Les Chroniques des Lames Perdues 3

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Les Chroniques des Lames Perdues 3

Message par Heg le Sam 21 Juil 2012 - 20:11

Sans tambours ni trompêtes, voilà la suite de la saga tant attendue des petits et des grands.



LES CHRONIQUES DES LAMES PERDUES
SAISON TROIS




***

« Vous appelez ça bleu ? Vous l’avez oublié sur le feu, ou quoi ? Regardez, là, c’est tout brûlé ! Je vais vous en donner, moi, de la viande bleue : vos fesses, quand j’en aurai fini avec vous ! Retournez en cuisine, bougre de gros incapable, et ne revenez que quand vous aurez réussi à cuire un steak BLEU ! »

Lep, le commis, suant à grosses gouttes, ne se fit pas prier. Il retourna le plus vite possible en cuisine, pour rendre compte des remarques de la cliente de la table n°3. Cette opération était relativement superflue, car la vieille femme en robe rouge avait crié si fort que Lep n’aurait pas été étonné si elle avait réveillé les occupants des chambres jusqu’au troisième étage. Non contente d’arriver pratiquement à l’heure de la fermeture des cuisines et d’exiger qu’on la serve, elle venait de plus de renvoyer le troisième steak qu’on lui apportait, mettant les nerfs de tous les employés du Panier Chantant à rude épreuve. Lep trouvait ce comportement scandaleux. Au prix que coûtait une viande de cette qualité, un tel gâchis ! Alors qu’il y avait des nécessiteux qui auraient pu en profiter… Le jeune homme, mettant ces principes en application, fit discrètement glisser la pièce de viande qui venait d’être refusée dans un linge propre, avant d’enfouir le tout dans la vaste poche ventrale de son tablier.
Pendant ce temps, Karlus, le Chef, ne décolérait pas. Il arpentait la cuisine d’un pas rageur, bousculant quiconque se trouvait sur sa route, empoignant ses employés par les épaules en leur demandant furieusement pour qui, mais bon sang, pour qui cette vieille folle se prenait. Toutes les personnes présentes bondirent quand elles le virent empoigner un gigantesque couteau qui était jusque la planté dans la table à découper, et ne furent guerre rassurées quand il s’en servit sur un des gros quartiers de bœuf suspendus dans le fond de la pièce. Il posa le steak ainsi obtenu au milieu d’un simple plat en terre cuite décoré de l’emblème du Panier, replanta le couteau, et s’assit sur son tabouret en croisant les bras. S’ensuivit un instant de silence gêné.

« Mais enfin, Chef, on le va quand même pas lui apporter de la viande crue…
- Et pourquoi pas, hein ? répondit celui-ci, un sourire inquiétant sur son visage d’ordinaire si entier. Si Madame refuse un steak qui m’a valu trois fois la médaille bovine au concours gastronomique de Flaëyir-sur-Pantoufle, je ne peux plus rien faire pour elle ! »

Ce n’était pas que les employés n’étaient pas d’accord sur le principe, mais qui allait se charger de lui apporter ? Qui serait assez brave ? Les regards se tournèrent dans un premier temps vers Lep, mais celui-ci était devenu si pale qu’il avait sans doute réussi à se confondre avec le mur blanc derrière lui. Personne ne lui jeta la pierre. Au bout d’un moment, Camélia fit un pas, prit une profonde inspiration, et s’empara du plat. L’assistante du Chef était connue pour son fort tempérament, qui lui avait valu de supporter le caractère de ce dernier, se hissant, à force de volonté, vers des sommets culinaires dignes de son maître, et qui faisaient l’admiration de toute la vallée de la Pantoufle. Lep regarda Camélia traverser la salle, ses long cheveux châtain clair ondulant gracieusement, et se promit que, si la jeune femme revenait vivante, il oserait lui avouer les tourments amoureux dans lesquels ses yeux si bleus et ses joues si roses le plongeaient aux petites heures de la nuit.
Camélia, inconsciente des tourments qu’elle provoquait, mais bien décidée à laver l’honneur de son restaurant, avançait, inflexible, vers la vieille femme assise derrière la table n°3. Etrangement calme, cette dernière l’observait, la bouche pincée, les yeux légèrement plissés, dans une attitude presque reptilienne. Il était difficile de lui donner un âge précis. Sa peau, plissée et constellée de taches brunes, contrastait avec son accoutrement aux couleurs vives, et le maquillage pour le moins criard qu’elle avait étalé sur ses lèvres, ses joues et ses yeux. Ses cheveux étaient teints dans des tons cramoisis d’assez mauvais goût et la jeune femme ne put donc dire s’ils avaient déjà viré au blanc. Sans trembler, Camélia déposa son fardeau devant la cliente et attendit.

« Mmmh… Je vois qu’ils ont abandonné » déclara-t-elle placidement au bout d’un moment. Camélia aurait juré que la vieille femme lui avait adressé un clin d’œil discret, mais elle fut encore plus surprise par ce qui se produisit ensuite. La vieille avança une main au dessus du plat – une main ressemblant à une serre, décorée d’un nombre inconcevable de bijoux, de breloques et d’amulettes, aux ongles acérés et peints en rouge – et, d’un simple mouvement du doigt, fit sortir une flamme de sa paume. Le feu semblait animé d’une vie propre. Il se répandit sur la viande, brûlant avec ardeur, puis, au bout de quelques secondes, disparût.

« Vous voyez, reprit la vieille femme avec un franc sourire, c’est comme ça qu’il fait s’y prendre si l’on veut vraiment réussir un steak bleu. Les hommes n’y connaissent rien. Si vous voulez mon avis, la cuisine, comme toutes les taches nobles, c’est un travail de femme.
- Sans… sans doute, oui, répondit Camélia, sans oser avouer qu’elle était l’auteure de la cuisson du second steak.
- Vous devriez vous mettre à votre compte, plutôt que de gâcher votre jeunesse dans un endroit aussi déplaisant. Et n’engagez que des cuisinières. Je ne vous empêche pas de fréquenter des mâles, j’ai assez d’expérience pour savoir qu’ils peuvent être d’un usage très… récréatif. Mais jamais pour le travail, croyez-moi ! »

Camélia, bouche bée, ne répondit rien. En dix ans dans la restauration, elle avait rencontré bien des originaux, mais elle ne s’était pas attendue à ça. La vieille femme avait empoigné ses couverts, et entamait son steak avec appétit.

« Vous m’apporterez la note pour cette viande, mon petit, voulez-vous ? Mais déduisez le service ! Quand il faut que je fasse tout moi-même, je refuse de payer le service. »

Hilda regarda la jeune femme tourner docilement les talons et se rendre en cuisine. Décidément, elle était bien sympathique, et la vieille magicienne ne regrettait pas de lui avoir dispensé quelques conseils issus de sa longue expérience, et qui, à coup sûr, ne manqueraient pas de lui faire prendre les meilleures décisions sur le plan professionnel. Une fois son repas achevé – de l’excellente viande, en vérité – elle sortit sur le seuil de l’auberge pour admirer le ciel nocturne. Une fois encore, elle dormirait à la belle étoile, car c’était ce qu’elle avait toujours fait, et qu’il n’y avait pas de meilleure façon de passer la nuit.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 3

Message par Macros le Mar 14 Aoû 2012 - 19:35

« Mais pisque j’vous dis que j’n’ai pas d’problèmes ! »

Le hameau de Malgache-les-Eaux était d’ordinaire l’un des lieux les plus paisibles du continent. Sa centaine d’habitants formaient une communauté soudée, n’ayant de comptes à rendre à personne -pas depuis que le dernier collecteur d’impôts fut chassé à grands coups de pieds au derrière, et que la baronnie dont-ils dépendaient décida que les trois sacs de grains et les vingt pièces de cuivre qu’ils étaient en mesure de fournir n’en valaient pas plus la peine que ça - et dont les rares problèmes avaient tendance à être en rapport soit avec le climat, soit avec les dernières frasques du gamin Bourricot, surnom aussi affectueux que mérité. Mais depuis l’arrivée de l’étranger, la journée avait été… mouvementée.

