écoutais pas… Il était mort… Ma seule chance de rompre ma malédiction avait disparu… Je l’avais cherché durant toutes ces années… Et j’étais arrivé trop tard…
Mes jambes ne me portaient plus… Je sentis des larmes couler de mes yeux… Je tombai à genoux devant la tombe… Tout était perdu… Je n’avais plus aucune chance…
-Alastar ! entendis-je de nouveau.
Il me sembla que c’était la voix de Linyia… Mais je n’en étais pas certain… Je n’étais plus sûr de rien… Le sorcier était mort…
Sans que je me défende, je sentis des bras me relever… Je ne réagissais plus… Tout mon esprit était bloqué par cette seule pensée… Il était mort… Je ne me rendis pas compte que j’avais été ramené dans ma chambre… Il était mort… J’entendis des mots, mais ne les compris pas… Bientôt, on m’allongea sur mon lit et je fermai les yeux… Ce fut le noir complet…

Je me réveillai dans la nuit… Je ne me souvenais pas comment j’étais arrivé là, mais je découvris, lovée contre moi, Linyia qui s’était endormie… Sa tête et l’une de ses mains reposaient sur ma poitrine… Elle respirait paisiblement… Je tournai mon regard vers la fenêtre… Il pleuvait dehors…
Je ne voulais pas croire que le sorcier était mort… J’étais pourtant persuadé qu’ils étaient immortels… Les mages DEVAIENT être immortels… Lui plus que les autres…
Je repoussai doucement le corps de la jeune femme pour ne pas la réveiller et me levai. Je sortis de la chambre, pris une pelle dans un placard et allai marcher jusqu’au chêne, sous la pluie. J’allai d’un pas résolu jusqu’à la tombe du mage et commençai à creuser. Mes poumons me brûlaient, mes muscles me faisaient mal sous l’effort, mais je n’en avais cure. Je creusai jusqu’à sentir le bois du cercueil. Je mis la pelle de côté et enlevai le reste de terre… J’étais complètement trempé, mais je n’y fis pas attention. Je soulevai la planche…
Le cadavre était là… La peau et tous les organes avaient déjà été mangés par les créatures de la terre… Il ne restait plus que le squelette, habillé de vêtements riches en coutures et en symboles… Alors il était vraiment mort…
Je sortis de la tombe, et restai debout sous la pluie, laissant l’eau me nettoyer de la terre qui me recouvrait, la pluie se mêlant à mes larmes sur mon visage… Puis, mes jambes menaçant de me lâcher, j’allai m’asseoir sous le chêne. De déception, j’arrachai mon masque et le jetai à terre. Puis, je pliai mes jambes contre mon torse et enfouis mon visage dans mes bras repliés… Je laissai mes larmes couler… Tout était réellement fini… Il n’y avait plus aucune chance…
Je ne savais pas combien de temps j’étais resté ainsi, mais bientôt, je sentis une main se poser sur mon bras. Je relevai le visage et découvris celui inquiet de Linyia. Elle sembla surprise que j’ai enlevé mon masque. Je détournai le regard et vis Reyan et Gurdil près de la tombe. Après s’être concertés, Reyan alla chercher une seconde pelle. D’un œil indécis, Anaëlya regarda d’abord le trou de la tombe, puis tourna un instant son regard vers moi ne sachant pas vraiment où se mettre. Gurdil et Reyan rebouchèrent la tombe en peu de temps.
Personne ne dit rien… Linyia resta près de moi et posa sur mes épaules une couverture chaude… Anaëlya s’assurait que personne ne venait de notre côté.
Nous retournâmes dans la maison que mon ami nous avait prêtée et nous allâmes tous les cinq dans ma chambre. La jeune elfe, Aaron et Jorel étaient là, ils avaient préparé un feu de bois dans la cheminée pour réchauffer la chambre en m’attendant. J’allai m’asseoir près de la fenêtre et les autres se concertèrent. Reyan devait probablement leur raconter ce qu’il s’était passé.
Linyia et Gurdil s’assirent sur le lit, Anaëlya s’adossa à un mur, Arya et Jorel restèrent près de la cheminée, Aaron resta debout dans un coin sombre et Reyan vint vers moi.
-Bon, et si tu nous expliquais ce que c’est que toute cette histoire ?
Je restai silencieux… A quoi bon leur expliquer… A quoi bon continuer d’en parler… Tout était terminé… Le mage était mort…
Soudain, je sentis un violent coup de poing dans le visage. Je me relevai hors de moi et saisis Reyan par le col, prêt à en découdre.
-Au moins t’es réveillé, maintenant !
Je lâchai Reyan et me rassis, me prenant la tête dans les mains.
-Qui c’était ce type ? me demanda-t-il.
-Un mage.
-Et ?
Je ne répondis pas. Une main se posa sur mon bras et je tournai le visage. Linyia me regardait sévèrement.
-Alastar. Dis-nous. Ce que tu as fait, c’était complètement absurde.
-Je voulais m’assurer qu’il était bien mort…
-Pourquoi ?
Je soupirai… A quoi bon leur cacher… Ils comprendrait un jour ou l’autre…
-Est-ce que vous avez déjà entendu parler du roi Daïsidor ?
Je vis du coin de l’œil Anaëlya se redresser et me regarder avec plus d’attention.
-Ca me dit vaguement quelque chose, dit Reyan.
-Je n’en ai jamais entendu parler, dit Linyia.
Les autres ne répondirent pas, mais leurs visages étaient tournés vers moi avec intérêt.
-Le roi était marié à une femme d’une grande beauté, du nom de Adarielle. Il était entouré de chevaliers. L’un d’eux s’appelait Geoffroy Atalasion. Ce chevalier et la reine tombèrent amoureux. Ils profitaient des absences du roi pour se retrouver et consommer leur amour. Mais la reine tomba enceinte du chevalier et lui donna un enfant. Lorsque le roi découvrit l’affaire, il fit renvoyer le chevalier et son enfant et les envoya vivre en exclus dans la forêt. Il dit à son épouse qu’il avait fait tuer le chevalier et l’enfant et obligea la reine à rester cloîtrée dans ses appartements. Elle finit par mourir de chagrin. Le roi mourut quelques années plus tard. Entre-temps, il avait fait appel à un mage, nommé Barwald, pour que celui-ci jette une malédiction à l’enfant, pour punir le père. Ce que le mage fit.
-Le rapport, c’est que… commença Reyan en comprenant.
-Oui… Cet enfant, c’est moi.
Ce fut le silence pendant un instant.
-Et cette malédiction… demanda Linyia. Quelle est-elle ?
-Lorsque j’aime une femme, je deviens violent envers elle. Autant dans mes paroles que dans mes actes. Voilà ma malédiction. Elle ne m’empêche pas de vivre, mais elle m’empêche de construire une vie avec une femme que j’aimerais.
-Tu as…
-Déjà eu l’occasion d’en faire l’expérience ? finis-je en tournant mon regard vers Linyia. Oui. Malheureusement.
Je détournai le regard. Plus personne ne parlait… Les images de la première femme que j’avais aimée me revinrent en mémoire… Je me souvins malgré moi de la manière dont j’avais abusé d’elle… La partie maudite ayant pris le dessus sur moi-même… Ma véritable personnalité étant reléguée au rôle impuissant d’un spectateur… J’avais assisté à mes propres méfaits sans pouvoir rien empêcher… J’avais essayé de reprendre mon contrôle… Mais je n’avais pas réussi… J’avais ensuite été enfermé pendant près de six mois, attaché dans une cellule… Je n’avais pas bronché… J’avais alors tout juste 18 ans… Et après cela, je quittai ce village et décidai de porter mon masque…
Je fermai les yeux pour essayer de chasser ces images de mon esprit. Mais le remède fut pire que le mal et je rouvris les yeux.
Je n’osais plus regarder aucun de mes compagnons. Et eux ne semblaient visiblement pas savoir quoi dire après tout ce qu’ils venaient d’apprendre…
Pourtant, Reyan reprit la parole peu après…
-Attends un peu… Daïsidor n’a pas eu d’enfant par la suite…D’après ce que je sais… Et il n’avait pas de famille à qui léguer son royaume… Mais si tu es le fils de la Reine, ça veut dire que…
-Ca ne veut rien dire du tout, dis-je agacé par sa trop grande perspicacité.
-Mais tu pourrais réclamer ce royaume comme étant le tiens ! s’exclama-t-il. Tu es le seul descendant de la Reine. Ce Royaume entier t’appartient !
-Rien ne m’appartient ici, Reyan. Je n’ai aucun droit sur ce Royaume.
-Mais…
-Arrête ! dis-je. Je ne veux pas de cette vie. Je ne veux pas de ça. Je ne veux pas être roi.
-Tu es dingue… Combien d’hommes sur cette terre rêvent de devenir roi ?
-Je ne fais pas partie de ceux-là. Et Karia a déjà un roi.
-Oui, mais il n’est pas légitime. Il s’est emparé du pouvoir quand Daïsidor est mort sans que le peuple ait son mot à dire.
-Peu m’importe. Je n’ai pas la prétention de monter sur le trône de Karia et je ne l’ai jamais eue.
-Mais…
-La discussion s’arrêta là, Reyan. Le jour où j’aurai besoin d’un conseiller politique je te sonnerai.
Je redevins muet et reportai mon regard vers la fenêtre.

Yoko
J’avançai dans le couloir de l’auberge, cherchant des yeux la chambre d’Alastar. Décision avait été prise un peu plus tôt de le laisser se reposer. Après quelques secondes d’hésitation, j’avais suivi les autres en dehors de la chambre. J’aurais pu lui raconter d’emblée ce que je savais, mais j’avais besoin d’un peu de temps pour réfléchir à la manière dont j’allais lui présenter les choses. Et je préférais le faire sans la présence de spectateurs…
Après quelques instants, j’arrivai enfin devant la porte de la chambre. Passant ma tête dans l’entrebâillement, j’aperçus un Alastar allongé sur son lit, fixant le plafond. Il était seul. J’entrai, un sourire accroché aux lèvres.
-Vous allez un peu mieux ?
Son silence éloquent me convainquit d’entrer rapidement dans le vif du sujet. Il n’était pas très bavard en temps normal, mais alors là…
D’une voix douce, je repris.
-Tout n’est peut-être pas perdu…
Il consentit cette fois à me répondre. Longuement.
-N’essaye pas de me remonter le moral. Tout est terminé.
-Vous n’êtes pas du genre optimiste n’est-ce pas ?
Il tourna la tête vers moi.
-Si tu es venue pour me dire ça, tu peux aussi bien repartir !
J’eus un petit rire.
-Sans raconter moi aussi ma petite histoire ? Oh non, sûrement pas…
Il retomba dans son mutisme. J’hésitai quelques instants, cherchant mes mots.
-Ce mage. Lorsqu’il est venu dans ce village il y a un an de ça. Il n’était pas seul.
J’attendis quelques secondes. Alastar finit par répondre, d’une voix faible.
-Tu veux dire que…
-J’étais avec lui.
Il semblait fixer un point invisible devant lui. Je le laissai intégrer la nouvelle, avant de reprendre.
-Je suis arrivée dans le royaume de Karia il y a près de cinq ans. J’y ai rencontré un homme. Un mage. Lui parcourait le pays afin de retrouver quelqu’un. Quelqu’un qu’il avait maudit sur les ordres de son roi.
Je laissai passer quelques secondes avant de poursuivre.
-Vous savez déjà de qui je veux parler n’est ce pas. Un certain Alastar Atalasion. Je n'étais pas sure que c'était vous, maintenant je le suis.
L’homme au masque m’observait, ne sachant visiblement pas s’il devait me croire ou non. Je continuai.
-J’ai rendu un… service… à ce mage.
Je décidai de ne pas m’appesantir sur les circonstances exactes.
-Pour ça, il a accepté de m’enseigner une partie de son art, à condition bien entendu que je l’accompagne. J’ai rapidement senti qu’un poids pesait sur sa conscience. Quelque chose de terrible. Je l’ai questionné, mais il s’est passé des mois avant qu’il accepte enfin de m’avouer ce qui était arrivé.
-Pourquoi est-ce que tu me racontes ça ?
J’esquissai un sourire.
-Voyons ! Je pose le décor ! On ne peut raconter une histoire sans commencer par le commencement, ça me semble évident…
Il siffla plus qu’il ne répondit.
-Je ne suis pas d’humeur !
-Vous n’êtes jamais d’humeur…
Alastar se tendit à cette remarque et répondit sur un ton beaucoup plus sanglant.
-Tu te fous de moi ?! Tu sais ce qui m’est arrivé ! Tu crois que c’est facile de vivre avec ça ?!
-Cessez de vous apitoyer sur votre sort…
Il se leva brusquement, prêt à répliquer. Je poursuivis sur un ton calme.
-Vous voulez entendre la fin de mon histoire ou pas ?
Il serra les poings, puis finalement se rassit. J’esquissai un sourire. Il semblait être quelque peu sorti de son apathie, c’était sans doute une bonne chose…
-Comme je vous l’ai dit, Barwald a tenté de retrouver votre trace. Ses recherches l’ont conduit dans ce village, où l’on se souvenait de vous, grâce à votre… exploit… Malheureusement, ce village fut également sa toute dernière étape.
J’hésitai quelques instants. Mais il n’avait pas besoin de connaître les circonstances qui entouraient la mort de Barwald. Je continuai.
-Avant de mourir, il m’a fait promettre de poursuivre pour lui sa quête. De retrouver celui qu’il cherchait pour lui transmettre un message. J’ai promis. Il est parti en paix.
-Comment… comment est-ce que tu m'as retrouvé ?
-C’était un hasard. Un heureux hasard. Ce n’est pas vous que je cherchais quand j’ai rejoint cette… compagnie.
Je décidai de ne pas insister sur ce point. Lui non plus ne semblait pas s'en préoccuper outre mesure.
-Tu as parlé… d’un message…
Il me regardait. Au fond de ses yeux, ce qui pouvait ressembler à une lueur d’espoir venait de se rallumer. Je pris quelques instants pour me remémorer les mots que j’avais appris, que je m’étais répétés suffisamment souvent pour tenter d’en percer le sens, et surtout pour ne pas les oublier. J'espérais qu'il ne les rejetterai pas en bloc même s'ils ne semblaient pas de prime abord pouvoir apporter de réponse concrète, qu'il essayerait de comprendre. Puis, lentement, je récitai les vers :
-A celui qui me vit sans me voir
A qui j’ai dû insuffler le désespoir.
Pour échapper à la malédiction
Pour toi une seule solution.
Pour prouver que ta vie peut être vécue
Un grand sacrifice de ta part est attendu...


Dernière édition par Yoko le Dim 19 Juil 2009 - 9:45, édité 1 fois
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 20:04

Mélanie
Les autres avaient finalement décidé de me laisser seul pour que je puisse… me reposer, avait dit Rey… Mais je crois surtout qu’ils avaient autant besoin que moi de réfléchir à la situation… Linyia m’avait proposé de rester un peu mais je l’avais rembarrée plus froidement que je ne l’aurais voulu… Même après ce qu’elle avait appris… elle continuait d’espérer… Elle avait plus d’espoir que moi-même…
J’étais allongé sur mon lit, regardant le plafond… J’essayais de trouver quelque chose… Mais sans le mage… je n’avais aucune chance de jamais trouver comment vaincre ma malédiction…
J’étais complètement désespéré quand j’entendis Anaëlya entrer dans la chambre… Elle essaya de me remonter le moral… Mais je n’étais pas d’humeur à ce que l’on me montre de la pitié… encore moins que d’habitude et je la rabrouai rapidement… Mais à mon grand regret, elle semblait faite d’une matière très solide… Trop solide à mon goût et elle commença à me raconter…
Me raconter sa rencontre avec Barwald… Je restai muet d’étonnement malgré avoir poussé une colère qui ne la fit pas plus reculer… Elle connaissait Barwald… Et elle n’avait rien dit…
-Tu as parlé… d’un message, dis-je finalement en me souvenant de ce qu’elle avait dit quelques secondes plus tôt.
L’espoir me revenait… Barwald avait laissé un message pour moi avant de mourir… Peut-être lui avait-il donné la solution pour rompre ma malédiction… Peut-être que finalement, tout n’était pas perdu, comme elle disait…
Après quelques secondes, elle reprit la parole.
-A celui qui me vit sans me voir
A qui j’ai dû insuffler le désespoir.
Pour échapper à la malédiction
Pour toi une seule solution.
Pour prouver que ta vie peut être vécue
Un grand sacrifice de ta part est attendu...

Anaëlya s’arrêta là… Mon espoir retomba aussitôt… Une énigme…
-C’est… tout ? demandai-je sans trop d’espoir.
-Oui. C’est tout ce qu’il m’a dit.
-Rien d’autre ? insistai-je, ne pouvant empêcher le désespoir et la colère de percer dans ma voix.
-Non, dit Anaëlya, toujours aussi calme.
Je fermai les yeux et serrai les poings…
-Une devinette… Ce… mage… me maudit… et après être pris de remord et alors qu’il est sur le point de mourir, le seul message qu’il me laisse… c’est une devinette… dis-je tremblant de rage.
-Une énigme, corrigea Anaëlya visiblement agacée.
-Une énigme ou une devinette… Quelle différence ? Il n’aurait pas pu donner la solution plus clairement ? dis-je en me levant et en me tournant vers la fenêtre.
-Peut-être qu’il faut mériter…
-Mériter ? dis-je en me retournant vers elle. Mériter ? Est-ce que tu crois que j’ai mérité cette malédiction ? Est-ce que tu crois que j’ai mérité d’être puni pour mes parents ? Est-ce que tu ne crois pas que j’aurais simplement mérité d’avoir une réponse simple ? dis-je faisant basculer le petit bac à eau qui se trouvait sur la table à côté de moi, fou de rage.
-Démolir cette chambre ne vous aidera pas à résoudre cette énigme.
-Résoudre cette énigme, hein ? Et comment ? Je n’ai pas la moindre idée de ce que tout ça signifie. Un grand sacrifice de ma part ? Je n’ai fait que ça toute ma vie ! Me sacrifier ! Sacrifier l’amour que j’aurais pu donner… Ce n’est pas assez peut-être ?
Je me rendis compte que j’avais laissé mes larmes couler et les essuyai rageusement avant de m’asseoir de nouveau sur mon lit, mettant mon visage dans mes mains.
J’en avais assez… Chaque fois qu’un espoir apparaissait… il fallait qu’il me soit aussitôt retiré…
Je sentis deux mains se poser sur mes poings désormais serrés et relevai le visage… Anaëlya était accroupie devant moi et me regardait sévèrement.
-Il ne faut pas abandonner, Alastar. Vous avez cherché Barwald, n’est-ce pas ? Même si vous n’avez pas trouvé exactement ce que vous cherchiez, cette énigme est déjà un début…
-Un début qui ne me sert à rien… me lamentai-je.
-Il ne nous reste qu’à découvrir ce qu’est ce sacrifice qui est attendu de votre part. Une fois découvert, ce sera un jeu d’enfant…
-A condition qu’on le trouve… Et ça… ce n’est pas gagné… Il y a des milliers de façons de faire un sacrifice…
-N’abandonnez pas, Alastar. Barwald était vraiment empli de remord à cause de ce qu’il vous avait fait. Il regrettait plus que tout, vous pouvez me croire. Si il a laissé ces derniers mots pour vous, c’est qu’ils peuvent vous aider. Moi-même j’ai cherché à comprendre ce qu’est ce sacrifice…
-Sans trouver je suppose.
-C’est vrai. Mais si les autres s’y mettaient également, nous…
-Non. Pas les autres.
Nous restâmes silencieux un moment… La dernière chose que je voulais c’était que tous les autres soient également au courant de ça…
-A cause de Linyia, n’est-ce pas ?
Je relevai le visage vers Anaëlya, les sourcils froncés.
-Alastar, soupira-t-elle. Si vous vouliez cacher ce que vous ressentiez l’un pour l’autre, c’est raté. Tout le monde – à part peut-être le nain – s’est rendu compte des regards que vous vous jetiez tous les deux… Et qu’à chaque fois qu’il arrivait quelque chose à l’un de vous, l’autre se sentait tout de suite concerné. Ca se voit comme le nez au milieu de la figure, si j’ose dire.
-Alors, tu dois comprendre pourquoi je veux qu’aucun d’eux ne sache. Je ne veux pas que Linyia se fasse des illusions. On ne sait même pas si on trouvera une réponse à cette énigme… Et les autres seraient capables de lâcher le morceau… plus ou moins volontairement…
-Je comprends… Je ne dirai rien aux autres. Je vous le promets. Mais n’abandonnez pas. Je suis sûre qu’à nous deux, nous finirons bien par trouver.
-Pourquoi tu m’aides ?
-Je vous l’ai dit. Je lui ai fait une promesse. Et j’ai bien l’intention de la tenir.
Après notre discussion, Anaëlya ressortit de la chambre… Malgré cette énigme… Un mince espoir m’était revenu… Peut-être avait-elle raison… Peut-être que l’on trouverait la clé de l’énigme et que je pourrais me débarrasser de cette malédiction qui me pesait depuis 30 ans…

Starman
Nous étions tous installés dans la salle de séjour, seuls Alastar et Anaëlya étaient restés dans la chambre. Sans doute avaient-ils des choses à se dire. Quoi qu'il en soit, toutes ces révélations en avaient laissé plus d'un songeur. Il est vrai que pour imaginer une malédiction aussi... particulière, il fallait avoir un esprit tordu. Mais c'est vrai que cela ne devait pas être facile tous les jours. Surtout quand des... affinités particulières se créent avec des compagnons de voyage.
-Pourquoi nous a-t-il mis dehors ? demande Linyia. On veut juste l'aider.
-Bah, de toute façon, c'est rien qu'un type bizarre, rétorque le nain. Savoure pas les plaisirs simples de la vie.
-Mais enfin, nous devons l'aider.
-Il n'a pas vraiment l'air de vouloir que nous l'aidions, finis-je par dire.
La jeune voleuse se tourne vers moi.
-Tiens, monsieur a retrouvé sa langue, persifle-t-elle.
-Il surmontera mieux cette épreuve s'il le fait seul. Il en ressortira plus fort.
-C'est tout ce que son histoire t'inspire? Tu n'éprouves rien, ni compassion, ni pitié, ni rien?
-A quoi lui servirait ma pitié? La pitié est un sentiment qui consiste à se dire: "Ho, le pauvre, je n'aimerais pas être à sa place". Je ne pense pas qu'il apprécie beaucoup que l'on pense cela de lui. Tu es peut-être emplie de compassion pour lui, mais dis moi: qu'est-ce que ça change? J'ai mieux à faire que de pleurer sur son sort pour ne pas me sentir coupable de ne rien faire pour lui venir en aide.
-Quelle... arrogance.
-Possible.
Et l'échange s'arrête là. Je me rends compte avec ironie que je n'ai jamais autant parlé avec cette fille depuis que l'on voyage ensemble.

