Les Chroniques des Lames Perdues 2

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Lena le Sam 18 Juil 2009 - 12:46

Se rendre jusqu’au château s’était révélé bien plus aisé qu’elle ne l’aurait imaginé, le gamin à l’énorme épée semblait avoir quelques relations. Elle avait pris garde, pendant tout le temps qu’avait duré leur ascension jusqu’au palais, de ne pas se faire remarquer, se fondant au milieu de ses compagnons. Peu après leur arrivée, et les retrouvailles du gamin avec une elfe qui prétendait être sa sœur, ils avaient été conduis à leurs chambres, en attendant le bal qui devait avoir lieu le soir même.

Les choses n’auraient pu mieux se dérouler. Pendant le bal, elle croiserait certainement ce cher Corwin. Ils allaient avoir une petite...explication. Un sourire naquit sur son visage, et disparut lorsqu’elle aperçu la tenue disposée sur le lit à son intention. Elle s’en approcha, l’attrapa du bout des doigts et la tendit devant elle. La robe était de coupe simple, décolletée, à manches courtes, mais surtout, elle était bleue. La prêtresse détestait le bleu. Elle la rejeta sur le lit avec une grimace. Elle préférait encore garder sa propre robe, qu’elle portait pourtant depuis qu’elle avait rencontré le groupe. Un coup d’œil vers son vêtement l’en dissuada néanmoins, et la fit grimacer de plus belle. Au milieu de tous ses compagnons tous plus crasseux les uns que les autres, elle paraissait à peu près propre. Mais là, dans cette chambre impeccable, devant cette robe immaculée, elle réalisait combien elle-même était couverte de poussière.

Elle soupira. Que pouvait-elle faire ? En d’autres circonstances, elle se serait empressée de sortir de la pièce pour aller exiger qu’on lui fournisse une autre robe et qu’on lui prépare un bain bien chaud. Mais là, elle courrait le risque d’être reconnue avant d’avoir pu arriver jusqu’au fils du duc. Aussi se contenta-t-elle de faire rapidement le tour de la chambre. Elle découvrit, dans une pièce attenante qu’elle n’avait pas remarquée de prime abord, un baquet rempli d’eau qui avait sans doute été déposé là à son attention. Elle s’en approcha et y trempa un doigt. L’eau était tiède, presque froide. La jeune femme soupira encore plus fort. Mais personne n’était là pour l’écouter, elle le savait. Elle n’avait plus qu’à se contenter de son bain froid et de sa robe bleue...

Elle venait de finir de réajuster sa coiffure, tant bien que mal, peu habituée à se coiffer elle-même, lorsqu’on frappa à la porte. Un page était venu la chercher. Il la conduisit jusqu’à la salle de réception, où elle retrouva le reste du groupe. La salle avait un peu changé depuis la dernière fois qu’elle y avait mis les pieds. On avait détruit un mur pour l’agrandir, les lourds rideaux à l’origine de couleur pourpre étaient passés au blanc crémeux. Des tables avaient été disposées en rectangle autour de ce qui devait être une piste de danse. Le duc trônait, en milieu de table. Elle eut un mal fou à le reconnaître, il avait dû prendre plus de dix ans. La chaise à sa droite, probablement dévolue à son fils aîné, était vide. La jeune prêtresse balaya la pièce du regard. Partout on mangeait, on dansait, on s’amusait. Soudain, elle aperçut le fils du duc, de profil, en grande discussion avec quelque courtisan sans importance. Il avait changé lui aussi, les années avaient marqué son visage. Alors qu’il prenait congé du courtisan, Aenerys se dirigea vers lui, la tête haute, le pas sûr.

« Comme on se retrouve, messire Lannister. Vous ne vous attendiez pas à me revoir n’est-ce pas ? »

Il n’oserait pas user de ses pouvoirs profanes devant tant de monde, elle le savait. Et elle comptait bien profiter de l’avantage que cela lui procurait. L’homme, néanmoins, ne sembla pas effrayé par son intervention, et se contenta de lui répondre, mi-amusé, mi-intrigué :

« Je n’ai pas le plaisir de vous connaître...
- Je ne trouve pas cela amusant, Corwin. »

L’amusement laissa la place à l’étonnement.

« Corwin ? Vous devez me confondre avec quelqu’un d’autre.
- Ooh non. Corwin Lannister, fils de Brynden Lannister, duc de Torgas. Je te connais trop bien pour te confondre avec quelqu’un d’autre.
- Non, je suis désolé. »

Il laissa passer quelques secondes, pensif. La jeune prêtresse sentit la colère l’envahir peu à peu. Non seulement, il lui avait joué ce tour abominable, mais en plus il avait le culot de prétendre y être étranger !

« Le seul Corwin Lannister dont j’ai jamais entendu parler est mort il y a plus de quatre cents ans.
- Vous mentez ! »

Cette fois, c’en était trop. Elle attrapa un verre sur la table la plus proche et le lança sur cet homme, qui prétendait ne pas être Corwin. Le verre se brisa, le blessant. Plusieurs regards s’étaient tournés vers eux, mais elle ne les remarqua pas. Elle se pencha une nouvelle fois vers la table, pour y attraper la première chose qui lui tomberait sous la main, une truite grillée recouverte d'amandes. Quelqu’un lui saisit le poignet. Elle se débattit, frappa une nouvelle fois le fils du duc de son arme improvisée, et entendit crier, sans trop savoir si le cri venait d’une des personnes qui tentaient de la maîtriser ou d’elle-même.

Elle ne devait garder qu’un souvenir confus de ce qui suivit. La voix du duc, impérieuse, résonna dans la grande salle. Il ordonnait que l’on jette cette femme qui avait attenté à la vie de son fils, ainsi que ses complices, aux cachots, et ajouta que l’on statuerait sur leur sort le lendemain. Malgré les protestations de la sœur du gamin à l’épée, ils furent tous conduits aux sous-sols, et jetés sans ménagement dans une cellule sombre et humide. Tandis que le bruit des pas des gardes s’éloignaient dans les couloirs, la jeune prêtresse agrippa les barreaux, les secoua comme si cela pouvait les faire céder, et se remit à crier :

« Revenez ici ! Libérez moi immédiatement ! Revenez ! »

Elle sentit une main la tirer vers l’arrière, puis une douleur cuisante vint enflammer sa joue. Elle dévisagea la magicienne, hagarde, oubliant de riposter.

« Pour...pourquoi avez-vous fait ça ?
- Je suis désolée. Vous étiez un peu...hystérique. »

Aenerys balaya du regard le reste de la cellule et ses compagnons. Ils étaient tous tournés vers elle, et ce n’était pas de la sympathie qu’elle lisait dans leurs yeux. Tous, ils avaient tous cette lueur de reproche dans le regard qui lui donna soudain envie de disparaître dans un trou de souris, sensation étrange s’il en était. Sans un mot, elle se laissa glisser sur le sol, dos aux barreaux. Puis, cachant sa tête entre ses bras croisés, elle se mit à pleurer, remarquant à peine l’odeur de poisson qui se dégageait de sa main droite. Quatre cents ans. Bien sûr que non, il ne mentait pas. Ils ne mentaient pas. Ce...Corwin lui avait tout pris. Elle n’était plus rien.

« Ma sœur nous fera sortir de là, j’en suis sûr.
- Et si elle n’y arrive pas ? Je n’ai pas l’intention de moisir ici. »

La prêtresse releva lentement la tête, essuya ses joues d’un revers de main. L’idée qu’elle pouvait peut-être réparer le tort qu’elle leur avait fait lui effleura l’esprit, et s’effaça aussitôt, remplacée par une autre idée. Avec ou sans elle, ils pouvaient trouver un moyen de sortir. Il fallait qu’elle se fasse pardonner, elle ne pouvait pas se permettre de se faire chasser de ce groupe qui pourrait bien être son seul entourage pendant quelques temps encore. Réprimant une grimace, elle murmura, d’une voix rauque :

« Si...vous arrivez à nous faire quitter cette cellule, je peux nous faire quitter le château.
- Comment ? l’interrogea la rôdeuse.
- J’ai passé beaucoup de temps entre ces murs. J’en connais quelques passages secrets.
- Buisson. »

La prêtresse jeta un regard curieux vers l’enfant sauvage, qui avait enlevé ou déchiré une partie du costume de cérémonie qu’on l’avait manifestement forcé à revêtir. Il dévisageait les autres occupants de la cellule, semblant attendre quelque chose, puis, sans s’en préoccuper davantage, elle reprit :

« Quelqu’un pourrait-il ouvrir cette porte ? »

Le gnome, jusque là inhabituellement silencieux, fouilla dans son sac et en sortit un petit objet métallique à l’étrange allure.

« L’occasion me semble bien choisie pour essayer ma nouvelle invention. Voyez...Ce petit mécanisme, fort bien pensé il faut l’admettre, peut, en théorie, ouvrir n’importe quelle porte. On l’insert dans la serrure, il suffit ensuite de presser ces deux petits boutons, là, et les rouages s’activent, permettant à l’embout de s’adapter à...
- Mais cessez donc de parler et servez-vous en ! Nous n’avons pas de temps à perdre ! »

La prêtresse regretta presque aussitôt d’avoir parlé. Elle n’avait pas besoin de se mettre une personne de plus à dos. Le gnome, cependant, ne sembla pas en prendre ombrage. Il se rapprocha de la porte et planta l’embout du petit appareil dans la serrure.

« Oui bien sûr, bien sûr, même si, voyez-vous, le temps passé à expliquer quelque chose n’est jamais perdu. Si l’oncle Bellar avait écouté les conseils de sa bien avisée belle sœur au lieu de foncer, tête baissé, il aurait sans nul doute... »

Le reste de sa phrase se perdit dans un concert de protestations, mais la jeune femme n’aurait absolument pas pu dire s’il l’avait seulement remarqué. Ça n’avait plus guère d’importance néanmoins. Contre toute attente, l’engin avait fonctionné, quoiqu’un peu bruyamment, et la porte de la cellule était désormais ouverte.

La prêtresse sortit la première. Elle guida le groupe dans un dédale de couloirs, sans oser avouer qu’elle connaissait assez mal ces recoins du château, et qu’elle risquait plus de les perdre ou de les faire déboucher dans la salle des gardes qu’autre chose. Après une progression longue de plusieurs minutes, ponctuée de cris de l’amie d’Alastar et de la magicienne, chaque fois que leurs cheveux ou leurs robes se prenaient dans une toile d’araignée, ils finirent par arriver devant un mur. La jeune femme grimaça.

« Une impasse. J’ai du me...tromper.
- Je n’aime pas cet endroit. »

Elle se tourna vers le maigrichon qui renchérit :

« Ces murs...si sombres. Ça me rappelle... »

Il frissonna. La prêtresse haussa les épaules pendant que la rôdeuse se rapprochait de lui et lui tapotait l’épaule, en un geste réconfortant.

« Est-ce que vous savez au moins où vous allez ?
- Bien sûr ! Remettriez-vous en doute mes... »

Elle s’interromput, secoua la tête, et reprit de mauvaise grâce :

« Bon, j’avoue ne plus être tout à fait certaine du chemin à suivre. Mais ça va me revenir ! »

Pour toute réponse, Alastar soupira, tandis que son amie s’appuyait contre le mur, visiblement découragée. Un bruit sourd se fit alors entendre, et le mur se mit à pivoter, révélant une salle qui rappela à Aenerys la grande bibliothèque du château, la poussière et les toiles d’araignées en plus.

