Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Heg le Sam 8 Nov 2008 - 12:54

Tin tin tin !

Rien ne fais plus mal qu'un grand coup de couteau dans le dos, on le sait bien.
La suite, la suite, la suite !
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Mélanie Mustang le Sam 8 Nov 2008 - 15:28

Ah j'avoue^^ Un sacré rebondissement! Je me demande qui peut-être le Maître de Nuit... J'ai hâte de lire la suite^^

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Macros le Dim 7 Déc 2008 - 10:10

Chapitre 6



Reyan, toujours aveuglé par le bandeau, chercha à repérer d’où provenait la voix qui venait de le saluer, mais le son semblait résonner tout autour de lui. Apparemment, le Maître de Nuit aimait à désorienter ses interlocuteurs lors de ce genre de tête à tête. Ce dernier semblait d’ailleurs s’apercevoir de la confusion de l’acteur, puisque le ton se fit un brin moqueur.

-Ne vous fatiguez pas à me chercher partout, c’est peine perdue. Concentrons nous plutôt sur la raison de votre présence ici.

Une pause.

-Je suis heureux de voir que vous semblez à peu près… indemne. Votre ami s’inquiétait pour vous.
-Ce n’est pas mon ami, répondit Reyan, le visage fermé.

La voix se changea en rire léger.

-Ne soyez pas trop sévère avec ce pauvre Vicenzo. Nous savions où vous étiez avant qu’il ne vienne nous trouver. Sa sollicitude vous a probablement épargné un traitement plus sévère.

Pour toute réponse, Reyan se contenta de renifler bruyamment. Sa colère à l’égard de celui qu’il avait considéré comme quelqu’un de confiance ne s’était toujours pas apaisée. Toutefois, il était encore assez lucide pour savoir qu’il y avait d’autres priorités plus immédiates. Le soi disant Maître de Nuit ne semblait guère vouloir être vu, ce qui rendait le dialogue peu aisé ; la paranoïa semblait profondément ancrée dans le style de vie de la Fraternité.

-Mais assez parlé du bon capitaine. Si je vous ai… « invité » à me rejoindre, c’est parce que j’ai pensé que vous seriez susceptible de m’apporter quelques éclaircissements.

Une nouvelle fois, la voix marqua une courte pause, comme si elle réfléchissait à ce qu’il convenait de dire ensuite.

-Vous êtes un homme très désiré, Kercyan. Tout Lorelia est à votre recherche, et votre nom est associé à assez d’or pour éveiller bien des intérêts, et donc, les miens. Seulement, la seule chose qui m’échappe est la raison de tout ce tumulte. J’ai donc pensé que vous seriez le plus à même de m’expliquer les raisons de votre récente popularité.

Reyan réfléchit à toute allure. Le Maître de Nuit cherchait une logique à une situation fondamentalement absurde ; ce qui voulait dire que l’acteur avait peut être encore une chance de sauver sa tête.

-Ah, une bien triste histoire, en vérité ! Et il me faudra du temps pour vous en instruire.
-Je ne suis pas pressé.

Le prisonnier inspira profondément, conscient d’être sur le point d’abattre sa dernière carte. Aujourd’hui, plus que jamais, son public avait intérêt à apprécier sa prestation.

-Tout a commencé il y a un peu plus de deux lunes. J’étais en train d’errer sur les quais avec quelques amis de la troupe de Barle, à laquelle j’appartenais à l’époque, après avoir passé l’essentiel de la soirée à boire et à jouer à la taverne de l’Eau Vive. C’est alors qu’en revenant vers la caravane, nous apercevons une demi douzaine d’hommes en cotte de mailles, ne portant aucun blason, et occupés à décharger à la faveur de la nuit plusieurs caisses d’un navire.
-Des contrebandiers, je suppose.
-C’est ce qu nous nous sommes aussi dit. Etant donné qu’il ne s’agissait pas d’un des lieux d’arrivage habituel de la guilde, on a décidé d’aller voir ça d’un peu plus près. Rien de bien méchant en tête, juste histoire de voir si il n’y avait pas moyen de gagner quelques pièces en menaçant d’aller tout raconter à la Fraternité.

La voix demanda, plus amusée qu’irritée.

-Vous comptiez donc arrondir votre solde en profitant de la réputation de notre organisation ?

Reyan était en train de bouillir intérieurement, alors même qu’il inventait mensonge après mensonge en espérant être capable d’en faire quelque chose de cohérent, assez pour le tirer d’affaire. Il fit mine de hausser les épaules.

-Les cartes n’avaient pas été avec moi cette soirée. Enfin, toujours est-il qu’à peine ils nous apperçoivent qu’ils tirent leurs armes et se jettent sur nous, sans même nous laisser dire un mot. Je suppose qu’ils ne voulaient pas de témoins.
-Vous m’en direz tant.
-Attendez, le meilleur est à venir. Ils nous attaquent, donc ; fort heureusement pour nous, on a eu le dessus sur eux, même si James et Francesco y sont restés. On décide donc de voir un peu quelle est cette marchandise qui venait de coûter la vie à deux de nos amis. Et là, incroyable : chaque caisse est remplie à ras bord de monceaux d’or pur, de pierres précieuses et de parures en métaux précieux… Il y avait de quoi se payer toute une nation !
-Allons, ça devient vraiment ridicule. Il n’y a même pas autant d’or que ça dans le monde entier.

Reyan fit une pause, autant pour ménager un semblant de suspense que pour peaufiner le prochain mensonge qu’il s’apprêtait à servir.

-C’est ce que je croyais aussi. Mais en cherchant le journal de bord, nous avons découvert que ce bateau revenait tout droit des nouvelles terres, du lointain continent de Tupak. Je suis sûr que vous avez entendu parler des histoires qui circulent à son sujet…

Le Maître de Nuit répondit d’une voix sèche.

-Oui, j’ai entendu ces légendes parlant de rues pavées de diamants, de pyramides en émeraudes et de montagnes d’or massif.
-C’est certainement exagéré, mais quoi qu’il en soit, ce ne sont pas les richesses qui semblent manquer là bas. Mais je m’égare… Moi et mes compagnons décidons de déménager l’or en lieu sûr, le temps de décider quoi faire. Hélas ! Deux nuits plus tard, la troupe théâtrale est attaquée par des tueurs de Talos, vraisemblablement envoyés par le propriétaire de ce navire. Je dus donc quitter précipitamment le pays, laissant donc ce trésor derrière moi, en sécurité, mais hors d’atteinte.
-Comme de juste.

La voix était devenue songeuse. Reyan maudit la mauvaise fortune qui lui imposait encore le port de ce bandeau, l’empêchant de pouvoir voir l’expression du Maître de Nuit. Il ne pouvait qu’espérer que son bluff soit en train de prendre.

-J’avais l’espoir d’attendre que les choses se tassent, avant de revenir ici chercher l’or ; mais à peine revenu à Athakla, vous me mettez le grappin dessus. Voilà, vous savez l’essentiel.

Un long silence suivit la fin du récit, tandis que Reyan attendant, le cœur battant la chamade. Finalement, l’homme invisible daigna prendre la parole.

-Fascinant.

Pendant un instant, il se crut sauvé. Avant que la voix ne revienne briser ses espoirs, implacable.

-Réellement fascinant. De ma vie, je n’ai jamais vu quelqu’un débiter tant de couleuvres en gardant les plus parfaites apparences de la sincérité. Et je suis pourtant entouré de personnes pour qui la duplicité est une seconde nature.

Le monde s’écroulait autour de Reyan. Il avait joué, il avait perdu. C’était à peine si il entendait encore le Maître de Nuit qui poursuivait son monologue.

-Lorsqu’on dirige une guilde de voleurs, on découvre vite que la franchise est une denrée rare. C’est donc une précaution assez commune que de s’adjoindre les services de magiciens susceptibles de déceler toute tentative de mensonge ; et mon estimé collaborateur semble avoir quelques réserves quant à votre histoire. Quoique « n’en croit pas un traître mot » serait plus proche de la vérité. Mais je me sens d’humeur magnanime : vous avez une seconde chance de me servir une version, je l’espère, plus véridique, de ce qui s’est passé.

L’acteur capitula, se résignant à tout raconter, depuis la nuit où il retrouva les corps de ses compagnons tués dans leur sommeil jusqu’à son retour à Athakla, en passant par ses péripéties au royaume de Karia. Pas une fois la voix ne l’interrompit, laissant le récit aller à son terme. Avant de finalement commenter, d’un ton laconique.

-Dommage.

Ce simple mot suffisait à sceller le destin de Reyan.

-J’enverrai demain un message au duc de Cormyr, lui faisant part de nos exigences. D’après vos dires, j’ai bien peur pour vous qu’il ne les accepte. Cette entrevue est terminée.