Le lendemain, Alastar s'est plus ou moins remis, en tout cas, il a repris ses esprits. Les préparatifs étant terminés, nous décidons de repartir. En ce qui me concerne, je dois admettre que j'en suis plutôt content (bien que l'idée que la civilisation me répugne ne me fasse pas plus plaisir que ça). Le bretteur masqué fais ses adieux aux habitants , et nous nous mettons en route. La piste que nous suivons commençant à se refroidir, je prends de l'avance par rapport au reste du groupe, afin de prendre plus de temps pour déchiffrer la piste. Enfin, j'aimerais me dire qu'il n'y a que ça, mais la vérité est que j'ai besoin de prendre mes distances par rapport à tout ce petit monde. Ho, bien sûr, je suis toujours déterminé à rester avec eux, mais j'ai vécu tellement longtemps tout seul que j'ai beaucoup de mal à vivre en "communauté", même restreinte. Parfois, je me dis que décidément je tiens plus d'une sorte d'animal bizarre que d'un vrai être humain. Pourtant, je suis un homme, même si on m'a pris la plupart des choses qui font de nous que nous sommes hommes. Mes possessions (dont je me moque à la limite), ma famille, mes amis, mon nom. Je ne suis plus qu'un homme qui rôde là où les autres ne traînent pas plus qu'ils ne le jugent nécessaire. Toute la journée se déroule ainsi. Je prends de l'avance, je déchiffre la piste, les autres arrivent, je leur montre le chemin, et je repars. Puis le soir arrive, et nous faisons une halte. Ayant fait des provisions, nous n'avons pas eu besoin de chasser pour manger, ce qui nous a fait gagner beaucoup de temps. Tandis que les autres se mettent ensemble pour manger, je me mets dans un petit coin à l'écart que j'avais repéré. De toute façon, je ne pense pas leur manquer. Je commence à mâcher ma nourriture, de la viande séchée, plus quelques baies que j'avais trouvées en chemin. Soudain, je sens une présence s'approcher. Pas très discrète, mais ce n'est sûrement pas le but. Je ne bouge pas, je vois de qui il s'agit.
-Vous êtes toujours aussi social?
La voix de la magicienne est moqueuse, comme souvent.
-Que me voulez-vous?
-En voilà des façons d'accueillir de la compagnie. Moi qui venais juste vous saluer.
-Ce serait étonnant.
-Ha? Tant pis. J'ai une question à vous poser.
-Allez-y.
-Comment vous faites pour voir?
La question me surprend.
-Pourquoi ça?
-Hé bien.... Je suis magicienne, et curieuse. Je sens bien que vous employez une forme de magie, mais ce n'est pas la même que la mienne. Ca marche comment?
J'hésite un peu avant de répondre.
-Hé bien, disons que cette "magie" se dégage de mon corps, et percute les objets environnants, avant de revenir vers moi et de renvoyer la forme et la distance des objets.
-Je vois. Et vous voyez partout à la fois?
-En effet.
-C'est un peu comme les chauves-souris, alors.
-En effet.
-Mmmm. Intéressant. Et d'où tenez-vous ça?
-On me l'a appris. J'ai rencontré quelqu'un qui m'a entraîné.
-Et la source?
-La source?
-D'où vous vient cette magie?
-Autant que je sache, de moi-même. Mon... maître m'a dit que chaque être humain a une forme d'énergie qui est la source même du fait qu'il vit. Et avec un entraînement suffisant, on peut l'assujettir et s'en servir pour diverses choses, notamment voir.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, le fait de parler de tout ça me fait du bien. C'est la première fois que l'on parle de ma particularité sans peur, gêne, ou incrédulité, mais comme d’un phénomène. C'est agréable.
-Et vous pouvez faire d'autres choses avec ? reprend-elle.
-Je peux tout concentrer sur une seule direction. Je ne vois plus le reste, mais les informations qui me reviennent sont beaucoup plus précises.
-Par exemple?
Je me concentre sur une souche d'arbre non loin.
-Dans cette souche se trouve une colonie de fourmis qui se nourrissent de la sève restante. Il y a plusieurs niveaux de mousse qui forment un...
Soudain, j'entends un bruit. Comme un arc tiré. Mais trop tard. Quelque chose me frappe le crâne violemment. Je tombe au sol. Tout devient noir.
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 20:05

Yoko
Que s’est-il passé… Je… je me souviens. Je parlais… avec Aaron. Et puis plus rien. Où suis-je ? Je suis allongée. Je ne sais pas où. Ma tête me fait mal. Je sens un liquide amer couler dans ma bouche. Je voudrais m’assoire, mais quelque chose… ou quelqu’un m’en empêche. Et je n’ai pas assez de forces pour lutter. Je parviens à entrouvrir les yeux et discerne les contours d’un visage avant de sombrer une nouvelle fois dans les ténèbres.

Une vague de sensations des plus désagréables m’envahit alors que j’émergeai pour la seconde fois. C’était comme si… j’avais été droguée. Une douleur sourde avait élu domicile dans ma tête, comme si quelque étrange créature s’amusait à donner coups de pieds et coups de mains à l’intérieur de mon crâne, en une danse effrénée. Je grimaçai. Je lui serais reconnaissante d’aller danser ailleurs.
Un goût amer et inconnu s’était attardé dans ma bouche, ajoutant encore à l’inconfort de la situation. Je tentai de bouger un bras, mais quelque chose m’en empêchait. Terrible force de pesanteur. J’avais la déplaisante impression que quelque chose clochait sans parvenir à trouver quoi. Et ce, depuis que je m’étais réveillée. Réveillée. Attends une seconde. Si je viens de me réveiller, qu’est-ce que je fais debout…
J’ouvris les yeux. La paroi d’une caverne me faisait face, recouverte de peintures. Plusieurs niches avaient été creusées à même la roche, abritant parfois une statue de pierre d’un goût douteux.
A près de trois mètres en dessous, un homme et un garçon qui ne devait pas avoir plus d’une douzaine d’années s’affairaient autour de ce qui ressemblait à un énorme chaudron rempli d’eau. Et moi, j’étais suspendue au-dessus du sol, par une corde probablement. Des liens serrés avec soin entravaient le moindre de mes mouvements.
Je perçus un mouvement juste derrière moi. Je ne pouvais pas me retourner suffisamment pour le voir, mais je n’avais cependant que peu de doute quant à l’identité de mon compagnon d’infortune.
-Aaron ?
-Oui.
Le jeune garçon s’écarta du chaudron puis leva la tête vers nous. Après quelques secondes d’observation mutuelle, l’archer prit la parole.
-Qui êtes-vous ?
Le garçon prit un air important, et posa ses poings sur ses hanches. Si j’avais eu des doutes sur la capacité de ces gens à comprendre la langue que nous employions, sa réponse les balaya rapidement.
-Je suis le troisième fils du grand sorcier des Taïgann.
-Ne parle pas avec la nourriture Notoha.
Le dénommé Notoha jeta un regard vaguement énervé vers l’homme qui venait de parler, haussa les épaules, puis se remit en devoir d’allumer un feu sous le chaudron. Je manquai de m’étouffer.
-La… pardon ?
Le silence fut ma seule réponse. Sans un mot de plus, les deux curieux personnages terminèrent leur sinistre besogne avant de s’éloigner.
-C’est une impression… ou ils comptent nous manger ?
-Tu les as entendu.
Je grimaçai.
-J’espérais m’être trompée…
-Tu peux utiliser ta magie pour nous sortir de là ?
-Je pense.
La manœuvre allait me demander pas mal d’énergie, mais c’était faisable. Je devais… nous maintenir en lévitation au-dessus du sol, briser ces liens, puis nous déposer, en douceur si possible, sur le sol de la caverne. Je fermai les yeux et commençai à me concentrer. A essayer de me concentrer. Sans y parvenir. Qu’est-ce que… Non. La boisson de tout à l’heure. Alors c’était ça.
-Je… crois qu’il va nous falloir trouver autre chose…
-Pardon ?
Je soupirai.
-Ils ont inhibé ma magie.
-Comment ça?
-Je crois… qu’on m’a fait boire quelque chose tout à l’heure. Ce devait être une sorte de drogue…
-Et ça fait effet combien de temps ?
Je jetai un œil en-dessous de moi.
-Plus de temps qu’il n’en faudra à l’eau pour… bouillir, j’en ai peur. Et à supposer que les effets se dissipent d’eux-mêmes…
-Alors il va falloir trouver autre chose.
-Des idées ?
-Il faudrait couper la corde.
-Comment ?
-Je devrais pouvoir… me libérer suffisamment une main. Si on arrive à atteindre une de ses statues et à en casser un morceau… c’est de la pierre polie. C’est tranchant.
-Ils n’apprécieront certainement pas qu’on casse le mobilier…
Il me sembla percevoir une note d’amusement dans le ton de la réponse qui me parvint.
-Comme je n’apprécie généralement pas d’être mangé. Il y a une statue à moins de trois mètres devant moi.
-Très bien. Alors à trois, j’imprimerai une première impulsion. Vers l’arrière. Un… deux…
Je prononçai le dernier chiffre, et nous commençâmes à nous balancer joyeusement au-dessus de la marmite, d’avant en arrière. L’archer frappa une première fois la statue de sa main libre, essayant d’en briser un morceau. Une deuxième fois. Une troisième fois.
-Encore un peu ! La prochaine sera la bonne.
Une fois encore, nous arrivâmes à l’opposé de notre objectif, je donnai une dernière impulsion, avant de me sentir repartir vers l’arrière. Nous passâmes une nouvelle fois par le point le plus bas, pour continuer notre chemin vers la statue.
-Je l’ai ! Continue le mouvement pendant que je coupe la corde.
La voix était à peine essoufflée. Je grimaçai.
-Ca va faire mal…
Je continuai néanmoins à imprimer à la corde un mouvement de balancier pendant quelques allers-retours encore. Un coup d’œil jeté distraitement vers le bas au passage m’apprit que l’eau n’était plus très loin de son point d’ébullition. Ils n’allaient sans doute pas tarder à revenir…
-Vite !
-J’y suis presque. Je donnerai le dernier coup quand nous aurons passé la marmite.
Le point le plus bas se rapprochait pour ce dernier passage à une vitesse prodigieuse. Bon gré, mal gré, je me préparai au choc. Et la corde céda.
Nous atterrissâmes d’abord sur nos pieds. L’onde de choc se propagea le long de mes jambes, me déséquilibrant. J’entraînai l’archer dans ma chute et nous finissâmes superbement notre course, étalés sur le sol meuble de la caverne. Après quelques instants nécessaires pour reprendre mes esprits, je me levai, tout en me débarrassant de ce qu'il restait de la corde. L’archer avait fait de même, et s’était attelé à la fabrication d’un arc de fortune.
J’esquissai un sourire.
-Très amusant comme petit jeu.
-On n’est pas encore tiré d’affaire. Il faut sortir d’ici avant qu’ils reviennent.
J’acquiesçai devant le bien fondé de cette remarque et suivis l’archer vers ce qui semblait être une sortie, tâchant d’adopter comme lui une attitude aussi discrète que possible. Alors que nous arrivions au niveau de l’entrée du tunnel, il s’arrêta un instant. J’essayai d’écouter, mais je n’entendais aucun bruit autre que les battements de mon propre cœur.
-Ils arrivent. Toujours pas de magie ?
Je tentai une nouvelle fois de me concentrer. En vain.
-J’en ai l’impression…Il va falloir se débrouiller autrement… ou trouver ce fameux grand sorcier Taïgann…

Mélanie
Nous avions finalement décidé de repartir du village. Nous avions fait le plein de vivres, nos vêtements étaient à nouveau propres et nos armes pouvaient de nouveau porter ce nom. Et à la grande surprise de mes compagnons, j’avais refusé de remettre mon masque qu’ils avaient rapporté avec eux la nuit où je leur avais révélé mon secret… ce qui avait amusé Reyan qui ne s’était pas privé de faire quelques remarques qu’il pensait bien placées.
Ma discussion avec Anaëlya la veille m’avait remise les idées en place et surtout, m’avait redonné un peu d’espoir… un léger espoir, certes, mais c’était toujours mieux que rien…
Toute la journée, je ne cessais de retourner les mots du vieux mage dans mon esprit… cherchant à en percer le sens… à découvrir quel était ce sacrifice que je devrais consentir pour enfin me débarrasser de la malédiction qui me pesait… Mais plus j’y pensais et plus j’avais l’impression de m’éloigner de la solution…
Lorsque le soir vint, nous nous arrêtâmes pour nous reposer et manger. Toute la journée, Aaron était resté en retrait de nous tous… ou plutôt en avance. Il avait préféré suivre la piste qui se refroidissait beaucoup trop vite au vu de nos nombreux arrêts et nous assurait le chemin vers la forteresse du mage noir. Et de nouveau, lorsque nous nous arrêtâmes ce soir-là, il s’en alla à l’écart.
Moi-même je me mis un peu en retrait… J’avais surtout besoin de réfléchir encore à cette énigme… Anaëlya me rejoignit un instant.
-Toujours en train de vous apitoyer sur vous-même ou vous avez enfin retrouvé la raison ?
-Si tu es venue pour me faire profiter de tes sarcasmes tu peux repartir. J’ai des choses plus importantes auxquelles penser.
-Vous réfléchissez à l’énigme alors ?
-C’est tout ce que j’ai alors oui. Mais je ne vois toujours pas…
-Ca va venir… Ne vous en faites pas. Nous finirons par trouver.
J’espère, pensai-je…
Anaëlya s’en alla et s’éloigna du campement… Je vis alors Linyia s’approcher, regardant la magicienne partir en fronçant les sourcils. Puis, elle s’assit à côté de moi.
-Qu’est-ce qu’elle te voulait ?
-Juste prendre de mes nouvelles. Il faut avouer que personne ne parle énormément en marchant.
J’observais le petit groupe qui s’était formé. Reyan amusait Gurdil et Arya avec quelques tours dont il avait le secret… C’était probablement le plus joyeux de la bande…
-Ecoute, dit Linyia. J’ai bien réfléchi à tout ça… Et… il y a forcément un moyen de tout arranger, non ? Si quelqu’un t’a lancé cette malédiction, il y a forcément un moyen de la rompre.
-Ne te mêle pas de ça, Linyia.
-Mais…
-S’il te plait. Je te l’ai déjà dit. Je ne veux mêler aucun de vous à tout ça. C’est mon problème, Linyia. Et il n’y a rien que tu puisses faire pour m’aider à part me laisser m’en occuper par moi-même.
-Tu es… mais qu’est-ce que tu as enfin, Alastar ? Je suis sûre que si on s’y met tous, on trouvera forcément une solution…
-Ce n’est pas comme si on te mettait un petit problème sous le nez, Linyia. C’est beaucoup plus compliqué et aucun d’entre vous ne peut m’aider. Alors, s’il te plait, oublie.
Elle resta un moment silencieuse et baissa les yeux.
-Tu crois donc que tu es le seul à souffrir ici ?
-Linyia… Je sais que… chacun d’entre nous a ses secrets. Ca se voit dès le premier coup d’œil. Mais je ne supporte pas la pitié des autres… Ca ne sert à rien de s’apitoyer sur le sort des autres. Nous avons déjà tous beaucoup à faire avec nous mêmes… Et tu n’es pas différente. Je sais que toi aussi tu souffres de quelque chose. Alors ne cherche pas à m’aider et trouve plutôt la solution à ton problème au lieu de penser au mien.
-Les hommes sont vraiment des imbéciles, dit-elle en se levant pour aller s’asseoir près du feu, s’enroulant dans sa couverture et regardant Reyan divertir les autres sans le voir.
Je ne supportais pas la pitié… et encore moins la sienne… Pourquoi les gens ne pouvaient-il pas s’empêcher d’éprouver de la pitié face à ceux qui avaient des problèmes… Qu’est-ce que ça leur apportait franchement ? Et qu’est-ce que ça apportait à ceux dont ils avaient pitié ?