« Je connais cet endroit. Ce n’est pas par là que nous pourrons sortir. »

Sans plus prêter attention à l’endroit, et sans vérifier si les autres la suivaient, elle commença à revenir sur ses pas, essayant de se remémorer les couloirs et les passages secrets, normalement situés à proximité de la bibliothèque.

_________________
"Nous étions entrés dans un endroit idyllique, par un après-midi merveilleux. Cela aurait été dommage de le maculer de sang, surtout si ce devait être le mien." (Corwin)

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Scieszka le Dim 19 Juil 2009 - 21:30

Voici la suite... Bonne lecture!

Linya, avec un cri de surprise, était tombée à la renverse, soulevant un nuage de fine poussière qui nous fit tous tousser. Le pan de mur sur lequel elle s’appuyait l’instant d’avant venait de se dérober sous son poids, pivotant pour révéler l’entrée d’une grande pièce assez obscure. Nous nous précipitâmes pour voir de quoi il en retournait. Nous avions trouvé ce que nous cherchions : cette fameuse bibliothèque qui pouvait nous mettre sur la piste du talisman.

Exall m’avait expliqué le but du voyage de ce rassemblement hétéroclite auquel je m’étais jointe. Ils étaient en quête d’un talisman magique fort ancien, dont la découverte était associée à une prime colossale. J’avais aussitôt décidé de me fondre dans ce groupe : sans compter l’avantage financier que je pouvais tirer de cette aventure, cela me permettait de suivre le gnome un moment, me laissant ainsi le temps de mettre la main sur un flacon de son infâme potion. Et, pourquoi pas, le talisman, qui semblait doté d’une puissance prodigieuse, pourrait peut-être faire ce que ni médecins, ni alchimistes, ni personne n’avait pu réussir jusqu’à présent : me rendre la voix. Suivre ces gens n’était toutefois pas de tout repos : nos mésaventures présentes en étaient la preuve la plus flagrante. Les émotions n’avaient pas manqué, entre les elfes de Kishnou dont j’avais toujours cru qu’ils n’étaient qu’une légende destinée à faire tenir les enfants tranquilles, le dragon qui nous avait délivrés par hasard, l’étrange accueil dont nous avions été gratifiés à Torgas, et la prison dont nous venions de nous échapper… sans compter tous les passages secrets qui nous avaient menés dans une partie du château dont la mémoire avait manifestement été perdue depuis longtemps. C’était ainsi que nous nous étions retrouvés là.

C’était une vaste bibliothèque, fort ancienne. Elle était aménagée dans une vaste salle voûtée d’ogives, dont les piliers élancés, ornés de hautes statues représentant d’illustres personnages d’un passé oublié engoncés dans de vastes robes aux plis rigides, émergeaient d’un dédale de hautes étagères de bois précieux, chargées de livres de toutes sortes. Cela dessinait de longues allées, où couraient des bancs dotés de beaux dossiers sculptés. Devant ces bancs, des pupitres munis de supports pour le nécessaire à écrire étaient fixés aux étagères, formant ainsi une multitude de places de travail, disposées comme les enluminures de certains antiques manuscrits que j’avais pu compulser au gré de mes pérégrinations. Comme pour renforcer la similitude, de lourds volumes étaient disposés sur quelques-uns de ces pupitres. Chose tout à fait curieuse, les livres de la tablette la plus basse étaient disposés différemment : ils étaient tous attachés à leur étagère par de longues chaînes, comme je savais que cela pouvait se pratiquer plusieurs centaines d’années auparavant.

Les richesses amassées là étaient à n’en pas douter inestimables. Elles étaient innombrables, représentant peut-être des centaines de milliers de manuscrits patiemment rassemblés, provenant probablement des quatre coins du monde alors connu. Elles remontaient aussi à très loin dans le temps, même si je n’aurais pas su estimer leur âge. Sur chacune des tablettes des nombreuses étagères alignées là, s’empilait un grand nombre de volumes aux reliures les plus diverses. Les fondateurs de cette bibliothèque avaient dû être très riches : ces livres étaient couverts de velours brodé aux couleurs somptueuses même si elles avaient été fanées par l’âge, de cuirs précieux ornés d’élégants motifs estampés sur les plats, ou même, pour des ouvrages qui avaient dû avoir un prix exceptionnel aux yeux de leurs possesseurs, de reliures d’orfèvrerie dont certaines étaient enrichies de pierreries.

Tous ces livres étaient parfaitement ordonnés. Ils étaient bien à plat, rangés par formats, et leurs fermetures métalliques étaient soigneusement bouclées. En s’approchant, on pouvait distinguer très nettement les titres calligraphiés à l’encre sur la tranche, qui faisait face au visiteur. Je pus alors mesurer toute l’ancienneté de l’endroit : même s’il m’était arrivé de consulter de très vieux manuscrits, je n’avais jamais été confrontée à des écritures qui m’étaient inconnues, comme la plupart de celles que je voyais là. Par endroits, il me semblait reconnaître certains mots, mais la forme des lettres qui les composait était tellement étrange par rapport à ce que je connaissais, que cela rendait le tout illisible pour moi.

Cette bibliothèque était immense. Les étagères semblaient se succéder à l’infini, débordant de livres de toutes sortes. Il y faisait assez sombre. Sur chaque mur se dessinaient d’immenses fenêtres dont les fins entrelacs de pierre dessinaient une fantastique végétation stylisée. Elles étaient ornées de vitraux aux délicats motifs, mais dont les couleurs, qui avaient dû être éclatantes du temps de la splendeur de l’édifice, étaient si sombres et encrassées qu’il n’y filtrait plus qu’un jour blafard. Personne ne semblait avoir pénétré en cet endroit depuis longtemps, à en juger par l’épaisse couche de poussière qui recouvrait l’ensemble. Les toiles d’araignées abondaient, semblant même, par endroits, envelopper d’un étrange voile certaines sculptures, certains ornements. Il y régnait un silence pesant, que l’on n’osait briser, comme dans un sanctuaire, ou plutôt comme dans un tombeau. Même la voix d’Arkanis se tut, s’éteignant au milieu d’une phrase au sujet de la bibliothèque d’une quelconque bisaïeule. Je frissonnai.

Pour me dégager un peu de l’atmosphère pesante qui s’était instaurée au sein du groupe, je m’éloignai de quelques pas. Je remarquai alors, près de la porte par laquelle nous étions entrés, et qui, encadrée de voûssures particulièrement monumentales et raffinées comme elle l’était, avait dû autrefois être l’accès principal, de vastes parchemins placardés sur l’un des seuls morceaux de murs qui n’était pas masqué par des étagères. Comme je le constatai assez vite, chacun de ces parchemins était en réalité la peau d’un mouton entier. Des listes interminables y étaient inscrites, surchargées de ratures et d’additions, le tout en lettres minuscules de taille, si bien qu’il fallait s’approcher très près pour les déchiffrer. A ma grande surprise, je constatai que j’en étais capable : l’écriture utilisée, moins ancienne que d’autres que j’avais aperçues sur les volumes même, m’était connue. Je levai les yeux vers le titre inscrit en tête du premier parchemin, et y trouvai la confirmation de ce que j’avais deviné : il s’agissait là du catalogue inventoriant le contenu de la bibliothèque.

« … »

Evidemment. J’avais, l’espace d’un instant, oublié mon handicap. Je ne pouvais faire part à personne de ma découverte. Je gesticulai en agitant les bras en tous sens, même si cela me rendait ridicule, pour attirer leur attention. Il allait falloir comprendre le classement de cette bibliothèque, si nous voulions trouver ce que nous cherchions.

Ce catalogue pouvait nous épargner des heures d’errance. Mes compagnons me remarquèrent, et, comprenant que je voulais leur montrer quelque chose, s’approchèrent. Ils eurent, pour la plupart, l’air perplexe en contemplant ces immenses listes. Manifestement, ils n’avaient pas l’air de savoir de quoi il s’agissait. Alastar, l’air important, s’avança. Je pus alors constater, à ses froncements de sourcils, qu’il était incapable de déchiffrer même cette écriture. Nous avions un problème : la prêtresse était probablement la seule du groupe à pouvoir lire cela, à part moi, et je ne la voyais pas ici. Elle nous avait pourtant guidés jusqu’ici, à travers ce dédale de couloirs et d’escaliers par lequel nous étions arrivés… Elle n’était pas non plus près de l’entrée découverte par Linya. Si au moins j’avais de quoi écrire…

Cependant, tandis que je tentais vainement, à l’aide des mains, d’expliquer aux autres membres de notre groupe la nature de ma découverte, Arkanis s’était éloigné de quelques pas. Je le vis s’intéresser de près à un épais manuscrit ouvert non loin de là sur un des pupitres, et qui, de loin, semblait contenir des enluminures rehaussées de mauve (couleur qui, il fallait bien le reconnaître, était franchement inhabituelle). Je devinai sans mal l’objet de sa fascination : le grimoire traitait, d’une façon ou d’une autre, de navets. Je soupirai intérieurement en pensant à la prochaine expérimentation que le gnome ne manquerait pas de tenter sur ma personne.

Soudain, il se passa une chose étrange. Arkanis cria de surprise, et tous se retournèrent vers lui. Le livre, malgré sa lourde chaîne, s’était élevé dans les airs jusqu’au niveau de sa tête, et s’était violemment refermé de part et d’autre de son visage. Il était ensuite retombé à sa place. Le charlatan, sonné, recula en chancelant. Se prenant les pieds dans un des longs pans de l’extravagante tunique qu’il avait revêtue pour le bal, et qu’il portait toujours, il heurta l’étagère qui se trouvait derrière lui ; cette dernière, dont le bois devait être vermoulu depuis des lustres, s’effondra, ce qui eut pour conséquence de faire tomber sur l’infortuné une pluie de volumes plus gros les uns que les autres. Nous nous regardâmes, interloqués, nous demandant laquelle de ses inventions avait bien pu provoquer pareil incident. Seul l’enfant sauvage ne paraissait guère perturbé par ce qui venait de se passer : gambadant autour du gnome assommé au risque de provoquer l’écroulement des étagères voisines, il ne cessait de répéter le mot « navet » qu’il affectionnait. Je ne pus m’empêcher de me dire que, décidément, l’abus de navet nuisait à la santé.

« Ma baguette ! »

Cette fois-ci, l’exclamation venait de la magicienne manquée. En effet, sa baguette, échappant à Alastar, flottait dans les airs. Nous regardâmes sa propriétaire avec méfiance, mais elle avait l’air encore plus surprise que les autres, et n’était à l’évidence pas responsable de cette nouvelle bizarrerie. Quand un instant plus tard, la baguette se pointa toute seule sur les livres qui ensevelissaient à moitié Arkanis, lequel avait repris conscience mais était trop choqué pour émettre le moindre son, nous échangeâmes un regard inquiet. La jeune personne qui portait toujours du vert se pencha vers Norris et commença à lui murmurer toutes sortes de spéculations sur l’animal en quoi le gnome était sur le point d’être changé. Mais manifestement, la force qui animait la baguette savait s’en servir, à la différence de son utilisatrice habituelle : personne ne fut métamorphosé. En revanche, une partie des grimoires gisant à terre s’animèrent ; en un instant, il leur poussa quatre pattes et une longue queue souple. Plusieurs d’entre eux se mirent à se courser, tandis que d’autres se tapissaient sous les bancs ; deux ou trois vinrent se frotter aux jambes de Linya, qui, agacée, les chassa du pied.