Ca avait commencé avec sa proclamation au milieu de la salle commune de la taverne locale, ou il lança un appel à toutes les âmes aventureuses de la communauté à venir le rejoindre dans ses pérégrinations. Devant le peu de succès que l’appel recueillit auprès des plus de quatorze ans, ce fut ensuite le forgeron du village qui dut se coltiner l’excentrique individu, et le convaincre que non, son expertise - indéniable - dans la confection des socs de charrue ne le rendait pas capable pour autant de forger une Cotte de Maille d’Acier Céleste (et que diable pouvait bien être de l’acier céleste, pour commencer ?) ou une Epée Longue +3 (+3 quoi, seul l’étranger pouvait en avoir la moindre idée). S’ensuivit une demi-heure de délibération sur les possibles utilités d’une charrue en combat, le mystérieux voyageur arguant que compte tenu de la taille de l’instrument, le dé de dégât devait être conséquent, avant de finalement concéder que les pénalités de maniement n’en valaient sans doute pas la peine - mais qu’à sa prochaine montée de niveau, il envisagerait l’idée de prendre un talent pour compenser. La participation du forgeron au débat fut minime, mais il n’en ressortit pas moins avec un sérieux mal de crâne. Et à présent, ce Charname Statovski, puisque c’est ainsi qu’il se présentait, s’était mis en tête d’aller harceler chaque habitant, sans exception, à la recherche de « quêtes secondaires », n‘hésitant pas à envahir leurs foyers sans une once de mauvaise conscience. Ceux qui, avertis du danger qui les guettait, se crurent rusés en verrouillant leur porte eurent la désagréable surprise d’apprendre que Charname, comme il le proclamait fièrement à ceux qui le demandait, avait investi cinq points dans la compétence Crochetage - et n’éprouvait apparemment pas la moindre gène à s’introduire chez quelqu’un par effraction pour pouvoir lui parler. Sans tenir compte du fait qu’il était à présent trois heures du matin.

« Pas de problèmes ? Vous êtes sûr ? Vous n’avez pas égaré un bijou de famille dans une cave pleine de gobelins, ou bien fait volé une gemme par une bande de brigands en maraude ? Même pas des rats à exterminer dans une cave ? Ce n’est plus vraiment une quête de mon niveau, mais vu que cet endroit à l’air assez pauvre en aventures… »

Si l’intrus avait été moins armé, le malheureux villageois n’aurait pas hésité à le mettre dehors à grands coups de pied dans l’arrière-train, mais même abruti par le manque de sommeil, il pouvait réaliser le danger d’une telle attitude, face à un individu aux réactions imprévisibles, et appartenant à une catégorie socioprofessionnelle aimant résoudre le moindre problème par la violence. C’est alors que l’illumination lui vint, sous la forme d‘un vieux récit qu‘il avait entendu lorsqu‘il était encore en âge de sauter sur les genoux de ses aïeux, aujourd‘hui depuis longtemps disparus. Le moyen de se débarrasser au plus tôt de l’importun personnage, et de ne pas le revoir avant bien longtemps au pire, jamais au mieux.

« Eh ben, y’aurait bien l’dragon… »

L’effet fut immédiat. Les yeux de Charname s’illuminèrent, tandis que de savants calculs tournaient en boucle dans son esprit, pouvant se résumer à Dragon = or + artefacts + points d’expérience + renommée. Toutefois, il restait quelques détails à régler.

« Quelle couleur, le dragon ? »

Le fermier marqua une pause. Quelle couleur ? Son grand père lui avait raconté ces histoires tenus de son propre grand père au sujet d’un dragon vivant sur des terres lointaines, mais il ne lui avait jamais parlé de couleur ! Et d’abord, quelle couleur pouvait bien avoir un dragon ? Il soupçonnait que ces bestioles ne devaient avoir qu’une ressemblance assez lointaine avec les vaches…

« Euh… rouge ? »

L’air soulagé de Charname lui indiqua que la réponse avait été bonne. Un dragon rouge ! Si on lui avait annoncé une couleur métallisée, il aurait hésité, sachant que trucider une telle créature lui aurait mis à dos les associations de défense des créatures magiques, arguant sans fin que les dragons métalliques étaient des serviteurs du bien, garants de l’équilibre et tout le tralala. Mais un dragon rouge ? Tout le monde savait que ces êtres-ci étaient des créatures fourbes et maléfiques dont la mort pouvait être reconnue comme acte d’utilité publique. Rassuré sur la légitimité morale de sa quête, Charname put poursuivre plus avant son interrogatoire.

« Qu’est-ce qu’il a fait, au juste, ce dragon ?
- Oh, des tas d’méchancetés, m’sire. Il a brûlé des masures, saccagé nos champs, et, euh… mangé… des bébés, et puis, et puis… fait tourné l’lait des vaches, boudiou !
- Hm. »

Le voyageur avait adopté une expression perplexe, pas tout à fait convaincu par ce qu’il entendait. Après tout, ce ne serait pas la première fois que des gens confondraient un gros lézard avec un dragon, sans compter que certains détails semblaient assez mal coller, ce qu’il s’empressa de faire savoir.

« Je n’ai pas vu de bâtiments brûlés dans ce village.
- On a r’construit.
- Les champs sont indemnes.
- Ca a eu l’temps d’repousser.
- Personne ne m’a parlé avant vous de bébés mangés.
- C’est pasqu’ensuite, il a mangé les mères.
- Et il n’y a pas de vaches dans le coin.
- Pasque vous croyez qu’on allait les laisser dans une région aussi terrible, les pov’bêtes ?
- Hm. »

Les instants de silence qui suivirent parurent une éternité au paysan, qui ne put s’empêcher de retenir son souffle en attendant la réponse de l’aventurier.

« Ca parait sensé. »

Il lui fallut retenir un soupir de soulagement.