Dernière édition par Yoko le Ven 20 Fév 2009 - 17:29, édité 1 fois
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 20:08

Starman
-Ou trouver ce fameux sorcier Taïgann.
-Je vois.
J'entends plusieurs hommes approcher, cherchant sûrement à savoir d'où viennent ces bruits que nous avons indubitablement faits en tombant. J'inspecte les alentours, cherchant quelque chose qui pourrait faire office de flèche pour mon arc improvisé. A ce moment, je trouve des sortes de brochettes près de la marmite, et les ramasse.
-Des brochettes ? demande Anaëlya. Je ne crois pas que ce soit le moment de manger.
-C'est un peu juste, mais ça devrait être assez pointu pour faire l'affaire. Mais il faudra que j'économise.
-Heu... tu comptes affronter nos hôtes avec ça?
-Sauf si tu as une meilleure idée.
-Heu, on pourrait utiliser la statue, non?
Plus tard, ils entrent dans la grotte où nous étions attachés. Ils poussent quelques cris de stupéfaction comme: "La nourriture s'est échappée" , ce genre de choses. Puis ils examinent les lieux. Anaëlya et moi sommes cachés derrière la statue qui a servi à nous libérer. A un moment, ils sont installés face à nous, commençant à comprendre où nous sommes.
-Maintenant, dis-je.
Alors nous poussons la statue, qui s'effondre sur nos assaillants. Un seul en réchappe, que j'abats d'une brochette dans la jugulaire. Puis nous retournons dans le couloir, progressant plus au hasard qu'autre chose, espérant trouver soit la sortie soit ce fameux sorcier.
-Il fait plutôt sombre, non ? murmure la magicienne.
-Je ne saurais dire.
-Oui, bien sûr.
Alors, nous arrivons dans la "salle de séjour". Pleine de cannibales, qui mettent une seconde avant de remarquer notre présence… avant de nous poursuivre par dizaines.
-Une autre idée géniale?
-Oui. Cours.
Et je m'élance sur le côté, bientôt suivi d'Anaëlya. Et nous courrons, prenant un couloir, passant par un autre. Je m'arrête de temps en temps pour abattre l'un d'entre eux et les ralentir. Mais je remarque qu'ils sont en train de nous rabattre vers l'intérieur de la grotte. Tôt ou tard, nous allons tomber dans un cul-de-sac, et là, nous n'aurons d'autre choix que de faire face à la vague. Soudain, ma compagne d'infortune m'interpelle.
-Aaron, je sens une présence magique par ici.
-Je croyais que tu étais coupée de ta magie.
-Oui, mais je ressens toujours celle des objets et des autres gens. Il y a quelque chose par là.
Elle me montre un couloir sur sa gauche.
-Allons-y. Si nous pouvions récupérer tes pouvoirs, cela nous aiderait beaucoup.
Et nous nous engouffrons dans le passage, toujours poursuivis. Mais nos agresseurs nous rattrapent petit à petit. Si nous continuons de cette manière, nous sommes perdus. Soudain, je remarque une sorte d'entrepôt pour la nourriture… Je stoppe brusquement ma course.
-Aaron?
-Un instant.
Je saisis une torche, et la lance dans l'entrepôt. La vague panique en voyant mon geste et arrête de nous poursuivre.
-On a gagné un peu de temps, je pense.
Nous finissons par arriver là d'où vient la magie (d'après Anaëlya). Nous entrons dans la salle et voyons un vieil homme peinturluré. Le sorcier, sans doute. Nous bondissons sur lui et le maîtrisons rapidement.
-Tremblez, mortels, psalmodie-t-il, tremblez devant la colère du grand Booloo-Booloo.
-Booloo-Booloo ? s'interroge la magicienne.
-Un dieu local, sans doute, répondis-je. Bon, où est l'antidote à la drogue que tu as donnée à mon amie?
-Je ne dirai rien, je ne parle pas à la nourriture.
Sans un mot, je lâche notre prisonnier, et remarque avec plaisir des cendres encore fumante près du feu au centre de la pièce, ainsi qu'une petite pelle. J'en ramasse quelques unes, celles qui ont l'air les plus chaudes.
-Ouvre-lui la bouche, dis-je à Anaëlya.
Le sorcier essaie de se débattre, mais c'est un vieillard, et il ne peut se dégager.
-Non, arrêtez, je vais parler!
-Alors?
-Heu... comment dire c'est assez vexant.
-Oui?
-Hé bien, les effets se dissipent tous seuls généralement.
-Quoi ? s'écrie-t-elle Quand ?
-Heu, bientôt, je le crains.
N'ayant plus rien à en tirer, je l'assomme avec la petite pelle.
-Joli coup.
-Merci. Ta magie revient?
Elle semble se concentrer un instant.
-C'est encore un peu vaseux, mais ça revient.
-Tant mieux, parce que je crois que le comité d'accueil arrive.
Les cannibales déboulent dans la salle, visiblement énervés. A ce moment précis, Anaëlya lance une boule de feu, qui passe au-dessus d'eux, mais les débris retombent sur eux et les brûlent sévèrement. J'en conclus que la magie est revenue.
-Encore raté, fit-elle.
-Je crois que tu aurais besoin de quelques cours de visée.
-C'est une proposition?
-Peut-être.
J'en abats quelques uns avec mes flèches improvisées. Grâce à la magie d'Anaëlya, ils sont défaits en quelques minutes. Nous profitons du désordre créé pour nous enfuir de la grotte.
-Et maintenant ? demande-t-elle.
-Espérons que nous ne sommes pas trop loin du reste du groupe.
Mais j'avais bon espoir. Il faisait encore nuit, donc nous ne sommes qu’à quelques heures de marche à peine.

Macros
Une fois n’est pas coutume, aucun monstre, assassin ou catastrophe naturelle n’avait perturbé la soirée, bien qu’Anaëlya et l’aveugle brillaient par leur absence. Pour ne pas déroger à la tradition, Alastar boudait dans son coin de façon plus qu’ostentatoire. Tout dans son attitude disait : « Je suis l’homme le plus malheureux du monde, fichez moi la paix que je puisse l’assumer pleinement. » Nul doute qu’il devait s’assimiler au héros d’une quelconque tragédie comme on en voyait tant à travers les Royaumes civilisés. Je les avais toujours trouvé d’un ennui… Ce qui ne m’avait pas empêché d’en jouer, après tout, un acteur gagne sa vie en jouant ce qui plait aux autres, pas à lui.
Pour l’heure, j’étais d’ailleurs occupé à faire la démonstration de quelques morceaux de mon répertoire qui m’avaient valu un franc succès à travers les villes de Lorelia. Même si certains nobles semblaient ne guère goûter l’humour, comme en témoignaient mes ennuis actuels. Jouer avait tendance à me rappeler que tous ceux avec qui j’avais appris le métier d’acteur étaient désormais morts, assassinés par une bande de fanatiques encapuchonnés. Qui ne s’arrêteraient pas avant de m’avoir envoyé les rejoindre. Combien de temps pourrais-je leur échapper ? Une lune ? Deux ? Le « record » était jusqu’à présent détenu par l’archiduc d’Ecaz, qui avait déclaré une guerre ouverte au Culte de Talos. Il avait vécu cloîtré dans son palais, entouré d’une escouade de gardes d’élites triés sur le volet, et avait échappé à huit tentatives d’assassinats en sept lunes. La neuvième avait fini par porter ses fruits… Et moi, je n’avais ni palais ni armée derrière laquelle me protéger.
J’étais apparemment condamné à courir de royaume en royaume jusqu’à ce qu’ils finissent par me rattraper. Sauf si… Sauf si j’allais régler le problème à la source. Je ne pouvais pas m’attaquer à leur secte, mais je pouvais peut-être m’occuper de celui qui les avait envoyé à mes trousses ? Le duc de Cormyr était puissant… Mais ce n’était qu’un homme. Oui… C’était la seule solution. Il me voulait vivant ? Il allait m’avoir. Mais pas de la façon qu’il aurait imaginée. Dès que j’aurais réglé cette ridicule histoire de sorciers, je retournerais à Lorelia avoir une conversation franche avec l’homme qui voulait ma tête avec tant d’acharnement.
Mes pensées actuelles ne m’empêchaient pas de poursuivre mon jeu d’acteur devant le public réduit que constituait l’elfe et le nain du groupe. Je constatai que Linyia s’était également mise à observer à distance respectable, ainsi que l’étrange créature que nous avions ramassée sur notre route. Je conclus sur une imitation irrévérencieuse de l’empereur de Cyrodiil, Uriel Septim, dit « le Bègue », dont Barle disait qu’il avait failli déclencher une guerre entre Lorelia et Cyrodiil. C’était sans doute très exagéré, mais la pensée qu’un simple acteur pouvait influer sur le destin d’aussi vastes forces était assez réjouissante. Je venais à peine de finir, m’inclinant sous des applaudissements imaginaires, qu’Anaëlya et Aaron choisirent ce moment pour réapparaître, quelque peu essoufflés et les vêtements dans un piètre état. En fait, il y avait même des traces de brûlure…
-Laissez-moi deviner : vous avez réveillé un dragon dans son sommeil et ce dernier à voulu vous frire. Ce qu’il va à présent faire, avec nous en prime.
-Euuuh… Rien d’aussi dramatique, mais si on pouvait reprendre la route, ça ne serait pas forcément une mauvaise idée…
Alastar avait fini par sortir de son humeur mélancolique.
-Qu’est-ce qui se passe, maintenant ?
-Oh, rien, des hôtes un peu pressants… Qui pourraient bien avoir la mauvaise idée de ne pas encore avoir renoncé à nous faire profiter de leur hospitalité.
La petite compagnie se mit lentement en ordre de marche. L’avantage de la vie d’un groupe, c’est qu’au moins, on ne s’ennuie jamais…

Mélanie
Anaëlya et Aaron arrivèrent, visiblement essoufflés et quelque peu inquiets… Je m’approchai du groupe qui s’était reformé.
-Qu’est-ce qui se passe, maintenant ? demandai-je.
-Oh, rien, des hôtes un peu pressants… Qui pourraient bien avoir la mauvaise idée de ne pas encore avoir renoncé à nous faire profiter de leur hospitalité.
Nous nous remîmes donc en marche en espérant ne pas tomber sur les fameux hôtes… Aaron reprit le chemin en avance et nous suivîmes. Mais durant la marche, je rejoignis Anaëlya.
-Qu’est-ce qui s’est passé exactement ?
-Disons que nous nous sommes fait capturer par des… anthropophages…
-Tu rigoles ?
-Pas du tout…
-Comment vous vous êtes débrouillés ? Aaron est aveugle, d’accord, mais il sait se battre et toi avec tes pouvoirs…
-Ils nous ont pris par surprise, en nous assommant… et ils ont trouvé un moyen de neutraliser ma magie…
-Quoi ?
-Ca n’a pas duré, rassurez-vous. J’ai retrouvé mes pouvoirs.
-Essaye de ne pas nous refaire un coup pareil, d’accord ?
-Pourquoi ? Vous vous inquiétez pour moi maintenant ?
-Tu es la seule qui peut m’aider pour ce que tu sais. Alors ne t’avise pas de mourir avant qu’on ait trouvé la solution.
-Je vois, dit-elle simplement.
Je repris ma marche et croisai le regard de Linyia… Un regard noir… Mais qu’est-ce qu’elle avait ? Elle détourna le regard et nous continuâmes d’avancer…
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 20:10

Starman
Nous nous étions mis en route beaucoup plus tôt que nous ne le pensions en raison de "l'incident" avec les cannibales. A vrai dire plutôt une mesure de précaution qu'autre chose, je ne pense pas qu'ils se soient mis en tête de nous prendre de nouveau par surprise. Ils n'ont rien de combattants ou de guerriers, ils ne sont probablement pas assez nombreux et entraînés pour s'en prendre à un groupe en armes. Néanmoins, on n'est jamais trop prudent. La journée passe plutôt vite, nous progressons raisonnablement et je pense que devons bientôt nous rapprocher de notre objectif. Au coucher du soleil, nous faisons halte de nouveau. Aussi étonnant que cela puisse paraître, nous n'avons été victime d'aucune agression d'aucune sorte. Nous puisons dans les provisions données par les amis d'Alastar pour manger un repas frugal, principalement de la viande séchée. Nous avons d'ailleurs droit aux commentaires ironiques de Reyan se plaignant du manque de confort de ces voyages organisés. Quand nous avons fini, je prends la parole.
-Normalement, nous arriverons demain à Fort Osthidren.
-Je connais, dit Reyan, c'est assez réputé, dans le genre "forteresse surarmée".
-Oui. Nous allons y faire halte pour collecter des renseignements. Je ne pense pas qu'une compagnie d'orques emmenant une paysanne passe inaperçu, étant donné leur réseau de renseignements. Nous verrons bien ce qu'il en est une fois sur place. Bonne nuit.
Je retourne m'asseoir et chacun vaque à ses occupations. La mienne consistant à rester assis et à méditer. Méditation vite interrompue par l'arrivée d'Anaëlya.
-Vous m'aviez proposé de m'apprendre à viser, dit-elle. Je me disais, pourquoi pas maintenant.
-D'accord. Je ne fais rien de particulier.
Nous nous mettons à l'écart, pour avoir suffisamment d'espace. Je confectionne rapidement une cible avec des brindilles et des bouts de bois. Puis je la mets à distance respectable.
-Bon, il n'y a pas cinquante façons d'apprendre. Il va falloir t'exercer jusqu'à ce que tu y arrives.
-Génial. Des conseils pratiques, pour la route?
-D'abord, tu dois trouver quelque chose qui te sert de repère dans l'espace. Quelque chose qui te sert de viseur, qui te donne une idée d'où tu vises. Généralement tu lèves la main pour faire ta boule de feu, si tu mets ton bras vers ta cible, et que tu te sers de ton autre bras comme soutien en dessous, tu as un point de repère dans l'espace relativement précis et ton bras tremblera moins. Ensuite, l'autre difficulté est le fait que dans le feu de l'action, on a tendance à se laisser déconcentrer par ce qui nous entoure. Il faut faire abstraction de tout ça, et ne penser qu'à ta cible, ne voir que ta cible. Le monde doit disparaître tout autour. Essaie, mais à puissance minimum. Tu ne dois pas te fatiguer, et je n'ai pas envie de rayer le paysage de la carte.
Elle fait ce que je lui dis. Elle rate sa cible d'au moins 20 centimètres au-dessus.
-Recommence.
Elle réessaie. Encore raté.
-Recommence.
Encore un essaie, encore un échec. Fort heureusement, ses "boules" de feu se dispersent dans l'atmosphère avant de toucher un arbre ou autre chose. Au fur et à mesure de ses tentatives, cependant, elle passe de plus en plus près de la cible, tant et si bien que finalement... Une boule de feu finit par atteindre ce que j'avais confectionné, le réduisant en cendres.
-Alors ? me demande-t-elle, le sourire aux lèvres.
-Bien, pour un début.
-On ne peut pas dire que tu sois très enthousiaste.
-Désolé, je n'ai pas le compliment facile. Néanmoins, pratique régulièrement en gardant ce que je t'ai dit en tête, et ça devrait progresser relativement vite. Les circonstances seront sans doutes moins favorables la prochaine fois que tu auras à tirer sur quelque chose.
-D'accord, je vois. Pfiou, je crois que je vais dormir.
-Ce serait sage.


Le lendemain, après une bonne nuit de sommeil, nous repartons à l'aube en direction de Fort Osthidren. Le voyage se passe sans histoires, et nous arrivons en direction du fort. Celui-ci est complètement en ruines. Comme si il avait subi un siège particulièrement brutal.
-Qu'est-ce qui s'est passé ? demande Alastar.
-Hé bien , on dirait que nos amis ont eu des soucis récemment, ironisa Reyan.
-Hmmmm, il y a eu de la baston par ici, répliqua Gurdil.
-Il faut aller voir s'il y a des survivants, dit Arya.
-Jorel a peuuuuuuur.
Après un court moment de discussion, nous décidons d'aller voir ce qu'il s'est passé. Nous trouvons la porte du Fort grande ouverte, et non pas détruite comme je m'y attendais. Trahison à l'intérieur du fort? Ou bien...
Une fois à l'intérieur, nous assistons à un spectacle répugnant: des centaines de cadavre sont étendus un peu partout au sol. Tout le monde est trop choqué pour parler. Même l'acteur ne trouve aucun bon mot à dire. Néanmoins, quelque chose me gêne. Il y a ici une espèce d'aura maléfique qui plane que je n'arrive pas à identifier.
-Nous n'avons plus rien à faire ici, dit Reyan. Partons.
Soudain, nous entendons un bruit derrière nous. La grille du Fort s'est fermée.
-Heu, Gurdil, chuchota l'acteur, tu n'as pas eu l'idée saugrenue de fermer la porte derrière nous?
-Qu’est-ce que tu racontes, encore. J'étais juste derrière toi depuis qu'on est dans ce foutoir.
Soudain, je perçois un mouvement parmi les cadavres. Puis deux, trois, une centaine de morts commencèrent à bouger plus ou moins en même temps.
-Attention, hurlai-je.
Ils se levèrent et, profitant de notre relatif dispersement, nous séparent les uns des autres.
-Hé, les gars, fit l'un des morts, regardez, des secours.
-Vous savez ce que ça veut dire?
-Ouais. A table!

Macros
L’accueil de la forteresse avait été loin de ce à quoi l’on pouvait s’attendre. Un frisson glacé parcourut mon échine lorsque les corps se mirent à bouger un à un, se relevant sous nos yeux, nous fixant de leurs orbites entièrement blancs. Chacun de nous était resté tétanisé par cette manifestation de magie noire, ne sachant trop comment réagir…
-Eh les gars, regardez, des secours.
-Vous savez ce que ça veut dire ?
-Ouais. A table !
Les corps se mirent à avancer vers nous, d’un pas incertain au début, avant que leurs gestes ne commencent à gagner en fluidité. Néanmoins, la perspective de servir de repas à ces choses sembla suffire à chacun de nous pour se remettre en action. Je logeai un carreau d’arbalète dans l’estomac du plus proche, qui tomba à la renverse, avant de dégainer ma rapière et de transpercer de part en part un second mort vivant. La créature fut parcourue d’un frisson, avant qu’un sourire cruel ne naisse sur ses lèvres. Elle tenta de me saisir le bras, que je retirai au dernier moment avec mon arme. Celui que j’avais abattu d’un trait commençait lui aussi à se relever… Et d’autres approchaient… J’entendis la voix d’Alastar retentir.
-Il faut se regrouper !
Haletant, je parai l’assaut d’un des zombies avant de répondre.
-Ils n’ont… pas l’air de vouloir… nous laisser faire…
J’essayai de repérer le membre du groupe le plus proche tout en gardant ces monstres à distance. Anaëlya et Aaron n’étaient pas si éloignés, mais j’allais avoir du mal pour les rejoindre… Ce bref coup d’œil me fit prendre également conscience d’autre chose.
-On va se faire massacrer si on reste là !
-Dans les bâtiments ! On essayera de se retrouver plus tard. Vite !
Personne ne se le fit dire deux fois. Je piquai un sprint vers la porte la plus proche, priant pour qu’un autre comité d’accueil ne se trouve pas derrière. Du coin de l’œil, je vis qu’Anaëlya cherchait à atteindre le même point. Avec un peu de chance, on pourrait établir une défense plus efficace à deux… Ecartant un zombie d’un coup de pied, je perdis l’équilibre, tombant vers le sol, effectuant une roulade improvisée pour continuer à avancer, me relevant en équilibre précaire, avant d’atteindre la porte - enfin, je m’effondrai dessus davantage - qui s’ouvrit à la volée sous le poids de mon corps. En un instant, Anaëlya était là elle aussi et m’aidait à la refermer afin d’empêcher nos poursuivants d’entrer… Saisissant une hallebarde en bon état, je me servis de sa hampe pour bloquer les battants, dans l’espoir de gagner un peu de répit.
-J’en ai assez de ces gens qui me veulent comme repas…
Je me tournai vers Anaëlya qui comme moi cherchait à reprendre son souffle.
-J’imagine que vos cannibales avaient au moins la décence de mourir comme tout le monde. Par tous les dieux et leurs putains, c’est quoi ces trucs !
-Je… ne suis pas sûre. Ca dépasse de loin tout ce que j’ai pu voir… Ramener d’un coup autant de personnes à la vie…
Pendant qu’elle en était à ses considérations académiques, je fouillai la pièce du regard. Apparemment, nous étions dans une annexe de la caserne, qui pour le moment restait déserte. Mon attention se porta sur une épée large suspendue à son râtelier. Sans doute plus efficace qu’une rapière contre ces choses…
-Eh… Vous savez vous servir de ça ?
-C’est pas bien compliqué. On cogne et on réfléchit ensuite.
Malgré notre situation, elle parvint à esquisser un sourire. Au moins quelqu’un qui semblait avoir un minimum d’humour !
-Plus sérieusement, j’avais un numéro avec un de ces trucs… Une série d’acrobaties et de jonglages plus spectaculaires qu’efficaces, mais bon, mieux que rien…
-Oh, bien. Donc il ne nous reste plus qu’à prier que ces choses soient tellement éblouies par votre performance qu’elles en oublient de nous dévorer…
-C’est… une façon de voir les choses.
Soudain, des coups sourds résonnèrent contre la porte. Apparemment, ils avaient trouvé quelque chose qui pouvait faire office du bélier. Nous échangeâmes un regard.
-Pourquoi se battre quand on peut courir ?