Deux paires de bras saisirent l’acteur sous les aisselles, le remettant debout afin de le ramener à sa cellule improvisée. Cette fois, la chance semblait l’avoir définitivement abandonnée…

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Mélanie Mustang le Dim 7 Déc 2008 - 10:53

Un passage très intéressant... J'ai hâte de voir comment Reyan va s'en sortir... s'il s'en sort...

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Heg le Dim 7 Déc 2008 - 11:19

Est-ce la fin de Reyan de Kercyan ?

Dommage, on ne pourra pas espérer son retour en saison 3 des chroniques... Meuh non, meuh non, je suis sûre qu'il va s'en sortir, moi, ce n'est pas un héros à couette blonde pour rien.

Enfin. Tout de suite, la suite ?
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Macros le Ven 2 Jan 2009 - 11:54

Chapitre 7


-… et c’est là que l’autre aveugle se met à nous tirer dessus, bientôt suivi par Arya. Je peux dire qu’on en menait pas large, avec ces deux là qui décochaient sur tout ce qui remuait une oreille.
-Assurément, vous vous êtes retrouvé dans une situation des plus critiques.

Je n’aurais su dire combien de temps s’était écoulé depuis que j’avais été ramené dans ma cellule après mon entretien avec le Maître de Nuit. Plusieurs heures au moins, sans doute. Incapable de trouver le sommeil, je m’étais mis à conter à mon compagnon d’infortune quelques épisodes de mes précédents voyages, ce qui constituait une façon idéale de tuer le temps. L’elfe se contentait généralement d’écouter en silence, y allant de temps en temps d’un petit commentaire, bien que j’eusse été bien en peine de dire si il était réellement intéressé ou si il se contentait d’être poli. A vrai dire, je n’y attachais pas une très grande importance. Un public désintéressé valait mieux que pas de public du tout.

-Je veux ! En plus, on avait toujours pas aperçu la moindre oreille de bestiole, et on risquait à tout moment d’être les prochains sur la liste. Enfin, heureusement que-

La suite du récit fut remise à plus tard lorsque nous entendîmes le bruit de clefs jouant dans la serrure de notre prison improvisée. Deux voleurs solidement bâtis entrèrent, suivis par…

-Tiens donc, regardez qui voilà, mon ami le traître.

Vicenzo ne répondit rien, mais l’une des brutes me flanqua un violent coup de pied dans l’estomac, me coupant la respiration durant quelques instants.

-Tu la fermes, sale rat. On vous change de planque avant la livraison, alors t’as pas intérêt à nous causer des emmerdes. Tu vaux presque aussi cher mort que vivant.
-Je note votre emploi de la deuxième personne du pluriel, mais j’ai du mal à voir en quoi je serais concerné par votre affaire, déclara le magicien elfe, visiblement irrité.

Pour toute réponse, le second homme de main sortit un morceau d’étoffe de sa besace, bâillonnant prestement le dénommé Talyrion.

-Ca évitera que t’essayes tes tours de sorcier en route. On décidera plus tard si on t’envoie nourrir les poissons du port.

Parti comme s’était, l’hypothèse semblait assez probable. Il devait sans doute en avoir déjà trop vu, du point de vue de la Fraternité. Mais ma propre situation m’empêchait de réellement compatir à la sienne. Nous fûmes détachés du mur, puis poussés vers la sortie, toujours les mains liées. Cette fois, ils ne semblaient pas avoir jugé utile de nous bander les yeux, ce qui ne présagait pas grand-chose de bon quant à notre avenir. Bientôt, nous étions dehors, les rayons du soleil m’éblouissant de leur éclat. Cela devait faire près de deux jours que je n’avais pas pu contempler le ciel, et bien que le crépuscule commençait à faire place à la nuit, cette nouvelle lumière suffisait à m’aveugler quelques instants. Puis, toujours sans un mot, notre cortège commença son périple dans le dédale de ruelles, Vicenzo ouvrant la marche. Plusieurs minutes s’écoulèrent sans qu’aucune parole ne soit échangée, avant que notre guide ne semble marquer un temps d’hésitation à un croisement. L’un des voleurs remonta à sa hauteur.

-Un problème ?

Le vieux marin se gratta la tête, l’air embarrassé.

-Hmmm. Je ne suis plus tout à fait sûr du chemin… Je crois que par là…

Il interrompit sa phrase en se retournant brutalement vers l’homme de la guilde, lui expédiant un crochet formidable à la mâchoire. Le deuxième resta figé devant cette violence inattendue, et il avait à peine esquissé un geste vers son arme lorsqu’il se retrouva empalé sur le cimeterre de l’ancien pirate. L’homme s’effondra sans un bruit, les yeux écarquillés par la surprise et la douleur. Son compagnon était encore en train de se relever quand la même arme s’enfonça dans son dos, le renvoyant sur les pavés d’Athakla. Puis il se retourna vers moi, souriant largement à la vue de ma mine stupéfaite.

-Eh bien, gamin, on ne dit même pas merci ?
-Que… comment… qu’est ce que…

J’ouvris la bouche, incapable, pour une fois, de trouver sur le coup une bonne repartie. Vicenzo passa dans mon dos, tranchant mes liens avant de faire de même pour l’elfe.

-Je disais : « j’espère que tu ne m’en veux pas trop de t’avoir sauvé la peau. »

Cette phrase sembla me redonner la capacité à former une sentence cohérente. Vaguement honteux de la façon dont je l’avais traité ces derniers temps, mais trop fier pour l’admettre à voix haute, je préférais adopter un ton bourru de circonstance.

-Qu’est ce qui se passe, Vince ? Tu ne m’avais pas dit que j’étais une « mauvaise carte » que tu devais jeter, ou quelque chose du genre ?
-Aaah, gamin, depuis le temps, tu devrais savoir qu’au pokiir, je ne regarde jamais mes cartes. C’est pour ça que je gagne tout le temps. (Reyan lui lança un regard dubitatif.) Enfin, souvent.

Talyrion intervint, achevant de se défaire du bâillon l’ayant jusque là prévenu de se joindre à la discussion.

-Loin de moi l’idée de vouloir passer pour ingrat, mais j’avais cru comprendre de mes conversations avec sieur de Kercyan ici présent que vous étiez celui nous ayant jeté en pâture à ce rassemblement de tire-laines. Pourquoi ce soudain revirement ?
-Ca, c’est parce que ce gamin n’a jamais rien dans la tête et ne pense même pas qu’en entrant dans une auberge des docks, il va être grillé sur le champ ! Pendant qu’on parlait, j’ai vu un de leurs gars se lever, pour aller te moucharder au maître de nuit, à tous les coups. Si je n’étais pas allé le prévenir avant, je me retrouvais avec vous en cellule, et alors qui c’est qui vous aurait tiré de ce merdier ?

Reyan se mordit la lèvre inférieure. Il n’avait même pas pensé au fait que la plupart des tavernes soient sous surveillance étroite de la Fraternité. Revenir en des lieux familiers lui avait fait relâcher sa garde, et il avait été bien près de le payer au prix fort. Mais il semblait qu’il y ait bien un dieu pour les fous.

-Bon, c’est pas tout ça, mais on ferait mieux d’y aller. Inutile de trainer autour de ces deux macchabés.
-Aller où ?
-A mon bateau, tiens ! Ou est ce que tu veux aller, sinon ?
-Réellement fascinant, mais je crois être resté assez longtemps en votre compagnie. L’heure me parait donc bien choisie pour que nos chemins se séparent et que…
-Comme tu veux, l’elfe. Mais je ferais pas ça, si j’étais toi. La guilde risque d’être sacrément furax, et si ils te remettent la main dessus… ben j’aimerais pas être à ta place, on va dire.

Le mage marmonna un commentaire presque inaudible sur les humains, leur amoralité répugnante et la façon dont un problème pouvait être réglé à l’aide de la toute puissance des arcanes, mais se contenta de hocher la tête en signe d’acquiescement.

-Très bien, je vous suis… pour l’instant présent.

L’acteur secoua la tête. Les prochains jours promettaient bien leur lot d’imprévus.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Mélanie Mustang le Ven 2 Jan 2009 - 16:55

Ah pas mal comme revirement^^ Reyan est encore vivant, il en a une chance pas possible... Il serait marié, on se poserait des questions!

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Heg le Sam 3 Jan 2009 - 17:47

Héhé... Si ça, c'est pas de l'aventure à l'ancienne !! Très feuilletonesque, en tout cas. Nous attendons la suite, comme à notre habitude.
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Macros le Jeu 26 Fév 2009 - 18:18

Chapitre 8




La Mouette Rieuse avait jeté l’ancre à l’abri d’une petite crique située à quelques kilomètres seulement du port d’Athakla. Cela faisait à présent une journée que le navire commandé par Vincenzo avait quitté la ville en catastrophe avec deux passagers de plus à son bord, pour gagner ce refuge temporaire, à l’écart des regards de la Fraternité, le temps de décider de la suite des évènements. Pour l’heure, un jeune homme à la barbe fournie et à la chevelure blonde lâchée sur ses épaules était accoudé au bastingage, une expression rêveuse sur le visage.