« Et donc, ou est-ce qu’on le trouve, ce fameux dragon ? »

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 3

Message par Starman le Ven 24 Aoû 2012 - 21:06

« Non, ne touchez pas à mon petit frère !
-Hahaha ! Jamais tu ne reverras cet enfant ! »
Gröenhilde tenta d'atteindre le nourrisson emmitouflé dans la modeste couverture, mais en vain. Le vil bandit s'était déjà emparé du bébé, tandis que ses monstrueux acolytes la maintenait en respect avec leurs armes. Pourquoi le destin s'acharnait-il ainsi sur elle, qui n'était qu'une pauvre jeune fille fragile et sans défense ? D'abord la mort de son père, emporté par un accident de charrue, puis le trépas de sa tendre mère, qui avait malencontreusement chuté d'une falaise en ramassant des champignons. Gröenhilde avait du s'occuper seul de son petit frère, pas encore sevré et souffrant d'un strabisme des plus prononcés. Et à présent, ces malandrins qui s'en prenaient à leur modeste ferme pourtant astucieusement située à l'entrée de la fameuse « Forêt des Brigands ». Qu'avait-elle fait de mal, par les dieux ?
« N'y a-t-il donc personne pour venir en aide à une pauvre orpheline éprouvée ? »
Soudain, la porte de la ferme s'ouvrit avec fracas. Une ombre majestueuse se refléta sur le mur derrière elle, tandis qu'une voix impétueuse retentit dans la pièce.
« Arrière, infâmes ! »
Désemparés par cette intervention, les brigands se retournèrent comme un seul homme .....et ne virent personne. La pauvre Gröenhilde elle-même ne comprit pas le pourquoi du comment.....jusqu'à ce qu'elle eût l'intuition de baisser les yeux. A l'entrée se tenait une grenouille des plus étrangement vêtue, car elle portait arme et armure tel un homme. Elle jeta un regard empli de défi envers les bandits, avant de reprendre la parole.
« Laissez donc cette enfant tranquille, ou moi, Romuald de Mont Santo, représentant de l'Ordre de Géhigéhenne, m'en vais devoir répondre de votre agression par la force du glaive. »
Les bandits restèrent un instant hébétés par cet étrange gladiateur......avant d'éclater d'un rire gras et sans équivoque qui reflétait la grossièreté de leurs âmes. Gröenhilde elle-même, à sa grande honte, ne pouvait s'empêcher de trouver le contraste entre la forme et l'esprit de ce petit être étrangement comique.
« Qu’ouïs-je, s'exclama la grenouille ? Vous osez vous gaussez d'un chevalier de l'Ordre de Géhigéhenne ? Un tel affront ne saurait être résolu que par le sang !
-Mais oui, mais oui, fit le chef des bandits. Allez , Ramichon, débarrasse-toi de ce crapaud de mes deux ! »
Toujours hilare, le dénommé Ramichon s'avança d'un pas tranquille vers la grenouille, dégainant avec nonchalance son épée courte. Fatale erreur ! A peine eut-il le temps de s'approcher que la petite créature verte fit un bond formidable vers l'assaillant et le décapita d'un moulinet de son épée disproportionnée qu'il maniait malgré tout d'une seule main. Cette fois, ce fut la stupéfaction qui s'empara des vils pillards.
« Qu'est-ce que vous attendez, s'écria le chef des soudards ! Tuez-le ! »
Ayant encore quelques difficultés à se remettre de leurs émotions, les bandits se ressaisirent et s'élancèrent en direction du frêle paladin.
« Mont Santo point n'en fait trop, hurla Romuald tout en se mettant en garde, un large sourire aux lèvres. »
Gröenhilde ne comprit pas très bien ce qui se passa par la suite. Le chevalier grenouille bondissait dans tous les sens, tranchant les membres, brisant les crânes qui laissèrent s'échapper la cervelle se trouvant à l'intérieur, pourfendant un à un les impuissants marauds. Jusqu'à ce que seul le chef soit encore debout.
« Re....Recule, fit ce dernier tout en portant une dague en direction du bébé, ou je tue le mioche ! »
Pour toute réponse, Romuald le preux lança son épée de toutes ses forces, coupant le vilain en deux tel le morceau de jambon pourri par ses méfaits. Puis, il rattrapa l'infant en plein vol, atterrissant plein de grâce, avant de le tendre vers la modeste damoiselle.
« Ceci, gente dame, vous appartient, je crois.
-Heu.....merci, répondit-elle tout en reprenant le petit frère. Comment puis-je......vous remercier ?
-Point de remerciements, douce damoiselle. La satisfaction d'avoir aidé son prochain, ainsi que la certitude de vivre dans l'honneur, sont des présents plus que suffisants pour Romuald de Mont Santo. »
Et, sans plus attendre , le preux chevalier repartit par où il était venu, déjà en quête de nouvelles aventures.

« Et c'est ainsi que je secourus la gente demoiselle des infâmes soudards. Je baptisa cette aventure : « la geste de la gente demoiselle et des infâmes soudards ». »
Le nain regarda étrangement la frêle grenouille, qui quand à elle était encore toute excitée du récit de son exploit. Quand cette dernière lui avait demandée, fort poliment il était vrai, s'il pouvait partager son feu avec lui, il avait pensé à un moment le couper en deux avec sa hache pour le simple fait d'être une créature magique. Au lieu de cela, cette dernière avait passée la plus grand partie de la nuit à raconter toutes sortes de soi-disant exploits qui, il fallait le dire, lui paraissaient quelque peu invraisemblables. Quoi qu'il en soit, son scepticisme n'avait en rien altéré l'enthousiasme du batracien, qui continuait encore et toujours de parler.
« Et c'est pourquoi, cher compaing, je souhaiterais connaître l'emplacement du bourg le plus proche, afin de venir en aide au plus grand nombre possible de pauvres hères en détresse. »
Ce fut à cette phrase que le nain réalisa qu'il avait totalement arrêté de suivre la conversation. Quelle rapport entre l'histoire de la bouseuse en détresse et le village le plus proche.
« Ben, fit-il, y'a bien un village par là. C'est pas très gros, mais ptet qu'ils ont des problèmes, j'ai pas fait attention.
-Milles remerciements, cher ami. Cette direction m'inspire. Je sens que de grands exploits seront débutés dans ce bourg des plus modestes. Oui, je le sens, comme un appel provenant du plus profond de mon âme. Un chant, ésotérique et mystérieux à la fois, comme le chant d'une pucelle. Ceci, ami nain, est l'appel de l'aventure. »
Le nain le regard avec deux yeux de merlan fris, se demandant ce que pouvait bien vouloir dire ce charabia.
« Mais j'y pense, mon cher, ne souhaiteriez-vous pas venir avec moi découvrir ce qui se cache en ce lieu certes quelconque, mais emplis de potentiel ? L'appel de l'aventure est un appel qui ne devrait être facilement ignoré.
-Heu......j'adorerais, notez bien mais......mon vieux dos......ma santé fragile......
-Quel dommage, rétorqua Romuald, imperturbable. Ma foi, tant pis, je partirais à l'aventure seul. Merci à toi, compaing nain, et sache que tu as contribué à écrire la légende de Romuald, chevalier de l'Ordre de Géhigéhenne. »
Et il s'élança , laissant en quelques bonds le nain seul près du feu calciné, complètement immobile.
« …...Pauv' taré. »

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 3

Message par Macros le Dim 25 Nov 2012 - 10:55

Charname Statovski quitta le village de Malgache-les-Eaux de fort bonne humeur. Il s'était attendu à y trouver une ou deux quêtes secondaires, de quoi l'occuper un week-end et gagner un brin d'expérience et d'or dans l'affaire. Au lieu de ça, il était à présent sur les traces d'un dragon. D'un dragon ! Charname savait reconnaître une quête principale quand il en voyait, et celle-ci en était certainement une. Même la destination indiquée, qui impliquait de traverser presque tout le royaume, lui faisait se frotter les mains. Un long voyage impliquait de nombreuses rencontres, un ou deux retournement de scénario, éventuellement un ennemi récurent, et de très nombreuses opportunités de butin. Si il ne réussissait à prendre deux ou trois niveaux dans l'affaire, ce serait bien le diable. Non, dans ce village, l'aventurier avait décidément tiré le gros lot.