Mélanie
Mon épée siffla dans l’air, tranchant la tête de l’un des zombis qui nous avaient encerclés. Ils étaient trop nombreux… Il fallait battre en retraite… Nous ne pourrions pas les abattre tous… Je vis deux de nos compagnons s’enfuir dans une direction, poursuivis par quelques uns des morts-vivants… J’aurais voulu les suivre pour les aider, mais il y avait beaucoup trop de monstres devant moi…
-Dans les bâtiments ! On essayera de se retrouver plus tard ! Vite ! cria l’un de nous.
-Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda Linyia près de moi.
-Pas le choix. Il faut s’éloigner…
-Et les autres…
-Ils feront pareil. Suis-moi, dis-je en prenant son bras.
Nous nous mîmes à courir mais elle me retint.
-Attend ! Jorel ne peut pas courir aussi vite que nous…
Je ne perdis pas de temps et fis monter Jorel sur mon dos avant de reprendre mon chemin avec Linyia. Nous arrivâmes enfin dans l’une des pièces les plus importantes du château… L’armurerie, du moins l’une des armureries car la forteresse était si grande qu’elle devait bien en compter plusieurs. Je posai Jorel à terre et fermai la porte, la barricadant avec tout ce que je pouvais trouver de plus lourd et solide…
Après quelques minutes, je m’écartai de la porte… Je n’entendais pas de bruits de l’autre côté… Est-ce qu’ils nous avaient suivis ? En tout cas, je n’aimais pas cette situation… Il faudrait bien qu’on sorte d’ici… Ou ils viendraient nous chercher en premier… Mais il nous fallait d’abord un plan…
-Jorel peur… entendis-je derrière moi.
Je me retournai et vis Jorel prostré au sol… Linyia était près de lui et essayait de le rassurer.
-Ne t’en fais pas… On va s’en sortir… dit-elle doucement.
Mais il ne semblait pas l’écouter… Elle se releva en soupirant et tourna son regard vers moi… Je regardai de nouveau la porte… Pourquoi fallait-il à chaque fois que nous devions nous séparer que je me retrouve seul avec elle… Enfin quasiment seul… Jorel était là, mais il était tellement terrorisé que ça revenait exactement au même…
Enfin, je ne pouvais qu’espérer qu’elle ne mettrait pas sur le tapis l’un des sujets que je refusais d’aborder avec elle… Ce n’était pas le moment, elle devait bien s’en rendre compte…
Il fallait que je cesse de penser à ça… Il fallait que je me concentre sur un plan… Nous devions sortir d’ici… Il y avait toutes les armes dont nous pourrions avoir besoin… Et même davantage…
-Alastar… C’était peut-être pas une bonne idée de se cacher ici.
-Je sais… Mais il faut qu’on réfléchisse à la situation… On ne peut pas aller affronter ces choses sans se préparer.
-Tu as un plan ?
-Pas encore, soupirai-je.
-Alastar… J’aimerais qu’on parle.
-De quoi ?
-Tu sais très bien de quoi.
-Ce n’est pas le moment, Linyia.
-Ce n’est jamais le moment avec toi !
Je tournai le regard vers elle… Elle semblait furieuse, mais déterminée.
-Je t’ai proposé mon aide… Je t’ai proposé de me parler ! Et tu refuses ! Pourquoi ?
-Je te l’ai déjà dit. Je ne veux pas d’aide. Je ne veux pas parler.
-Et pourtant tu parles bien avec Anaëlya. Qu’est-ce qu’elle a de plus que moi ?
-Quoi ?
-Tu as très bien entendu ! Qu’est-ce qui te peut te plaire plus chez elle que chez moi ?
-Tu es jalouse de Anaëlya ? m’étonnai-je.
Elle détourna le regard, gênée…
-Est-ce que tu as écouté ce que je vous ai dit à tous quand je vous ai parlé de ma malédiction ?
-Oui, j’ai écouté ! Et je pensais que si tu avais besoin de parler ce serait à moi que tu demanderais ! Tu me l’as promis ! dit-elle les larmes aux yeux en me regardant de nouveau. Pourquoi tu refuses de me parler ?
-Linyia…
-Pourquoi tu refuses de rester près de moi ? De me laisser t’aider ? Pourquoi tu refuses alors que tu acceptes l’aide de Anaëlya ?
-Parce que je ne suis pas amoureux d’elle ! répliquai-je énervé en haussant la voix.
Linyia ne répondit pas… Je me rendis compte de ce que je venais de dire… Je venais de lui avouer mes sentiments…
Je me passai les mains sur le visage en respirant profondément.
-Alastar…
-Tu es contente ? Tu as entendu ce que tu voulais ?
-Je…
-Je te l’ai dit. Je ne veux pas te faire de mal… Je ne veux prendre aucun risque. C’est pour ça que je préfère rester loin de toi. Si… Si je venais à te faire du mal, Linyia, je ne me le pardonnerais jamais.
Elle resta silencieuse en baissant les yeux vers le sol.
-C’est réellement si horrible que ça ce qui peut arriver ?
-Tu n’as pas idée… Je… Je ne veux pas que ça recommence, Linyia… La… première fois que j’ai aimé… j’ai…
Les mots avaient du mal à sortir de ma bouche… Ce souvenir était des plus douloureux… J’hésitai un instant avant de continuer… Mais il fallait qu’elle comprenne…
-Je… La première femme que j’ai aimée… je l’ai abusée… Nous nous désirions tous les deux et je n’ai rien pu faire pour aller contre ça… J’ai été violent envers elle… Et malgré… qu’elle me demande d’arrêter… je…
-Alastar…
-J’ai continué… Je l’ai frappée… violée… A la fin… Elle…
-Alastar…
-Elle baignait dans son sang… Ce n’est qu’à ce moment que j’ai repris le contrôle de moi-même… Une fois que j’avais commis l’irréparable.
Ma voix tremblait… Je revoyais tout ce qui s’était passé…
-Après ça… J’ai été emprisonné pendant six mois… Six mois accroché à un mur dans une cellule… pour ce que j’avais fait… Puis j’ai été renvoyé du village…
-Est-ce qu’elle…
Je me tournai vers Linyia. Les larmes coulaient sur ses joues… J’aurais tant voulu pouvoir la réconforter… La tenir contre moi… simplement… Mais je savais que rien que cela pourrait nous conduire au pire…
-Elle a survécu… Mais de peu… finis-je.
Il y eut un nouveau moment de silence…
-Alastar… Je comprends… Mais… Je… J’ai… besoin de toi…
-Pourquoi ?
Quand elle releva le regard vers moi… je vis dans ses yeux une lueur de détermination… Et je compris qu’elle répondrait à ma question sans se défiler cette fois et qu’elle m’avouerait ce qu’elle cachait…
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 20:12

Starman
Ma course pour leur échapper avait pris fin dans un cul-de-sac. Je me retourne, pour constater qu'une bande de morts-vivants me bloquent le chemin. Ils m'ont rabattu ici, m'ont piégé. Ils sont bien intelligents pour des cadavres.
-Et voilà, dit l'un d'entre eux. Te voilà seul. Avec nous.
-Soit réaliste, fit un second, tu fatigues à vue d’œil, t'as aucune chance de nous échapper.
-Je comprends que tu n'ai pas envie de te faire dévorer, reprit le premier, mais tu as ma parole; rends-toi et tu mourras sans souffrance d'abord.
-Que dalle, grogna un troisième, je veux l'entendre gueuler. Les cris, c'est la moitié du plaisir.
-Soit réaliste, tu n'as aucune chance de t'échapper.
-Je n'ai pas dit mon dernier mot, répliquai-je.
Je focalise ma "vue magique" tout autour de moi, cherchant un moyen de leur échapper, tandis qu'eux salivent d'avance, à l'idée de me partager. Ce qui est étrange, c'est qu'aucun de leurs organes vitaux n'a de réactions. D'un point de vue physique, ils sont morts. Et pourtant, ils bougent. Et commencent à s'approcher dangereusement de moi, lentement pour faire durer le plaisir, sans doute. Aucune chance de leur échapper. A moins que... Je prends mon élan et bondis sur un mur à ma droite, et prends appui dessus pour sauter en direction du mur qui me bloquait le passage. Utilisant mes bras comme levier, je passe par-dessus avant de retomber de l'autre côté.
-Hé merde.
-Choppez-le. Mais rappelez-vous: à moi la cervelle!
-Et moi le foi.
-Et moi, peu importe, mais beaucoup.
Sans perdre mon temps, je reprends ma course, cherchant un endroit où je pourrais m'abriter. Le bâtiment le plus proche est une espèce de bar, mais celui-ci semble barricadé. J'entends les zombies s'approcher dangereusement, et m'apprête à partir quand soudain, la porte de la taverne s'ouvre.
-Allez, vite, fit la voix d'Arya.
Sans chercher confirmation, je fonce et passe la porte à toute vitesse. A peine est-elle fermée que nous prenons tout ce qui nous passe sous la main pour bloquer la porte. Je constate d'ailleurs que cela a aussi été fait avec les fenêtres.
-Merci, fis-je.
-Il n’y a pas de mal, répond-elle.
-Haaa, je savais qu'il y avait de l'alcool nain, ici.
Inutile de me demander qui c'était je présume. Gurdil sort de derrière le comptoir, tenant en main plusieurs bouteilles de différentes sortes.
-Gurdil, fit l'elfe, ce n'est pas le moment de boire.
-T'inquiète. Je viens juste de penser à un truc nain. Si on mélange diverses sortes d'alcool, et qu'on l'enflamme, ça fait un explosif très puissant. Une invention de mon arrière grand-oncle, Ragnar l'Aggressif.
-Je n'en ai jamais entendu parler, fis-je.
-Bah, qu'est-ce qu'un vagabond comme toi connaît à l'Histoire naine?
Plus que tu ne l'imagines. Néanmoins, Arya intervient.
-Moi non plus je ne le connaîs pas.
-Et bien... disons qu'il était plus connu dans les tavernes naines que sur les champs de batailles.
-Je vois, rétorquai-je.
Après quoi, je reporte mon attention sur ce qui se passe à l'extérieur. Les morts se rapprochent de la taverne. Visiblement, ils ont remarqué qu'elle était préparée pour leur résister en cas d'attaque, ce qui a attiré leur attention.
-Gurdil, fis-je, tes cocktails sont bientôt prêts?
-J'ai presque fini. Y en a une dizaine en tout. Pourquoi?
-Ils arrivent.
Soudain, ils s'en prennent à la porte. Ils n'utilisent aucun outil, ils poussent tous en même temps. Et ils sont des centaines.
-La porte va céder, dis-je. Il n'y a pas de sortie de secours?
-On a vérifié, et non.
-Alors préparez-vous à vendre chèrement vos intestins.
Nous saisissons les cocktails de Gurdil, et nous préparons à l'assaut. La porte vole en éclats.
-Cool, il y a le nain avec eux.
-Ouais, demi portion, mais viande à profusion!
Je lance la bouteille sur l'un d'entre eux. Il s'enflamme et tente de s'échapper en hurlant.
-Haaaaaaaa! Je fonds! Je foooooooooonds!
Puis il s'écroule au sol.
-Ho mon dieu, ils ont tués Kenny!
-Espèces d'enfoirés!
Avant, qu'ils n'aient le temps de réagir, nous attaquons avec les armes du nain, les forçant à reculer, et à fuir momentanément. Mais nous sommes vites à court de munitions. Plus rien ne peux les arrêter. Nous saisissons nos armes, et nous attendons. Puis, ils reviennent.
Nous nous mettons en garde.
-Mords z'y l’œil, hurle le nain, en guise de cri de guerre.

Emma
J’essuyai mes larmes d’un revers de main, et levai les yeux vers Alastar. Je savais qu’à présent, je ne pouvais plus faire demi tour. Je devais le lui dire. Et si je voulais l’aider, il fallait qu’il sache la vérité sur mon passé.
-Parce que… J’ai besoin de toi, parce que tu m’aimes, justement, et parce que j’ai besoin de savoir que je peux encore être amoureuse. Que je suis capable d’éprouver du désir pour un homme, et… et…
Ma voix se brisa. J’étais incapable de continuer, j’avais trop peur de sa réaction. De ce que je lirais sur son visage au moment où je lui annoncerais…
-Oui ? Linyia ?
Il avait prononcé ces mots d’une voix douce, plongeant ses yeux dans les miens.
-Tu sais que tu peux me faire confiance…
-Je sais, Alastar. C’est juste que j’ai peur de ta réaction. Parce que, tu vois… disons que j’ai été dans mon passé, forcée de faire des choses pas très… glorieuses. Et que j’ai connu beaucoup d’hommes. Enormément, et jamais par amour.
Alastar resta silencieux un instant, réfléchissant à ce que je venais de lui dire, avant de répondre.
-Mais pourquoi tu t'accroches à moi en sachant ce que je suis, Linyia?
-Peut-être parce que je t’aime…
Il ferma les yeux.
-Mais je ne peux rien faire pour toi. Est-ce que tu arrives à comprendre ça? Je ne peux rien faire. Je ne peux pas t'aimer comme tu voudrais que je t'aime.
J'ouvris la bouche pour répondre, mais fus interrompue par un bruit assourdissant provenant de la porte.
-Il semblerait qu'on soit de nouveau au menu…
-Vite, Linyia, écarte-toi de la porte.
Je tirai Jorel vers le fond de la salle, alors que la porte tremblait de façon préoccupante… Alastar avait déjà dégainé son épée et se tenait en joue. Machinalement, ma main droite descendait à ma ceinture, pour y saisir un poignard, lorsque je me rendis compte que nous nous trouvions dans une sorte d’armurerie, et qu’une longue massue, à la pointe recouverte de pics d’acier pendait au mur d’en face, n’attendant que moi.
-Jorel pas vouloir eux manger…
-Tiens donc ! Tu veux pas te faire bouffer par un cadavre pustuleux ? Ben tu sais quoi, moi non plus ! Reste derrière moi, ok ?
J’attrapai la massue, ainsi qu’une fine épée accrochée dans son voisinage, et me retournai vers la porte qui vola en éclat. Une douzaine de zombies s’avançaient vers nous, n’étant visiblement pas dotés des meilleures intentions qui soient. Ils se dispersèrent dans la pièce, cherchant à nous encercler.
-Fais attention, Linyia…
Je me jetai sur le corps le plus proche, lui assénant un formidable coup de massue dans la tête. Le zombie s’écroula à mes pieds.
-Efficace, ce truc !

Arya
Nous étions entrés dans une forteresse peu accueillante si je puis le dire, après avoir été pris en embuscade par des morts vivants cannibales notre groupe s’était séparé.
-Par ici, Arya dépêche !
Gurdil se chargea de frapper deux de ces créatures qui souhaitaient faire de nous leur pique-nique, puis se lança dans une course jusqu’à la cachette la plus proche.
-Parfait ! dit il.
Nous rentrions dans une sorte d’immeuble vide, nous dépêchant de barricader la porte avec le mobilier à disposition. Puis ensuite les fenêtres. Du regard je scrutai la pièce sombre, il y avait beaucoup de chaises et de tables, puis un bar… Un bar !
-Gurdil ! dis je d’une voix grondante.
-Quoi ?!!!
-Il a fallut que tu nous emmène dans une "auberge"!
-Bas quoi, j’avais une petite soif !
Ceci ne me fit pas sourire, nous étions en danger et il fallait qu’on puisse s’enfuir au plus vite, l’idée de rester caché dans cet endroit parviendrait à fatiguer les créatures et à nous laisser en paix mais vu le nombre ceci m’étonnait.
-J’espère que ces « choses » vont se lasser de nous !
-Ils sont une dizaine plus moches les uns que les autres et ils puent !
-C’est vrai, dis-je avec un sourire au coin des lèvres.
Après dix minutes dans un silence, on entendit les cannibales se retirés.
-Je crois que c’est bon ! dit Gurdil ces crétins nous on enfin lâché la grappe !
-Chut ! Je ne crois pas nan c’est sûrement un piège.
Puis tout à coup des bruits de pas, ou plutôt de course avec des cris et une respiration haletante brisèrent les quelques secondes de réflexion qu’il m’aurait fallu pour essayer de comprendre se qui se passait. Je regardai dans une fine ouverture d’une fenêtre, et aperçus alors Aaron, qui essayait de fuir comme nous nous l’avions fait.
D’un geste j’ouvris la porte puis je dis :
-Allez, vite, !
Nos regards se croisèrent ce fut suffisant. Il entra et nous barricadions la porte à nouveau.
-Merci, dit il.
-Il n’y a pas de mal, dis-je.
-Haaa, je savais qu'il y avait de l'alcool nain, ici, dit Gurdil.
Décidément malgré mes demandes il était aussi têtu qu’une mule !
-Ce n’est pas le moment de boire ! dis-je.
-T'inquiète. Je viens juste de penser à un truc nain. si on mélange diverses sortes d'alcool, et qu'on l'enflamme, ça fait un explosif très puissant. Une invention de mon arrière-grand-oncle, Ragnar l'Aggressif.
Mais malheureusement pour notre ami, nous n’en n’avions jamais entendu parler, il se ravisa puis se mit à sa besogne.
Après quelques paroles vite échangées, et les boissons de Gurdil prête, la porte céda sous le poids des monstres qui entraient avec des cris d’horreurs.
Nous leurs lancions les bouteilles de Gurdil les monstres explosaient sans que ce soit un beau spectacle, ils étaient gravement brûlés par l’explosion mais revenaient toujours à la charge, mais par chance certains avaient fondu ou explosé. Au nombre de sept.
-Merde !
-Gurdil reste poli !
-Nous n’avons plus de munitions !
-Ca c’est embêtant, dit Aaron il en reste une dizaine il faut faire vite, une idée ?
-Mords z'y l'œil, cria le nain.
-Je nous suggère la fuite, dis-je.
-C’est mieux qui rien, me répondit-il.
Gurdil fonça dans le tas. Avec une puissance hors du commun il parvient à nous faire un passage parmi les monstres et nous pûmes nous enfuir à toute hâte.
Mais malgré que Gurdil soit une force de la nature son endurance pour la course restait faible.
-J’ai mal aux jambes ! dit-il.
-C’est pas le moment, continuons !
Il s’arrêta nous avions distancé les monstres d’une trentaine de mètres pas plus.
-Allez ! Ils arrivent !!! dis-je.
-Je vais mourir si ça continue.
-Mieux vaut mourir d’épuisement que dans le ventre de quelqu’un !
-Ha ! T’as trouvé ça où ?
-Arrêtes Gurdil ils arrive…
Je n’eus pas le temps de finir ma phrase que du haut d’un toit un des morts vivants tomba lourdement parmi nous.
Par réflexe je lui enfonçai mon épée dans le ventre puis le repoussai violemment sa tête heurta une poutre. Il ne bougeait plus.
-Joli ! me dit Gurdil.
-Les autres sont là ! répondit Aaron ils nous faudrait monter sur les toits nous saurions hors d’atteintes.
-Bonne idée, je suis pas un nain volant à ce que je sache puis ils nous bloquerons sur les toits !
-Son idée est bonne Gurdil ! Alors écoutons-le !
-Voilà qui est sage, me dit Aaron.
Les monstres étaient là plus furieux que jamais.
-Vous allez nous le payer pour avoir osé tuer les nôtres !
-Ouais !!! dit un second. On va se régaler, déchirer vos chaires et…
Il eut une série de cris. Décidément ils étaient effrayant et agaçants.
-Epargnez-nous les commentaires ! dis-je.
-Ha un truc avec des longues oreilles ça doit avoir quel goût ?
-Idiot, dit son voisin de derrière, c’est une elfe !!!
-Une elfe ça doit être pas mauvais ?
J’eus un sourire.
-T’as qu’à venir goûter…
Fou, il se précipita sur moi. Je sautai en hauteur comme mes capacités me le permettaient. Surpris il regarda en l’air, je pris le pommeau de mon épée et lui frappai la tête de toute mes forces. Il s’affala.
-Quoi… Mais… dit l’un des leurs.
Les autres restaient là surpris, Aaron en profita pour courir dans une rue suivi de moi puis de Gurdil.
-C’est une impasse ? demande Gurdil.
-Je n’en sais rien, dit Aaron mais le coup de Arya nous a permis de faire diversion alors ne traînons pas.
Tout à coup il s’arrêta, et nous fûmes pris d’un sentiment de bonheur… Une échelle !
Nous montions tout en haut puis Gurdil s’apprêta à faire tomber l’échelle quand je la repris. Il me regarda puis me dit :
-Hein ?
-Je pris mon épée puis, après plusieurs coups je brisais l’échelle en deux et la fit tomber par terre.
-Excellent ! dit Gurdil ils ne pourront pas nous atteindre !
-Oui, allons y maintenant !
-Il aurait mieux fallut la cacher sur le toit, ils auraient pensé que nous aurions continué notre route ! constata Aaron.
-Désolée, dis-je, dans la précipitation je n’y ai pas pensé.
-C’est pas grave… me répondit-il.
Après une course dans les remparts, nous vîmes une fenêtre ouverte. Aaron entra, puis je refermai la porte derrière lui.
-Ha enfin du repos, dit Gurdil en s’asseyant par terre.
-Ne cri pas victoire trop vite ! dit Aaron.
Je regardai la pièce, ceci était une chambre très simple. Un lit. Une commode.
Je me retournai pour observer mes camarades. D’une voix calme je leur dis :
-Vous pensez que les autres vont bien ?
-Certainement, dit Aaron. Je ne les pense pas fous pour accepter de se faire dévorer.
-Mais… continuai-je… Qu’est-ce qui s’est passé ? Où sont passés les habitants ? Pourquoi ces morts vivants ? Comment ces cadavres sont revenus à la vie ? Par qui ? De la magie ?
-Oh oh oh ! dit précipitamment Gurdil. Tu vas trop vite pour moi là.
-Tes questions sont justes Arya, il nous faut réfléchir.
Aaron était très sérieux.
-Oh moins ils viendront pas nous chercher ici ! grogna Gurdil.
-J’espère qu’ils ne sentiront pas nos odeurs ! dis-je.
-Rah ! On s’est lavé, enfin… peut-être pas moi, mais vu l’espace clos que c’est ici ça m’étonnerait ! Le son ne sort pas alors l’odeur…
-Hum… Quand même Arya a raison ça doit être encore un coup farfelu de ce magicien, si Anaëlya était là, elle pourrait nous en dire plus.
-Oui c’est vrai, elle doit savoir comment les neutraliser…
-Ça me casse les fesses la magie !
-En tout cas, dit Aaron, sans prêter attention au commentaire de Gurdil, il nous faudrait retrouver les autres on ne va pas rester ici et les laisser faire tout le travail.
-C’est vrai, dis-je. Par quoi commence-t-on ?
-On peut toujours aller jeter un coup d’œil en bas, dit Gurdil.
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 20:13