Reyan avait craint que l’équipage ne proteste à ce brutal changement, mais il avait visiblement sous estimé la confiance qu’ils pouvaient porter à leur vieux capitaine. L’acteur avait toujours pensé que les récits d’aventures fantastiques sur les quatre mers que Vince se plaisait à raconter en toutes occasions n’étaient pour la plupart que de grossières affabulations, mais si ne serais-ce que la moitié d’entre eux étaient véridiques, alors il n’était pas très surprenant que ces marins soient prêt à suivre leur chef dans un évènement somme toute assez mineur pour eux. Pour l’heure, la seule gène occasionnée était la cessation temporaire de leurs activités de contrebande et l’impossibilité d’aller s’enivrer à la plus proche taverne, pour éventuellement finir au lit avec les serveuses. Gène qu’en d’autres temps, Rey aurait trouvé insupportable, mais l’expérience d’homme traqué lui avait appris à relativiser ce genre de choses. Quand à la bande d’ex-pirates (corsaires, s’était violemment écrié Vincenzo, même si l’acteur ne voyait pas franchement la différence), la mise sur le pont de deux tonneaux entiers de rhum avait adouci leurs dispositions. Pourquoi du rhum, il n’en avait pas la moindre idée. Cette boisson avait tout simplement un goût atroce, mais il semblait que cela fasse partie d’une tradition obscure de la marine qui voulait que ce soit l’alcool « officiel » des mers.

Reyan n’aurait pas été si chagriné si il avait eu la certitude que cette situation serait brève. Malheureusement, ça n’en prenait pas le chemin. Vincenzo l’avait miraculeusement tiré des griffes de la Fraternité, ce qui ne faisait que le renvoyer à la case départ. La ville entière voulait toujours sa tête, et maintenant les voleurs risquaient même d’en faire une histoire personnelle. Il n’arrivait toujours pas à comprendre comment il avait pu se retrouver avec cette combinaison improbable de veine insolente qui le tirait toujours d’extrême justesse des mauvais pas où le mauvais sort semblait s’acharner à le placer, pire, l’une et l’autre force semblaient aller croissant, ce qui donnait des résultats explosifs. Comme en attestait les derniers mois.

-Eh, gamin, on baille aux corneilles ?

Vincenzo venait de rejoindre l’acteur sur le pont, lui administrant au passage une virile bourrade qui lui coupa momentanément le souffle.

-Allez, fais pas cette tête. J’ai pas encore décidé de te balancer aux requins, ce qui signifie que t’es encore vivant pour l’instant, non ?

Reyan faillit faire remarquer qu’il n’y avait pas de requins par ici, avant de se rendre compte qu’en fait il n’en savait rien. Jusqu’à présent, l’étude de la faune marine de Lorélia n’avait pas fait partie de ses centres d’intérêts. Il se contenta donc d’un soupir exaspéré.

-Pour l’instant, oui. Sauf qu’à ce rythme, ça ne va plus durer très longtemps. J’ai l’impression qu’à chaque fois que je glisse entre les doigts de mes poursuivants, je ne fais que les enrager un peu plus.
-Oh, je suis sûr que tu dois adorer ça.

L’acteur grimaça, avant de se fendre d’un sourire forcé.

-Moui, peut être un peu… N’empêche que je préférerais garder ma tête pour mieux pouvoir profiter de leurs expressions.

Vincenzo haussa les épaules, comme si il ne voyait pas le problème.

-Bah, tu peux, tu sais. Ces derniers temps, j’ai pas mal pensé à reprendre la mer, comme dans mes jeunes années. Une dernière aventure avant de passer l’arme à gauche. Pourquoi tu viendrais pas avec moi ?

L’autre le regarda d’un air incrédule.

-Vince, je ne connais rien aux bateaux !
-Bah, ça s’apprend. Par contre, le culot, la grinta, on l’a ou on l’a pas. Et je sais que tu l’as. Et puis, réfléchis… L’océan est vaste. Franchement, y’a pas grand monde qui sera encore capable de te courir après. Crois moi, j’en sais quelque chose, tous les royaumes du coin ont mis ma tête à prix un jour où l’autre.

Rey ouvrit la bouche, s’interrompit, avant de dévisager son ami.

-T’es sérieux.
-Bien sûr.
-Ecoute, l’idée me parait intéressante. Je te promets que je vais y réfléchir. Mais je ne veux pas passer le reste de ma vie à trembler chaque fois que je mettrais un orteil sur la terre ferme. Si je viens avec toi, ce sera quand toute cette histoire sera réglée, pas avant.
-Ok, on va essayer de vite la régler, alors. T’as un plan ?
-Euh…

Il fut dispensé de répondre à cette question embarrassante par l’irruption à leurs côtés d’un elfe tempêtant et n’hésitant pas à exprimer son point de vue sur la situation actuelle.

-Par les puissances infernales, quelqu’un pourrait il me dire quand est-ce que cette insupportable attente prendra fin ?

Les deux humains échangèrent un regard, l’un surpris, l’autre mi-résigné, mi-amusé, avant que Vincenzo ne réponde.

-Pour l’instant, on ne bouge pas, l’elfe. Si la Confrérie surveille les côtes, ils nous verront à la seconde ou on quittera cette crique. Je préfère attendre quelques jours que ça se tasse.
-Inacceptable. Je refuse de rester cloîtré plus longtemps sur cette construction de bois vermoulu que vous autres humains avez l’audace d’appeler « navire », en compagnie d’hommes semblant avoir une notion assez douteuse de l’hygiène corporelle.

Le vieux capitaine fronça les sourcils, se contenant pour ne pas faire passer l’elfe arrogant par-dessus bord, et foudroyant du regard un Reyan qui tentait sans grand succès de masquer son hilarité.

-Ces hommes ont pris des risques pour vous sauver la peau, messire l’elfe, igimachin ou pas ! Ca ne vous ferait peut être pas de mal de vous en souvenir.

Talyrion fronça les sourcils, visiblement peu disposé à se laisser démonter.

-Je ne désirais pas paraître ingrat au vu des services rendus par vous ou votre équipage, et vous en suis sincèrement reconnaissant. Mais cela ne justifie pas pour autant la situation actuelle, consistant à nous cloîtrer à fond de cale…
-Vous êtes sur le pont !
-Peu importe. De nous cloîtrer à fond de cale, disais-je, en un lieu absolument dépourvu d’intérêt, tant sur le plan esthétique qu’intellectuel. Croyez bien que je ne suis pas venu en votre cité d’Athakla par plaisir, et je n’ai guère l’intention de renoncer si aisément à mes objectifs maintenant qu’ils se trouvent à portée de main.

Vincenzo leva les yeux au ciel, adressant une courte prière à Taruin, le dieu marin, se demandant pourquoi il avait jugé bon de lui envoyer un tel passager. Rien que l’écouter parler semblait avoir pour effet de lui donner la migraine. Et les éclats de rires de l’autre abruti derrière lui n’arrangeaient rien. Il commençait à envisager à les envoyer tous les deux par le fond lorsque l’acteur sembla retrouver un semblant de contrôle sur lui-même et s’efforça d’apaiser l’elfe courroucé.

-Du calme, n’oublions pas qu’il y a des chances que vous soyez recherché vous aussi, à présent. Un peu de prudence ne peut pas faire de mal, pas vrai ?
-Il y a prudence et pusillanimité. Au train ou vont les choses, je vous crois capable de continuer à vous terrer ici pour le restant de vos existences, et pour une portion, certes mineure, mais néanmoins précieuse, de la mienne.

Les elfes – et les mages - ne sont pas supposés être patients ?

Reyan conserva malgré tout un ton conciliant, peu désireux de s’aliéner un allié potentiel. D’autant qu’il était plus ou moins d’accord avec certains des points soulevés.

-Pas de panique, l’ami. Moi aussi, j’ai affaire à Athakla. Et dès que mon… petit problème sera réglé, je vous assure que plus personne n’aura de raison de vous en vouloir et vous serez à nouveau libre d’aller à votre guise.
-Je vois.

Le magicien semblait avoir retrouvé son calme, et semblait à présent d’humeur méditative. Après quelques instants, il sembla se rappeler de la présence des deux hommes à quelques pas de lui.

-J’en conclus donc que plutôt vos affaires seront réglées, plus tôt les miennes pourront reprendre. Très bien, s'il en est ainsi, considérez mes talents comme étant à votre service jusqu'à ce que cette ridicule histoire trouve son issue.

Reyan se permit un sourire. Toute aide risquait d'être la bienvenue...

-C'est décidé, donc. La première étape sera de regagner la ville discrètement, je suppose. Tu peux nous arranger ça, Vince ?
-Tu as d'autres questions stupides ? Je bossais jusqu'à hier comme contrebandier, faire entrer des choses discrètement dans ce fichu port, c'est mon métier. Et franchement, j'ai fait plus difficile que de dissimuler deux gars maigrichons comme vous.