A présent, nous ne comprenions plus rien, et nous commençâmes à battre en retraite vers la porte, franchement inquiets. Un débat éclata alors entre ceux qui voulaient élucider ces mystères, qui ne pouvaient, selon eux, résister à une analyse logique, ceux qui ne demandaient qu’à fuir le plus vite possible, et ceux qui faisaient remarquer que, de toutes manières, on ne pouvait pas laisser Arkanis en plan comme cela. Norris, comme à son habitude, ne disait rien, et quant à moi, j’étais laissée plus ou moins hors de la conversation, à laquelle je ne pouvais de toute façon pas participer. L’enfant continuait à répéter à toute allure le mot « navet », de plus en plus excité. Ce fut le moment que choisit notre prêtresse pour nous rejoindre, l’air passablement déconfit.

« Je l’ai ! »

La magicienne, au contraire du reste du groupe, n’avait pas reculé. Elle s’était élancée à la poursuite de sa baguette, et, à en juger par son essoufflement, la course avait été rude. Les cheveux en bataille, sa belle robe toute chiffonnée, remplie de poussière et déchirée par endroits, elle était à terre, à plat ventre, et tenait sa baguette des deux mains, à bout de bras, pointée droit sur nous. La joie semblait inonder son visage. Quand nous vîmes ce qui se passait, une franche panique s’empara de nous, et tous s’empressèrent de se mettre hors de portée de la baguette. Tous, sauf la prêtresse, qui venait d’entrer, qui n’avait pas vu ce qui s’était passé précédemment, et par conséquent, ne comprenait rien à notre attitude. Elle eut à peine le temps d’ouvrir la bouche que la catastrophe attendue se produisit : un éclair jaillit de la baguette magique, un nuage de poussière s’éleva dans les airs, et lorsqu’il se dissipa, un écureuil se tenait à la place d’Aenerys, perdu dans une masse de soie bleue.

La pauvre avait l’air complètement affolée, sans réaliser ce qui venait de lui arriver. Soudain, devant nos yeux médusés, l’un des manuscrits animés s’approcha d’un air précautionneux, et se ramassa, comme pour lui bondir dessus. L’écureuil s’enfuit à une vitesse fulgurante, et grimpa se réfugier tout en haut d’une étagère qui se trouvait à distance respectable de son agresseur, mais qui était la voisine de celle qui s’était écroulée sur Arkanis. Déjà fragilisé par le précédent écroulement, le bois rongé par les vers ne résista pas davantage : une seconde pluie de livres s’abattit sur le crâne du pauvre gnome, qui sombra à nouveau dans l’inconscience. L’écureuil, entraîné dans la chute, atterrit au sommet de l’amas de volumes ainsi constitué, et s’y dissimula. Un autre grimoire animé vint se frotter contre l’épaule du gnome inanimé, lui chatouillant ainsi le nez du bout de sa queue.

A ce moment-là, sans doute pour ajouter au vacarme et à la confusion qui régnaient désormais dans l’antique bibliothèque, tous les livres enchaînés aux tablettes inférieures s’élevèrent dans les airs, tirant sur leurs chaînes en faisant claquer les plats de leurs reliures les uns contre les autres et en faisant bruisser leurs pages dans un joyeux tohu-bohu. Nous ne pouvions que nous regarder les uns les autres, incrédules, perplexes, et complètement déboussolés.

Ces plaisanteries ne semblaient pas vraiment du goût d’Alastar qui, lui d’ordinaire si calme et réservé, semblait passablement énervé. Il s’approcha d’Arkanis, manquant à plusieurs reprises de se faire assommer par l’un des grimoires fous, et s’assura qu’il n’avait rien de grave. Je ne pus m’empêcher de penser que ce ne serait pas une grande perte pour le reste du monde. Le jeune chevalier aux cheveux rouges s’approcha également, et demanda s’il allait falloir le transporter. A ce moment-là, l’écureuil surgit de sa cachette, et, totalement paniqué, lui grimpa dessus et s’installa au sommet de son crâne, s’agrippant fermement à sa chevelure. Le manuscrit animé se désintéressa alors d’Arkanis pour venir tourner dans les jambes d’Exall, qui, surpris, manqua tomber et se rattrapa à la veste d’Alastar. Pour ce dernier, ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase : franchement excédé, il se mit à hurler :

« Non mais c’est bientôt fini, oui ??!! Vous n’avez pas l’impression d’en faire un tout petit peu trop, là, par hasard ?
- Miaou », lui répondit le livre.

Voilà, j'espère que ça vous aura plu! Normalement, Starman devrait prendre la relève pour nous faire une belle séance d'exorcisme.
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Starman le Sam 25 Juil 2009 - 21:10

La colère d’Alastar semble calmer un instant tout le tumulte environnant. Ce qui est plutôt une bonne chose en soi, parce que tout ce tintouin commençait à devenir insupportable. Le reste du groupe se fige à son tour, comme suspendu aux lèvres de notre fameux « leader ». Loin d’être les premiers à critiquer en temps normal ses crises d’autorité intempestives, la peur les rend ici beaucoup plus réceptif.

Et ils ont raison. C’est encore là quelque diablerie. Nous devrions sortir d’ici au plus vite.

Tiens, tiens. Le grand barbare légendaire aurait-il peur ? De quelques livres parlants et d’une baguette ?

N’importe quoi. C’est juste que…. J’ai du mal avec tous ces trucs pas naturels. Je ne crains aucune bête que je puisse frapper de mon arme, mais ça…

Je sourit légèrement. Allons, tout cela est aussi naturel et logique qu’un quelconque Hobgobelin que tu as rencontré dans ta jeunesse.

Ha oui? Et comment l'expliques-tu, alors?

C’est très simple. Tu sens ce frisson dans le dos ?

Je n’ai pas de corps, imbécile.

C’est tout simplement la preuve de la présence en ces lieux d’un spectre. Spectre qui, depuis tout à l’heure, cherche à attirer notre attention avec tous ces artifices. De manière maladroite, vu qu’il est en train de créer l’effet inverse de celui voulu.

« Quelqu’un peut-il m’expliquer ce qu’il se passe, reprend un Alastar un poil calmé, mais toujours de mauvaise humeur. »

Je laisse un moment de silence, histoire de voir si quelqu’un ici dispose d’un minimum de jugeote.

« Ca me rappelle une histoire que m’a raconté mon arrière grand oncle par alliance, Phranssys le Moustachu, qui avait jadis rencontré…
-Est-ce que quelqu’un d’autre, peut m’expliquer ce qu’il se passe ?
- un livre cannibale venu d’Orient. Une tragique rencontre il fallait bien l’admettre, puisqu’il y a laissé sa rotule gauche. »
Ignorant de concert les supposées divagations d’Arkanis, mes compagnons se lancèrent dans diverses spéculations.
« C’est peut être une malédiction lancée sur la bibliothèque.
-Biblidothèk ?
-L’œuvre d’un sorcier millénaire en quête de puissance ?
-On a tué le dernier récemment.
-Un troll avec des fils ?
-Et pourquoi on le verrait pas ?
-Il est peut être peint en couleur livre pour se cacher.
-C’est idiot.
-T’as mieux peut être ?
-Une rotule gauche qui ne fut pas perdue pour tout le monde car en effet…
-Squiiiiik ?
-C’est peut être tout simplement une sorte d’esprit fantôme qui cherche à attirer notre attention. »
Ayant constaté le haut niveau d’incompétence de ces imbéciles, je me suis enfin décidé à donner la réponse à l’énigme. Au départ, seul le silence répond à mes paroles, tandis qu’il me regardent, tout plus stupidement les uns que les autres. Tsss, dites quelque chose, prouvez que vous savez utiliser votre cerveau, quoi.
« Ouais, fait Exall, dans le fond, c’est pas bête comme idée.
-Et du coup on fait quoi ?
-Le mieux serait sans doute de tenter de communiquer avec lui, suggérais-je, fatigué de devoir les laisser trouver.
-Ouais, et comment ?
-Moi, je sais comment, intervint le gnome. »
Tout le monde se retourne, écoutant avec un mélange d’angoisse et d’amusement la proposition de notre ami à courte pattes.

Ouais, enfin, à part la barde là, qui secoue ses bras dans tous les sens , l’air paniquée.

Ouais, à part elle. Environ un quart d’heure plus tard( le temps de démêler ce qui révèle de l’explication en tant que telle et ce qui se trouve être la vie privée du chat de l’oncle du petit fils de son grand père paternel) nous nous retrouvons en cercle, à observer les gestes du gnome, qui s’était improvisé professeur de nécromancie. Chassant d’un petit coup du pied l’écureuil qui nous avait mis dans cette situation peu enviable vers les hauteurs de la bibliothèque, je me prépare au pire, ou du moins au plus ridicule.
« Bien, fit-il, l’important, comme le signalait…
-Oui, oui, bon, fit Alastar, venez en au fait.
-L’important donc, est de suivre de manière adéquate à la fois l’incantation et la danse rituelle, telle qu’elle fut enseignée par les Pigmés Lipposucés d’Amastronie. »
Puis, joignant le geste à la parole, il se mit à se mouvoir sur lui, de façon saccadée, bougeant bras, jambes et torse comme le ferait une créature mort-vivante (ou alors sujet à de sérieux rhumatismes). Après un long moment d’hésitation (certes fortement compréhensible), tout le groupe commence petit à petit à le suivre dans ses élucubrations grotesques. Puis, enfin, Arkanis récite de la façon la plus gutturale possible les paroles rituelles :

« Khoz Ziç Hiz Heuh Srilheür, Srilheür Naït
Ân Nowanhs Ganah Seiv Ju Frôm Zeuh Bist Eubaouteh Tou Straïque
Ju Nauh Hitz Srilheür, Srilheür Naït
Juch Faïtinnhg Fauch Jur Laïfeu Hinsaïd Heu Quilheur, Srilheür Tounaït… »

Le spectacle est encore plus ridicule que je ne le croyais.

Ha ? Moi, j’aime bien.

Cachant ma main derrière mon dos, je ferme mon majeur et mon annuaire, tout en murmurant une formule de nécromancie. Les tours de passe-passe du gnome n’arriveront sans doute pas à faire apparaître le fantôme, mais un simple sortilège de ma part devrait remplir son office. Après tout , c’est le B-A-ba des arts occultes.

« Et bien, Chucky ? Joignez-vous à nous, la puissance du rituel est multipliée par le nombre de participants, comme l’avait soulignée…
-J’arrive tout de suite. »
Et, tachant d’oublier ma dignité, je me joins au numéro. Après quelques minutes, au moment précis où je l’avait prévu, une lumière violacée surgit de nulle part, probablement là où se trouvait le fantôme. Peu de temps après , la lumière devient un puissant flash lumineux, forçant tous les belligérants à détourner le regard. Profitant de la distraction, je commence ma psalmodie à voie basse :
« Erk Na’ Ner Zhul. ».
Tendant les mains vers le spectre, je l’enferme dans une bulle d’énergie nécromantique, sans qu’il ne comprenne ni ce qui lui arrive, ni qui est l’auteur du sortilège. Le rendant visible d’un simple geste avant que le flash ne se disciple, mes compagnons ont la stupeur de découvrir au centre de la pièce l’esprit de ce qui semble être un ancien bibliothécaire de ces lieux.
« Heu, fit-il, hésitant, un deux , un deux, c’est bon, vous m’entendez, là ? »

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Macros le Dim 26 Juil 2009 - 17:16

Interlude

- Monsieur, j’ai terminé l’étude préalable de… encore !