Yoko
-Pourquoi se battre quand on peut courir ?
Je grimaçai.
-Oui… faisons les courir… ça les mettra en appétit…
-Vous préférez finir tout de suite dans leur estomac ?
-A choisir… jamais serait le mieux…
Un nouveau coup fit trembler la porte avec plus d'intensité encore, nous empêchant de poursuivre cette… conversation. Je balayai la pièce du regard. Courir. D’accord. Toutefois un léger problème subsistait. Trois fois rien. Si ce n’est que l’unique porte de cette pièce était momentanément prise d’assaut par une série de créatures qui ne semblaient pas animées d’un sentiment des plus amical. Et curieusement, je n’étais pas particulièrement enthousiaste à l’idée d’attendre qu’elles l’aient démolie pour pouvoir tenter une sortie…
-Par là !
Reyan s’était approché de la seule autre issue de la pièce, une petite fenêtre située à une distance respectable du sol. La porte menaçait de céder d’un instant à l’autre.
-Aucun comité d’accueil ?
Il sembla chercher quelque chose du regard, avisa une caisse, et la fit glisser jusqu’à la fenêtre. Puis il monta dessus et risqua un coup d’œil à l’extérieur.
-Il semblerait… En espérant qu’ils ne se soient pas cachés quelque part…
Un craquement sinistre se fit entendre. Je me tournai vers la porte pour voir plusieurs bras faire irruption dans la pièce, cherchant à débloquer la porte. Une tête ne tarda pas à émerger et me regarda en grimaçant. Je reculai d’un pas.
-Si nous ne sortons pas de toute façon, ça risque de mal se terminer.
L’acteur ne se le fit pas dire deux fois, et se hissa sur le rebord de la fenêtre. Le regard toujours fixé contre la porte qui partait rapidement en bois de chauffage, je rassemblai ma concentration et formulai à voix basse une courte incantation. Aussitôt, une épaisse fumée surgie du néant commença à envahir la pièce, dissimulant rapidement la porte et ces charmantes créatures. Une voix surgit du brouillard verdâtre devant moi.
-Plus vite ! Plus vite ! La bouffe est en train d’se carapater !!
Je n’attendis pas de voir si l’ordre avait été promptement exécuté pour rejoindre la fenêtre, non sans quelques tâtonnements. Je me hissai sur le rebord et sautai dans la rue à mon tour, entraînant avec moi quelques volutes de fumée qui s’étendirent sur la ruelle. L’acteur étouffa une brusque quinte de toux.
-C’est… quoi… ça ?!
Je plaquai ma main contre ma bouche avant de répondre.
-Des gaz empoisonnés…
Devinant plus que je ne voyais le regard abasourdi de Reyan, je réprimai un rire.
-Juste un peu de fumée. Peut-être un peu irritant… essayez de garder un morceau de tissu devant votre bouche. Mais ça devrait nous permettre de fuir relativement discrètement…
Ma réponse fut ponctuée par le craquement sinistre de la porte d’entrée qui finissait de s’effondrer. Je croisai son regard. Il fit un signe de tête vers la droite. J’évaluai rapidement la situation. La rue était en pente. Si nous allions de ce côté, nous nous éloignerions de l’entrée de la forteresse, et du… gros des troupes probablement. J’inclinai la tête, en signe d’assentiment. Puis nous nous mîmes à courir…

Mélanie
Linyia venait d’éclater la tête de l’un des zombies avec une massue. Pendant un moment, les autres regardèrent le cadavre de leur compagnon qui était redevenu totalement immobile… Le corps ne se releva pas cette fois.
-Espèces d’ordures… Vous allez payer !
-Et ça en fera plus pour nous par la même occasion !
-Ouais. On pourra chacun se prendre une part équitable.
-Tu parles… Le mec est plus costaud que les deux autres… Et il doit pas y avoir grand chose à manger sur la bestiole…
-On fera le partage après, interrompit un autre zombi. Pour le moment… Attrapez-les !
Mais il était hors de question que je me laisse prendre. Je décapitai le premier zombi qui arriva à moi et bientôt, je fus dos à dos avec Linyia qui avait éclaté la tête d’un second zombi. Je décapitai un autre zombi… Soudain, nous entendîmes un cri…
-Jorel ! s’écria Linyia.
Je décapitai un nouveau zombi avant de pouvoir me retourner pour voir Jorel dans les mains de l’un des zombis… Linyia et moi allions nous jeter sur le monstre quand un flash éclaira la pièce… Je vis une espèce de flamme se diriger vers nous et poussai Linyia d’un côté où il n’y avait pas de zombi avant de m’écarter à nouveau… Je me collai à un mur, levant mon bras gauche pour protéger mes yeux… Les flammes avaient jailli de nulle part et consumaient rapidement les zombis qui hurlaient de douleur…
Puis, ce fut de nouveau le silence, seulement entrecoupé par les gémissements de peur de Jorel, qui était de nouveau prostré au sol… près d’un tas de cendres qui avait été le zombi qui l’avait attrapé.
Je restai un moment complètement immobile, essayant de comprendre ce qu’il venait de se passer… Puis, je croisai le regard de Linyia et vis qu’elle était tout aussi surprise que moi. Je me dirigeai vers elle, sans quitter Jorel des yeux…
-C’est… lui qui a fait ça ? demanda-t-elle.
-Je crois… dis-je.
-Mais… je croyais qu’Anaëlya avait bridé ses pouvoirs ?
-Je croyais aussi… Apparemment, elle n’en a bridé qu’une seule partie…
-Mais…
-Peut-être que ce pouvoir-là est naturel chez lui… Une défense si l’on peut dire…
-Mais pourquoi il ne l’a pas montré avant ?
-Il n’était pas en danger direct… Du moins c’est ce que je pense… Anaëlya pourra peut-être nous en dire plus quand nous la retrouverons.
Linyia fit un pas vers lui, mais je la retins.
-Fait attention… Il est effrayé… Il se peut qu’il soit dangereux, même s’il ne le veut pas.
-Ne t’en fait pas pour moi.
Je lâchai son épaule et elle avança vers Jorel. Elle s’accroupit près de lui et posa doucement sa main sur son épaule. Je vis la créature tressaillir légèrement avant de relever doucement la tête. Linyia lui sourit légèrement mais chaleureusement…
-Tout va bien, Jorel.
-Jorel peur…
-Je sais. Moi aussi j’ai peur. Mais maintenant tout va bien. D’accord ?
Jorel acquiesça légèrement et je m’approchai avec précautions.
-Jorel, est-ce que… tu es capable de refaire ça ?
Il secoua vivement la tête dans un signe de négation… Et je vis à son regard qu’il était lui-même effrayé par ce qu’il avait fait.
-Jorel désolé… Jorel pas vouloir…
-Ce n’est rien, dis-je en m’accroupissant près de Linyia. Nous ne t’en voulons pas. Bon, je crois qu’il ne vaut mieux pas rester ici. Prenons quelques armes supplémentaires au cas où et sortons. Nous devons trouver les autres.
Linyia et moi nous levâmes et prîmes quelques armes assez légères qui nous permettraient de venir à bout de nos ennemis. Puis, je mis Jorel dans mon dos et l’y attachai légèrement pour qu’il ne m’étrangle pas en se cramponnant.
-Alastar.
-Oui ?
-Je… On n’a pas fini de…
-Je crois qu’il vaut mieux sortir de cet endroit avant de continuer cette discussion, Linyia.
-Oui… Tu… tu as peut-être raison.
-Ecoute, dès que nous serons sortis de ce nid de vipère et que nous serons en sécurité, nous reprendrons cette conversation, à l’écart des autres. D’accord ?
-Oui.
-Bien. Maintenant, il faut retrouver les autres… J’espère qu’ils s’en seront sortis…
Nous quittâmes l’armurerie et commençâmes notre périlleuse avancée dans les couloirs de la forteresse zombifiée…

Starman
-Heu, Gurdil, fit Arya, par en bas, tu veux dire en bas là où c'est infesté de zombies?
-Ben ouais. On va pas rester là comme des... comme des putains de piafs. Il faut leur montrer qui nous sommes. Ce sont que des cadavres ambulants.
-Qui se déplacent par groupes de 30, remarquai-je. Tant que nous serons en petits groupes nous n'avons aucune chance de leur tenir tête. Il faut se regrouper avec les autres.
-D'accord, reprit l'elfe, mais ils sont où? Par où cherche-t-on?
-Mmmmmm.
Je remarque alors que la forteresse est construite sur une petite pente, qui menait au donjon. Voyons, les autres ont sûrement eu la même idée que moi. Sauf qu'il est impossible de savoir où étaient les autres. Voyons, si je voulais qu'on me trouve où irais-je? Je chercherais un endroit visible de loin, que l'on distingue facilement comme... un donjon.
-On va dans cette direction, dis-je. Une fois là bas, on cherchera un moyen de signaler notre présence aux autres.
-Mais ça va aussi attirer l'attention de ces... choses, murmura Arya.
-Raison de plus pour être dans un endroit fortifié.
-Et on y va comment? Par les ruelles?
-Ce n'est pas nécessaire. Les toits sont suffisamment proches pour que l'on progresse en sautant, si Gurdil n'a rien contre les bonds bien entendu.
-Quoi? Tu veux dire bondir, comme ces bouffeurs de salades? T'es dingue ou quoi?
-Gurdilo, je suis une bouffeuse de salades.
-Nul n'est parfait. Enfin, si on n’a pas le choix.
Et nous nous mettons en route, après avoir quitté la chambre pour le toit au dessus, progressant avec une aisance relative, surtout notre ami nain qui n'est pas morphologiquement adapté à ce type d'exercices. Mais nous nous approchons de notre objectif, bon gré mal gré. Soudain, je fais signe aux autres de s'arrêter.
-Hé qu'est-ce que... fit Gurdil.
-Chut
Dans la ruelle en-dessous de nous, une troupe de mangeurs de chairs patrouillent à la recherche de quelque chose à se mettre sous la dent.
-Putain, ils sont partis où les amuse-gueules?
-Ouais, en plus il reste plus qu'eux à bouffer. Ha, je savais qu'on aurait pas dû manger tout ceux qui n'avaient pas été changés en zombie. On aurait dû en garder pour après.
-Ouais je suis d'accord, on a fondu comme des criquets et on a boulotté tout ce qui bougeait. Même mangé mon pépé.
-Ha ouais?
-Ouais. Pas terrible.
-Oui, c'est sûr que c'est pas de toute première fraîcheur.
-Ouais, en plus ce con il s'est presque pas débattu. Ha, la, la, je serais encore humain je serais écœuré par ce que je dis.
-Attendez, les gars, je sens une odeur de chair pas encore pourrie au-dessus.
-Ce qui veut dire...
-Ouais. La bouffe! Apportez les échelles, ils sont au-dessus.
-On a des échelles?
-Ta gueule!
Et ils partent chercher ça dans ce qui semble être la remise.
-Courez, fis-je.
Et on file aussi vite que possible. Mais déjà , ils reviennent avec les échelles. c'est pas vrai!
-Courir c'est pas pour les nains, halète Gurdil. Nous, on est né pour se battre, fuir, c'est bon pour les lope...
-Tais-toi et cours.
Soudain, le sol craque, sous mes pieds, et je tombe à l'étage en dessous. Fichu toit mal entretenu! Je me relève péniblement, mais apparemment, je n'ai rien de cassé.
-Aaron, ça va?
-A peu près.
-On va te sortir de là.
-Vous avez une corde?
-Non.
-Alors c'est pas la peine, vous n'aurez pas le temps de m'aider avant qu'ils n'arrivent? Filez.
-Quoi? Mais...
-Je vais trouver quelque chose, inutile de t'inquiéter.
-Non, on peut pas... Si on part tu vas te faire tuer.
-Si vous restez on va tous mourir.
Elle semble hésiter, puis disparaît de mon champ de vision. A-t-elle agit comme je le souhaitais? Difficile à dire. En tout cas, même si j'avais l'air sûr de moi tout à l'heure, du diable si je sais comment me sortir de ce pétrin. Je cherche autour de moi. Je finis par trouver quelque chose d'intéressant. De la chaux, je devrais pouvoir en faire quelque chose. Je recouvre mes flèches de cette aide inespérée, puis j'enflamme le tout avec des petits silex taillés que j'ai sur moi. Mettant les pointes de flèches vers le haut pour ne pas brûler mon carquois. C'est alors qu'ils arrivent.
-Hé, il y en a un qui s'est coincé tout seul.
-Ha, le con.
-Petit, petit, petit.
Je sors alors une flèche de mon carquois.
-Hé merde.
-Ecartez-vous.
Ils reculent mais j'ai le temps d'en avoir un.
-Putain, au feu! Je crame, à l'aide.
-Vous approchez surtout pas de cet idiot.
J'entends alors des bruits de course sur la tôle au-dessus, puis un cri, puis une chute. Visiblement, ma cible est tombée du toit. Bon, j'ai mis suffisamment de chaux pour qu'ils ne puissent pas compter sur le fait que cela cesse de s'enflammer à l'instant, par contre je n'en ai pas suffisamment pour tous les vaincre. Je suis coincé. J'avoue que je ne vois pas comment m'en sortir. Je les entends se rapprocher.
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 20:15

Macros
Nous avions gagné un bref répit... Néanmoins, si nos courses frénétiques nous avaient jusqu'ici évité de nous retrouver dans l'estomac de l'une de ces créatures, elles ne nous avaient guère avancé dans la recherche d'une sortie de cet enfer... Peut-être que si nous rejoignions les autres, nous pourrions commencer à réfléchir à un plan... Le problème étant que nous n'avions pas la moindre idée d'où étaient les autres, justement... Je me tournai vers Anaëlya, souriant malgré les circonstances.
-Ca serait vraiment pratique si vous aviez un sort pour nous permettre de tous nous envoler loin d'ici...
Elle poussa un soupir amusé.
-J'aimerais que ça soit possible...
-Juste moi alors! Je vous attendrai, promis!
Réprimant un petit rire, elle s'apprêta à répliquer, lorsqu'une voix désagréable à mes oreilles résonna.
-Aaaaah, je l'savais que d'la bouffe finirait par se pointer! Suffisait juste d'attendre!
-Z'êtes drôlement malin, chef!
-C'est pour ça que c'est moi l'chef, justement!
Trois zombies nous barraient à présent le chemin, bien que je sois bien incapable de dire qui était le "chef"... Ils étaient tous aussi laids les uns que les autres, de toute manière. Je me retournai... pour constater que notre retraite était coupée par deux autres de ces monstres. Eh, mais c'est de la triche! Si les zombies se mettent à réfléchir, où va le monde! Un plan commençait à germer dans mon esprit... Mais est-ce qu'il marcherait? Il m'avait déjà sorti d'un mauvais pas, mais c'était de simples brigands miteux, à l'époque... Si ces zombies ignoraient la peur... Toutefois, ça valait le coup d'être tenté. Je murmurai à ma camarade d'infortune.
-Je vous laisse les deux de derrière.
-Hein? Qu'est-ce que vous...
J'avançai d'un pas vers les trois morts-vivants nous barrant la route, puis d'un autre, serrant de toutes mes forces la poignée de mon épée pour me rassurer, commençant à me composer le "masque" qui allait être nécessaire... Je fis rouler les yeux dans mes orbites, ouvris la bouche, levant haut mon bras armé, tout en accélérant le pas. Les zombies échangèrent un regard.
-Euh... C'est normal, ça?
-Il a un drôle de regard, chef...
J'allongeai la foulée, tirant la langue, allant jusqu'à laisser un filet de bave s'échapper de mes lèvres, les yeux toujours exorbités.
-J'aime pas son regard...
-Il se rapproche, chef...
-Ben allez y, c'est rien que de la bouffe!
-Alors pourquoi vous reculez, chef?
Cette fois, je me mis carrément à courir, l'épée levée de façon un peu ridicule, poussant un hurlement de dément. Chaque zombie recula de quelques pas, chacun cherchant à mettre un de ses camarades entre lui et moi.
-Euh, j'aime pas ce genre de bouffe, chef...
-Je... Vais chercher des renforts.
-On vous accompagne, chef!
Je n'étais plus qu'à quelques mètres lorsque les trois zombies tournèrent les talons et commencèrent à détaler. Poursuivant sur ma lancée, je continuai à courir tout en poussant des hurlements stridents. A cinq contre deux humains, les zombies n'avaient guère d'hésitations à avoir, mais à trois contre un fou dangereux, il semblait que l'équation devenait subitement différente! Eh, avec un peu de chance, je pourrais peut-être pousser jusqu'à l'entrée et...
Mes beaux projets s'évanouirent en fumée lorsque je débouchai, toujours sur les talons des zombies, dans l'une des cours annexes de la forteresse. Qui accessoirement, rassemblait une bonne trentaine de leurs congénères, encore que je ne pris pas la peine de les compter précisément... Les trois que je suivais s'arrêtèrent, tandis que les autres tournèrent la tête vers moi. J'esquissai un sourire forcé.
-Oh... Eh bien, je ne voulais pas interrompre votre... enfin quoi que vous fassiez. Ne vous dérangez surtout par pour moi, hein...
Sur ces braves paroles, le moment me parut approprié de prendre la poudre d'escampette, un seul cri retentissant derrière moi, repris en chœur par les zombies:
-A la soupe, mes ptits gars!
Il est toujours surprenant de découvrir qu'une urgence pressante pouvait permettre à l'homme de dépasser ses limites. Par exemple, je n'aurais jamais pensé pouvoir revenir à mon point de départ aussi rapidement que je le fis... J'y trouvai Anaëlya en train de réduire à l'état de torche (in?)humaine l’un des zombies, le premier n'étant déjà plus qu'un corps noirci, bien que toujours agité de soubresauts. Néanmoins, je n'avais guère le temps de sortir un compliment quelconque pour l'occasion... M'apercevant, elle m'interpella, l'air surpris.
-Reyan? Qu'est-ce qu'il se passe?
En d'autre temps, je me serais vertement récrié: c'est Rey, bon sang! Mais là, je me contentai, hors d'haleine, de pointer du pouce ce qui se passait dans mon dos, tout en criant un simple mot:
-Cassoooooooooos!
Anaëlya regarda la direction indiquée, ouvrit la bouche, la ferma, puis se mit elle aussi à courir. En effet, il n'y avait pas grand chose à ajouter...