L'elfe haussa un sourcil à cette description, mais Reyan se contenta de hocher la tête.

-Parfait. Ce soir alors.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Mélanie Mustang le Ven 27 Fév 2009 - 6:07

Mdr il est marrant l'elfe^^ Je crois que je commence à bien l'aimer. Faut croire que la mer ne lui plait pas à ce pauvre gars...

Bon, sinon, hâte de voir comment Rey va se sortir de tout ça^^

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Macros le Mar 21 Avr 2009 - 14:55

Et hop, interlude, on quitte un moment Reyan le temps d'un chapitre... En espérant que vous le trouviez à votre goût. Exposition, exposition, exposition!


En entendant le bruit de bottes claquant sur la pierre, accompagné du froissement d’une robe cérémoniale, les domestiques s’écartèrent précipitamment, laissant place à l’homme au visage sec et aux cheveux grisonnants qui remontait les couloirs de la vaste demeure d’un pas rapide. Indrik Grayson, premier chancelier du duché de Cormyr, ne leur accorda pas un regard en passant, rien dans son attitude n’indiquait qu’il ne les avait ne serais-ce qu’aperçu. Si on lui avait posé la question, il se serait défendu avec véhémence de l’accusation d’arrogance. Lui-même était issu des basses castes de la société, et il connaissait certains de ces serviteurs depuis des années. Il savait ce que c’était que de voir quelqu’un le regarder de haut du seul fait de sa naissance, et il aurait été indigné qu’on l’accuse de faire preuve du même mépris que celui dont trop de nobles semblaient incapable de se départir. Son esprit était occupé par des affaires autrement plus pressantes, voilà tout, se serait il dit. La charge de premier conseiller du duc de Cormyr était des plus exigeantes, et comportait de nombreuses difficultés… dont les rencontres quotidiennes avec le duc en question.

Grayson s’arrêta finalement devant une porte dont le bois avait été finement sculpté, la décoration étant rehaussée par plusieurs feuilles dorées encadrant l’ensemble et par le sceau du Cormyr en son centre, un corbeau noir sur fond vert. L’ensemble était un rien tapageur pour ses goûts, mais le chancelier devait avouer qu’il avait été amené à voir bien pire au sein de la noblesse lorelienne. Au moins son seigneur conservait une certaine sobriété dans la décoration de son manoir à Athakla, tout comme celle de son château au duché. Mais l’art était loin d’être la préoccupation actuelle d’Indrik Grayson. L’homme qui se trouvait derrière la porte, en revanche, était une autre histoire. Il réarrangea rapidement ses robes, avant de tourner la poignée et d’entrer sans plus de cérémonie.

La pièce était vaste, mais assez peu meublée. Un grand lit à baldaquins, une armoire à glace, un cabinet de travail, mais pas de peintures, de tapisseries où même de fauteuil. Devant l’unique fenêtre, contemplant la vue offerte sur le port d’Athakla se tenait le duc Reynald de Cormyr. C’était un homme n’ayant guère dépassé la trentaine, aux cheveux bruns coupés courts, au visage arrondi qui le rajeunissait encore et à la mine triste. D’aucuns auraient dit de son apparence qu’elle était assez quelconque, si l’on exceptait ses habits nobiliaires, le genre de visage que l’on oublie aussitôt. Pour Grayson, en revanche, cette face était celle de l’homme qu’il haïssait viscéralement depuis près de cinq ans déjà, depuis qu’il était entré à son service, en fait. Et pas une fois cette impression ne s’était estompée.

Regardez le, ce parasite imbu de lui-même, vindicatif et à l’esprit malade… Quels pêchés les hommes ont-ils commis pour que tu naisses comme un de leurs seigneurs ?

Son visage n’exprimant rien de ses sentiments, le chancelier effectua une révérence impeccable.

-Mon duc, vous m’avez fait mander ?

Reynald sembla prendre conscience de la présence de son conseiller. Il se détourna lentement de la fenêtre, une expression vaguement endormie lui restant collée au visage, avant de détailler le nouvel arrivant du regard, comme s’il était surpris de le trouver ici.

-Indrik, c’est toi ?

Qui veux tu que ce soit, sombre crétin !

-Oui, seigneur. Que puis-je faire pour vous ?

Au fil des ans, Grayson avait appris à ne jamais se départir de son masque. Le duc n’avait vraisemblablement aucune idée des réels sentiments du chancelier à son égard, et n’en saurait vraisemblablement jamais rien. Car aussi paradoxal que cela puisse paraître, le conseiller savait que pour ses propres ambitions, rien n’était plus pratique qu’un seigneur mélancolique, paranoïaque et dérangé d’esprit. Il avait beau lui souhaiter la plus horrible des morts au moins une fois par journée, jamais il n’attenterait à sa vie, et il mettrait tout en œuvre pour le protéger d’éventuels assassins ou des malheureux accidents du hasard. Car tant que Reynald serait duc, lui-même serait le véritable pouvoir derrière le trône. C’était lui qui s’occupait de gérer le domaine familial, lui qui s’assurait de la bonne marche de la maison ducale, lui qui fixait les orientations de la politique à l’égard des autres familles nobles… Le premier conseiller était duc en tout, sauf en titre, mais rares étaient ceux au courant de cet état de fait… et le duc Reynald lui-même n’était pas de ceux là.

-Ah, oui, je t’ai fait appeler…

Il semblait retrouver ses esprits au fur et à mesure, comme son ton se faisait plus incisif, et sa voix plus tranchante.

-Mes agents (MES agents, songea Grayson) m’apportent à l’instant des nouvelles de la bande de rufians locale prétendant au nom de guilde. Ces incapables m’avaient assurés qu’ils tenaient l’acteur, et voilà maintenant qu’ils me disent qu’ils l’ont laissé filé !

Le chancelier était déjà au courant depuis plusieurs heures, bien sûr. Reynald était bien souvent le dernier informé des affaires du jour, tous les rapports et courriers parvenant directement sur le bureau de son conseiller. Mais ce dernier veillait toujours à ménager l’ego de son maître. Il avait besoin que celui croie toujours détenir le pouvoir, même si il en était manifestement incapable. Cela lui évitait d’être lui-même la cible de la paranoïa incontrôlée du duc toujours prompt à soupçonner le monde de vouloir lui nuire. Mais Grayson trouvait cette situation terriblement usante. Il aimait diriger, et il estimait avoir prouvé qu’il en était capable. Cela faisait belle lurette que tout serait parti à vau-l’eau si Reynald s’était lui-même occupé d’exercer sa charge. Il n’avait jamais rien fait pour la mériter, tandis que Grayson s’était élevé aussi haut qu’un roturier puisse l’espérer, par sa seule volonté et son acharnement. Et il devait rester soumis à cet homme, qui lui était inférieur en tout, sauf par la naissance ? Cette pensée lui laissait un goût amer dans la bouche. Devant lui, Reynald continuait à éructer.

-Je ne sais pas si ce sont des traîtres ou juste des incompétents. Il est invraisemblable que ce maudit Kercyan ne soit pas déjà pieds et poings liés devant moi ! Ces voleurs doivent avoir partie liée avec lui, et espéraient simplement m’extorquer mon or à l’avance… Ils ne s’en sortiront pas comme ça.

Imbécile, avant que j’intervienne, tu te ruinais tout seul, et le duché par la même occasion, tout ça pour attraper un homme !

Le chancelier se souvenait encore du début de cette histoire, lorsque le duc avait surgi dans son cabinet de travail, écumant de colère après avoir entendu le témoignage d’un de ses gens au sujet d’une pièce le critiquant ouvertement. Grayson croyait de souvenir que le duc y était traité entre autres de fou, d’envieux, d’avare, de mégalomane, de poltron, d’impuissant, de pédéraste, d’agent des puissances infernales et de chèvre à tête de bouc. Apparemment, l’auteur avait eu quelques comptes personnels à régler, mais était resté assez prudent pour écrire sous couvert d’anonymat. Privé de cette cible de choix, toute la colère du duc s’était reportée sur la troupe d’acteurs ayant eu l’imprudence d’accepter de mettre la pièce en scène. Bien que le chancelier eut volontiers serré la main de ces hommes à titre personnel, il savait que d’un point de vue pratique, mieux valait dissuader ce genre de manifestations. Même si il était loin d’avoir ne serais-ce que la moitié des défauts dont la pièce l’avait affublé, Reynald, indubitablement, n’était pas totalement sain d’esprit, et d’un tempérament particulièrement lunatique, même si il parvenait assez bien à donner le change en public ; mais c’était un fait relativement peu connu, que Grayson était habilement parvenu à faire passer pour des ragots envieux de possibles rivaux. La dernière chose dont il ait besoin, c’est que le duc soit destitué par le roi Danian pour motif d’incapacité. Reynald n’était toujours pas marié, encore un devoir ignoré dans une liste qui ne cessait de s’allonger, et n’avait donc aucun héritier légitime. Oh, bien sûr, il devait avoir une demi-douzaine de bâtards, la modération n’ayant jamais été exactement son fort, mais aucun qui ne puisse faire un successeur convenable. Si le duc venait à disparaître ou était destitué, ce serait alors un administrateur de la couronne qui prendrait en main Cormyr, et Indrik Grayson serait promptement relégué à un poste obscur de clerc, dans le meilleur des cas.