L’exclamation du gobelin Weenog avait été arrachée par le spectacle de son maître squelettique confortablement assis dans un fauteuil, ses orbites vides rivées sur sa boule de cristal où l’on pouvait distinguer plusieurs silhouettes vaquant à leurs aventures quotidiennes. Le conseiller se permit même un froncement de sourcil, suivi d’une admonestation courtoise.

- Seigneur, loin de moi l’idée de vouloir gâcher votre divertissement, mais ne croyez vous pas que dominer le monde est un objectif suffisamment ambitieux pour justifier davantage d’efforts ?

Le bras droit de Von Ridikulus fut presque effrayé par sa propre audace. Mais quatre années de collaboration lui avait appris qu’un minimum d’audace ne signifiait pas forcément une fin atroce et douloureuse. Surtout, il soupçonnait la liche de s’être plus où moins habituée à lui, et de lui passer des écarts qui auraient valus à d’autres une transformation immédiate en tas de cendres.

- Ja, ja, pien sûr. C’est pour ça que che fais ça, chustement.
- Pardonnez moi, mais je trouve difficile à croire que nos plans de conquêtes soient liés à ces émissions de magie – réalité que vous affectionnez tant.

Le crâne de la liche s’inclina légèrement, et l’espace d’un instant, les deux points lumineux qui luisaient à l’intérieur de ses orbites se fixèrent sur Weenog, qui se rendit brusquement compte de ce qu’il venait de dire. Nos plans. L’espace d’un instant, il crut que son maître allait le désintégrer sur place pour cette insolence. Avant que ce dernier ne reporte son attention sur le globe lumineux. Avait il seulemen entendu la remarque ?

- Pas te proplème, ch’ai técha troufé quel ternier inkrétient sera nécéssaire pour terminer mon gaz.

Un mélange de soulagement et d’appréhension saisit le gobelin. De soulagement, à l’idée que le travail était presque fini. Il avait été le premier surpris à se rendre compte qu’il souhaitait le succès de Von Ridikulus dans son entreprise démentielle de domination. Il y voyait tout simplement le meilleur espoir d’amélioration de la condition gobelinoïde. Sa race était depuis des temps immémoriaux au plus bas de la chaîne alimentaire, et un monde dominé par une liche démente et maléfique était probablement ce qui pouvait leur arriver de mieux. Si la dite liche démente et maléfique ne déclenchait pas, par mégarde ou par ennui, l’apocalypse.

D’appréhension, en se remémorant la difficulté à obtenir les derniers ingrédients. La trompe d’un éléphant rose à pois vert, une dent de poule, une aile de cochon ou encore un hamburger équilibré et sain. Pas une partie de plaisir, donc, même si la magie planaire de Von Ridikulus avait fait des miracles. Mais il revenait souvent aux sbires de la liche de rapporter les précieux composants tandis que le maître s’enfermait dans son laboratoire pour tester de nouveaux mélanges. Il espérait donc que ce fameux dernier ingrédient ne serait pas un croc de dragon arraché de sa mâchoire alors qu’il était encore vivant, ou une autre ânerie du genre.

- Et quel est le rapport avec ce groupe de bras cassés que vous observez, donc ?

Il fallait dire qu’ils avaient l’air particulièrement pathétiques, en l’instant présent. Ils effectuaient une sorte de danse étrange aux mouvements saccadés, et aux sons strictement incompréhensibles, et pour un effet général parfaitement ridicule.

-Ils font fenir ici.
- Hein ? Comment savez vous ça ?
- Ch’ai payé une fortune en kruyère à un prophète rat pour qu’il m’intique qui seront les prochains crétins à fenir foutre le portel chez moi.

Weenog fronça les sourcils, plutôt sceptique.

- En admettant qu’ils parviennent, par miracle, à ne pas se faire tuer dans l’heure qui vient, et c’est ce qui leur pend au nez si ils agissent toujours comme ça – la danse semblait en train de gagner en intensité… et en ridicule - et qu’ils aient réellement envie de venir envahir l’antre d’un puissant sorcier mort vivant – et je reconnais qu’ils m’ont l’air assez inconscient pour le tenter – en quoi cela nous aide t’il ?
-Le ternier inkrétient est un coeur pur comme le tiamant.

Cette fois, ce fut un soupir d’accablement qui accompagna la remarque.

- Monsieur, permettez moi de vous faire remarquer que ce genre de cliché éculé n’a jamais mené personne bien loin, et que le pouvoir que pourrait…
- Nein, ch’ai chuste pesoin tu cœur. Pas tu reste.
-Ah… oh.

Le conseiller eut un léger haut-le-cœur à l’image mentale de Von Ridikulus en train de se tailler un chemin à coups de dague vers l’organe qui venait de traverser son esprit, avant de se reprendre, et d’observer plus attentivement le groupe.

- Et… vous êtes sûr d’en trouver un là dedans ? Je veux dire, vous connaissez les aventuriers ! Toujours à parler de la noblesse de leur cause, mais généralement, c’est pillage et Xp à volonté ! Croyez moi, je sais de quoi je parle… tous des sauvages amoraux.
- Ja, pour la plupart, ça m’a l’air t’être une ponne prochette t’impéciles fénaux et ékoistes. Mais il y a ce kamin, là, il est tellement simplet que che suis prêt à parier qu’il est exactement ce qu’il me faut ! Tonc, suite tu prokramme. On attends qu’ils fiennent chusqu’à la tour, on leur chette quelques sous fifres en pâture pour faire ponne mesure et les mettre en confiance, ils arrifent ici, puis ch’arrache le truc au saufage, et che zombifie les autres itiots. Et ensuite, le monte sera enfin à moiahahahahah !

Le rire mourut dans un craquement d’os sonore. La mâchoire du crâne n’avait pas résistée à l’épreuve. Les deux hommes présents dans la pièce fixèrent les os au sol dans un silence gêné. Weenog était à peu près certain que ça n’était jamais arrivé à un autre dictateur mondial en puissance…

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Heg le Dim 2 Aoû 2009 - 10:28

Tout le groupe s’était figé d’étonnement après que le monsieur qui flottait dans les airs se soit mis à briller. Navet avait du mal à comprendre le pourquoi de cette réaction qui lui paraissait exagérée – malgré ses progrès, de nombreuses choses lui échappaient encore dans le comportement des grandes personnes. En effet, il avait repéré le vieux bonhomme à peine quelques instants après être entrée dans l’étrange grande pièce. Celui-ci flottait près du plafond, aussi visible que les petits grains brillants qui dansaient doucement dans la lumière oblique. Cela faisait certes un peu de temps que l’enfant n’avait plus vu d’êtres de ce genre, depuis qu’il avait rencontré Arkanis, en réalité. Mais les forêts où il avait très longtemps vécu regorgeaient de ces créatures : animaux aux proportions gigantesques et au déplacement majestueux ; des choses qui ressemblaient à des humains, mais dont le corps, translucide, était mou et élastique et dérivait en flottant lentement à quelques mètres du sol ; ou bien encore de vraies grandes personnes, celles-là, qui semblaient ne pas pouvoir sortir d’un périmètre précis et couvraient d’injures et de malédictions toutes les créatures qui passaient par là, Navet compris.

Le vieil homme de la biblidothèk semblait appartenir à la troisième catégorie. Mais la série d’évènements qu’il avait provoqués depuis leur arrivée, et qui avait plongé tout le groupe dans la confusion, ne manquait pourtant pas d’humour. Arkanis, ou encore la dame au bâton, ou encore Alastar, tous avaient tenu un rôle désopilant dans le numéro mis en scène par le vieux bonhomme, quoiqu’une sorte de sommet avait été atteint quand tout le monde avait dansé. Ça, c’était vachement chouette. C’est pour cette raison que Navet n’avait absolument pas remarqué qu’il était le seul à voir qui était la cause de tout ce chahut : tout semblait si naturel !

« Bon sang ! C’est pas trop tôt, s’exclama le vieux bonhomme.
- Miracle, le gnome a réussi !
- Eh oui, car une science aussi infaillible ne saurait…
- Qui l’eut cru ?
- Personnellement, je n’aurais pas parié un copeck là-dessus.
- … je mentionnais justement son infaillibilité à l’instant…
- Comme quoi, on apprend tous les jours.
- Eh, dites. Maintenant que vous pouvez me voir et m’entendre on pourrait peut être communiquer ?
- Pourtant, ça n’avait pas l’air très brillant quand il a commencé.
- Je me demande bien pourquoi on l’a imité, d’ailleurs ?
- Boah, le désespoir, sans doute.
- … à l’instant que… Dites voir, ce n’est pas très aimable ce que vous me dites là.
- EST-CE QUE QUELQU’UN M’ECOUTE, ICI ? »

Toute la compagnie sursauta. Les grandes personnes semblaient avoir un talent particulier pour se déconcentrer, si bien que Navet avait lui-même de moins en moins de complexes de ce coté-là. Le vieux bonhomme, qui s’était rapproché du niveau du sol et flottait doucement, racla ses cordes vocales fantomatiques, émettant des sons terriblement humains. Il semblait content d’avoir attiré l’attention.

« Hrrmm mmrr… Veuillez m’excuser, j’ai perdu l’habitude de m’exprimer en public. Ca fait fort, fort longtemps que je n’avais pas croisé âme qui vive. Ou même qui ne vive pas, à la réflexion, c’est pour ça que j’ai dressé ces petits machins là. »

La plupart des livres avaient rampé dans sa direction et se frottaient contre ses jambes. Il se pencha, prit l’un d’entre eux entre ses bras et caressa doucement sa couverture du bout des doigts, tandis que celui-ci gondolait voluptueusement. Alastar passait nerveusement d’un pied sur l’autre, visiblement impatient. Le Norris tout maigre s’était renfrogné. L’écureuil avait trouvé refuge dans la touffe de cheveux de Sal’linyia. Quant à Navet, il commençait à trouver le temps long, et s’occupait comme il pouvait en se rongeant les ongles des pieds. Le fantôme reprit :

« Tout ça pour dire que je suis Gaspar Alizan, ancien bibliothécaire et maître des lieux. Voilà. »

Un sourire fantomatique et édenté apparut sur son visage fripé comme une vieille prune, tandis qu’un murmure parcourrait l’assemblée. De toute évidence, beaucoup d’entre eux n’avaient jamais aperçu une telle créature : Sal’linyia et Lelf échangeaient des exclamations perplexes avec le garçon aux cheveux rouges, la dame au bâton, son instrument sous le bras, compulsait nerveusement un petit grimoire de poche, tandis que l’écureuil émettait de petits cris perçants en bondissant d’une étagère à l’autre, peut être à la recherche d’un ouvrage entretenant de ce phénomène. De leur côté, Alastar et la fille qui ne parlait pas fronçaient les deux sourcils, tandis que le Norris tout maigre maintenait bien haut un seul d’entre eux, dans une gymnastique qui fit la plus forte impression à Navet. Le garçon tentait d’imiter la prouesse tandis qu’Alastar fit un grand pas en avant, et s’inclina devant le fantôme, sans quitter cependant celui-ci des yeux.