Sa seule source d'inquiétude résidait dans son isolement. Affronter un dragon n'était pas exactement une partie de plaisir, il en savait quelque chose. Ce genre de quête était généralement accomplies par un groupe d'aventuriers, deux étant un minimum. Malheureusement, Malgache-les-Eaux manquait apparemment de gens de métier, il lui faudrait se débrouiller autrement. Pendant un moment, il se prit à regretter son ancien groupe, avant de secouer la tête ; compte tenu de sa composition, c'était un miracle qu'ils se soient séparés sans s'être entre-tués avant. Ce qu'ils avaient techniquement fait, maintenant qu'il y pensait, mais ça c'était arrangé. En quelque sorte. Enfin bref, de nouvelles têtes seraient préférables. C'est alors qu'une voix grave et solennelle, mais néanmoins étrangement flûtée, apparemment surgi de nulle part, retentit.

« Holà, brave compaing ! Je suis en quête d'une certaine bourgade et vous serais gré si vous pouviez m'orienter de quelque façon. »

Charname regarda à droite, à gauche, en haut, et n’apercevant personne, sauta à l'unique conclusion un tant soit peu logique.

« Un sort d'invisibilité pour voyager ? Impressionnant. Mais c'est quand même dommage de passer à coté de rencontres aléatoires potentielles, c'est ce qui fait tout le charme de la route... »

Une bref silence marqua cette déclaration, avant que la voix mystérieuse ne reprit.

« Point ne suis-je invisible, ami voyageur ! Non, Romuald de Mont Santo jamais ne dissimule sa présence, afin que marauds et vilains se figent à sa vue pendant qu'il leur administre la prompte justice sacrée de l'Ordre de Géhigéhenne, telle qu'elle fut décrite dans les textes, sacrés eux aussi, du Quaude Painale. » La voix marqua une courte pause avant de reprendre « Et Romuald de Mont Santo, c'est moi. »

La longue tirade avait permis à Charname d'en trouver l'origine, et c'est avec une certaine surprise qu'il se retrouva penché au dessus d'une grenouille de belle taille, armurée de pied en cap, et sur son dos une épée qui eut été de dimensions honorables pour un humain, mais qui semblait clairement sur-dimensionnée pour son porteur.

« Par les dés pipés du Meujeuh ! »

Le mage écarlate se mit à quatre pattes dans l'herbe pour mieux observer l'étrange créature. Alors ça, c'était quelque chose que l'académie Meun'Chquin avait passé sous silence...

« Vous semblez étonné, brave homme. Serais-je donc le premier champion de l'Ordre de Géhigéhenne que vous eûtes l'honneur de croiser ? Nous ne sommes certes guère nombreux, mais force, valeur et honneur triompheront toujours du simple poids de la horde vociférante des injustes ! »

La stupéfaction de Charname commençait à s'estomper. En y réfléchissant bien, une grenouille avec des niveaux d'aventuriers – et accessoirement, parlantes – n'était pas beaucoup plus étrange que ce qu'il avait pu voir au cours de ses voyages. Dans cette situation, une seule chose comptait.

« Cette race a un ajustement de niveau ?
-Plaît-il ?
-Je veux dire, elle vient forcément avec un bonus à l'esquive et à la dextérité, et je ne parle même pas de la compétence de saut qui vient avec. Peut être une pénalité de force et de constitution pour compenser, mais vu la taille de l'épée... Ou alors tu as pris un talent pour ça ?
-Je ne comprends point ce galimatias obscur, étrange spadassin. J'appartiens à la seule race des braves, comme les iniques de tout lieu l'apprennent à leurs dépends ! Et la justice se devant d'être prompte, j'apprécierai que nous en revenions à mon questionnement initial, afin que je puisse venir en aide aux veuves et orphelins de ces lieux reculés. »

Il fallut un moment à l'intéressé pour se souvenir de quoi parlait son petit interlocuteur vert.

« Oh, le village, oui. C'est tout droit. J'en viens.
- Droit comme le chemin qui mène au devoir ! Merci, brave compaing, pour ton aide modeste, mais néanmoins précieuse, qui te vaudra peut-être les honneurs d'une note en bas de page dans la geste des aventures du preux Romuald de Mont Santo.
- Hm hm. Mais je ne pense pas que tu trouves beaucoup de quêtes là bas. Encore une fois, j'en viens.
Qu'ouïs-je ? Point de quête glorieuse pour défendre l'opprimé ? Voilà qui est aussi surprenant que fâcheux. J'exige des explications sur les raisons de cette invraisemblable certitude. »

Charname ne croyait pas au hasard quand il ne résultait pas d'un jet de dé ; il n'y avait pas de PNJ inutile, et même les rencontres aléatoires avaient leur place dans le grand ordre de l'univers régi par une main de fer dans un gant de velours. Ce Romuald, en conséquent, n'avait certainement pas croisé sa route du fait d'une simple coïncidence, non. Il était la réponse à ses doutes d'il y a peu.

« En fait, j'ai déjà entamé la quête principale de cet endroit. Il s'agit d'aller tuer un dragon qui terrorise la région. Classique, mais toujours efficace. Ça te tente ?
-Un dragon ? Une bête aussi malfaisante aurait donc choisi de faire souffrir mille maux aux honnêtes serfs qui logent céans ? Voilà qui ne restera pas impuni, foi de Romuald de Mont Santo ! Ouvrez la marche, nous voici désormais compagnons d'arme, présentant front uni contre le règne de l'injustice que cette créature se propose d'établir. »

Charname se frotta les mains, il avait vu juste. Les puissances supérieures avaient choisi cette rencontre comme d'un moyen pour former un groupe, plutôt que de repasser par le cliché éculé de la taverne. A peine quelques heures après avoir accepté cette quête, les évènements prenaient déjà une tournure des plus favorables. C'est donc ainsi que le duo improbable se mit en route, l'un marchant, l'autre bondissant, vers la gloire, l'or et les points d'expérience. Bien malin aurait été celui capable de dire lequel des deux était le plus enthousiaste.

« Je ne crois pas avoir eu l'honneur d'entendre votre nom, fidèle camarade.
-Effectivement, j'en oublie l'étiquette. Charname Statovski, magicien / paladin / barde, spécialiste es aventures et autres métiers à risque, à ton service. J'accomplis toutes les tâches, du combat de dragon à la chasse au rat, en passant par le tondage des moutons et la traite des vaches.
-Excellent ! Sieur Charname, je sens que ceci est le début d'une ballade qui sera chantée à travers les âges.
-Et ça rapporte beaucoup de points de roleplay, de parler comme ça ?
-Votre manière de vous exprimer est des plus étranges, mais je peux sentir que votre cœur est à la bonne place, et c'est là tout ce qui importe.
-… donc c'est un oui ? »