C’est pourquoi il ne s’était pas opposé au projet ducal de faire payer aux insolents leur outrecuidance par le sang. Cette diversion offrait aussi l’avantage d’occuper quelques temps le duc, laissant les coudées un peu plus franches au chancelier pendant que son maître serait en train de gaspiller son énergie à planifier sa revanche. Là, Grayson devait le reconnaître, il avait fait une erreur. Il aurait dû immédiatement prendre en main l’exécution de ces meurtres, au lieu de laisser le jeune noble en faire à sa guise. Et il avait été horrifié lorsqu’il vit que ce dernier avait fait appel aux Talonites, non pas tant par morale, bien qu’il n’ait que peu d’amour pour les fanatiques religieux, mais par sens pratique : leurs services revenaient outrageusement cher. Mais ce qui était fait était fait, et les assassins frappèrent, avec une efficacité remarquable, il fallait bien l’admettre. Un seul survivant sur une vingtaine de personnes, rares étaient les tueurs à prétendre à une tel taux. Quant au dernier, il ne tarderait pas à être rattrapé par les fanatiques… C’était sans compter sur Reynald, qui dans une nouvelle volte face, avait soudainement décidé qu’il voulait l’homme vivant pour avoir le plaisir de lui offrir son « hospitalité », et s’était mis à dépenser sans compter, offrant à tout mercenaire qu’il pouvait croiser une somme colossale pour qu’on lui ramène l’acteur en cavale, réussissant l’exploit de mettre à mal les finances du duché tout en courrouçant les Talonites, qui n’appréciaient guère cette interférence dans leur travail, sans compter que ce Kercyan, par un moyen connu de lui seul, continuait à échapper à ses poursuivants. Grayson avait dû intervenir en catastrophe pour arrêter la gabegie, mettant fin aux avances délirantes offertes par le duc en se contentant d’offrir une prime à la remise de l’individu. Avec un peu de chance, il n’y aurait même pas à la verser, si les servants de Talos mettaient la main sur lui les premiers, ou si l’acteur était arrêté et exécuté par les forces de l’ordre locales : le chancelier était parvenu à manipuler l’enquête pour rendre le fugitif responsable du meurtre de ses camarades.

-Patience, mon duc. Il ne pourra pas vous échapper indéfiniment. Il nous suffit d’attendre, et…
-Non ! Je ne peux plus me permettre d’attendre. Il est à Athakla ! Il est ICI !

Une lueur dangereuse s’était allumée dans les yeux du duc de Cormyr, mais il parvint néanmoins à regagner un certain contrôle sur lui-même.

-Il est évident qu’il est revenu pour me tuer. Je n’ai pas l’intention de lui laisser ce plaisir.

Grayson considéra ces paroles. Même si son duc était prompt à se sentir menacé, ce qu’il disait n’était pas sans fondement. Ce Kercyan devait se douter de qui était responsable de sa situation, et si il était revenu ici, il était très possible qu’il projette d’assassiner Reynald par vengeance. Mais le chancelier estimait que ses chances de succès étaient insignifiantes. La Fraternité l’avait déjà presque arrêté, et presque toute la ville était à sa recherche. Si cet acteur était un tant soit peu intelligent, il quitterait le royaume sur le champ.

-Ne vous inquiétez pas, mon seigneur, je vais m’occuper de renforcer votre sécurité. Souciez vous plutôt de votre apparence lorsque vous serez devant la cour. Le roi a invité l’ensemble de la noblesse ici, cet anniversaire est l’occasion de renforcer le prestige du Cormyr…

Le jeune duc se passa une main sur le front, y essuyant quelques gouttes de sueur.

-Tu as raison, Indrik, bien sûr. Je vais me préparer.

Sur ces mots, il sombra dans un profond mutisme, le regard perdu dans le vague. Le chancelier comprit que l’entrevue était terminée. Réfrénant un soupir, c’est avec soulagement qu’il quitta la chambre, espérant n’être amené à y revenir que le plus tard possible. Il avait trop de choses à faire pour être sans cesse interrompu par un noble incompétent.


Dernière édition par Macros le Mar 14 Fév 2012 - 13:36, édité 1 fois

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Mélanie Mustang le Mer 22 Avr 2009 - 16:27

Un passage assez intéressant et on découvre enfin qui est ce fameux duc de Cormyr... C'est marrant, je l'imaginais vieux et grincheux... Pas jeune et à moitié endormi... Mais en tout cas, j'ai hâte de voir comment va évoluer cette histoire... Juste pour savoir si Alastar pourra inviter Rey à son mariage (et qui sait? à son intronisation^^)

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Heg le Jeu 23 Avr 2009 - 11:35

Oui, moi aussi, j'aime assez le duc. Il tranche bien avec ce qu'on pouvait attendre de lui, et il pourrait même se révéler plein de surprises, même sous la surveillance étroite de son si bien intensionné chancelier.

Si t'es motivé pour écrire, continue sur ta lancée, quoi... ^^
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Macros le Jeu 11 Aoû 2011 - 13:52

It's alive ! Aliiiive !


Chapitre 9



C’est par une nuit sans lune que le frêle esquif s’aventura dans les eaux du port de Lorelia, sa présence uniquement signalée par le clapotis des rames. A son bord, les trois hommes embarqués, enveloppés de capes noires, ne communiquaient qu’à mi-voix, au cas improbable ou l’on aurait pu les entendre depuis la côte. Reyan de Kercyan, Vicenzo et Talyrion de Lunargent ne désiraient courir aucun risque. Pour l’heure, l’embarcation était en train de passer au large des lumières des docks marchands pour se diriger vers des parties du port laissées dans l’obscurité. Et ne pas pouvoir voir sa destination rendait l’acteur nerveux.

- Tu es certain de la direction, Vince ?

L’intéressé répondit d’un ton exaspéré.

- Zut, gamin, je sais ce que je fais ! Maintenant tais toi et rame.

Rey le prit au mot, se concentrant à nouveau sur la manœuvre de la chaloupe, coordonnant ses gestes avec le vieux marin, s’efforçant de créer le moins de remous possibles. L’ancien contrebandier connaissait son affaire, ayant accompli le trajet des dizaines de fois, mais le fugitif ne pouvait s’empêcher d’être nerveux lors de cette navigation en aveugle, son imagination lui faisant visualiser mille dangers pouvant les attendre au sein des ténèbres. La voix du magicien elfique lui parvint, se voulant rassurante, mais ne pouvant totalement se départir de sa condescendance habituelle.

- Nulle inquiétude à avoir. Contrairement aux humains, notre vision ne saurait être gênée par l’obscurité, et je suis donc en mesure de prévenir tout accident susceptible d’être causé par vos déficiences…

Vicenzo l’interrompit, visiblement exaspéré.

- Je viens de dire que je savais ce que je faisais ! Je n’ai pas eu besoin d’elfe jusqu’à présent, et ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer. Donc si vous voulez vraiment vous rendre utile, prenez un aviron. Sinon, silence !

Hormis un grommellement inaudible, Talyrion obéit à l’injonction, se gardant cependant bien de se saisir d’une rame, préférant rester assis à l’arrière de la barque les bras croisés, comme si le moindre effort physique risquait de lui être instantanément fatal. Les deux humains restèrent seuls à la manœuvre, naviguant en silence hormis les instructions occasionnelles du vieux loup de mer, corrigeant la trajectoire de l’embarcation. Au bout de quelque minutes, Reyan constata que l’obscurité semblait avoir gagné en épaisseur, tandis que les sons étaient répercutés par un certain écho. A ses côtés, il entendit Vicenzo marmonner.

- Bon, on devrait pouvoir faire de la lumière sans risque, à présent.

L’elfe à l’arrière de la barque murmura une incantation, faisant apparaître une flammèche de couleur vert pâle au creux de sa main, illuminant les environs d’une lueur presque spectrale. Les trois hommes se trouvaient au milieu d’une voie de canalisation souterraine relativement étroite, charriant une eau à la propreté douteuse. A quelques encablures devant eux se profilait un petit quai taillé dans la roche, parfaitement adapté à la taille du frêle esquif. Le marin s’autorisa un sourire satisfait.

- Ca a toujours été l’endroit idéal pour faire entrer ou sortir des marchandises en toute discrétion. Les gardes ne vous chercheront jamais ici.
- Et la Guilde ?

Vicenzo se gratta la barbe d’un air songeur.