« Noble seigneur Alizan, c’est sans doute le destin qui vous met sur notre route !
- Mmm, plait-il ?
- Notre compagnie est a la recherche d’un artefact magique très ancien, monseigneur, reprit-il tandis qu’il extirpait le parchemin récupéré à Arwaa’lec d’une poche intérieure de son veston et le dépliait sous les yeux du fantôme. Voyez.
- Ah, ça… répondit celui-ci, faisant la moue. Je ne veux plus rien avoir à faire avec ce truc. »

L’assemblée s’était figée. Navet vit se tendre le peu d’entre eux qui n’avaient pas de problèmes plus immédiats que récupérer le mystérieux talisman et sa prime pharaonique, notamment Linyia qui s’était mise, par reflexe, sur la pointe des pieds, et qui avait manqué de tomber, en partie à cause de la surprise que l’enfant lui avait faite en lui léchouillant les chevilles. (Arkanis, par exemple, avait bien assez à faire avec les livres qui avaient recommencé à lui grimper dessus. A ce moment précis, il courrait en s’époumonant entre les rayonnages immenses, mais personne ne semblait lui accorder la moindre attention.)

« Vous l’avez ? Ici, dans la bibliothèque ? »

C’était le garçon aux cheveux rouges qui s’était écrié cela, en surgissant sur le devant de la scène.

« Donnez-le nous, vieil homme ! Il nous sera de grand secours. Disons, plus qu’à vous, en tout cas.
- Ce que mon compagnon essaye de dire, coupa Alastar, qui avait toujours un genou à terre mais parvenait encore à regarder l’adolescent debout de haut, c’est que nous nous réjouissons que vous ayez la possibilité de nous assister dans notre quête. Par pitié, noble bibliothécaire, respecté gardien du savoir, oubliez vos griefs et assistez nous.
- C’est facile à dire, mon jeune ami, répondit Gaspar Alizan. J’aimerai bien voir la tête que vous feriez si vous deviez affronter une nouvelle fois le livre responsable de votre mort. »

***

Gaspar Alizan avait finalement accepté de guider toute la troupe dans le dédale que formaient les étagères de la bibliothèque. Les pas des aventuriers raisonnaient sous le haut plafond et ses voûtes en ogive, rendant encore plus impressionnant le silence naturel des lieux. Mais l’observateur attentif – et Navet était de ceux-là – pouvait remarquer que les rayonnages grouillaient d’activité ; tout comme il faut parfois fixer le sol longtemps pour apercevoir les cohortes de fourmis rentrant solennellement vers leur palais fait de brindilles. Très peu de livres étaient véritablement immobiles : le plus souvent, ils balançaient sur leur tranche au rythme d’un courant d’air que les êtres vivants ne percevaient pas. Certains couraient, sautaient, dansaient, ou toute autre activité plus exotique pour de lourds volumes reliés de peau de dragon. Quelques exemplaires, encore plus rares, planaient discrètement d’un rayonnage à l’autre, se dissimilant dans l’obscurité des hauteurs, fondaient en piqué vers d’autres plus petits, et, profitant de la surprise, les pressaient entre leur pages jusqu’à les réduire en lambeaux. Navet, qui n’était pas à l’aise lorsqu’il se retrouvait confronté à la civilisation, eut un curieux sentiment de familiarité : en vérité, la biblidothèk était une forêt, avec ses rongeurs, ses reptiles, ses oiseaux. Et ses insectes. Une quantité très appréciable de myriapodes en tous genres avait élu domicile dans le bois vermoulu des hauts meubles. Le garçon en ramassa plusieurs, gros et juteux, qu’il mit à l’abri dans ses cheveux, en cas de pénurie, car les temps à venir s’annonçaient durs.
Durant le trajet, dont peu des aventuriers osaient troubler le calme en parlant, Navet nota néanmoins que le garçon aux cheveux rouges s’était penché vers Alastar et lui parlait très près de l’oreille. Il se rapprocha discrètement.

« Depuis la mine, à peu près. Elles nous suivent.
- Tu es sûr ? Combien ?
- Trois, je dirais. Mais… »

A ce moment, l’adolescent avait jeté un bref coup d’œil par-dessus son épaule, et avait remarqué la présence de Navet, qui rampait derrière-lui. Il lui flanqua un coup de talon.

« Tchhit ! Casse-toi, sale môme ! »

Alastar dut avoir un petit mouvement de protestation contre ce traitement cruel, mais l’enfant ne resta pas assez longtemps pour écouter. Il songeait à une vengeance bien sentie, mais il n’eut pas le temps de la mettre en application car ils étaient arrivés.
Le spectacle était assez pathétique. Un livre gigantesque, sur lequel Arkanis, la bestiole puante ou Navet auraient pu s’allonger de tout leur long, et qui devait faire plus de leur poids réunis, était visiblement tombé du plus haut rayonnage, bien longtemps auparavant, car il était couvert d’une couche de poussière très impressionnante : quelques mauvaises graines avaient réussi à y prendre racine. Un escabeau, dans le même état de conservation, se trouvait le long de l’étagère, où, sur le dernier rayonnage, était encore visible le vide laissé par le gros livre. Enfin, sous le lourd volume, tombé ouvert sur le sol pavé, se trouvait un squelette humain, les os gris de poussière, dont la tenue et les filaments de barbe desséchés qui y étaient toujours accrochés trahissaient qu’il était ce qui restait du corps du bibliothécaire. Un cafard sortit de son orbite droite. Le scénario du drame étant assez évident, tous s’abstinrent de poser la moindre question, chose rendue facile par l’absence du gnome, qui n’avait toujours pas trouvé le moyen de rejoindre le groupe, et dont on entendait, épisodiquement, les gémissements plaintifs dans le lointain.
Sur la couverture du livre, sans doute autrefois d’un élégant vert émeraude, on distinguait encore les motifs ornementaux qui étaient ceux du médaillon tant désiré.

« Déjà quatre cents ans, soupira Gaspar Alizan. Comme le temps passe.
- Merveilleux, s’exclama Linyia, un éclat vénal dans l’œil gauche, avec, il fallait bien l’admettre, assez peu de considération pour le vieil homme.
- Monseigneur, reprit Alastar en s’approchant doucement du livre, son regard passant du lourd volume au vieil homme qui flottait doucement au dessus, laissez nous consulter cet ouvrage… »

Il tendit la main en direction de l’objet. Mais, d’un coup, un hurlement retentit. Arkanis, poursuivi par un essaim de livres qui le harcelaient de petits coups secs avec leurs angles renforcés de métal, déboula de l’allée principale. Il traversa le groupe de ses compagnons sans voir personne, et, comme il ne regardait pas devant lui, trébucha et tomba sur le livre, écrasant le squelette dont le crâne roula jusqu’au rayonnage opposé. Il eut une fraction de seconde d’hébétude durant lesquelles les livres volants filèrent sans demander leur reste. Soudain, un éclair pourpre jaillit du livre, souleva l’infortuné gnome d’environ trois pieds, tandis que ses vêtements se mettaient à fumer et que ses membres se tordaient selon des angles étonnants. Puis il fut projeté à plusieurs mètres de là, à peu près aux pieds de Lelf qui poussa un cri. Il se tint coi pendant un instant, les cheveux dressés sur la tête, roussis, les dents claquant, les yeux roulant dans ses orbites. Puis il dit :

« Par les jupons de la reine Astarielle ! Quel pied… »

Il sourit béatement. Tous reportèrent leur attention sur Gaspar Alizan, qui souriait méchamment.

« Comme vous le constatez, j’ai maudit le livre qui m’a écrasé. Pour ma vengeance, plus aucun homme – ni aucun gnome, de toute évidence – ne pourra jamais mettre la main dessus. Telle est ma volonté, et je ne vais pas revenir dessus juste parce qu’une bande d’aventuriers parvenus me le demande, plus ou moins poliment. »

En d’autres circonstances, plusieurs des aventuriers en question, peut être le Norris tout maigre, auraient sûrement rétorqué qu’il était absurde de se venger d’un objet, qui ne possédait pas de volonté propre, fût-il un peu magique. Mais il fallait la jouer finement. Alastar reprit, d’un ton toujours plus obséquieux, ses doléances plaintives, insistant sur l’importance mystique de sa quête, les diverses malédictions qui pesaient sur les membres de la compagnie et le destin tragique qui s’acharnait sur à peu près tout le monde, avec assez peu de succès.

« Je vous en prie, noble seigneur, nous ferons ce que vous voulez en échange de ce service.
- Tiens, tiens. Vraiment tout ? »

Le sourire mauvais revint sur le visage édenté du vieil homme.

« Voyez-vous, le plus tragique dans ce qui m’est arrivé, c’est que j’ai passé vingt ans au service de mes maîtres, sans sortir un instant de ces murs. Je dormais dans un hamac accroché dans les rayons de la section philatélique, à la lettre P, entre Peeter le Pouilleux et les Protozoaires de Papouasie, et mes repas m’étaient apportés par un eunuque grincheux nommé Steven. Mais, bientôt, ma vie ascétique devait prendre fin : en vérité, mon accident s’est produit la veille du jour de ma retraite. Il ne faut jamais dire qu’on est trop vieux pour ces conneries. »

Il fit une pose, les yeux dans le vague.

« Alors, si vous pouviez vraiment me rendre n’importe quel service, il y a deux ou trois petites choses que j’aimerai vraiment faire pour que mon âme puisse trouver le repos… »

Il souriait de plus belle. Tout le monde était pendu à ses lèvres.
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Mélanie Mustang le Ven 18 Sep 2009 - 15:57