Starman
Ma dernière flèche enflammée touche le mort qui venait de descendre par le trou, le réduisant en un petit tas de cendres noires. Les quelques minutes que j'ai gagnées me paraissent dérisoires à présent. Au-dessus de moi les rescapés salivent d'avance de leur futur repas.
-Hé, les gars, l'est à court de munitions.
-Ouaaaaaiis! C'est l'heure du goûter!
-Premier arrivé, premier servi.
Je cherche dans la pièce un projectile qui pourrait faire l'affaire, mais je ne trouve rien. Je suis à leur merci. Je prends une sorte de bâton (meilleure arme que j'ai trouvée vu les circonstances) et me mets en position de garde.
-Bien, je vous attends.
Ils sautent à l'intérieur de la pièce, s'approchant prudemment de leur future proie, lui tournant autour comme des corbeaux qui attendraient que je meurre de moi-même.
-Dommage que ses yeux ne marchent plus, dit l'un. C'est le meilleur morceau, les yeux, je pense que si je redevenais humain, je continuerais à manger des yeux. Trop bon.
-On a compris. Qu'est-ce qu'on attend? J'ai faim moi.
-Ouais t'as raison. On y va!
Un des morts bondit sur moi, mais je l'avais venu venir et esquive en plongeant sur le côté. Un deuxième s'approche que je décapite d'un coup de bâton. La tête va rouler quelques mètres plus loin.
-Ho, merde, fit-elle. Quelqu'un pourrait-il me ramasser s'il vous plaît? Ho, les crétins c'est à vous que je parle! Ho hé? Non, sérieux c'est pas drôle là.
Ignorant la détresse de leur camarade, les dévoreurs de chair avancent, m'encerclant et me coupant toute retraite. Cette fois, c'est la fin. Mais peu importe, je reste qui je suis. Je ne vais ni trembler, ni supplier.
-Approchez, murmurai-je, il y en aura pour tout le monde.
-Ha, ça je sais pas, fit l'un des cadavres. Vu comme j'ai faim.
-En tout cas, il y en aura pas pour toi.
La troisième voix n'était pas un des leurs. A ce moment là, un tonneau tombe entre moi et une partie des zombies, leur explosant à la figure. Puis tombe une corde.
-Monte, vite, crie Arya.
-Dépêches, j'ai pas envie de finir en nourriture pour cadavre, répliqua Gurdil.
Saisissant la corde, je monte le plus vite possible tandis qu'ils me tractent.
-Héééé, la bouffe se casse.
-Hé merde, comment on remonte nous.
-Grimpons les uns sur les autres.
-Que dalle, après le temps que ceux d'en bas remontent, vous aurez bouffé tout le monde.
Les laissant à leur discussion, nous courons en direction du château.
-Où avez-vous trouvé ce tonneau ? demandai-je.
-Une distillerie plus loin, répondit Arya, on y a aussi trouvé la corde.
-Ouais, quelle tristesse, marmonna Gurdil. De la bonne bière de gâchée.
-Je vois. Merci.
-Ho, il n'y a pas de quoi.
-Gmmmmmmm. C'était son idée, pas la mienne.
Et nous courons en direction du donjon.
Nous ne trouvons pas de morts sur notre chemin. Ils doivent nous chercher dans les ruelles, et nos poursuivants doivent toujours être dans leur piège.
Nous finissons pas tomber sur la réserve d'armes, où devrait se trouver ce que je cherche.
-Tu veux quoi, au juste là dedans ? demanda Gurdil.
-Normalement, ce château, comme la plupart des postes de défense, possède des réserves de poudre de détresse importée de pays orientaux, qui servent à prévenir d'éventuelles troupes environnantes du danger. Si nous nous en servons pour signaler notre présence aux autres, nous pourrons nous regrouper.
Je finis par trouver mon bonheur. Je commence à la soulever et la mets dans un des canons.
-Gurdil, allume la mèche.
Le nain utilise une des torches et fait tirer le canon, qui propulse dans les airs une traînée de couleur colorée, indiquant de façon précise notre position. J'espère juste que les autres nous trouverons avant les zombies.

Macros
-Hun... C'est l'enfer...
Nous venions de gagner un bref moment de répit, ayant semé momentanément nos poursuivants morts vivants, et reprenions tant bien que mal notre souffle. Suant à grosses gouttes, le fait est que nous avions connu des moments plus glorieux... Je m'étais adossé au mur de pierre le plus proche, tandis qu'Anaëlya s'était assise à même le sol, aucun de nous ne trouvant le souffle pour développer une quelconque phrase construite dans les règles de la grammaire. Tout ce que nous pouvions espérer, c'était que ces créatures ne nous retrouvent pas tout de suite... Finalement Anaëlya parvint à prendre la parole.
-Je crois n'avoir jamais rencontré quelqu'un d'aussi inconscient que vous, Reyan... Vous arrive-t-il de réfléchir à ce que vous faites, parfois?
Je grimaçai.
-Ecoutez qui parle. A chaque fois que vous lancez un sort, on a une chance sur deux qu'il nous cause autant de tort qu'à nos ennemis...
-Mais moi, je ne nous ai pas fait faire un saut à cinq mètres au-dessus du sol! Un miracle qu'on s'en soit sorti...
-Eh, si vous n'aviez pas fait s'effondrer la porte avec ces trucs...
-Les sphères de Keldron.
-Peu importe. Enfin bref, si vous n'aviez pas démoli la moitié du bâtiment avec ces boules de lumières, on aurait pu sortir par la porte, hein...
-Oui, avec rien qu'une dizaine de zombies entre nous et la sortie.
-On aurait bien trouvé quelque chose... Et puis, vous l'avez réussi, ce saut, non?
-Réussi? A trois centimètre près, on se retrouvait écrasé sur le sol en contrebas!
-Pas besoin d'être aussi négative... C'est pas moi qui ai mis le feu à la salle, non plus.
-Vous préfériez que je laisse cette chose passer par le plafond?
-Non, mais la réaction m'a parue disproportionnée.
-Tch. Depuis quand vous y connaissez quelque chose en magie, vous?
-Depuis que je voyage avec vous? Ca a l'air de déclencher un nombre impressionnant de catastrophes, en tout cas.
-Si vous arrêtiez de proférer des remarques idiotes pendant que j'incante, aussi, il y aurait peut-être moins d'accidents.
-Ben tiens. Faut bien que quelqu'un fasse la conversation... Et puis franchement, ce galimatias est quand même du plus haut comique...
-Ca vous arrive de reconnaître que vous avez tort?
-Jamais. Question de principe.
Nous nous dévisageâmes quelques instants, avant que je ne contienne difficilement un fou rire, tandis qu'Anaëlya essayait en vain de garder une expression sérieuse. Les zombies avaient été oubliés quelques instants...
-Bon, on pourrait arrêter de débattre pour savoir qui nous fera tuer tous les deux le premier, hein?
-Je suis d'acc...
Nous fûmes coupés par une violente détonation, faisant trembler les murs de la salle où nous nous trouvions. Je jetai un regard méfiant à Anaëlya, qui protesta vivement.
-Eh, je n'y suis pour rien, moi!
Jetant un oeil à la fenêtre, nous vîmes retomber une traînée lumineuse, au-dessus d'un complexe de bâtiments à quelques centaines de mètres. Nous échangeâmes un regard.
-On va voir?
-Si les zombies ne nous précèdent pas...
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Ven 26 Oct 2007 - 20:16

Mélanie
Nous avions réussi à sortir du bâtiment qui abritait l’armurerie et nous nous dirigions donc vers la sortie de la forteresse… Du moins, c’était là notre plan et ce que nous tentions de faire. Nous étions tombés d’accord sur le fait que les autres tenteraient la même chose. Il était inutile de tenter d’assainir cet endroit, nous ne pourrions jamais tuer – ou plutôt renvoyer sous terre – ces monstres qui s’étaient mis dans l’idée de nous bouffer.
Jorel était toujours aussi mort de peur, toujours accroché à mon dos et nous continuions, Linyia et moi, de nous poser des questions sur son pouvoir, même si notre réflexion était souvent interrompue par les zombies. Chaque fois que nous en tuions, d’autres arrivaient quasiment aussitôt.
Cela faisait bien une demie-heure que nous parcourions les rues, toujours attaqués. J’étais essoufflé, ces monstres nous vidaient de nos forces à force de nous attaquer. Cependant le plus inquiétant n’était pas mon état, mais celui de Linyia. Je la sentais faiblir plus que moi. Il fallait absolument que nous ayons un moment de répit, où je serais bon pour la porter également… ce qui ne nous laisserait pas grande chance de nous en sortir vivants.
Après un nouveau petit moment, je vis un peu plus loin un autre bâtiment qui semblait en bon état et il ne semblait pas y avoir de zombies à proximité.
-Allons là-dedans, dis-je en désignant la maison.
-Bonne idée…
Nous entrâmes donc dans le bâtiment. Je vérifiai en entrant qu’aucun zombie ne nous suivait et une fois à l’intérieur, je vérifiai que tout était sécurisé. Lorsque je fis signe à Linyia que tout allait bien, elle soupira profondément et se laissa tomber au sol. Je rengainai mon épée et m’approchai d’elle.
-Ca va ? demandai-je en m’accroupissant en face d’elle.
-Je suis épuisée… Je ne sais pas si je vais tenir longtemps à ce rythme.
-Courage… Tiens, dis-je en lui tendant ma gourde. Bois un peu d’eau, ça te fera du bien.
Sans avoir besoin de plus d’encouragement, elle mit la gourde à sa bouche et but goulûment. Après quelques secondes, elle me tendit la gourde en s’essuyant les lèvres.
-Désolée, j’ai peut-être trop bu…
-Ne t’en fais pas, ce n’est pas grave. On va se reposer quelques minutes et ensuite on essayera de trouver la sortie. D’accord ?
-Oui… Merci.
Je détachai Jorel de mon dos et m’assis à mon tour. Jorel alla se prostrer près de Linyia qui lui lança un regard de pitié. Puis, elle tourna son regard vers moi et je me permis de plonger quelques instants dans ses yeux verts… Sentant poindre en moi le désir de l’embrasser, je détournai le regard et tentai de me concentrer sur la fenêtre.
Il fallait que je continue de réfléchir à cette charade… Un sacrifice… Il fallait que je consente un sacrifice pour me débarrasser de ma malédiction… Mais qu’est-ce que je devais sacrifier ? C’était là tout le problème. Tant de choses pourraient être sacrifiables pour faire disparaître mes chaînes…
Soudain, mes réflexions furent coupées par un bruit semblable au tonnerre. Rapidement, je me levai, dégainai mon épée et regardai par la fenêtre.
-Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda Linyia en me rejoignant.
-Regarde le ciel, près du donjon. Il y a quelqu’un là-bas qui a lancé un signal. Au moins un de nos compagnons doit être là-bas.
-Et si c’étaient les zombies qui faisaient ça pour nous tendre un piège ?
-Non, je ne pense pas. Ils ne sont pas assez malins pour ça. On va aller voir.
Je me dirigeai vers Jorel et le remis sur mon dos. Avec l’aide de Linyia je le raccrochai, puis nous sortîmes et nous dirigeâmes vers le donjon.
Quelques mètres avant de l’atteindre, nous restâmes à couvert près d’une petite maison. J’intimai l’ordre à Linyia de ne plus faire aucun bruit. J’avais entendu des bruits de pas précipités… Et il était possible que ce qui se cachait de l’autre côté de la maison nous ait entendu aussi…
A pas de loups, je contournai l’habitation et arrêtai mon épée à deux centimètres du crâne d’un Reyan quelque peu inquiet.
-Eh bah, quel accueil, dit-il en souriant légèrement.
Je ramenai mon épée vers moi, soulagé de revoir un visage amical… si je puis dire. Linyia vint me rejoindre, ainsi qu’Anaëlya.
-On a vu la traînée lumineuse dans le ciel, expliqua Reyan.
-Je m’en doutais. Bon, on ferait mieux de se dépêcher d’aller voir qui est là-haut avant que les zombies ne rappliquent, vous ne croyez pas ?
-Ouais, ça me va, dit Reyan.
Nous entrâmes dans le donjon et commençâmes à monter…
-Anaëlya, dis-je. Quand nous serons sortis d’ici, il faudra que je vous parle de quelque chose à propos de Jorel.
-Ouais… A condition qu’on sorte d’ici…
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Lena le Jeu 1 Nov 2007 - 17:42

Nous venions d’arriver tout en haut du donjon, après plusieurs minutes de course interminable dans les escaliers.

- On…était…obligés…d’aller…si vite… ?

Alastar me dévisagea un instant.

- Vous auriez préféré rester en arrière avec ces créatures peut être ?
- On a…bloqué la porte, ça devrait…nous laisser un peu…de temps…non ?

J’obtins pour seule réponse à cet argument infaillible un haussement d’épaule à peine plus expressif qu’une paire de chaussettes. Renonçant à gaspiller inutilement le peu de souffle qu’il me restait, je commençai à balayer la salle du regard tandis que mon interlocuteur, son…amie, Jorel et Reyan s’avançaient à la rencontre du reste du groupe.
Mon regard s’arrêta rapidement sur la seule autre issue praticable de la pièce, une large porte de l’autre côté. Jugeant que mettre de nouveau un pied devant l’autre ne me tuerait pas, je rejoignais le groupe à mon tour.

« On fait quoi ? »

Des coups résonnèrent en bas de la tour, signifiant que ces créatures tentaient probablement d’enfoncer la porte d’entrée que nous avions bloqué au mieux, compte tenu du peu de moyens dont nous disposions.

« Je ne sais pas…mais il va falloir le faire vite… »

Le nain brandit sa hache, manquant au passage de couper un bras à un Reyan qui ne dû son salut qu’à d’excellents réflexes.

« Wow doucement ! »

Sans prêter attention à la remarque, Gurdil s’avança vers la porte de la salle, menaçant.
« On s’bat et on les tue tous !
- Ça s’annonce problématique…ils sont déjà morts…
- Je suggère plutôt un repli stratégique… »

La suggestion de Reyan, plus sensée, fut accueillie à l’unanimité _moins une voix_. Nous nous dirigeâmes alors vers la porte du fond, tandis qu’en bas, un nouveau fracas plus violent que les autres suivi d’une cavalcade dans les escaliers nous annonçait que la porte d’entrée n’avait pas tenu.
Nous commençâmes à courir. Je priai pour que cette fuite nous mène quelque part. Je n’aimerai pas avoir couru pour rien. Les minutes s’égrainèrent, perturbées par quelques interrogations sur la direction à prendre, tandis que nous nous enfoncions toujours plus bas dans les profondeurs du donjon. Nous tentions de semer nos poursuivants. Sans succès. Ils étaient toujours loin derrière, mais ils n’avaient pas encore cessé de nous courir après.

« Ils ne se fatiguent…jamais… »
En tête de groupe, Alastar annonça une nouvelle fois :
« Nouveau croisement ! Droite ? Gauche ? Avant ?
- Droite... »

Nous prîmes la direction aléatoirement choisie, et continuâmes à courir. J’avais l’impression très nette qu’il ne manquait pas grand-chose pour que mon cœur sorte de ma poitrine et j’accueilli presque avec soulagement le mur qui, s’élevant soudain devant nous, nous empêchait d’aller plus loin. Puis, réalisant les implications de cet arrêt, je grimaçais tandis qu’Alastar remarquait

« On aurait jamais du tourner à droite…
- Rien ne nous dit…qu’à gauche, ç’aurait…été mieux.
- Qu’est ce qui est pire que de se retrouver bloqué au fin fond d’une forteresse avec une cinquantaine de zombies sur nos pas ? »
J’esquissai un sourire.
« Se retrouver…bloqué au fin fond d’une forteresse…avec une centaine de…
- J’ai compris… »

Arya intervient

« Il faut retourner sur nos pas, il y a un autre croisement pas loin !
- Il y a un couloir derrière ce mur. »
Nous nous tournâmes en même temps vers Aaron.
« Un couloir ? Comme…une sorte de…passage secret ?
- On peut dire ça comme ça. Il faut juste trouver comment ça s’ouvre… »

Des bruits de pas au loin nous ramenèrent à des considérations plus urgentes.

« Faudrait commencer par les empêcher de passer…
- Je peux faire s’écrouler une partie du couloir…
- Aux abris... »
Je réprimai un sourire, attendis un instant que mes compagnons se soient tous éloignés du mur que j’espérai se faire effondrer, puis je murmurai une incantation qui fit apparaître une nouvelle boule de feu dans le creux de ma main. Je balayai ensuite le couloir du regard afin de repérer ma future cible. Il fallait que ce soit assez éloigné pour qu’aucune pierre ne nous tombe dessus. Et suffisamment proche pour boucher les autres croisements pouvant mener à ce cul-de-sac.
Le point idéal repéré, je m’apprêtai à lancer ma sphère, quand les paroles d’Aaron me revinrent en mémoire.
Il faut faire abstraction de tout, et ne penser qu'à ta cible, ne voir que ta cible. Le monde doit disparaître tout autour.
Facile à dire…les bruits de pas se rapprochaient de plus en plus. Néanmoins, je fermai les yeux et tâchait de faire abstraction de ce qui m’entourait. Puis j’ouvris les yeux et concentrai mon attention sur ma cible.

« Quand tu veux hein ! »

La cible. Je levai mon bras, lentement. Puis je lançai. La sphère atteint le point choisi, et une partie du couloir s’effondra, faisant disparaître à nos yeux les zombies qui venaient juste de débouler dans le couloir.
Je fermai les yeux, réprimant un soupir de soulagement.

« Ah. Y a du progrès… »
J’esquissai un sourire et m’apprêtai à répondre quand des voix commencèrent à s’élever de l’autre côté.

« Et meeeerde !
- Toute cette bonne bouffe gâchée !
- ça m’tue !
- Ah ! T’es d’jà mort abruti !
- Qui est ce que tu traite d’abruti ?!
- Deux s’condes les gars ! On peut virer ces cailloux non ?
- Ah ouais…avec ces fichus bras qui s’décroche pour un rien, t’as raison…
- Bah…on fait quoi ?
- On s’tait et on cherche un moyen d’passer imbécile !
- Toute façon peuvent pas fuir de l’aut’ côté…
- J’ai dit vos gueules ! J’me concentre !
- Aha ! T’sais même pas c’que ça veut dire ! »

Un bruit sourd.

« Waa chef pourquoi t’as fait ça ! Eeeh toi là ! Lâche ma tête !!
- J’espère que c’est compris ! Fermez là ! »
- Ma têeeeete
Quelques éclats de rire nous parvinrent encore. Puis plus rien.
En d’autres circonstances, j’aurai pu trouver cet échange amusant, mais là…
Liniya et Alastar inspectaient la paroi depuis un bon moment déjà, à la recherche du mécanisme sensé ouvrir ce prétendu passage, en vain.

L’elfe chuchota
« Et nous on fait quoi ?
- On prie pour qu’ils se soient trompés et que cette voie ne soit pas sans issue…
- Moi j’vous l’dit, on va tous crever ici ! Si ces foutus zombies passent pas ce sera de faim ou…pire…
- De soif ?
Le nain opina du chef, manifestement terrifié à cette perspective. Puis il se remit à arpenter le couloir de long en large. Je m’approchai à mon tour de la paroi.

« T’aurais pas un sort pour nous sortir de là ? »
Je lançai un regard en direction d’Alastar, et répondis, sur un ton plus sarcastique que je ne l’aurai voulu.
« Bien sûr que si…j’attend juste que ces créatures débarquent dans la pièce pour l’utiliser…
- On ne sait jamais… »

Avant que j’ai eu le temps de répondre, un bruit assourdissant retenti dans la pièce.

« Jorel a rien fait ! Jorel a rien fait ! »

La créature venait de se redresser brusquement et lançait des regards apeurés autour d’elle. Je fermai les yeux. Pourvu que ce soit bien ce que je crois…
Liniya s’approcha et s’agenouilla à ses côtés.

« Tout va bien Jorel. Montre nous juste ce que tu as fait
- Vous pas gronder Jorel ?
- Non, ne t’inquiète pas. »
Elle lui adressa un sourire rassurant.
« Bien au contraire, tu vas peut être nous sauver la vie… »
Encouragé par ces paroles, Jorel s’assit à même le sol et commença à tapoter le sol. Je m’approchais. Les dalles qui, de loin, m’avaient semblées uniquement poussiéreuses, étaient en réalité recouvertes de symboles étranges. Et la créature appuyait sur chacune d’entre elle, selon un ordre a priori parfaitement aléatoire. Au bout de quelques secondes, il s’arrêta.
« C’est tout ? »
Jorel haussa les épaules.
« Tu es sûr d’avoir reproduit exactement la même combinaison ?
- Jorel pas comprendre
- Tu as touché…les pierres, dans le même ordre ?
- Jorel croit…Jorel vous a aidé ? »

Je réprimai un soupir et adressai un sourire à la créature. Ce n’était pas encore ça, mais nous étions tout de même un peu plus proches de la solution.
« Oui, tu nous as aidé. »

Une grimace qui pouvait s’apparenter à un sourire déforma le visage de Jorel qui s’appuya alors contre le mur, soulagé. Et la pièce trembla une fois de plus. Jorel se redressa aussitôt. Le bruit cessa. Alastar s’approcha à son tour et s’agenouilla près de la créature.