- Tant qu’ils ne se rendent pas compte que vous êtes revenus en ville, ça devrait aller. Votre meilleure chance, c’est qu’ils doivent vous croire à des lieues de cette cité, maintenant. C’est-ce que n’importe quelle personne douée de bon sens aurait fait, gamin.
- Et bien, espérons que tu en as suffisamment pour nous deux, dans ce cas.

En quelques coups d’avirons, l’embarcation était alignée contre la jetée de pierre, Reyan étant le premier à mettre pied à terre afin de l’amarrer prestement. Quelques instants plus tard, les trois étaient sur la terre ferme.

- Bon, maintenant qu’on y est, c’est quoi ton plan ? Tuer le duc ?
- Ca ne m’avancerait pas beaucoup. Ca donnerait même à la couronne une vraie raison d’obtenir ma tête. Non, je dois trouver un moyen de le faire destituer. Si plus personne n’offre d’or pour ma capture, la chasse à l’homme prendra fin.

Talyrion émit un reniflement méprisant.

- Je serais curieux de savoir comment vous comptez accomplir ce miracle. Vos nobles semblent s’accrocher à leurs titres autant qu’un chien famélique à son os, et votre souverain semble tout à fait satisfait de laisser les choses en l’état.
- L’elfe a raison, gamin. Même si tout le monde sait que Reynald est complètement cintré, personne n’a bougé le petit doigt jusqu’à présent.
- Vince, tu es à Lorelia depuis trop peu de temps.

Tout en parlant, Reyan s’était engagé dans un étroit escalier de pierre remontant vers la surface. Le sol humide et à moitié recouvert de mousse rendait l’ascension périlleuse, assez pour que l’on s’y reprenne à deux fois avant de poser le pied sur une marche.

- Dis moi, quelle est la chose la plus importante dans cette cité ?
- Facile, l’or.
- Exact. Et ensuite ?

Le marin et l’elfe échangèrent un regard interrogatif. Avant qu’ils ne puissent réfléchir plus avant à la question, l’acteur, parvenu au sommet de l’ascension, ouvrit de façon théâtrale la porte en bois vermoulue, avant de tournoyer sur lui-même, s’enveloppant dans son ample cape pour finalement saluer un public imaginaire, sa silhouette se découpant en clair-obscur à la lueur des torches de la rue derrière lui.

- A Lorelia, mon ami, les apparences sont reines.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Mélanie Mustang le Ven 12 Aoû 2011 - 18:38

Ah ah!!!! Un nouveau passage des aventures de Reyan!!!! Chouette^^ Si ça continue comme ça, je le vois bien devenir Roi à la place du Roi^^ Peut-être même en se faisant passer (ou en révélant sa véritable nature???) pour l'héritier du trône? ^^

Vivement la suite!

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Lena le Ven 12 Aoû 2011 - 19:27

En espérant qu'elle ne prendra pas...plus de deux ans celle là Razz
Chouette post sinon, ça fait plaisir de retrouver les aventures de Reyan...

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Heg le Sam 13 Aoû 2011 - 7:44

Oui, très sympa ce poste ! Dommage que je n'aie aucun souvenir du contenu des précédents. Promis, je répare mon erreur ASAP !

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Macros le Mar 14 Fév 2012 - 11:25

Chapitre 10

Annabella en était de plus en plus persuadée : à la fin de cette journée, elle allait avoir besoin d’une bière. Le stress était devenu un compagnon de route tout au long des deux lunes qui s’étaient écoulées, depuis que le chambellan du palais avait fait appel à sa troupe théâtrale pour clôturer les célébrations de l’anniversaire royal. Pour elle et ses compagnons, c’était l’opportunité d’une vie qui se présentait, mais elle s’accompagnait d’une pression énorme. Rien que le choix de la pièce avait été le sujet de discussions enflammées pendant plus d’une semaine, avant que le choix ne finisse par se porter sur A l’Ombre du Trône. Il s’agissait d’une présentation dramatique de la vie du prince Nicholaï, figure quasi-légendaire du royaume de Lorelia. Son amour des lettres et des arts dans un état si mercantiliste avait été perçu comme une anomalie, son refus obstiné d’usurper le titre de roi à un père plongé dans un coma végétatif comme une forme d’hypocrisie vertueuse, mais sa figure avait marquée tout ce que le royaume comptait d’âmes romantiques. Et des années après sa mort, il fut érigé en symbole de l’idéal du souverain, à l’aune desquels ses successeurs seraient comparés. Exercice auquel ils se pliaient de plus ou moins bonne grâce, et l’opinion générale était que Danian Ier, tout compte fait, ne s’en sortait pas trop mal. La dramaturge s’était ensuite plongée à corps perdu dans la mise sur pied de la représentation, essayant d’apporter un souffle nouveau à une œuvre que d’aucun considéraient comme sur-utilisée et sclérosée. A force d’encre, de feuilles froissées et de nuits blanches, elle avait néanmoins relativement confiance quant au succès de sa mise en scène.

Jusqu’à ce que ce que l’acteur devant tenir le rôle-titre tombe malade. A moins d’une semaine de l’anniversaire.

Personne en Athakla n’avait été capable d’expliquer ce mal soudain et foudroyant, encore moins de le guérir. Physiciens et alchimistes s’étaient succédés au chevet du patient, tous plus inutiles les uns que les autres. Un premier diagnostiquait une intoxication à un aliment elfique - quand l’acteur avait toujours affiché son aversion pour la cuisine exotique - , un deuxième avait clamé haut et fort au premier cas marquant le retour de l’épidémie de la Mort Hurlante dans la cité - on attendait encore le deuxième - tandis qu’un troisième s’était contenté d’enchainer purges et saignées jusqu’à ce que la vie même de son patient soit menacée. Un alchimiste gnome était même allé imputer le mal à un manque flagrant de navets dans son alimentation - comme si ça avait jamais manqué à quiconque ! Annabella alla jusqu’à dégoter l’un des rares praticiens des arts magiques de la cité, mais il se montra aussi impuissant que le commun des mortels, blâmant une funeste conjoncture céleste combinée à l’action des forces obscures et mystérieuses du destin. Sur le temps de rémission, le diagnostic était en revanche unanime : l’artiste ne serait pas rétabli avant au moins une lune, laissant son employeuse avec une tâche apparemment insoluble sur les bras. Du moins…

- Annabella, chérie, tu es resplendissante.

… si une certaine figure de son passé n’était pas fort opportunément apparue ce matin même. Reyan de Kercyan, qu’elle n’avait pas revu depuis bientôt trois ans, avait surgi à l’auberge dans laquelle elle était en train de se morfondre, et s’était invité aussi sec à sa table, un bouquet de fleurs à la main et un sourire charmeur au visage, comme au premier jour. Mais elle n’était plus la jouvencelle de cette époque. Aussi délicieux et plaisant qu’il puisse se montrer, elle avait appris qu’en règle générale, mieux valait éviter de compter sur lui.

- Rey, espèce de vaurien, qu’est-ce que tu fiches ici ?
- Quoi, c’est comme ça que tu salues une vieille connaissance ? Après tout ce qu’on a vécu tous les deux ? Je suis blessé. 

La remarque suscita chez la jeune femme un reniflement fort peu digne d’une dame. A en juger son expression, l’acteur ne faisait même pas l’effort de paraître sincère.

- Je crois que les trois années qui se sont écoulées ont été des plus agréables, merci. Maintenant, dis-moi ce que tu veux et la réponse est non. 

Reyan ne sembla guère tenir compte du ton acide de son interlocutrice, plus occupé à faire signe au tavernier de leur apporter à boire.

- Tu as l’air de quelqu’un qui s’est levé du mauvais pied. Un problème ?
- Tu veux dire, à part toi ? 

Annabella poussa un profond soupir, à l’instant précis ou l’on venait déposer devant eux un pichet de vin et une paire de gobelets. D’ordinaire, elle ne buvait jamais de si bonne heure, mais aujourd’hui, elle était prête à faire une entorse à cette règle. Elle vida un verre, puis un deuxième, avant de se laisser aller à la confidence, narrant à son camarade de boisson, ses récents revers de fortune. Reyan écouta le récit sans l’interrompre, son visage exprimant une sorte d’attention bienveillante que la jeune femme soupçonna fortement d’être feinte. Mais à cet instant, elle n’en avait cure, elle était juste heureuse d’avoir quelqu’un auprès de qui se plaindre.

- Il va falloir que je lui trouve un remplaçant, mais débaucher un professionnel d’une autre troupe dans un délai aussi court…
- Eh bien, je sais que ça peut paraître un brin présomptueux, mais… pourquoi pas moi ? 