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 3

Message par Scieszka le Dim 23 Déc 2012 - 20:05

Faënÿr soupira. Décidément, la petite dame qui lui faisait face ne comprenait rien à rien. Il se fichait de l’origine de ses pouvoirs magiques, et n’avait strictement aucune intention de la faire brûler vive sur un bûcher, contrairement à ce qu’elle glapissait en toute absurdité : il lui demandait simplement d’accomplir les formalités administratives adéquates si elle voulait continuer à pratiquer la magie. Cela n’avait pourtant rien de bien compliqué : il suffisait à son interlocutrice, Madame Baba Yaga, de se présenter au Bureau d’Observation des Usages de la Magie de la ville la plus proche pour se faire délivrer son Brevet d’Aptitude Magique. Pour cela, elle n’avait qu’à fournir le formulaire B35, accompagné de son annexe 6 certifiant qu’elle avait suivi une formation magique agréée par la Commission Régionale à l’Enseignement Magique Elémentaire de son lieu de résidence administrative. Si elle ne pouvait fournir l’annexe 6, elle pouvait toujours demander une Reconnaissance des Acquis Magiques en déposant un dossier composé du formulaire A53, de ses annexes 2 et 7, de son état-civil complet comportant un extrait de naissance authentifié, un timbre fiscal d’une valeur de 6 pièces d’or, 2 pièces d’argent et 4 pièces de cuivre, ainsi que de trois enveloppes libellées à son adresse pour la réponse de l’administration. Si son dossier était accepté, elle serait alors convoquée pour un Examen Pratique Individuel. Tout cela était parfaitement rationnel, et ne visait qu’à un souci de bonne administration. Prenant son courage à deux mains, Faënÿr profita d’une pause entre deux vociférations pour tout réexpliquer avec un sourire crispé : le BOUM, le BAM, le formulaire B35, l’annexe 6, la CREME, la RAM, le formulaire A53, les annexes 2 et 7, le dossier, et l’EPI. Il lui expliqua où était le Bureau, et lui précisa qu’il ne fallait surtout pas confondre avec la capitainerie des galères du port, leur voisine.

Cela sembla avoir l’effet escompté : désormais, son interlocutrice l’écoutait, et au fur et à mesure qu’il détaillait les différentes procédures, ses yeux s’écarquillaient et sa bouche s’ouvrait plus grand. Cependant, ce fut lorsqu’il rappela que le non-respect de ces règles pouvait entraîner une « BAF » (Bienveillante Amende Forfaitaire) qu’il crut qu’elle allait à nouveau se répandre en hurlements. Elle devint soudainement très rouge, parut s’étrangler, ouvrit la bouche, ne dit rien et finit par aller s’asseoir, l’air déconfit. Faënÿr sentit que le message était passé. Il fouilla dans l’épaisse sacoche de cuir posée sur ses genoux pour en extraire plusieurs feuilles de parchemin : il s’agissait des formulaires nécessaire à l’obtention des dossiers de demande d’agrément, accompagnés d’un rappel de la procédure à suivre, résumé à seulement cinq feuillets recto-verso. Il les posa sur la table, prit congé et sortit de la maison animé de la satisfaction du devoir accompli, sans remarquer le regard noir et proprement assassin que son hôtesse dardait dans son dos. Une fois de plus, il avait brillament contribué à une meilleure maîtrise des usages magiques et de leurs effets.

Faënÿr Tawnash, tempes grisonnantes et légèrement dégarnies, la quarantaine quelque peu empâtée, était en effet contrôleur des activités magiques de son état. Membre zélé de la Brigade d’Intervention Magique (BIM) du BOUM, placé directement sous l’autorité de la Société des Continents Amis du Monde, il avait pour mission de vérifier que chaque lanceur de sort de la circonscription qui lui était attribuée était titulaire d’un BAM. L’objectif était de limiter les usages incontrôlés de la magie, dont les effets néfastes étaient bien connus. Les royaumes du continent, conscients des désordres provoqués parmi les honnêtes citoyens par des hordes de vagabonds dotés de capacités plus ou moins étendues et qui erraient à l’aventure à l’affût du moindre esclandre à provoquer, avaient décidé de mettre un terme à cela. Ils avaient donc créé une administration commune chargée d’élaborer la législation qui était ensuite appliquée dans tous les pays membres, et d’en contrôler la bonne mise en œuvre : le BOUM qui employait Faënÿr.

Ce dernier était très fier de porter la robe noire siglée qui marquait son appartenance au Bureau. Issu d’un milieu modeste, il avait toujours été un élève puis un étudiant moyen. Lorsqu’il avait réussi le concours administratif qui lui ouvrait les portes de la carrière de contrôleur, il y avait vu un signe du destin et la promesse d’une ascension sociale. De fait, il vivait sa situation professionnelle comme un aboutissement, et investissait toute son énergie au service de son employeur. Son attachement au règlement et son attention aux détails ne lui avaient d’ailleurs pas toujours valu que des amis.

Il aimait sillonner les routes du royaume dans le cadre de l’exercice de ses fonctions : il découvrait sans cesse de nouveaux paysages et des lieux inconnus. Il se sentait libre et sans attache, n’ayant jamais rencontré personne qui puisse l’inciter à fonder un foyer. Il ne s’était en fait jamais posé la question, et se considérait plus ou moins comme marié à son emploi, qui était pour lui un véritable sacerdoce.

Son activité était répartie en deux temps : les contrôles sur le terrain et le traitement des dossiers dans son confortable bureau situé au 3e étage de la tour du BOUM à Sondarf. Celle-ci, bien reconnaissable, s’élevait au cœur de la ville et avait fière allure, même si les habitants locaux l’appelaient « la Maison des Fous ». Faënÿr ignorait l’origine de cette appellation ; il supposait que le bâtiment avait autrefois servi de lieu de réclusion pour déments. Bien sûr, il ne pouvait imaginer que ce qualificatif peu élogieux pouvait s’appliquer aux occupants actuels du lieu, dont ils ne comprenaient pas les activités : tout le monde connaissait la réglementation établie en concertation par l’ensemble des adhérents de la SCAM. Il ne pouvait en aller autrement.

Son travail administratif était assez simple. Il s’agissait de compléter les dossiers des lanceurs de sors qu’il avait contrôlés pour en assurer le suivi. Il communiquait avec les autorités du lieu de résidence de la personne pour s’assurer que ses recommandations étaient suivies d’effet, et que les personnes prises en défaut de posséder leur BAM passaient bien l’équivalence permettant de se mettre en règle. Si ce n’était pas le cas, il opérait un second contrôle : si le contrevenant continuait à pratiquer la magie sans toutefois en solliciter l’autorisation, il infligeait une BAF. Au troisième contrôle, il déclenchait des poursuites judiciaires. Cependant, il avait jusqu’à présent presque toujours réussi à éviter ce troisième stade. Ce n’était pas qu’il était particulièrement conciliant, mais, à son grand désarroi, les tribunaux locaux ne se souciaient guère de la gravité de l’infraction. Les rares fois où, en désespoir de cause, il avait fait appel à eux, l’accusé ne s’était pas présenté, et la plainte avait été classée sans suite, ou bien le juge s’était contenté d’une simple admonestation.

Le jour où Faënÿr s’en était ému et avait réclamé la stricte application de la convention internationale en la brandissant au milieu de la salle d’audience, il avait été tout-à-fait scandalisé de s’entendre répondre qu’il ne s’agissait que d’une simple broutille, une « inutile paperasserie pour ronds-de-cuir blasés ». Une dispute homérique s’en était suivie, et, voyant qu’il n’obtiendrait pas gain de cause, le fonctionnaire avait renoncé à la voie judiciaire. Cela lui déplaisait beaucoup, mais désormais, en cas de second contrôle – ce qui arrivait tout de même fréquemment –, il se faisait accompagner de deux gros-bras un peu massifs de la BIM pour obtenir un effet dissuasif. Cependant, il devait le reconnaître, la plupart du temps, le dossier était classé sans suite : le lanceur de sorts avait déménagé sans laisser d’adresse suite à sa première visite, et tout était à recommencer. C’était par moments désespérant.