Le fantôme du bibliothécaire resta silencieux un moment, visiblement satisfait par notre propre silence. Même Aenerys, transformée en écureuil, avait cessé de faire du bruit, attendant de savoir ce que cet étrange spectre allait nous demander.
Nous fûmes cependant tous surpris lorsque celui-ci nous répondit :
-Eh bien… Voyez-vous, comme je vous l’ai dit je n’ai jamais eu l’occasion de sortir de cette bibliothèque, alors je voudrais que vous m’emmeniez dans une maison de plaisir pour que je puisse avoir un tête à tête avec une fille de joie. Et je veux qu’une semi-elfe joue un air en même temps.
Je sentis la gêne de mes compagnons et la mienne monter en flèche devant la demande, il fallait le dire, des plus farfelues du spectre.
-Heu… Pouvons-nous… Acceptez-vous que nous nous concertions avant de répondre à voter demande ? demandai-je, toujours extrêmement poli pour ne pas le froisser.
-Bien entendu.
J’entraînai mes compagnons à l’écart et remarquai que Linyia évitait sciemment mon regard. Tant mieux…
Lorsque nous fûmes assez loin à mon goût du fantôme, nous nous mîmes en cercle.
-Alors, qu’est-ce que vous en pensez ? demandai-je.
Mes compagnons restèrent silencieux un instant. Arkanis fut le premier à répondre.
-Sa demande me semble légitime. Après tout, comme le disait mon grand-oncle…
Je me tournai vers les autres sans faire plus de cas des babillages du gnome.
-Alors ?
Mes compagnons se regardèrent, visiblement très gênés. Finalement, ce fut Exall qui répondit.
-On a qu’à l’emmener… Après tout, ça doit pas être compliqué de trouver ce genre d’endroit dans une ville comme Torgas.
Les autres approuvèrent d’un hochement de tête rapide, semblant soulagés que Exall ait pris la décision de parler à leur place.
-Bien, dis-je. Alors nous allons lui annoncer que nous accédons à sa demande. Il ne nous restera plus qu’à trouver une barde semi-elfe…
Notre amie muette ouvrit la bouche en bougeant les bras avant de s’immobiliser subitement et de fermer la bouche, baissant les bras, un air bougon sur le visage. Elle jeta un rapide regard acide vers le gnome avant de détourner le regard et de croiser les bras.
Linyia aussi avait croisé les bras sur sa poitrine et gardait les yeux baissés. Je savais parfaitement à quoi elle pensait et lorsque nous aurions fini de discuter, je lui parlerais, je m’en fis la promesse.
Nous nous dirigeâmes vers le spectre du bibliothécaire.
-Sieur Alizan, commençai-je, mes compagnons et moi-même avons décidé d’accepter votre requête. Nous allons vous faire sortir d’ici et vous emmener avoir un tête à tête avec une jeune femme de bonne compagnie, une barde semi-elfe chantant pour vous.
-Merveilleux ! s’exclama le fantôme en se frottant les mains.
Il sembla soudain songeur.
-Il y a cependant un léger problème.
-Nous vous écoutons, dis-je quelque peu intrigué.
-Voyez-vous, je suis un spectre… et je suis en quelques sortes attaché au lieu où j’ai trouvé la mort. Il va également vous falloir trouver un moyen de me permettre de sortir de cette bibliothèque.
Mes compagnons soupirèrent dans mon dos et je me sentis un brin désespéré.
-Sieur Alizan, pouvez-vous guider l’un de nous à travers votre bibliothèque pour trouver les livres qui pourraient l’aider ?
-Mais bien évidemment.
-Bien. Norris, dis-je en me tournant vers l’intéressé. Sieur Alizan va vous conduire aux grimoires qui pourraient nous aider…
-Pourquoi moi ? s’étonna l’homme. Je n’y connais pas grand-chose en matière de fantômes…
-Ca tombe bien, nous non plus, dit Alastar. Et il faut bien que quelqu’un s’en occupe.
-Mais…
-Cessez de tergiverser. Aucun de nous ne s’y connaît en fantômes, alors suivez Alizan.
Norris bougonna.
-Nous allons rester là en attendant que vous trouviez un moyen de le faire sortir. En attendant, on va essayer de réfléchir à la manière de sortir de cet endroit sans se faire attraper.
Norris acquiesça et suivit le fantôme, lui expliquant ce dont il avait besoin.
Les autres soupirèrent une nouvelle fois et finirent par s’asseoir en rond sur le sol. Je me dirigeai vers Linyia qui était restée à l’écart. Je posai une main sur son épaule.
-Ca va aller ? demandai-je doucement.
-Oui, ne t’en fait pas, dit-elle sèchement.
-Je sais à quoi tu penses…
-Non, tu ne sais pas, dit-elle en rivant son regard au mien. Tu ne sais pas ce que c’est que de se retrouver obligée de faire de genre de chose, avec des types qui te regardent comme si tu n’étais qu’un objet et qui n’ont à l’esprit que de…
Je posai un doigt sur ses lèvres pour l’empêcher de continuer. Elle avait la respiration difficile.
-Je sais. Même si je ne l’ai jamais vécu, je peux imaginer ce que c’est.
Linyia détourna le regard. Je me mis face à elle et pris son visage entre mes deux mains pour la forcer à me regarder.
-Linyia, murmurai-je. Tu crois franchement que quelqu’un acceptera de faire quoi que ce soit avec lui ? Et même si cette personne acceptait, comment voudrais-tu qu’elle fasse ? C’est un fantôme. Ce genre de chose lui est très certainement impossible. Son tête à tête ne sera peut-être rien d’autre qu’un dîner, une occasion pour lui de discuter avec une âme vivante, chose qu’il n’a pas faite depuis des lustres.
Linyia acquiesça et essuya ses yeux. Je caressai doucement ses joues en souriant tristement.
-Je déteste te voir pleurer.
Linyia rigola légèrement.
-Je sais… C’est complètement stupide venant de moi… Niais même.
-Oui… Je ne te pensais pas capable de dire des choses aussi stupides…
-Moi non plus… Il faut croire que je suis différent quand je suis avec toi.
Linyia sourit légèrement. J’aimais tellement la voir sourire.
-Ce grimoire nous permettra certainement de trouver le Talisman d’Erkandor. Grâce à lui, je pourrai certainement me libérer de ma malédiction. Nous y sommes presque. Je peux le sentir. Je n’ai jamais été aussi optimiste de ma vie.
-Tu as décidé de laisser ton pessimisme de côté ? rit légèrement la jeune femme.
-En partie. Si le talisman ne fonctionne pas, je ne sais pas ce qui pourra fonctionner. Je suis certain qu’il pourra m’aider.
Linyia acquiesça silencieusement. Je déposai un léger baiser sur son front.
-On devrait s’asseoir, Norris en aura certainement pour un moment à trouver comment faire sortir le fantôme d’ici.


Dernière édition par Mélanie Mustang le Dim 20 Sep 2009 - 12:32, édité 1 fois

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Starman le Sam 19 Sep 2009 - 20:04

Je feuillette un grimoire pris plus ou moins au hasard dans l’immense bibliothèque. Peu importe son contenu, d’ailleurs. Je sais déjà comment faire pour amener ce spectre idiot avec nous.

Ha ? Dans ce cas, si tu te dépêchais de t’en occuper ? Parce que je ne sais pas pour toi, mais en, ce qui me concerne, te regarder faire semblant de lire n’a rien de passionnant.

Non. Inutile d’attirer l’attention sur nous en résolvant ce mystère trop vite. Déjà que je suis sur qu’Alastar commence à avoir des doutes. Sinon, pourquoi me demander à moi de m’occuper de ça ?

Ho, c’est simple. Il a pas envie que tu tournes autour de sa propriété, c’est tout.

Qu’est-ce que tu racontes enco….. Ho, je vois. Possible mais, je préfères ne courir aucun risque.

Tu délires. Ce type est tellement égocentrique qu’il ne saurait pas que tu es un nécromancien, même si tu lui disait.

Je m’apprêtes à réclamer le silence de façon cinglante, quand je suis interrompu par le fantôme.
« Excusez-moi, fait-il.
-Quoi donc, marmonnais-je, tentant de réfréner un soupir.
-Pourquoi cachez vous vos pouvoirs à vos compagnons ? J’ai bien vu que c’était vous, et pas la danse ridicule faite par vos amis qui m’a rendu visible. »
Pourquoi diable me parle-t-il, celui là ? Il s’imagine qu’on est amis ? Je lève lentement les yeux vers l’esprit flottant, affichant une expression de mépris absolu.
« Je ne sais pas ce qu’il en était le jour de votre mort, « Sieur » Alizan, mais à l’heure actuelle, déclarer que l’on dispose de capacités nécromantiques est le meilleur moyen de finir sur un bûcher.
-Ha ? Quelle drôle d’idée. »
Renonçant à l’écouter davantage, je refais mine de me concentrer sur l’ouvrage.

Et tu comptes y passer combien de temps encore, par Krôm et tout son harem de pu…..

« Ha, m’exclamais-je, voilà qui est intéressant !
-Plaît-il ?
-Approchez donc, sieur Alizan, je crois avoir trouvé quelque chose qui pourrait nous être utile. »
Il s’approche de mon épaule, sceptique, mais curieux.
« Heu, je ne voudrais pas vous offenser, mais vous tenez là le premier volume de « La Geste des Rats Barons », un œuvre fantastique écrite au premier Âge de Notre Ere, un best seller dans tout Karia qui… »
Le prenant au dépourvu, je lui renferme le livre sur le visage, le piégeant comme une mouche que l’on écraserait entre ses mains.

Ouais, enfin c’est un fantôme , hein. Il lui suffit de passer entre à travers.

Non, c’était un livre qui était tombé de la bibliothèque qui l’a écrasée. Il suffit de fermer le livre le temps de quitter la bibliothèque, ensuite le livre sera sa seule attache au lieu qu’il est censé hanter, et il y restera attaché.

….Ho.

Il est piégé par son propre sortilège, en somme. Me relevant, je me dirige vers le reste du groupe qui accueille mon arivée d’un « déjà ? » unanime. Halala, je savais que j’aurais dû attendre un peu plus. Korgul doit me déteindre dessus.

Par la suite, nous quittons le château grâce à un passage secret oublié par tous , excepté notre bibliothécaire fantôme, et nous nous retrouvons dans les ruelles mal famées du Bourg de Torgas. A partir de maintenant, il va falloir improviser.

Bah, n’importe quoi, amateur. Il fait nuit noire. Vu l’heure , on va bien trouver de quoi soulager notre bon ami.

« Bon ami » qui, en ce moment même, la tête seule émergeant du livre ouvert, jetait autour de lui des yeux émerveillés dans tous les sens.
« Incroyable, fit-il, c’est donc cela, une ville ?
-Vous n’en avez jamais vu, s’étonne Caelina (c’est bien ça ?)
-Non, vous savez , je suis pour ainsi dire né dans cette bibliothèque, et n‘en suis jamais sorti. C’est d’ailleurs pour cela que je vous ai demandé de me faire rencontrer une jeune fille, disons…. Facile, car, voyez-vous je n’ai jamais….. »
Il ne termine pas sa phrase, instaurant le silence dans le groupe.
« Jamais, vous voulez dire…jamais, repris-je, un ton en dessous. »

Quelle horreur !

« Hélas, oui. Enfin, non, jamais.
-Je crois que je n’ai rien entendu d’aussi affreux, intervient Exall. Mourir d’un âge avancé et n’avoir jamais…
-Navet Zamais !
-En effet, rien ne semble pire comme châtiment, à part peut être celui que connût un lointain aïeul…
-Joreeeeeeel ?
-Qu’en pensez-vous, Alastar ? »
Ce dernier se renfrogne pour toute réponse, détournant le regard et marmonant quelque chose d’incompréhensible, mais ressemblant étrangement à « grouph, gromelle, nananana , pfffff ». Etrange, aurions-nous dit quelque chose qu’il ne fallait pas.

Il commence à m’énerver, Môssieur Alastar. Il est encore moins drôle que toi. Il mériterait que je lui apprenne les bonnes manières.

Cela peut s’arranger. Je peux t’envoyer dans sa tête pour une petite heure.

C’est vrai ? Chouette !

Profitant de l’attention portée à « Sieur Alizan », je lance du bout des lèvres le sortilège. Au premier abord, rien ne se passe, si ce n’est que j’ai enfin la tête vide des pensées stupides de Korgul Puis, soudainement, Alastar se frappe le torse et s’écrit :
« Ta mère est une pute Syphilitique ! »
Tout le monde se retourne, abasourdis, vers le preux chevalier qui met sa main devant sa bouche, à la fois surpris et honteux. Je souris légèrement. Je connais ça. Il m’a fallu des jours pour empêcher ce genre d’inconvénients. Il s’écarte alors du groupe, se tenant la tête sans trop comprendre d’où provenait ce flots de paroles qui lui court-circuite l’esprit. Ca lui apprendra.