***

La discussion qui s’en suivit se prolongea jusqu’au milieu de l’après midi. L’incrédulité avait vite laissé place à la suspicion chez Annabella, et Rey pouvait difficilement lui en tenir rigueur. Son principal avantage était que son ex-compagne savait de première main qu’il était un excellent acteur… et pas seulement sur les planches. Sans doute le soupçonnait-elle de saisir une occasion de se faire remarquer devant l’élite de Lorelia… ce qui n’était pas si loin de la vérité. Toujours était-il qu’après un interrogatoire en règle - ou l’acteur prit particulièrement soin d’éviter de mentionner quelques détails, comme par exemple le fait qu’il était techniquement un fugitif - lui fut arraché la promesse de se présenter le lendemain à l’aube au théâtre improvisé ou la troupe théâtrale effectuait ses répétitions. Annabella fut particulièrement explicite sur le sort atroce qu’elle lui réservait si il venait à lui faire faux bond, et pour une fois, il eut la sagesse de ne pas répliquer, peu désireux de savoir si elle comptait vraiment mettre ses menaces à exécution. C’est donc avec un soulagement partagé que les deux jeunes gens prirent congé l’un de l’autre, et Reyan se hâta de rabattre le capuchon de son manteau de voyage avant de regagner la sécurité relative des rues populeuses d’Athakla, très vite rejoint par un elfe à l’air blasé.

- Je suppose que votre entreprise a été couronnée de succès ? 
- On peut dire ça. Je ne sais pas ce que vous avez fait avalé à ce pauvre Ignace, mais d’après ce que m’en a raconté ma charmante amie, ça a l’air efficace.
- Simple décoction alchimique, le sujet ne court aucun danger. Il va juste passer quelques semaines très désagréables.
- Hmm hmm. 

Reyan et Talyrion s’étaient engagés sur le chemin des docks, fendant la foule cosmopolite de la cité, et l’acteur commençait à ressentir un picotement irritant au niveau de la nuque. La sensation était devenue familière, celle d’être observé. Il marqua une pause devant l’étal le plus proche de lui, un marchand de tissus de mauvaise qualité, ignorant le haussement de sourcils interrogatif du magicien, et s’efforça de détailler discrètement son entourage tout en faisant mine de marchander, sans y mettre beaucoup de cœur, avec le commerçant ambulant. Au bout de quelques instants, il repéra au milieu de la foule deux hommes enveloppés de capes brunes, à une vingtaine de mètres, le fixant directement du regard. Détournant précipitamment la tête, Reyan mit fin à la négociation en cours, reprenant son avancée, avant de marmonner à son compagnon.

- Nous sommes suivis.
- Vous m’en direz tant. 

Sans crier gare, l’acteur bifurqua dans une rue plus étroite, entrainant l’elfe avec lui, quittant de ce fait l’allée marchande fréquentée sur laquelle ils se trouvaient, se dirigeant à présent vers les bas quartiers de la ville.

- J'ose supposer que vous avez élaboré un plan d’action ?
- Ce sont sans doute des informateurs de la Guilde, qui cherchent à s’assurer de notre identité. On les attire dans un lieu désert, et on les met hors d’état de nuire.
- La simplicité même.

Le Lorelien ignora le sarcasme dans la voix de son compagnon, plus occupé à assurer sa prise sur le pommeau de sa rapière. Il n’avait pas particulièrement envie de tuer deux personnes s’efforçant simplement de gagner leur pain, mais il risquait fort de ne pas avoir le choix. Avec un peu de chance, il serait possible de simplement les capturer, et Vince se chargerait de les garder au frais sur son navire ?

C’est ça, depuis quand j’ai de la chance, déjà ?

Les ruelles se succédaient, chacune moins peuplée que les autres, les bruits de la cité s’estompant pour laisser place à l’échos des bottes sur le pavé. Curieusement, à l’oreille, Reyan avait l’impression que leurs poursuivants avaient allongé le pas, au lieu de redoubler d’efforts pour se faire discrets. Ils devaient savoir être repérés. Cette témérité mit l’acteur mal à l’aise ; même les gros bras de la guilde n'avaient pas tendance à attaquer sans supériorité numérique. Se pouvait-il que d’autres voleurs soient dissimulés dans l’ombre, attendant l’occasion d’agir ? Finalement, les deux paires de marcheurs s’engagèrent dans une rue étroite, avec pour seule compagnie un chat noir au pelage ravagé par les mites et un mendiant profondément endormi empestant l’alcool. Leurs poursuivants étaient prêts, maintenant, très prêts. Jugeant le moment idéal, Rey fit volte face et se débarrassa de son manteau de voyage tout en dégainant sa rapière. Si ils furent surpris par ce geste, le visage impavide des deux hommes n’en montra nul signe. Loin de ralentir, il sembla même à l’acteur qu’ils avaient encore accélérés, avant qu’ils ne se débarrassent à leur tour de leurs capes brunes dans une synchronisation presque parfaite… dévoilant des tuniques écarlates et de longues dagues effilées.

Ah.


Dernière édition par Macros le Jeu 16 Fév 2012 - 9:15, édité 1 fois

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Mélanie Mustang le Mer 15 Fév 2012 - 8:42

AAAAAHHH !!! Enfin un nouveau chapitre des aventures de notre ami Reyan!!! Ca faisait longtemps!

Chapitre intéressant et on reconnaît bien notre ami^^ Ca fait vraiment plaisir de le revoir. J'ai hâte d'en lire plus!

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Heg le Mer 15 Fév 2012 - 20:20

Voilà que Reyan s'aprète à foncer dans la gueule ouverte de loup ! Mais quelle mouche l'a dont piqué ?

J'ai bien envie de savoir comment, cette fois-ci, l'acteur et ses deux complices vont réussir à se sortir du mauvais pas où ils se sont fourés ! (Surtout maintenant que je me suis remise à niveau...)

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Macros le Ven 8 Nov 2013 - 22:35

Bon, ce n'est qu'une (grosse) moitié du chapitre que j'avais prévu, mais comme le reste me donne un peu de fil à retordre, et que j'ai envie de contribuer à donner une dynamique positive à ce forum dans des délais raisonnables, voilà déjà de quoi reprendre la main et vous donner un avant-goût. Bon, il ne se passe pas grand chose, et bénéficiera certainement d'une bonne séance de correction, mais en attendant... Enjoy.

Chapitre 11

La première attaque fut foudroyante.

L'instant précédent, les deux tueurs se trouvaient encore à plusieurs enjambées, leurs sinistres dagues encore accrochées à leurs ceintures. Le suivant, l'un d'entre eux était à moins d'un mètre, passant sous la garde de Reyan en rasant le sol en un mouvement qui aurait pu faire songer aux ondulations d'un serpent. L'autre avait bondi dans les airs, pris appui sur le mur le plus proche et s'était propulsé droit sur l'acteur, lame au poing. Retenant un juron, le lorellien se jeta en arrière pour esquiver l'assaut combiné, roulant au sol de façon peu gracieuse. Il n'avait pas encore retrouvé la position debout que sa main gauche saisissait déjà le poignard à sa ceinture, avant de le projeter hâtivement vers le premier assassin, dans l'espoir de le neutraliser le plus rapidement possible. C'était sans compter sur les réflexes de ce dernier, qui parvint à saisir le manche au vol avant de renvoyer le projectile, non pas à Reyan, mais à l'elfe situé derrière lui, qui n'eut d'autre choix que de se jeter à terre, interrompant l'incantation qu'il avait  à peine commencé.

« Damnation ! »

C'est ma ligne. Est-ce que ce type vient sérieusement d’attraper un poignard en plein vol ?

Rey n'eut guère le temps d'épiloguer sur la scène ; déjà ses deux assaillants se ruaient à nouveau sur lui, ignorant entièrement Talyrion au profit de leur cible principale. Par les dieux, ils étaient rapides ! Seule l'allonge de sa rapière permettait à l'acteur de les maintenir à une distance respectable, mais ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne commette une erreur sans nul doute fatale. Pire, réalisa t-il, passer à l'offensive était impossible. En admettant qu'il parvienne à embrocher l'un de ses deux poursuivants, il n'aurait jamais le temps de dégager sa lame avant que l'autre ne lui porte un coup fatal. Le front perlé de sueur, Reyan commença à passer en revue ses options tout en enchaînant les parades et les feintes, tentant de gagner quelques précieux instants pour trouver une solution...

Celle-ci parut toute trouvée lorsque la voix de son compagnon magicien résonna dans la ruelle, prononçant des mots incompréhensibles aux oreilles de l'acteur, mais qui, il l'espérait foudroieraient sur place ses assaillants... ou quelque chose du genre. L'un d'entre eux fut brièvement illuminé d'une lueur bleutée, mais le seul effet que sembla produire le sortilège fut de faire briller la chaîne d'argent qu'il portait au cou, suscitant une exclamation frustrée de la part du jeteur de sorts.