Cependant, ce jour-là, le contrôleur sentait qu’il avait touché un point sensible avec cette Dame Baba Yaga. Elle allait accomplir les formalités et se mettre dans la légalité, il en était certain. Il trouvait qu’elle avait eu l’air très impressionné. C’est donc avec un sourire de satisfaction qu’il sortit son calepin, cocha le nom de la sorcière, et se dirigea vers la sortie du village, totalement ignorant des volutes de fumée colorée qui commençaient à s’échapper de la petite maison dont il venait de sortir. Ce jour-là, tout ne pouvait que bien se passer. Son attention était déjà fixée sur son prochain « client », un mage prénommé Albus, qui demeurait dans une sorte de château à quelques jours de marche de Sondarf, et qui prétendait en toute illégalité instruire les jeunes gens des environs aux nobles arts de la magie. Pour ce contrôle, il passait déjà en revue mentalement les formulaires, laissez-passer et autres procédures nécessaires à la mise en conformité de l’institution visée. Il s’en réjouissait d’avance.

Tout à ces agréables pensées, il ne remarqua l’altercation qui barrait la route devant la dernière maison que lorsqu’il fut sur le point de se trouver entre deux hommes qui échangeaient des chapelets d’injures plus fleuries les unes que les autres. Il recula d’un pas pour apprécier la situation, et trouver un moyen de contourner le petit groupe qui bloquait le passage derrière les deux adversaires. C’est à ce moment qu’il remarqua que l’un de ceux-ci, celui qui semblait soutenu par les villageois, brandissait dangereusement une baguette magique. Faënÿr sut alors comment il devait agir. N’écoutant que son devoir, il s’interposa courageusement, brandissant son insigne de la BIM et exigeant le certificat de conformité de l’objet délictuel, ainsi que le BAM de celui qui la tenait. Le silence se fit et tous les regards se tournèrent vers lui : l’autorité du BOUM en avait une fois de plus imposé.

... Non, rien. Ah, si: normalement, Grimoald est en train d'écrire la suite immédiate. santa
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 3

Message par Starman le Dim 10 Nov 2013 - 14:56

« Et c'est ainsi que je mis à jour le secret de la Lagune sans Nom. Je baptisa cette aventure : 'Le secret de la Lagune sans Nom' ».
C'est avec entrain que Romuald poursuivait le récit de ses exploits à son nouveau compagnon de route, ne prêtant qu'une attention toute relative à si oui ou non ce dernier écoutait. Cela faisait déjà une bonne journée qu'ils avaient pris la route, ce qui avait été l'occasion parfaite de discuter et de faire plus ample connaissance. Pour le paladin amphibien, tout du moins, le fameux Charname s'étant montré plus discret concernant son passé (à moins que ce ne soit simplement qu'il n'en ait guère eut l'occasion).
« Je vois, rétorqua ce dernier. J'imagine que l'exploration de ce donjon....
-A vrai dire, il s'agissait plutôt d'une caverne sous marine.
- ... a du rapporter pas mal de Xps.
-Une fois encore, vous me voyez confus devant votre vocabulaire abscons, fidèle compaing, mais cette aventure a effectivement grandement contribué à faire de Romuald de Mont Santo un nom redouté parmi les manants et malandrins qui sillonnent notre charmante contrée.
-Je vois, je vois. Augmentation massive des points de réputation. C'est plutôt pratique, surtout concernant les remises de prix dans les shops et les auberges.
-Il m'est effectivement arrivé de croiser quelque forgeron admiratif qui me confia le meilleur article de son étalage afin de montrer au monde la remarquable qualité de leur travail. Ce qui d'ailleurs me rappelle une aventure palpitante qui m'arriva peu après ma métamorphose et qui.....
Je peux vous poser une question ? »
Romuald songea un instant qu'il était des plus malpoli d'interrompre un compagnon d'armes sur le point de raconter une aventure palpitante, mais décida que des précisions sur ses histoires passées comptait comme de la participation active, ce qui rendait le récit d'autant plus palpitant.
« Plait-il ?
-Je me demandais juste.....quelle est votre spécialisation ?
-Dans quel domaine, vaillant camarade ?
-Et bien, personnellement, j'ai toujours pris soin de garder ma fiche de personnage la plus équilibrée possible, afin de pouvoir jouer n'importe quel rôle au sein d'un groupe le cas échéant. Du coup : vous êtes plutôt tank, healer, ou bien DPS ?
-N'est-ce point là une de ces inventions de magiciens qui vous permettent de rendre d'un lieu à un autre le plus rapidement possible ? »
Seul un silence légèrement incrédule répondit à la remarque de la courageuse grenouille. Cette dernière ne sembla pas le remarquer et décida de reprendre la parole.
« Mais pour répondre à votre question, l'Ordre du Géhigéhenne m'a formé dans selon leurs préceptes sacrés afin de toujours lutter l'épée à la main , de faire front de tout mon corps et de toute mon âme face au malin et au vil, de ne jamais céder d'un pouce, et de ne jamais recourir à la traîtrise pour triompher. »
Charname sembla réfléchir un léger instant à l'explication de son compagnon d'armes.
« Mmmm.... Un Leeroy Jenkins. Pas le plus facile, mais je peux faire avec. Il va falloir revoir les sorts de soin, par contre.
Votre interrogation étant réglée, fidèle compaing, parlez moi un petit peu de vous.
-Vous voulez connaître mon niveau, la composition de mon arbre de compétence, mon alignement ?
-Ho, peu m'importe que vous soyez du Verseau, du Gémeau, ou du Taureau. En vérité, j'aurais simplement souhaiter connaître votre provenance, ainsi que les raisons qui vous ont poussé à l'aventure.
-Ho.  »
Sans autre réponse, Charname commença à fouiller dans son les poches de son sac, marmonnant dans sa barbe inexistante.
« Où je l'ai fourrée, cette fiche de personnage secondaire ? C'est toujours la même chose, aussi, pour ce que je m'en sers.»
Abandonnant sa quête désespérée, il s’adressa de nouveau à son ami bondissant.
« Ho, ce n'était pas très important de toute façon. Une histoire de dragons, de parents morts, et une académie Meun'ChQuin où j'ai tout appris.....que du classique, j'avais pas envie de perdre trop de temps sur ma biographie.
-Dois-je comprendre que vos honorables aïeuls ont été terrassés par un vil dragon, et que vous avez juré de venger leur mémoire, justifiant ainsi votre départ à l'aventure, et motivant la quête ci présente ? »
Charname se retourna en direction du batracien et le fixa un moment, incrédule. Soudain, une feuille vierge (d'une matière telle que n'en avait jamais vu Romuald) apparu dans sa main, suivi d'une sorte de plume des plus étranges.
« C'est.....c'est pas mal du tout ça. Classique, mais efficace, avec juste ce qu'il faut de roleplay pour gagner encore plus d'expérience en fin d'aventure, sans pour autant être trop compliqué à jouer le moment venu. Je peux le reprendre ?
-Heuuuu...Faites.....Donc ? »
Sans s'arrêter, le vaillant multiclassé griffonna rapidement cette nouvelle version de sa biographie, relu une dernière fois l'ensemble, avant de ranger la feuille dans sa poche.
« Quoi qu'il en soit, poursuivit un Romuald ayant retrouvé son entrain, soyez assuré qu'à nous deux, nous saurons mettre un terme à cette terrible menace reptilienne et pourrons enfin venger l'honneur de vos aïeux tombés au champ d'honneur.
-......Merci ?
-Cela est bien la moindre des choses, taciturne, mais pour le moins vaillant frère d'armes. »
Tandis qu'ils conversaient ainsi, nos deux héros arrivèrent à un croisement. Décidant de faire halte afin de décider de la marche à suivre, ils posèrent la carte au sol et l'étudièrent ensemble.
« Si prenons la route qui pars en direction de l'ouest, commença Charname, nous passerons par la Vallée du Chemin de la Rivière.
-Un chemin des plus paisibles, d'autant plus qu'il n'est peuplé que de gnomes certes extravagants et affabulateurs, mais néanmoins pacifiques. Il ne nous faudrait que quelques jours pour atteindre notre destination.
-Par contre, si prenons vers l'est, cela nous mènera vers le fameux Mont du Péril.
-Non content d'affronter hordes de gnolls et de trolls des cavernes enragés, il nous faudra faire face aux éléments eux-mêmes qui chercheront à nous barrer la route. Un tel périple jusqu'à notre destination pourrait prendre des semaines par ce sentier. »
Les regards des deux aventuriers se croisèrent, et la même lueur pouvait se lire dans leurs visages.
« -La route vers l'est ?
-Cela va de soi, vaillant compagnon. »
Et nos deux héros se dirigèrent sans la moindre peur en direction du Mont du Péril.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 3