Un peu plus tard, nous entrons dans une auberge mal famée, qui nous a paru le meilleur endroit pour continuer nos recherches. Linya , Exall et Caelina commencent à demander des renseignements , sans aucun succès. Etrange, je ne pensais pas que nous aurions des difficultées.
« Par tous les Hommes de Falhaha, n’y a-t-il donc ici nul endroit où un guerrier fourbu puisse vider sa bourse ?! »
Si les usagers de l’auberge semblent surpris et effrayés par le ton autoritaire de Aklastar (qui, une fois de plus, n’en menait pas large), je constate avec amusement que le reste de notre côterie commence à s’y habituer (ceci n’étant que la dixième intervention de ce genre, Korgul a visiblement décidé de mettre le paquet).
« Il n’est guère prudent, messires, intervient le tavernier, de poser ce genre de questions.
-Pourquoi donc, s’étonne Linya . D’habitude, les… enfin, ce genre de femmes pullule dans les endroits comme ici.
-Hé bien, c’était vrai jusqu’à il y’a peu, mais récemment, le Duc, ou plutôt sa femme, a décidé que les prostituées apportaient désordre dans les ménages et n’étaient « qu’un ramassis de salo…. » enfin, vous voyez, quoi.
-Elles ont quittées la ville ?
-Heu….
-Emprisonnées alors ?
-Ben…en fait , elles vont être sacrifiées dès demain à l’aube à Scar’lath, le monstre protecteur de notre cité, dans lequel elles vont être digérées pendant plus de mille ans. »
Hein ? C’est quoi cette histoire ?
Abasourdis par la nouvelle, nous nous installons autour d’une table inoccupée pour nous concerter. Bien que l’on ne puisse pas dire que les idées fusent. Attaquer le château était utopique, vu notre faible nombre, et pour tenter une évasion , il faudrait que nous ayons une connaissance des lieux datant d’il y’a moins de quatre siècles. Et Exall ne voulait pas impliquer sa sœur là dedans. Quelqu’un a proposé d’utiliser Linya comme « lot de consolation », mais le regard noir d’un Alastar furieux a suffit à stopper net toute réflexion sur cette idée (qui avait pourtant l’avantage d’être sans risques). Finalement, nous nous décidons , en désespoir de cause, de tenter un sauvetage au moment du sacrifice.

Tout ça pour quelques prostituées.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Scieszka le Ven 2 Oct 2009 - 23:37

Je commençais à me dire que suivre le gnome n’était finalement peut-être pas la meilleure façon de retrouver ma voix. Non seulement il avait l’air plus incompétent que jamais – quoique, selon toute apparence, la danse ridicule qu’il nous avait fait effectuer avait fonctionné pour rendre visible le fantôme –, mais encore, le groupe auquel je m’étais agrégée pour le suivre avait le don de s’attirer des ennuis et de se fourrer dans les situations les plus improbables. Cette fois-ci, il s’agissait de s’attirer les bonnes grâces d’un bibliothécaire défunt (qui se moquait très ostensiblement de l’obséquiosité dont Alastar faisait preuve envers lui), en délivrant à son intention des prostituées que l’on s’apprêtait à jeter en pâture à un monstre pour la purification morale de la ville… Je soupirai.

Depuis que nous étions sortis du château, nous avions trouvé refuge dans une taverne d’aspect plutôt mal famé, qui s’était révélée être en fait une sorte d’auberge douteuse. Personne ne nous y avait posé de questions, et c’était tant mieux : nous avions l’air assez miteux, avec nos vêtements de bal déchirés et couverts de poussière et de toiles d’araignée, et sans doute aussi de toutes sortes d’autres substances que je ne voulais pas connaître, ramassées dans les souterrains oubliés par lesquels nous nous étions enfuis. On nous avait cependant regardés d’étrange façon quand nous avions demandé l’adresse de la maison de passe la plus proche, jusqu’à ce que l’aubergiste nous explique quel sort funeste attendait les filles de joie de la ville. Nous avions alors fait mine de renoncer et demandé une table pour se rassasier et des chambres où passer la nuit. Personne ne semblait avoir remarqué l’étrange et volumineux manuscrit que nous transportions, ce qui était heureux, car, au vu de sa valeur, il était tout à fait de nature à attirer voleurs et autres gens mal intentionnés qui semblaient peupler l’auberge. Norris nous avait expliqué que le bibliothécaire lui avait indiqué que c’était le seul moyen de lui permettre de nous accompagner : les fantômes restant attachés au lieu où ils sont morts, nous devions impérativement emporter un élément de la bibliothèque.

Après le repas et après avoir trinqué à la réussite de notre évasion, nous nous étions retirés vers l’étage pour nous réunir dans la plus grande des chambres qui nous avaient été louées. Nous commençâmes alors à tirer nos plans pour la délivrance du lendemain, avec ce handicap que personne parmi nous ne semblait avoir sur la ville et ses coutumes de connaissances datant de moins de quatre cent ans. Quant à la prêtresse, elle s’était perchée sur mon épaule. Machinalement, je lui caressai la tête ; le geste lui déplut et elle me mordit. Je la fusillai du regard, en pensant intérieurement : « sale bête ».

« Bon, alors, qui connaît le déroulement de ce genre de cérémonie, à la fin ? Quelqu’un doit bien avoir une idée de ce que c’est que ce monstre, non ? tempêtait Alastar
- Beeeeen…, répondit la rôdeuse, résumant ainsi la pensée de tout le monde.
- Ça me rappelle cette drôle d’histoire que ma sœur Clorinde racontait à ma petite nièce Briolanie quand elle était bébé, où il y avait une espèce de monstre qui vivait dans un désert, au fond d’un trou, et les héros manquaient de finir dans son estomac… Honnêtement, je me suis toujours demandé s’il n’y avait pas un fond de vérité, s’il ne s’agissait pas d’une légende dont l’origine est le fort curieux Monstrum Stellarum Bellense, espèce fort curieuse vivant… commença Arkanis.
- Bon, mon vieux, vous nous raconterez une autre fois vos histoires à faire peur aux petits enfants, hein ! l’interrompit Norris.
- Mon jeune ami, reprit le gnome sans laisser le temps à personne de le faire taire, vous saurez que j’ai longuement étudié la zoologie, et que la science des navets n’est pas ma seule compétence…
- Parlons-en, de vos navets et de vos compétences, eus-je envie de dire, évidemment sans aucun résultat.
- Je disais donc, avant que vous ne m’interrompiez, mon cher Norris, que le Monstrum Stellarum Bellense, bien que je n’aie encore jamais eu l’occasion de le rencontrer, est un animal fascinant. Il vit dans des trous, et en épouse la forme, si bien que de l’extérieur, le trou semble vivant, et posséder de fort vilaines dents. Sa taille varie d’environ…
- Non mais vous nous ferez un cours plus tard ! Pour le monstre auquel nous avons affaire, là, maintenant, tout de suite, quelqu’un aurait une idée qui sorte d’ailleurs que des contes de fées ? Lynia commençait à perdre patience. La tension montait.
- En fait, l’autre tache, là, il a raison, ma belle, lui répondit Alastar. J’connais ces bestioles : c’est du costaud. C’est marrant, elles ont bon goût, elles s’arrangent toujours pour qu’on leur livre des nénettes aux formes bien rebondies et plutôt pas farouches, s’tu vois c’que j’veux dire », ajouta-t-il en appuyant son propos d’un clin d’œil explicite et d’un geste qui ne l’était pas moins.

Tout le monde s’était tourné vers lui. Lynia le regardait, choquée, et lui-même, c’était amusant, le paraissait tout autant. Il porta la main à la bouche. Cela ne faisait guère que la vingt-huitième fois depuis que nous étions sortis du château qu’il faisait ce genre d’intervention. C’en était presque amusant – même si l’intéressé, qui avait l’air de se demander ce qui lui arrivait, n’était manifestement pas du même avis. Aussi rouge qu’un coquelicot, il bredouilla :

« Excusez-moi, je ne sais pas ce qui me prend. J’ai… j’ai comme une voix dans ma tête, qui n’est pas moi du tout. Euh… je ne sais pas ce que je dis. Je crois que je deviens fou… J'espère que je ne suis pas en train de perdre la raison... Non... Ça doit être autre chose… Je dois être fatigué… Vraiment…
- C’est pas grave, mon vieux… Tout le monde est fatigué, ça n’est pas votre faute… Après un bon repos, vous irez mieux, je n’en doute pas ! », le consola Norris.

Était-ce moi, ou avait-il un léger sourire en coin en disant cela ? Moi aussi, j’avais sans doute besoin de sommeil. Si au moins je pouvais parler… Et si ce satané fantôme pouvait nous aider…

« En attendant, il faut reconnaître que ce que décrit Arkanis ressemble fort à la bestiole à laquelle on a affaire, il faut le reconnaître. Alastar, vous connaissez donc ce monstre ? Vous avez une idée de ce qui va se passer, donc ? »

Personne ne répondit aux questions d’Exall. Un silence un peu gêné s’établit. Alastar se tortillait sur sa chaise, visiblement mal à l’aise, tandis que Lynia continuait de lui jeter un regard noir. Il semblait ne pas savoir que répondre. Au bout d’un moment, il finit par dire d’une voix hésitante qu’il n’en savait trop rien, et qu’il ne pouvait absolument pas dire d’où venaient les informations dont il nous avait fait part l’instant d’avant. Le silence se rétablit. Lynia avait toujours l’air aussi furieuse contre lui. De mon côté, je ne pouvais m’empêcher d’en vouloir au fantôme : non seulement il voulait qu’on affronte face à un grand nombre de gardes un monstre dont nous ne savions rien, au cours d’une cérémonie dont nous ne connaissions absolument pas le déroulement, mais en plus, nous aurions à le faire tels que nous étions, sans nos armes qui étaient restées au château, et vêtus de vêtements de bal peu pratiques, déchirés et poussiéreux. Je me tournai vers le fantôme et le fusillai du regard, puisque je ne pouvais lui exprimer le fond de ma pensée.

Il se passa alors une chose étrange. Le fantôme se tourna vers moi, planta son regard dans le mien, puis se détourna et prit la parole :

« Mais bien sûr ! J’aurais dû y penser tout de suite !
- … Que ?, aurais-je eu envie de dire.
- Ma foi, figurez-vous que je peux lire dans les pensées des gens lorsque je les regarde droit dans les yeux et vice-versa, mademoiselle, répondit-il, à ma grande surprise. Cette jeune dame, qui ne manque pas d’esprit pratique, continua-t-il à l’intention des autres, se demandait comment vous feriez de toutes manières pour intervenir dans le sacrifice sans vos armes, et comment vous feriez pour ne pas vous faire repérer du premier coup d’œil par les gardes, vu votre tenue…
- Euh…. Je n’avais pas pensé à cela, effectivement, intervint un Alastar qui s’efforçait de reprendre la direction des opérations.
- Eh bien, vous auriez dû, lui rétorqua le bibliothécaire. Bon, c’est très simple. Je vais vous récupérer vos affaires au château, et, par-dessus le marché, essayer de vous trouver quelques livres qui, bien qu’anciens, pourraient vous éclairer sur la cérémonie. Voyez-vous, je crois bien qu’elle est aussi ancienne que la ville, même si, pour des raisons évidentes, je n’ai jamais eu l’occasion d’y assister…
- Comment… ?, commença Norris.
- Ta ta ta ta ta. Ne cherchez pas à comprendre. Nous sommes toujours à proximité du lieu où je suis mort, le lien devrait se faire sans difficulté. Vous, jeune homme, qui avez le livre, mettez-le par terre, et dégagez l’espace autour. Allez, plus vite que ça ! »

Norris s’exécuta, aidé de plusieurs membres de la compagnie. Rapidement, chaises et table furent repoussées contre le mur, le livre posé sur le sol au milieu de la pièce, et le fantôme disparut à l’intérieur. Arkanis se lança instantanément dans une dissertation au sujet de l’un de ses ancêtres dont la maison avait été hantée par un lointain cousin qui s’était noyé dans des circonstances peu claires, pendant que tous les autres, qui ne l’écoutaient pas, observaient le livre, en se tenant toutefois à une distance respectable. Soudain, un amas d’armes diverses, couronné par la gigantesque épée d’Exall, se matérialisa sur le livre. Il fut rapidement recouvert de ma lyre, puis d’un amoncellement de vêtements chiffonnés, roulés en boule au milieu des dagues, poignards et autres rapières, ce qui arracha un cri à la partie féminine de notre compagnie. Sans doute pour complaire à Lynia, Alastar se précipita pour les mettre en lieu sûr, loin des lames, et se mit à les plier méticuleusement, en coulant des regards de chien battu à sa dulcinée.