« Des talismans de protection ? C'est absolument grotesque ! »

L'assaut magique eut tout de même un effet que Rey ne manqua pas d'apprécier à sa juste valeur : se voyant confrontés par un mage, l'un des deux tueurs rompit le combat pour se détourner vers l'elfe. Pendant un bref instant, Talyrion sembla figé par cet assaut soudain, avant de lever une paume et de prononcer un seul mot de pouvoir, faisant apparaître une barrière d'énergie pourpre, stoppant la pointe de dague à quelques centimètres seulement de son bras. Pendant de longues secondes, les deux hommes restèrent dans cette position figée, l'assassin semblant s'efforcer de percer la protection magique maintenue, à en juger par le rictus du magicien, au prix d'un énorme effort de concentration. Mobilisant son énergie, ce dernier poussa un cri, faisant voler en éclat sa propre barrière, projetant en arrière le tueur, qui effectua un vol plané à travers la ruelle, avant de se rétablir sur ses pieds d'un mouvement souple, plus surpris que touché.

Son compagnon ne fut distrait qu'un bref instant, mais ce fut suffisant à l'acteur pour lui décocher un direct de sa main libre, le forçant à reculer d'un pas. Mais la fente qui suivit ne rencontra que le vide, l'assassin ayant déjà effectué une roulade arrière, se mettant hors de portée. Pendant quelques instants, le silence de la rue ne fut troublé que par les halètements des quatre combattants, s'efforçant de trouver leur second souffle, et calculant leur prochaine manœuvre. Reyan profita de cette pause momentanée pour se rapprocher de Talyrion.

« Au fait, leurs dagues sont empoisonnées. »

L'elfe émit un sifflement furieux.

« Et je suppose que vos raisons de ne mentionner que maintenant cet infime détail sont excellentes ?
- Fiche-moi la paix ! Je ne pensais pas qu'on allait se faire attaquer en pleine rue comme ça ! »

L'échange fut écourté lorsque les deux fanatiques de Talos se relancèrent en avant, signalant la reprise du combat. Le premier feinta à droite, vers l’elfe, avant de se rabattre vers l’acteur. Leurs lames se croisèrent dans un tintement d’acier, avant que Reyan ne rompe, le tueur toujours sur ses talons. Son condisciple, quant à lui, fondit sur le magicien, bien décidé à le mettre hors de combat dans les plus brefs délais. Ce dernier avait cependant d’autres plans. Marmonnant une formule, son corps fut soudainement entouré d’une lumière blanche, avant d’entièrement disparaître du champ de bataille, laissant son agresseur sans cible. Fronçant les sourcils, celui-ci se figea, les sens en éveil. Pendant quelques brefs instants, rien ne se produisit, avant que le tueur ne se rue sur sa gauche, assénant à l'aveuglette un coup de dague. L'attaque n'arracha qu'un bout d'étoffe et un juron de la part du lanceur de sort, dont la magie d'illusion se dissipa abruptement alors qu'il plongeait au sol pour échapper à une mort certaine. L'elfe parvint néanmoins à enchaîner une nouvelle incantation, faisant surgir du sol une série de chaînes spectrales, venant entraver son assaillant. Ce dernier parut immobilisé pendant un bref instant, avant que son amulette ne remplisse son office, dissipant le sortilège à son contact.

« Malédiction ! »

Reyan ne prêta pas attention à l'imprécation exaspérée de son compagnon, plus occupé à ferrailler avec son propre adversaire. A sa grande frustration, même en un contre un, et malgré l'avantage évident d'une rapière sur une dague, l'assassin s'avérait suffisamment doué pour faire jeu égal avec l'acteur, et semblait même prendre peu à peu le dessus. Rey s'était toujours considéré comme un escrimeur accompli, mais la réputation redoutables des membres de la secte de Talos n'était visiblement pas usurpée. Après une énième fente ne rencontrant que le vide, et un retrait précipité du bras pour éviter une estafilade potentiellement mortelle, il jugea qu'il était grand temps de changer de stratégie et de revenir aux fondamentaux qui lui avaient toujours réussi.

Tricher.

Le tueur esquiva sans difficulté la nouvelle botte approximative de Reyan, mais sa contre-attaque rencontra une parade plus qu’inattendue lorsque le jeune homme lui cracha au visage. Ca n'était ni douloureux, ni même handicapant, mais suffisamment surprenant pour que l'assassin marque une pause, le temps de comprendre ce qui venait de se produire. Bien décidé à exploiter son maigre avantage, l'acteur catapulta d'un coup de pied un cageot de bois dans les jambes de son adversaire, parvenant à lui faire perdre momentanément l'équilibre. C'était l'ouverture qu'il attendait. Avec une précision sans faille, son attaque suivante visa la gorge exposée du tueur.

Le coup fut esquivé.

Les réflexes de l'assassin l'avaient sauvé une nouvelle fois, et il était parvenu in extremis à échapper à un assaut mortel, l'acier frôlant à peine son cou. Rey, quant à lui, commençait à sentir le désespoir le gagner. Il doutait de pouvoir obtenir une aussi bonne occasion que celle qui venait de manquer. Au train ou allaient les choses, il ne pourrait plus tenir longtemps... Le bruit d'un objet métallique se fracassant sur le dallage changea la donne. Pendant un bref instant, les quatre combattants restèrent figés, contemplant un simple objet reposant, inoffensif, au sol. Une amulette, à la chaîne brisée par la lame de la rapière.

Talyrion fut le premier à réagir à ce nouveau développement. Ses yeux s'illuminèrent d'une lumière violette, et l'instant suivant, le fanatique désormais vulnérable vit ses yeux se révulser, avant de s'effondrer, inconscient, au sol, tandis que le mage luttait à grand peine contre l 'épuisement suscité par son sortilège de sommeil. L'autre assassin sentit qu'il n'avait plus qu'une seule occasion. Avant que ses deux adversaires ne puissent célébrer leur premier succès, il se rua droit sur l'acteur, écartant d'un revers de dague la rapière avant de tacler l'acteur, les envoyant tous deux rouler au sol, les deux armes lâchées dans la confusion. Agrippant le poignet droit de sa cible, le Talonite porta la main à sa ceinture pour récupérer un second poignard... et ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il le trouva fiché dans sa poitrine, après avoir été arraché par Reyan au cours de leur brève lutte. L'instant d'après, le tueur écarlate s'effondra sur le dallage, inerte.

Les halètements irréguliers de l'acteur et ceux, plus discrets, de l'elfe furent le seul bruit à troubler le silence de la ruelle dans la minute qui suivit.

« Par... les enfers. C'est pas passé loin. »
« En effet. J'ose espérer qu'aucun de leurs condisciples ne se trouve dans les environs, une nouvelle confrontation serait... problématique. »

L'acteur se releva à grand peine, récupérant au passage sa rapière et sa dague, avant de tourner son attention vers le tueur endormi.

« Pas d'inquiétude à avoir, les effets de mon sortilège sont d'une durée... »

Un coup d'épée plus tard, l'homme inconscient avait la gorge tranchée.

« … permanente, apparemment. »

Sans un autre mot, Reyan se détourna, avant d'hésiter, puis de se baisser pour ramasser les deux amulettes des tueurs. Il ignorait si il pourrait faire usage de leurs propriétés, mais dans le pire des cas, il devrait toujours être possible d'en tirer un bon prix auprès d'un receleur local. L'elfe, lui, semblait plus intéressé par le poignard de l'un des tueurs.

« Hmm, une substance fascinante. Inodore, on dirait, mais certainement mortelle, autant que je puisse en juger. Lorsque nous serons au navire, cela méritera une ou deux expérimentations. »
« Plus tard. On décampe. »
« Je vous suis. »

Sur ces mots, les deux compagnons d'infortune disparurent dans les ruelles d'Athakla, ne laissant pour toute trace de leur passage que deux cadavres ensanglantés.


Dernière édition par Macros le Lun 18 Nov 2013 - 21:43, édité 1 fois

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Starman le Ven 8 Nov 2013 - 22:40

Je suis en train de me dire......tu l'as pas commencé il y'a genre, dix ans cette fic?^^
Le (semi) post est des plus sympas, mon seul problème......c'est que je ne rappelle plus trop de ce qu'il y'avait avant. Va falloir réviser.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Macros le Sam 9 Nov 2013 - 9:02

Starman a écrit:Je suis en train de me dire......tu l'as pas commencé il y'a genre, dix ans cette fic?^^
Espèce de... grmmmph. Suspect 

Même pas vrai d'abord, ça fait pas plus de cinq ans ! Ou un truc du genre. Crying or Very sad 

Et oui, j'ai conscience que ces délais entre chapitres ne font pas grand chose en faveur de l'immersion. Regarde le bon côté des choses : c'est un bon prétexte pour relire une histoire sensationnelle ! What a Face

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Starman le Sam 9 Nov 2013 - 11:04

Oui, et pis ca montre ta motivation. Moi, il faut que j'écrive régulièrement sinon je perds mon propre fil et ma motivation.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

Message par Mélanie Mustang le Sam 9 Nov 2013 - 13:49

Courage Starman !! On attend toujours la suite de l'histoire de Clark^^

Pour en revenir à Reyan, ça fait plaisir de le retrouver ^^ Même si c'est dans une posture délicate. Ce demi-post est bien sympa, j'espère qu'on va pouvoir relancer le forum pour avoir la suite un peu plus rapidement !

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : Reyan

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