Message par Mélanie Mustang le Dim 10 Nov 2013 - 22:08

Roban se redressa vivement, le souffle rapide, le cœur battant la chamade. Machinalement, il porta la main à son bras gauche qui le tirait. Il fut un instant soulagé de sentir sa peau sous ses doigts, jusqu’à ce que la boursoufflure qui courrait sous eux lui rappelle son cauchemar.
Il retira sa main aussi vite que si elle avait été posée sur un tison et se leva silencieusement pour ne pas réveiller sa sœur endormie. Il se dirigea vers un coin de leur cachette où un mince filet d’eau coulait depuis les toits de la ville et glissa son visage dessous pour se rafraîchir et tenter de faire disparaitre ses sombres pensées par la même occasion.
Puis, il enfila rapidement sa chemise et s’adossa à un mur pour regarder sa sœur paisiblement endormie. Voir son visage assoupi l’avait toujours détendu, même si elle avait toujours les sourcils froncés, serrant son sac contre elle, emmitouflée dans sa cape. Doucement, il dégagea une mèche de cheveux qui menaçait de perturber son sommeil la glissa derrière son oreille.
Le jour se levait à peine. Il pouvait se permettre de la laisser dormir encore un peu avant qu’ils ne doivent quitter leur cachette pour trouver de quoi manger.
Le jeune garçon prit sa dague et la regarda sans vraiment la voir. Cela faisait un an qu’ils étaient arrivés au Royaume de Karia. Avant leur fuite de Lorelia, ils avaient entendu parler de cet immense pays et lorsqu’il avait vu son étendue sur la carte accrochée à l’une des salles de la demeure de son ancien maître, il avait su que c’était certainement le meilleur endroit où venir pour se cacher. Comment retrouver deux enfants sur un territoire aussi vaste lorsque l’on ne le connaissait pas ?
C’était impossible, il en était certain… Ou alors, il fallait y mettre un prix énorme. Et depuis un an, il n’avait pas vu le moindre signe que quelqu’un était à leur poursuite. Il savait qu’il avait pris la bonne décision, même si ce n’était pas celle qui leur permettait d’avoir la vie la plus simple. Mais au moins, ils étaient ensembles et en bonne santé. Peut-être même davantage en sécurité que lorsqu’ils étaient à Lorelia…
Roban rangea sa dague dans son fourreau et la fit glisser pour vérifier qu’elle ne restait pas bloquée dans celui-ci. Il avait entendu le maître d’armes de son maître conseiller ce geste afin de s’assurer que l’arme ne resterait pas bloquée dans son fourreau au moment d’un combat. Non pas qu’il ait beaucoup de technique pour se battre, mais Roban savait viser et il savait qu’un coup rapidement placé au bon endroit pouvait lui assurer d’excellentes chances de fuite. Ca n’était pas aussi héroïque que d’engager un combat, mais il n’avait pas entendu beaucoup d’histoires de héros qui soient restés en vie…
Or, pour protéger sa sœur, être mort ne lui serait pas d’une grande utilité.
Il rassembla le peu d’affaires qu’ils possédaient et s’approcha de sa sœur. Il la regarda un instant en souriant avant de poser doucement sa main sur son épaule pour la réveiller. La fillette ouvrit les yeux tout de suite et sourit en découvrant son frère.
-C’est le matin, petite sœur.
-Il va vraiment falloir que tu arrêtes de m’appeler « petite sœur ». Nous avons le même âge et la même taille je te rappelle.
Roban sourit à la remarque de sa sœur jumelle.
-Je sais Shana. Aller, lève-toi, nous allons prendre notre petit déjeuner.
Le sourire de la petite fille s’agrandit et elle ne mit pas longtemps à se préparer.
-Qu’est-ce qu’on mange, ce matin ?
Roban lui tendit son sac et tous deux mirent leur besace en bandoulière sur leur épaule droite, leur dague pendant à leur côté gauche. Face à face, vêtus exactement de la même manière, il était extrêmement difficile de différencier les deux enfants. Tous deux savaient que cela ne durerait pas, mais ils avaient bien l’intention d’en profiter autant que possible.
-On va voir ce qu’on trouve. Allons-y.
Discrètement, les deux enfants quittèrent leur cachette alors que les rues de la ville commençaient à s’agiter, les marchands ouvrant boutiques et étals. Ils s’éloignèrent l’un de l’autre, restant cependant à portée de vue pour s’emparer discrètement et efficacement de fruits, de pain et de viande…