« Recommence. Appui toi contre le mur. »

Jorel adressa un regard interrogatif à Liniya, qui acquiesça. Puis il obtempéra. Et le mécanisme se mit en marche une nouvelle fois. Toujours appuyé contre le mur, Jorel lançait des regards apeurés vers Liniya.

« Tout va bien. Reste comme ça. »

Je m’étais éloignée de la créature et observait fixement la paroi. Au bout de quelques secondes qui me parurent interminables, elle commença enfin à bouger, laissant apparaître le fameux passage…
Lorsqu’il fut assez ouvert pour nous permettre de passer, Alastar lança.

« Allez y tous ! Je vous rejoins avec Jorel dès que tout le monde sera passé. »
Sans plus attendre, nous nous dirigeâmes vers notre salut. Comme prévu, dès que nous fûmes de l’autre côté, Alastar nous rejoint avec Jorel. Nous avions à peine fait quelques pas que le passage se referma, dans un vacarme assourdissant.


Dernière édition par Yoko le Mer 12 Mar 2008 - 11:00, édité 1 fois

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Starman le Jeu 8 Nov 2007 - 13:36

Le tunnel s'étendait sur plusieurs dizaines de mètres, et sa fabrication semblait assez ancienne. Il devait vraissemblablement servir à échapper à l'ennemi si ce dernier réussissait à traverser les défenses, mais cela n'avait sans doute pas servi à grand chose , et les puissants seigneurs qui y vivaient devaient être soit mort, soit comme ces...choses. Et leurs femmes. et leurs enfants.
"Quelqu'un a du feu, demanda Gurdil. Il fait plus sombre que dans le derrière d'un troll."
Un rapide examen, il s'avéra que personne n'avait rien de la sorte.
"je passe devant, dis-je. L'obscurité ne me gêne pas."
Je m'attend à uen réponse, voire à une remarque désagréable de Reyan, mais rien. Prenant cela pour une approbation, je prend la tête de la marche.Nous nous mettons en ligne, faisant de notre mieux pour toujours être à portée de bras les uns des autres. La progression est lente et difficile, le sol n'étant pas un modèle d'entretien, il est probable que ce tunnel n'ait plus beaucoup servi depuis un certain temps. Nous marchons plusieurs heures, avant que je ne sente le souffle de l'air sur mon visage.
"La sortie n'est plus très loin, annoncai-je.
-tant mieux , fit Reyan, je sais pas vous , mais moi je me sentais venir une vocation de taupe."
Enfin, nous finissons par arriver à la sortie d'une grotte.
"Enfin dehors, se réjouit Arya. Il était temps.
-Mais, continua Linya, ces monstres..... ils viennent d'où?
- Encore un coup de ces fichues tantouzes en robes, intervint Gurdil.
-Mais pour créer de telles créatures, dit Anaëlya, il faut être un nécromancien d'une puissance formidable.
-C'est peut être notre sorcier, suggéra Alastar.
-Quoi,s'exclama Reyan, tu veux dire qu'on pourchasse un type qui fait apparaître des zombies comme ca, pour le sport? Mais s'il est si puissant, pourquoi donc kidnapper une villageoise quelconque dans un village pouilleux?
-Qui sait, intervins-je. Nous n'avons aucune idée de ces intentions. peut être la "fille" n'était pas aussi banale que nous le pensions.
-Ou alors il a envie d'avoir plein de petits sorciers, plaisanta Linya.
-En tout cas, reprit Alastar, nous ferions mieux de nous éloigner au plus vite d'ici."
je jetai un "coup d'oeil" vers l'horizon. Le chateau était toujours en vue, apparemment calme et paisible, et rien n'indiquait le terrible destin de ses habitants. Combien de voyageurs se laisseront prendre? Pourquoi éliminer ce rempart entre lui et le "monde civilisé"? Pour que personne ne voit ce qu'il était en train de faire?
"Oui, partons."

La marche fut longue et silencieuse. personne ne semble d'humeur à parler. Plus que les autres, cette mésaventure avait ébranlée notre confiance en nous. Pouvions-nous vraiment venir à bout d'un être aussi puissant? Et si oui, à quel prix? Gurdil le nain ne fait que gromeler dans sa longue barbe sur ces "tantouzes en robe incapables de comprendre la vraie valeur d'un combat à la hache", Alastar semble sans cesse sur ses gardes, Reyan est nerveux (bien qu"il tente parfois de le cacher de temps à autre avec une plaisanterie), et le reste du groupe n'est guère plus rassuré. Quant à moi, j'ai encore le sommeil tourmenté par l'haleine fétide de ces mangeurs de chair . Mais, après quelques jours de marche, un chateau sinistre apparaît au loin. Il n'est pas si différent de n'importe quelle autre citadelle, si l'on excepte sa taille et sa disposition tentaculaire, mais il en dégage une impression maléfique qui me faisait hérisser les poils sur ma nuque.
"Hé bien, charmant."
Nul ne prête attention aux parole de Reyan. En mon for intérieur, je sent que nous sommes arrivés. Quel que soit l'épilogue de cette histoire, celui-ci est proche.

Il faudra faire une réunion pour voir comment la "fin" se passe.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Macros le Sam 17 Nov 2007 - 23:00

-Eh bien, charmant…

La remarque était plus pour moi-même que pour quiconque d’autre. Il faut dire que le panorama qui s’offrait à nous n’avait rien d’engageant… Le manoir qui se profilait à l’horizon était l’un des plus sinistres qui m’ait été donné de voir. L’endroit parfait pour un sorcier à moitié cinglé, pensais-je en mon for intérieur. J’étais resté persuadé pendant une bonne partie du voyage que cette histoire de sorcier n’était que des racontars, mais l’épisode du fort rempli de zombies m’avait poussé à revoir quelque peu mes opinions sur la question. Je n’y connaissais pas grand-chose en magie, mais tout ça n’annonçait décidemment que des ennuis… La voix d’Aaron m’arracha à mes pensées.

-Nous devrions monter le camp pour la nuit. On devrait pouvoir rejoindre le château demain.

La suggestion fut accueillie par un concert d’approbation. Bien que le soleil ne soit pas encore couché, nous étions tous épuisés par le voyage. Et qui plus est, je soupçonnais que personne n’était particulièrement pressé de rencontrer l’homme qui nous avait fait parcourir la moitié du royaume de Karia à pied… De ce que nous en avions vu, il ne semblait guère hospitalier.

-Reyan, si vous voulez vous rendre utile, allez donc chercher de l’eau pour la soirée…

Je haussais un sourcil.

-Quelqu’un ici s’appelle Reyan ?

Alastar eut un soupir exaspéré.

-Rey.
-Ah, c’est mieux. Maintenant, la même avec un juron !
-…
-Je plaisante…

Ce qui n’empêcha pas Alastar de marmonner un commentaire peu flatteur dans sa barbe. Cet homme n’avait décidemment pas le moindre sens de l’humour… Je me dirigeais vers la rivière, située en contrebas de l’endroit ou nous avions installé nos affaires, chargé de plusieurs seaux. J’emportais néanmoins mon arbalète et ma rapière en plus, ne sachant pas trop quel genre d’animaux vivaient par ici… Me retrouver nez à nez avec un prédateur quelconque sans rien pour me défendre, non merci. Néanmoins, maintenant que j’y réfléchissais… Cet endroit était étrange. Comme si la faune l’avait déserté depuis quelques temps. Aucun chant d’oiseau, aucun bruissement dans les cimes des arbres… Ce sorcier devait sans doute être un très mauvais voisin.

J’étais occupé à remplir le dernier seau lorsqu’un bruit vint briser le silence presque complet des lieux. Celui des sabots sur la pierre. Un frisson me parcourut l’échine. Ca pouvait difficilement être une bonne nouvelle… Je venais de me saisir de mon arbalète lorsque deux cavaliers sortirent de la lisière de la forêt, leurs montures avançant au trot. Mon cœur se glaça lorsque je vis que les deux portaient une robe écarlate et avaient le crâne entièrement rasé. Les fanatiques de Talos avaient finalement retrouvé ma piste.

Les deux tueurs stoppèrent leurs chevaux avant de mettre pied à terre simultanément, sans hâte, comme si ils venaient de trouver l’endroit ou ils allaient se restaurer. Sans un mot, ils se dirigèrent vers moi, chacun prenant un angle d’approche différent, cherchant à m’encercler. Dans leurs mains brillaient les sinistres dagues empoisonnées qui avaient pris la vie de tant d’hommes et de femmes ayant eu la malchance d’avoir cette secte à ses trousses. Ma gorge se serra. J’avais déjà échappé à l’un des leurs à Athakla. Mais ma chance pouvait elle me sortir une deuxième fois d’un tel pétrin ? Le campement était trop éloigné pour qu’on puisse entendre mes appels, et était hors de vue, la faute à une végétation par trop dense. Les hommes en face de moi avaient été entraînés dès leur plus jeune age au meurtre, ne connaissaient ni la peur ni la douleur. Quant à moi… J’étais un duelliste décent, mais pas exceptionnel. Mon plus grand talent était l’esbroufe, qui risquait de ne pas me servir à grand-chose ici. Je ne pouvais compter que sur deux choses : le vaste répertoire de coups bas que j’avais étoffé au cours des années de vie dans les quartiers pauvres, et la bonne étoile qui m’avait jusqu’ici sauvé cent fois de destins peu enviables.

Tentant de calmer les battements de mon cœur, je levais mon arbalète. Si je pouvais me débarrasser d’un d’entre eux tout de suite… Le claquement sec de la corde de l’arme sembla être le signal de départ pour les deux assassins, dont les mouvements semblèrent soudain s’accélérer. Je réprimais un juron lorsque le tueur que j’avais pris pour cible se baissa, évitant le carreau qui aurait dû lui traverser le crâne. En quelques enjambées, les deux assassins écarlates étaient sur moi, chacun attaquant sur un flanc. Je faisais virevolter ma rapière, cherchant à me positionner de manière à les garder tous deux devant moi. Si ils parvenaient à m’encercler, j’étais fini. Les deux dagues fendirent l’air, des éclairs métalliques signifiant ma mort si elles ne faisaient que m’érafler. Je portais une botte classique, apprise durant mon apprentissage de l’escrime Lorelienne, que l’assassin en face de moi para sans grande difficulté. Ce mouvement faillit me coûter cher, comme l’autre tentait de me poignarder le bras armé. Je ne dus mon salut qu’à un réflexe de dernière minute, sentant le souffle de la lame ennemie sur ma main. Heureusement, la pointe n’avait pas touchée…

Je n’eus guère le temps de m’en réjouir. Les deux fanatiques enchaînaient assaut sur assaut, que j’avais de plus en plus de mal à contenir. Ils parvenaient à compenser leur désavantage en terme d’allonge par des mouvements rapides, presque félins, les amenant directement à portée de dague. Un coup passa ma garde, venant érafler mon armure de cuir. Si il n’avait pas été en bout de course… Le tueur esquiva ma riposte d’un bond presque félin, se mettant hors de portée pour quelques instants. Le front trempé de sueur, autant due à l’effort physique qu’à la tension nerveuse, j’arrivais à la conclusion que si je continuais comme ça, j’allais me faire tuer à coup sûr.

Décidé à tenter le tout pour le tout, je saisissais les agrafes de ma cape de ma main libre, tenant en respect du mieux possible mes adversaires de l’autre. Une nouvelle fois, les deux assassins se lancèrent à l’attaque, chacun essayant de créer une ouverture à l’autre. Je parais la dague du premier, mais le mouvement de ma lame me laissait totalement ouvert au second. Au moment ou celui-ci s’apprêtait à donner le coup de grâce, j’utilisais ma cape pour troubler sa vision, comme à la corrida, pensais-je. Troublé par le mur de tissu qui venait de se dresser devant lui, le fidèle de Talos suspendit son assaut… Avant de voir la pointe de ma rapière transpercer l’étoffe et venir se ficher dans son abdomen. Je ne pus réprimer un petit sourire d’autosatisfaction. Tu n’as pas pu la voir venir, celle-ci, hein ?

Néanmoins, mon sourire fondit comme neige au soleil, quand je vis le tueur agonisant, dans un dernier effort, agripper ma lame, m’empêchant de la retirer de son propre corps. Même au seuil de la mort, il cherchait encore à procurer à son compagnon l’occasion de me tuer ! Et ce dernier était de nouveau sur moi… Pris de court, je saisis la seule option à ma disposition : je lâchais la poignée de ma rapière, abandonnant l’arme et ma cape au fanatique mourrant. D’une roulade en arrière, je me mis momentanément hors de portée, sortant la dague cachée dans ma botte. Un contre un. Malgré cela, la panique menaçait de me gagner. Je n’avais plus q’une simple dague comme arme, et me retrouver embarqué dans un duel au couteau avec cet homme était la dernière chose que je voulais ! J’étais meilleur au lancer, mais si je le manquais… L’autre ne semblait pas le moins du monde affecté par la mort de son compagnon. Il parut même s’apercevoir de mon trouble, souriant d’un air carnassier, ce qui ne fit rien pour m’apaiser. Nos deux lames se croisèrent, avant que je ne batte précipitamment en retraite, manquant de peu d’être touché une nouvelle fois. C’est mauvais… c’est très mauvais…

Je ne sentais presque plus mon bras à force d’avoir dû parer les assauts des deux hommes simultanément, mes jambes étaient en feu et mon souffle court. A l’inverse, l’autre semblait encore frais, pas une seule goutte de sueur ne luisant sur son visage. Il avança d’un pas confiant, tandis que je reculais d’autant, n’osant pas passer à l’attaque, et craignant qu’il ne le fasse lui-même. Je commençais à être à court d’options… Je crus que mon cœur allait s’arrêter lorsque mon pied heurta une racine et que je perdis l’équilibre, tombant en arrière, voyant du coin de l’œil l’assassin bondir, comme au ralenti, saisissant l’occasion que ma maladresse venait de lui donner. Tous mes muscles se raidirent lorsque je sentis le poids de son corps s’abattre sur moi, et je fermais les yeux, m’attendant à sentir la morsure de sa dague.

Il me fallut quelques secondes pour me rendre compte qu’il ne bougeait plus. Il était effondré sur moi, inerte. Je le déplaçais précautionneusement, craignant d’être erafflé par son arme durant l’opération. C’est alors que je vis que son plongeon l’avait amené à se jeter droit sur la point de ma propre dague. Je me passais une main sur le visage, ne pouvait m’empêcher d’éclater d’un rire nerveux, cherchant à évacuer la tension de la minute qui venait de s’écouler. Les coups tordus et la chance, effectivement. Il semblerait que j’aie toujours droit à un sursis avant de rejoindre le royaume des morts… Il faut croire qu’il y a bien un dieu pour les fous dans mon genre. Je me relevais, les jambes encore un peu tremblantes. C’était juste. Comme d’habitude.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Mélanie Mustang le Dim 18 Nov 2007 - 13:52

Reyan mettait un moment à revenir… Il avait dû arriver quelque chose… C’était mauvais signe… Je me levai et me dirigeai vers la forêt, avant d’être interrompu par Linyia.
-Où tu vas ?
-Chercher Reyan. Il met trop de temps à ramener l’eau. Je n’aime pas ça.
-Je viens avec toi…
-Non, reste ici, et assure-toi pour que tout le monde se prépare à se battre…
Acquiesçant à regret, Linyia retourna vers les autres alors que je pénétrai dans la forêt. Après quelques minutes de marche, je croisai enfin Reyan, tenant un seau rempli d’eau dans chaque main et en sueur.
-Tiens, s’exclama-t-il en me voyant. Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? Envie d’une douche ?
-T’en as mis du temps pour les remplir tes seaux.
-Oh c’est juste que j’ai rencontré de vieux copains et on s’est tapé la causette…
-Reyan… dis-je d’un ton menaçant qui ne semblait lui faire ni chaud ni froid.
-C’est bon, il y a pas à s’inquiéter. Je me suis occupé d’eux.
Je soupirai d’agacement et me dirigeai vers Reyan, prenant l’un des seaux.
-Rentrons au camp avant que tu nous apportes d’autres ennuis.
-Compris, chef ! dit Reyan en faisant un salut militaire.
Nous retournâmes donc au camp où nous retrouvâmes nos compagnons prêts à se battre. Tous semblèrent soulagés de nous retrouver entiers, à l’exception du nain qui pestait contre les lâches qui refusaient d’affronter la fureur des nains.
-Calme-toi, Gurdil, on va bientôt aller voir notre ami le sorcier. Je suis sûr qu’on va avoir plein de gens à refroidir à la hache ! s’exclama Rey an.
Pendant que les autres prenaient nouvelle de ce qui était arrivé, j’allai voir Anaëlya qui était restée un peu à l’écart. Après lui avoir expliqué rapidement ce que je savais, je discutai avec elle de ma malédiction. J’avais beau retourner les paroles de Barwald dans tous les sens, je n’avais toujours pas réussi à trouver quel pouvait bien être ce sacrifice…
Puis, une idée me vint… Pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt…
-…mais...
-Et toi ? Tu ne pourrais pas me libérer ? De la même manière que tu as libéré Jorel ?
Elle me regard un instant, légèrement surprise.
-Non. Libérer quelqu’un d’une malédiction pour une magicienne de mon niveau est impossible. Et d’ailleurs, techniquement parlant, je n’ai pas libéré Jorel de sa malédiction. J’ai simplement bridé ses pouvoirs pour qu’il ne puisse plus s’en servir.
-Pour quelqu’un de ton niveau c’est impossible, d’accord… Mais un sorcier plus puissant ?
-Non. Même pour un sorcier extrêmement puissant c’est quasiment impossible. C’est beaucoup trop risqué. On risque de tuer la personne que l’on veut libérer et soi-même par la même occasion.
-En parlant de Jorel, quand nous étions séparés dans la forteresse, nous nous sommes retrouvés pris au piège par des zombies…
-Un peu comme tout le monde… dit-elle en souriant ironiquement.
-Nous étions submergés et l’un d’eux avait réussi à s’emparer de Jorel… Et… Il y a eu comme… comme un incendie. Une flamme gigantesque s’est mise à traquer les zombies de la pièce et les a réduit en cendres… en nous épargnant Linyia, Jorel et moi.
-Une flamme ? Mais d’où venait-elle ?
-De Jorel. Mais après il était complètement pétrifié. Il s’est rassis par terre et quand je lui ai demandé s’il pouvait le refaire, il a refusé, il a pris peur…
-Etrange…
-Tu as dit que tu avais bridé ses pouvoirs.
-Oui… C’est ce que je pensais… Mais il s’agit sûrement d’un pouvoir qu’il a naturellement… Et c’est ressorti parce qu’il était en danger…
-C’est ce que je pensais.
-Vous commencez à vous y connaître en matière de magie on dirait…
-Non… Je m’y connais en défense… C’est différent… dis-je alors que mon regard se posait sur Linyia.
Ma discussion avec Linyia dans l’armurerie ne me revint que lorsque je la vis, seules auprès de Jorel, la tête appuyée sur ses bras croisés, le regard vague. Tout le monde avait fini d’écouter Reyan et chacun était retourné dans son coin en silence. J’hésitai et finalement, je me relevai pour m’approcher d’elle. Je m’accroupis devant elle et elle releva les yeux vers moi.
-Tu veux qu’on parle maintenant ? demandai-je.
-Oui… Je…
-Tu n’es pas obligée…
-Je sais… Mais… Je veux que tu comprennes… Ca t’obligera peut-être à faire un effort de ton côté.
Je soupirai et me relevai. Linyia se leva également et me suivit. Nous nous dirigeâmes vers la lisière de la forêt, et avant que nous n’y entrâmes, j’entendis la voix de Reyan :
-Eh bien, il y en a qui perdent pas le Nord…
Je me contentai de lui jeter un regard noir qui le fit sourire alors que les autres secouaient légèrement la tête.
Linyia et moi nous enfonçâmes plus loin dans la forêt et arrivâmes finalement à un petit ruisseau. On entendait les oiseaux et les insectes chanter dans les arbres et les buissons.
Je m’assis contre un tronc d’arbre et Linyia s’assit en tailleur en face de moi.
-Je t’écoute, dis-je doucement.
-Bien… Mais… Je ne veux pas que tu me regardes comme si…
-Linyia, je ne suis pas le genre de personne à juger les autres pour les actes qu’ils ont commis.
-Oui…
Elle prit une grande inspiration et commença son récit.
-Quand j’étais petite, je vivais avec mes parents. Ils tenaient… une auberge dans la ville de Benetra, dans le Royaume de Taban… Mais la clientèle… Ce n’était pas les meilleurs gens qu’on puisse croiser… Pour mes parents, je n’étais qu’une paire de bras en plus qui pouvait travailler… Alors, très rapidement, j’ai commencé à servir les clients de la taverne…
Elle s’arrêta quelques secondes.
-Quand… quand mes parents ont trouvé que j’étais… assez grande… Ils… Ils m’ont… Ils m’ont forcée à faire plus que servir les boissons… Je devais… vendre mon corps aux clients qui en avaient envie pour rapporter plus d’argent à mes parents…
Des larmes coulaient sur les joues de Linyia et je me souvins de la première fois où je l’avais tenue contre moi, quand je l’avais rattrapée après qu’elle ait volé l’argent de Gurdil… Elle tremblait, et je comprenais désormais mieux pourquoi… J’aurais tant voulu la serrer contre moi pour la réconforter à ce moment-là, pour lui montrer que je me moquais de son passé et que ça ne comptait pas pour moi…
-Et puis un jour, un homme est arrivé. Il s’appelait Garwalf et était chef d’une troupe de voleurs. J’ai passé une nuit avec lui… Il m’attirait… Il représentait quelque chose de différent pour moi, le risque… ce genre de choses… Il m’a proposé de m’enfuir avec lui… J’ai accepté parce que je voulais sortir de ce trou… Alors, il m’a accepté dans sa troupe, j’ai appris les ficelles du métier si je puis dire… Mais Garwalf me voyait toujours comme sa chose… Il continuait de profiter de moi comme si j’étais toujours dans cette taverne… Alors j’en ai eu assez et un soir, je me suis enfuie en emportant avec moi une partie du butin qu’on avait récolté. Garwalf m’a rattrapée peu après et… j’ai dû le tuer… Ensuite, j’ai vraiment pu m’enfuir… Et enfin, je suis arrivée dans ce royaume et on s’est rencontrés… Voilà, tu sais tout, dit-elle en fermant les yeux.
Ses mains étaient jointes et serrées l’une contre l’autre, tellement serrées que ses jointures en étaient blanches. Je pris ses mains dans les miennes et les séparai doucement, les caressant de mes pouces en les amenant près de mon visage. J’y déposait un léger baiser…
-Ca ne changera pas ce que je ressens pour toi, Linyia.
Elle ouvrit les yeux, et j’y vis une lueur d’espoir qui me fit mal en songeant à la seule barrière qui nous séparait encore.
-Mais ça ne change pas non plus ma condition. Je suis maudit, et tant que je n’aurai pas réussi à lever cette malédiction, je ne prendrai aucun risque. C’est pour cette raison que j’ai accepté l’aide d’Anaëlya et pas la tienne, et également parce qu’elle est mage, comme celui qui m’a lancé cette malédiction. Tu comprends ?
-Oui… Je comprends… Mais je n’abandonnerai pas tout espoir…
-Linyia… Je ne sais même pas si je parviendrai à lever cette malédiction. Je ne veux pas que tu te fasses de faux espoirs…
-Je suis sûre qu’on réussira, Alastar.
-J’aimerais avoir ta foi…
Je sentis les mains de Linyia caresser doucement les miennes… Mais quelque chose me dérangeait…
Je me levai en mettant la main sur la garde de mon épée, regardant autour de moi.
-Alastar ? demanda-t-elle en se levant à son tour.
-Ecoute.
Linyia resta silencieuse un moment.
-Je n’entends rien… Tout est calme…
-Trop calme… Plus un seul oiseau de chante… Plus aucun insecte…
-Alastar…
-Rentrons au camp, j’ai un mauvais pressentiment.
Nous commencions à nous diriger vers le camp lorsqu’une dizaine de personnes nous tombèrent littéralement dessus. J’entendis Linyia crier.
-LINYIA !
Je me retournai et voulant m’emparer de mon épée, je me rendis compte qu’elle n’était plus dans son fourreau. On me l’avait prise…
Les hommes s’accrochaient à moi et essayaient de me maîtriser. Je tentai de me dérober à leur étreinte, mais je reçus un violent coup à l’abdomen qui me fit m’écrouler au sol, me tenant le ventre tant j’avais mal.
-ALASTAR !
Je n’eus pas le temps de faire le moindre mouvement que plusieurs hommes s’étaient déjà jetés sur moi.
-Faites-les taire ! tonna une voix.
Bientôt, Linyia et moi nous retrouvâmes ligotés et bâillonnés au sol, trois hommes la tenant et six hommes s’occupant de moi. Je vis le dernier homme s’approcher de Linyia puis de moi. Un sourire carnassier étira ses lèvres, un masque cachant le reste de son visage. J’essayai de me débattre, un nouveau coup venant aussitôt refroidir mon ardeur.
-Ne t’en fais, toi et ton amie n’avez rien à craindre… pour le moment.
J’essayai de parler, mais le bâillon m’en empêchait.
-Je suppose que tu te demandes qui nous sommes, n’est-ce pas ? Nous allons vous accompagner au château du plus puissant des sorciers où vous êtes invités. Espèce de petit vénard…
Il se redressa et parla à ses hommes.
-Bien ! Soulevez-les, on va voir comment se débrouillent les autres avec le reste de la troupe. Ils ne devraient pas avoir eu de problème à s’occuper d’eux.
Nous fûmes soulevés de terre et les hommes se dirigèrent vers le campement de nos camarades. J’essayai de réfléchir à un moyen de nous en sortir… Je n’avais plus mon épée… Il me restait toujours ma dague… Je la sentais dans ma botte… Tout ce que j’espérais, c’était qu’il ne leur viendrait pas à l’idée de fouiller davantage.
Ce qui était sûr, c’était que nous rencontrerions bientôt l’auteur de tous nos derniers problèmes…

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Starman le Ven 21 Déc 2007 - 18:41

Je m'appuis contre un tronc d'arbre, à l'affut de perceptions de nature qui nous entourrent. Malgré l'aspect particulier de l'endroit, on pouvait encore entendre faiblement le bruissement des feuilles dans les arbres, quelques animaux loin d'ici, qui progressaient en quête de nourriture. Tout semble si paisible en apparence, comme dans toutes les forêts. Mais je sais que tout cela n'est qu'illusion. Derrière cette paix apparente se cachait un monde de conflit perpétuels, un combat permanent pour la survie . Paradoxalement, être aveugle permettait souvent de voir au-dela des premières impressions. Et cet endroit était encore moins sain qu'il ne le paraissait au premier abord.
"Tout va comme vous le voulez, se fit entendre la voix de Anaëlya.
-Plus ou moins, répondis-je. De votre côté?
-Mmm. Compte tenu du fait que nous allons bientôt engager le combat contre le chateau d'un sorcier tellement puissant que je sens des ondes magiques d'ici, cela va plutôt bien.
-Oui, je les sens aussi. Et il n'y a pas un animal dans les alentours immédiats. J'ai l'impression qu'ils évitent d'être trop prêt du chateau.
- En même temps, ils ont raison. Pour se rendre compte de sa nature, il suffit de le voir.... Ou autre."
Je commence à sourire. Ou autre, hein?
"Au fait ,repris-je, dans la forteresse.
-Oui?
-C'était bien visé.
-Merci."
Soudain, je sens quelque chose bouger. Presque impreceptiblement. Comme des ombres.
"Des gens approchent.
-Quoi?"
A peine avons-nous prononcer ces mots que des hommes apparaissent de toute part, nous prenant par surprise. J'essaie de prendre mon arc sur le sol, mais je suis déjà entouré de deux hommes qui me maitrisent. Le reste du groupe ne s'en sort pas bien mieux , et nous sommes maitrisés après seulement quelques minutes de combat. Puis d'autres viennent , portant Alastar et Linya sur leurs épaules.
"Bon fit celui qui semblait être le chef, emmenons les voir notre seigneur, il décidera quoi faire."
Puis il me désigna du doigt.
"Sauf toi, Aaron Von Kinterheim. Notre chef tient spécialement à te voir.
-C'est vous qui avez les armes."

Ils nous font sortir des bois, attachés de telle façon que nous ne pouvons bouger nos mains. A l'orée, plusieurs individus sont en train de creuser un trou profond, supervisé par un homme que je ne connais que trop bien.
Heinrich, mon "très cher" frère.
"Aaron, commence-t-il, narquois. Tu as l'air étonnament vivant, étant donné les circonstances.
-Navré de te décevoir. Depuis quand tu travailles comme assassin pour les sorciers locaux?
-Ho, depuis que les taxes de mon comté ne suffisent plus à régler la dépense. Tu sais ce que c'est: A la mort du paternel, on élimine toutes les autres alternatives, on devient l'héritier, pour se rendre compte que ca rapporte rien, et que le gens n'ont pas les moyens de payer d'impôts dignes de ce nom. Donc on fait profiter de ses connaissances militaires à d'autres. Mais revenons à toi. J'aimerais juste vérifier quelque chose."
Il s'approche de moi et me retire mon bandeau. Alors l'air froid s'infiltre dans mes orbites vides. J'entend les membres du groupe retenir leur souffle.
"Effectivement, tu ne t'es pas raté, reprend Heinrich. Quelle idée de s'arracherles yeux aussi. Pourquoi as-tu fait ça?
-Tu ne pourrais pas comprendre.
-Je vois. Tu vois ce trou derrière moi? C'est ta future tombe. Tu vois, je voulais te torturer à mort avant d'ammener tes amis devant le maître, mais il n'est pas du genre patient. Alors je vais te mettre dans cette fosse et le refermer sur toi. Mais d'abord.."
Il sort une espèce de médaillon de sa poche. Sans doute quelque chose que lui a donné le sorcier, Heinrich n'a jamais eu le moindre talent en magie. Soudain, une espèce d'aura lumineuse l'entoure, puis le noir. Complet. Que se passe-t-il? Il n'a quand même pas...
"Alors? Combien j'ai de doigts?"
Je ne répond pas, j'essaie à tout pruix de distinguer quelque chose, mais rien. Je suis vraiment devenu aveugle.
"Efficace, ce médaillon de dissipation de la magie. Quelle tragédie. Tu as survécu tout ce temps pour mourir ainsi. Adieu, mon frère."
Soudain, on me pousse , visiblement dans le trou. Je me relève et essaie de trouver le bord du trou, quand je remarqu les jets de terre. Ils le rebouchent. Et je ne peux rien y faire. J'ai attendu des années une occasion de le tuer, et j'échoue aussi lamentablement. Je tremble de rage et d'impuisance, tandis que la terre monte de plus en plus haut . Et, juste avant qu'elle ne me dépasse, je hurle en direction je l'espère de mon frère maudit:
"Sois maudit, Heinrich! Tu ne te débarassera pas de moi comme ça."
Je prend une dernière respiration, avant que la boue ne me submerge.

Bon, bien entendu, j'interdis les autres forumeurs de me sortir de ce pétrin, ou de tuer mon frangin sans autorisation. Merci de votre comprehénsion.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Macros le Dim 30 Déc 2007 - 8:40

Allons bon, on ne peut pas voler à ton secours tel Superman, liquider ton frère en trois secondes avant de s'envoler aider d'autres âmes dans le besoin? Mais tu nous brîmes! Bon, bah puisque tu as si sévèrement limités mes options, je vais juste faire un post normal, alors ^^



-Ah, bordel !

Ce cri du cœur exprimait assez bien ma contrariété à l’heure actuelle, sentiment partagé par la majorité de la présente compagnie. Nous avions été jetés sans ménagement au fin fond d’un cachot sombre et humide, enchaînés et avec pour seule option valable celle d’attendre que quelqu’un daigne enfin se pencher sur notre sort. Ma mauvaise humeur était accrue par le fait qu’une de ces brutes en armure noire m’avait presque cassé la mâchoire durant notre capture. C’était ce qu’on appelle tomber de Charybe en Scylla, j’imagine, échapper aux tueurs de Talos pour tomber entre les pattes d’une bande de cinglés en armures. Et à en juger par le fait qu’ils nous avaient menés jusqu’au château, on pouvait raisonnablement supposer que ce fameux sorcier était leur employeur… La poisse ! Je flanquais un coup de pied à un crâne squelettique au sol, qui était un symbole de pessimisme quand à l’avenir des locataires de cet endroit. Ca ne servait à rien, mais tant que je pouvais passer mes nerfs sur quelque chose…

-Ah, putain ! Rev’nez, bandes de lâches ! Vous f’rez moins les malins une fois que j’vous aurais démontés les genoux ! Allez, quoi, vous avez peur d’un pauv’petit nain ?

Gurdil étai peut être le seul à être encore plus expressif que moi dans sa contrariété, liée au fait qu’il avait apparemment été assommé par derrière avant même d’avoir eu un chance de résister…Comme nous tous, d’ailleurs. L’action s’était déroulée trop vite, ces types étaient tombés sur nous sans prévenir. Résultat, nous étions à présent dans une situation pour le moins précaire. La voix timide de l’elfe résonna.

-Que… qu’est ce qu’ils vont faire de nous, à votre avis ?
-Je ne sais pas, et je ne veux pas rester pour le savoir. Il doit bien y avoir un moyen de sortir d’ici !

Je me penchais sur la serrure, avant de pousser un nouveau soupir. J’avais crocheté bien des verrous dans ma jeunesse tourmentée, mais celui-ci semblait probablement capable de résister à tous mes efforts… Je reportais mon attention sur l’ensemble de la salle, à la recherche d’une ouverture, d’un outil quelconque… N’importe quoi qui puisse nous aider. J’en profitais pour interpeller Anaelya.

-Vous me paraissez bien calme, pour quelqu’un dans notre situation…
-Nous devons garder la tête froide si nous voulons sortir d’ici. Et puis, rien n’est perdu… Je ne sais pas ou ils ont emmenés Aaron, mais ils n’ont apparemment pas trouvés Alastar et Linyia. Je suis sûre qu’ils trouveront un moyen de nous sortir de…

La porte s’ouvrit à la volée, pour laisser place à l’ancien guerrier masqué et la jeune voleuse, qui furent tous deux propulsés dans la cellule, avant que le geôlier ne referme la porte.

-… là.
-Brillant.

***

Je n’aurais su dire combien de temps nous passâmes dans cette cellule. Les premières minutes furent celle d’un foisonnement de plans peu ou très peu convaincants pour nous sortir d’ici, mais cette activité intellectuelle fébrile céda peu à peu place à la résignation. La serrure était trop complexe, même pour les talents de notre jeune tire-laine, trop solide pour être enfoncée, ces murs semblaient annuler toute forme de magie de la part de ceux y étant enfermés, et le plan consistant à neutraliser le geôlier fut… remis à plus tard quand la dite personne apparut être un ogre de deux mètres cinquante environ, capable d’écraser le crâne d’un humain en serrant simplement le poing. Et l’homme des bois qui n’était toujours pas là… Plus qu’à espérer qu’il ait une meilleure fortune que nous. Notre attente fut troublée par des bruits de pas dans le couloirs, avant que plusieurs silhouettes cuirassées apparaissent dans l’embrasure.

-Debout, cloportes. Notre maître veut vous parler.

Je ne pus m’empêcher d’ouvrir ma grande bouche, comme d’habitude.

-Vous savez, vous pourriez obtenir de bien meilleurs résultats en montrant un minimum d’égard envers vos inv…

Ma tirade fut interrompue par une botte métallique venant me heurter en plein visage, m’assommant à moitié. Un craquement d’os m’indiqua que mon nez venait de payer cher pour ma langue… Le sang se mit à couler à flots de mon appendice meurtri.

-Un point pour vous.

Nous fûmes remis debout sans ménagement, et « priés » d’avancer à grands renforts de coups de manches de hallebardes. Encore à moitié groggy par le coup qui m’avait été asséné, une partie de mon cerveau qui semblait très lointaine pour le moment se demandait à quoi pouvait donc ressembler le maître des lieux, et surtout ce qu’il pouvait bien avoir à faire avec nous…

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

Message par Mélanie Mustang le Mer 9 Jan 2008 - 15:19

Nous marchions en file indienne, chacun d’entre nous maintenu par deux gardes. Nous nous dirigions apparemment vers le sorcier qui était la cause de notre périple. Un sentiment étrange m’enserrait le cœur. Un mélange de peur et d’excitation, de curiosité. Comme si j’avais attendu de me retrouver face à lui depuis longtemps. Je ne parvenais pas à m’expliquer cette sensation.
Je tournai la tête pour essayer de voir derrière moi comment allaient mes compagnons. Mais je dus la retourner immédiatement après avoir reçu un coup de l’un de mes deux gardes du corps.
-Regarde devant toi, ou je t’arrache les yeux.
-Où est Aaron ? tentai-je en repensant à lui.
-Ca te regarde pas. Maintenant la ferme et continue d’avancer ou je te coupe la langue.
L’absence de notre compagnon aveugle ne me plaisait guère. Et mes autres compagnons ne semblaient pas en savoir plus que moi d’après ce qui était ressorti de notre conversation dans les geôles du sorcier.
Mais une autre absence me vint à l’esprit. Jorel. Lui aussi avait disparu. Avait-il été pris ? Tué ? Ou s’était-il échappé ? Aucun moyen de le savoir. Et je n’avais pas l’intention de le faire tuer en demandant aux gardes s’ils l’avaient capturé ou non. S’il avait réussi à s’échapper, tant mieux pour lui. Il parviendrait peut-être à se cacher le temps que tout se calme…
En tout cas, une chose était sûre, sa capacité à détruire ses ennemis en les transformant en cendres lorsqu’il était effrayé me manquait déjà. Et elle manquerait encore plus devant notre adversaire.
Notre adversaire… Dire qu’au début de cette aventure, j’étais parti seul pour sauver une jeune mariée et gagner la récompense. Et finalement, notre groupe s’était formé rapidement, même si nous étions tous très différents les uns des autres.
Il me semblait maintenant que nous étions ensemble depuis des années… Alors que nous n’avions fait connaissance que quelques semaines plus tôt.
Notre bataille contre ce sorcier marquerait sûrement la fin de noter aventure ensemble et la dissolution de notre groupe. Si nous parvenions à tuer ce mage, certains y laisseraient peut-être la vie… Et pour les survivants, nous nous séparerions, retournant chacun de notre côté.
Mon esprit se tourna vers Linyia. Survivrait-elle à ce combat ? Et si oui, que ferait-elle ? Me suivrait-elle malgré tout ? Continuerait-elle d’espérer en vain de trouver une solution pour briser ma malédiction ? Ou abandonnerait-elle ? Cette pensée me serra le cœur. Son départ me ferait du mal… Mais d’un autre côté, ma propre mort me soulagerait…
Je fus sorti de mes pensées lorsque les gardes m’arrêtèrent devant deux portes gigantesques. Sculptées dans la roche, on pouvait y voir diverses scènes de l’histoire et des légendes du royaume de Karia, toutes plus ou moins connues.
Dans un bruit infernal, les portes s’ouvrirent, dévoilant lentement à nos yeux une salle gigantesque. Les gardes nous poussèrent à l’intérieur et ce que nous vîmes nous laissa muets.
Tout autour de la salle se trouvaient des créatures horribles et énormes… Je n’eus aucun mal à les reconnaître. Des Golems. Il y avait également de nombreux soldats. Au centre de la salle, allongées en cercle sur des sortes de tables mortuaires autour d’un autel, se tenaient sept personnes. Il m’aurait été impossible de dire si elles étaient mortes ou vivantes tant elles étaient immobiles.
-Bienvenu à vous tous, dit une voix puissante.
Nous tournâmes tous la tête dans la même direction pour découvrir, assis sur un trône qui n’avait rien à envier à la grandeur de la salle, un vieil homme, mince, aux longs cheveux blancs. Il possédait une barbe d’une longueur conséquente et ses habits étaient richement brodés.
Il leva la main vers les portes de pierre qui se fermèrent toutes seules, dans un silence de mort.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues

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