*
*  *

Roban resta caché derrière les tentures de l’étal de tissu. Il venait de repérer la proie idéale… Une vieille femme marchait d’un pas tranquille dans les rues, jetant des coups d’œil plus ou moins intéressés aux différents produits présentés. Sa tenue était des plus étranges, mais le jeune garçon ne mit pas longtemps à repérer sa bourse.
Il chercha sa sœur du regard et, comme si elle avait senti qu’il voulait lui parler, Shana apparut entre deux étals. Il lui montra discrètement la vieille femme et la jeune fille lui fit un signe affirmatif de la tête. Ils se sourirent et avancèrent chacun de leur côté.
Il leur suffisait de prendre la bourse en toute discrétion et, si jamais la vieille femme s’apercevait du larcin, elle mettrait un certain temps à les rattraper… Nul doute que ses vieilles jambes auraient du mal à suivre le rythme de deux adolescents courant sous les étals et dans les égouts de la ville.
Roban ne put retenir un léger sourire alors qu’il n’était plus qu’à quelques centimètres de la vieille femme. Il vérifia qu’il n’avait pas été repéré par sa cible et tendit la main vers la bourse. Discrètement, sans tirer pour ne pas attirer l’attention de celle qu’il était en train de délester, il défit le nœud qui accrochait la bourse à sa ceinture…
Soudainement, une main fripée mais ferme enserra son poignet. Il retint de justesse un juron alors que la vieille femme se retournait et se courbait légèrement pour mettre son visage à sa hauteur, serrant toujours son poignet avec une force dont il ne s’était pas douté. A son regard, Roban savait qu’elle ne serait pas du genre à le laisser filer sans rien dire…
-Toi, mon garçon, tu vas avoir des ennuis. Je n’aime pas les voleurs…
Le jeune homme sourit légèrement. Ce n’était pas la première fois qu’on le prenait sur le fait.
-Encore faudrait-il être sûr que vous tenez le bon voleur, répondit-il sans se départir de son sourire.
-Comment ça ?
La vieille femme se raidit alors et se retourna pour voir, quelques mètres plus loin, une Shana tout sourire, la bourse de la vieille dans une main. Le regard de la vieille femme se teinta d’incompréhension pendant une seconde et Roban sentit ses doigts commencer à se desserrer.
C’était gagné ! A chaque fois, leurs cibles étaient surprises et croyaient à un tour de magie…
Mais à peine avait-il réussi à glisser son poignet hors de la prise de la vieille, il se sentit soulevé dans les airs.
Mince alors ! Il avait fallu qu’ils tombent sur une magicienne ! Dans le lot des journées sans, celle-ci semblait s’annoncer parfaite pour le podium…
-Laissez-le tranquille ! s’exclama alors Shana en dégainant sa dague pour foncer sur la vieille
Mais à son tour elle se retrouva en l’air, soulevée par la magie de la vieille femme sous les regards mi amusés, mi étonnés des passants et des marchands.
-Des jumeaux, dit la vieille. Voilà qui explique tout…
-Laissez-nous partir, dit Roban. Et on promet de vous laisser tranquille.
-Voyez-vous ça. Et qu’est-ce qui me dit que tu ne tenteras pas de me voler encore ?
-Je suis pas idiot à ce point.
La vieille femme sembla douter des propos de Roban, comme si sa tentative de vol était une preuve qu’il était indubitablement idiot et qu’on ne pouvait plus rien pour lui.
-S’il vous plait, dit Shana à son tour. Laissez-nous partir et vous avez notre parole…
-Une parole de voleurs, ça ne vaut pas grand-chose, rétorqua la vieille femme.
-On est peut-être des voleurs, mais on n’est pas des menteurs ! se défendit le jeune homme.
-Je n’ai pas l’intention de vous croire sur parole. Il va falloir me donner des preuves. Et je sais déjà comment vous allez pouvoir prouver votre bonne foi.
Elle regardait les deux enfants avec curiosité. Roban et Shana se regardèrent rapidement, sentant que les choses ne tournaient pas du tout comme elles l’auraient dû…


Dernière édition par Mélanie Mustang le Dim 5 Jan 2014 - 17:11, édité 1 fois

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 3

Message par Macros le Sam 4 Jan 2014 - 12:34

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le Mont du Péril méritait son nom. Le lieu semblait le point de rendez vous à bon nombre de créatures comptant parmi les plus féroces du continent, le tout dans un paysage désolé et dénué de verdure, dans un climat perpétuellement brumeux (du moins entre deux orages), le tout agrémenté de quelques secousses sismiques. Certains lieux ont toutes les qualités. Malgré cela, cette terre semblant tout droit sortie du Mordor ne causait guère de souci à autrui, essentiellement parce que les locaux avaient depuis longtemps déserté les lieux. A présent, seuls les voyageurs égarés ou inconscients pouvaient encore se risquer dans cette contrée hostile.

Romuald et Charname appartenaient indubitablement à la seconde catégorie.

Fort heureusement, il est dit que la fortune favorise les enfants, les innocents et les fous. Dans une démonstration rare de sollicitude, l'univers daigna donc leur envoyer un messager susceptible de leur épargner les terribles dangers auquel l'intrépide duo allait être exposé. En l’occurrence, cet envoyé cosmique prit la forme d'une apparition fantomatique d'un vieil homme barbu en guenilles agitant un bâton. Ce devait être le jour des tenues décontractées.

« Rebrooouuuuussez chemiiiiiin, paaaaauuuuvres fooouuuuus ! Sooouuuuus peine de voooooiiiiir mon fuuuuuuneste destiiiiin voooouuuuus frapper à vooooootre toooooouuuuur ! »

Charname et Romuald poursuivirent leur chemin et leur conversation, lui passant littéralement à travers le corps, ce qui, il fallait en convenir, était assez vexant et un brin impoli.

« … c'est alors que n'écoutant que mon courage, je m'emparais de l'épée sacrée Mah Trak, et administrais moults horions à l'infâme démon Jes'Ouitraim'Echan, jusqu'à ce que mort s'ensuive et justice soit rendu. La communauté était sauvée de ses déprédations malveillantes, et je pus reprendre ma route sous un concert mérité de louanges.
- Et vous avez gardé l'épée ?
- Non, la sainte lame a rejoint le sanctuaire béni de l'ordre. Néanmoins, le destin a mis sur mon chemin une arme tout aussi noble. C'était par une nuit sombre et tourmentée que...
- Oh, si je dérange, il faut le dire, hein ? »

Cette fois, les deux compagnons se retournèrent, pour se retrouver nez-à-nez avec l'esprit, les deux poings plantés sur les hanches, une expression désapprobatrice sur le visage.

« Tout de même ! Vous savez combien de temps j'ai du attendre tout seul sur ce chemin de montagne à la con ? Moi non plus ! C'est vous dire à quel point c'était long ! La moindre des choses serait de m'écouter un peu, quand même ! »

Charname et Romuald se regardèrent, un peu hésitant.

« PNJ ou rencontre aléatoire ?
- Je crois que ce quidam en détresse essaye de nous faire passer un message.
- PNJ. »

En un bond, Romuald de Mont Santo se retrouva au pied du fantôme, la tête fièrement dressée, dans une posture qui aurait sans doute été fort dignifiée si il ne s'était pas agi d'un batracien.

« Ola, brave homme ! Vous semblez en proie à un désagrément ! Contez moi donc quelle injustice vous accable et Romuald de Mont Santo – moi, donc – se chargera de redresser les torts et d'occire les malandrins l'ayant commis ! »

L'esprit se gratta l'occiput, une expression interloquée sur le visage.

« Hein ? Mais il n'y personne à occire, je veux juste vous dire qu'il vaudrait mieux faire demi-tour...
- N'en dites pas plus ! Romuald de Mont Santo ne recule jamais devant la difficulté de la tâche à accomplir, même si votre sollicitude à notre égard est tout à votre honneur. Justice sera rendue en votre nom !
- Et le jour ou je refuserais une quête secondaire n'est pas encore arrivé.
- Mais ce n'est pour ça que je suis là ! D'abord, vous ne pouvez même pas me venger, j'ai juste glissé et me suis fracassé la nuque. Je savais que j'aurais dû sortir les crampons. »

Le mage et le chevalier se regardèrent, une expression exaltée sur le visage.

« Palsembleu !
- Ca veut dire que...
- Notre tâche s'annonce encore plus épique que prévue !
- Cette quête s'annonce géniale !
- Notre ennemi... notre ennemi est la montagne elle-même !
- Ça rapporte combien d'XP, une montagne ?
- Vous n'écoutez rien de ce que je dis, en fait, c'est ça ? »

La fortune favorise les fous, dit-on. Malheureusement, ces derniers saisissent rarement la perche au vol.

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