« Pute borgne ! Oh putain con ! »

Ses hurlements firent sursauter tout le monde. Lynia reprit sur-le-champ l’air le plus revêche qu’elle put. Le cri de notre meneur avait été provoqué par une pile de livres assez épais, surmontée de deux ou trois rouleaux de parchemins, d’une plume d’oie soigneusement taillée et d’un petit flacon d’encre, qui venaient d’atterrir assez lourdement sur ses mains au moment où il allait saisir une cape. Pendant que nous observions en essayant de nous retenir de ricaner Lynia et Alastar qui se regardaient en chiens de faïence, lui l’air penaud, elle furibonde, sieur Alizan réapparut, l’air très satisfait de lui-même, comme s’il sortait de l’échafaudage branlant d’armes, de vêtements, de livres et de divers objets personnels. Au premier abord, il ne comprit pas pourquoi nous lui jetions des regards assassins – comme s’il pouvait encore être assassiné –, puis, apercevant l’immonde enchevêtrement de nos possessions, il eut un vague air d’excuse, se contentant de lâcher un :

« Oups. »

Après avoir rangé nos affaires diverses dans nos chambres, nous nous retrouvâmes à nouveau. Alastar, l’air important, commença à examiner les livres que le fantôme avait ramenés, mais, évidemment, il se révéla incapable de les lire. Tous essayèrent à leur tour, sauf, évidemment, la prêtresse qui s’était perchée sur la tête de la magicienne. Norris ne dit rien, mais j’eus l’étrange sensation qu’il parvenait parfaitement à lire cette écriture, bien qu’il prétendît, pour des raisons qui n’appartenaient sans doute qu’à lui, qu’il n’arrivait pas à la déchiffrer. Enfin, quelqu’un eut l’idée de me soumettre la chose : l’écriture, bien que difficile parce qu’ancienne, ne m’était pas totalement inconnue. Je désignai d’un geste insistant plume, encre et parchemin. Le bibliothécaire avait pensé à tout.

J’en profitai pour essayer de communiquer avec mes compagnons, pour une fois que j’avais l’occasion de le faire autrement qu’en faisant de grands moulinets avec mes bras. Ils me posèrent un grand nombre de questions sur mon histoire, mon passé, et la façon dont je m’étais retrouvée dans cette situation ; j’y répondis par écrit. Quelqu’un me demanda mon nom : je le leur donnai bien volontiers. Je pus enfin apprendre les noms de ceux des membres de la compagnie que je ne connaissais pas encore. Certains furent étonnés de découvrir que j’avais déjà quarante ans et beaucoup voyagé ; en revanche, le fait que je sois semi-elfe n’étonna personne, étant donné que j’avais hérité d’un certain nombre de caractéristiques physiques de mon père. Je trouvai cette conversation, presque normale, fort plaisante : cela faisait si longtemps…

Je me plongeai ensuite dans les manuscrits qu’on me demandait de lire, prenant des notes au fur et à mesure. Cela dura assez longtemps avant que je trouve enfin une description détaillée, mais vieille de quatre siècles et demi, de la façon dont se déroulait la fameuse cérémonie. J’en couchai sur le papier tous les développements pour en faire part à nos compagnons, en espérant que la trame générale serait semblable. Bien sûr, dans les anciens temps, c’était une jeune vierge qu’il fallait sacrifier ; il avait existé un temple spécialement dédié au monstre, déifié, dans lequel on élevait des jeunes filles spécialement pour les lui livrer. Lorsqu’il prit connaissance de ce détail, Alastar fit une énième remarque grossière, suggérant qu’il aurait rêvé de se trouver un jour en telle compagnie, dont le passe-temps favori devait sans nul doute être la broderie de sous-vêtements affriolants. Linya le gifla.

Si le rite n’avait pas trop varié au fil du temps, les prostituées seraient jetées dans la gueule du monstre depuis une estrade, après un discours du grand prêtre, un interlude musical, puis une cérémonie religieuse. D’après le récit que nous avions sous les yeux, il était de tradition qu’une foire s’installe à proximité du trou du monstre, pour distraire et amuser les badauds avant le sacrifice, et leur permettre de se livrer à toutes sortes de réjouissances après qu’il ait eu lieu. Nous décidâmes d’en profiter pour s’approcher discrètement de notre cible, et de prendre la place des musiciens, afin d’avoir une bonne position pour pouvoir agir. Espérant de tout cœur que nous n’aurions pas à faire face à trop d’imprévu, nous regagnâmes nos chambres respectives pour y goûter un repos nécessaire.

Le lendemain matin, nous nous levâmes très tôt. Après nous être lavés – ce qui n’alla pas sans peine pour Navet, l’enfant sauvage –, habillés et équipés, nous nous dirigeâmes vers le lieu du sacrifice : il faisait encore nuit noire. C’était d’ailleurs heureux pour nous car, en nous dirigeant vers le trou de Scar’lath, nous pûmes nous rendre compte que le duc n’avait guère perdu de temps : nos portraits étaient affichés un peu partout, assortis d’un avis de recherche et de la promesse d’une forte récompense à qui nous capturerait.

Nous fûmes soulagés d’apercevoir de très loin la foire, déjà animée, qui brillait de ses mille et une lanternes. En nous mêlant à la foule, dans laquelle tous parlaient avec animation de la cérémonie du matin même, nous apprîmes que, conformément à nos espérances, la forme du sacrifice était restée la même dans ses grandes lignes. Arrivés sur place, nous n’eûmes pas grand-peine à identifier les musiciens officiels, qui avaient droit à une estrade réservée, ornée d’une oriflamme au sein de la foire. Un peu à l’écart se dressait une tente aux mêmes couleurs, surmontée d’une oriflamme identique : c’était la leur. Ils viendraient certainement s’y reposer avant leur prestation officielle. Profitant de l’obscurité, nous nous y faufilâmes, leur volant des vêtements pour nous en revêtir, avant de nous cacher derrière le stock de tonneaux de bière de saucisson des marais qui jouxtait l’entrée.

Notre plan était simple : sitôt les musiciens entrés dans la tente, nous avions décidé de les enfermer avec Shiera, notre charmante magicienne si douée pour la métamorphose animale, en priant pour qu’elle ne se transforme pas elle-même. Lorsqu’ils revinrent, elle était en train d’essayer de changer en papillons le contenu d’une corbeille de fruits pour s’entraîner. La moitié d’entre eux se métamorphosa : quatre pattes leur poussèrent, ainsi qu’une épaisse toison bien bouclée, et ils se mirent à bêler. Leurs compagnons se récrièrent, et, s’emparant de Shiera, voulurent la forcer à inverser le sort, ce qui n’eut pour effet que de les transformer à leur tour. Ce fut un fort beau troupeau de moutons mérinos qui s’échappa de la tente, l’air un peu hagard, et qui se perdit dans la foule. Nous nous dirigeâmes alors vers la grande estrade, ayant réquisitionné leurs instruments. Il n’y avait plus qu’à espérer que nous n’aurions pas à en jouer vraiment, étant donné que la majeure partie du groupe n’avait visiblement jamais eu l’occasion de pratiquer la musique…

Voilà, à partir de maintenant vous avez le droit d'utiliser le nom de la barde: Tyana Wylde, avec des y partout.
Accessoirement, un tas de références foireuses sont cachées dans ce post. Celui (ou celle) qui arrive à les recenser aura gagné... un bon point.
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Mélanie Mustang le Dim 4 Oct 2009 - 8:38

Le jour de la cérémonie sacrificielle était arrivée… Et à mon grand désarroi, en me levant ce matin-là, je me rendis compte que la voix n’avait pas quitté ma tête. Et si encore il n’y avait que cette voix… Mais je voyais certaines de ses pensées sur son passé, majoritairement des batailles ou des soirées où il s’amusait… Mais le pire était lorsqu’il parvenait à prendre le contrôle de ma bouche et de mon corps…
C’était horriblement gênant… Il fallait que j’arrive à me débarrasser de ça… Sinon, ça ne me faciliterait pas la tâche pour le sauvetage que nous avions projeté de faire.
Eh ! Tu pourrais parler autrement de moi !
Ah oui, j’oubliais qu’il entendait également chacune de mes pensées…
Tu comptes me répondre oui ou non ?
Il fallait que j’arrive à faire comme s’il n’existait pas… Et surtout que je trouve un moyen de l’empêcher de parler à travers ma bouche…
Je te souhaite bon courage, l’ami ! Je dois dire que je m’amuse bien dans ta tête.
Je soupirai intérieurement. Il fallait à tout prix que je réussisse à me débarrasser de lui… J’avais déjà assez à faire avec…
Ah ! Intéressant !
Je me raidis, sous l’œil curieux de Linyia. Je détournai le regard et m’éloignai de quelques pas, pas très loin malheureusement puisque nous devions pour le moment rester dans la tente des musiciens.
Non… Il n’avait tout de même pas…
Très intéressant… Alors tu ne peux pas faire son affaire à la donzelle…
Je fulminai intérieurement, essayant de ne pas répondre à ses provocations et à ses moqueries.
C’est vraiment pas de bol… T’as pas eu une vie facile… Je te plaindrais presque si tu m’énervais pas autant.
Et pourquoi je t’énerve ? lui demandai-je en pensée, oubliant mes précédentes résolutions.
Parce que tu te prends pour le plus fort, Môsieur Alastar. Et ça me fout en rogne quand tu donnes des ordres en te croyant le meilleur.
Parfait ! Tu préfèrerais peut-être que je laisse le commandement de cette troupe de bras cassés à Arkanis ?
Arkanis ? Ah, le gnome ? Bah ça pourrait être marrant…
Je retins un soupir d’agacement. Tout cela n’allait pas m’aider…
Hum… Tu voudrais pas me laisser le contrôle de ton corps quelques minutes ?
Et puis quoi encore ? Pour que tu me ridiculises à nouveau ? Je ne sais déjà pas comment je pourrai expliquer ce que tu m’as fait faire et dire aux autres… et en particulier à Linyia… Ton comportement a été complètement…
Oh, rien de plus simple. T’as qu’à leur dire que t’as péter un plomb…
Mais bien sûr. Attend que je trouve comment tu es entré dans ma tête et je te promets que je te le ferai regretter… Ou que je le ferai regretter à celui qui t’as mis dans ma tête si tu ne l’as pas fait tout seul.
Ah, je serais curieux de voir ça ! T’inquiète, je vais bientôt partir. Tu commence déjà à m’ennuyer.
Tant mieux !
Et puis si jamais y en a un qui te pose des questions, t’auras qu’à faire ton regard noir, comme tu sais trop bien le faire.
Mon regard noir ?
Comme quand on a proposé que ta copine serve de compagnie au fantôme… Oh… Pas mal… J’avoue que ça c’est inattendu aussi…
Quoi ? m’inquiétai-je. Non, il n’avait tout de même pas réussi à lire encore plus loin dans mes pensées ?
Bah si, pourquoi ? Tu te croyais assez fort pour me cacher tout ça ? Bah c’est manqué ! Y a plein de souvenirs sympas là-dedans.
J’essayai de me calmer et de réfléchir à la manière de me débarrasser de lui plus rapidement que ce qu’il avait prévu.
Bonne chance !
Une idée me vint. Si lui réussissait à lire dans mes pensées, peut-être que le processus pouvait s’inverser…
Bah tiens, essaye un peu pour voir ! On ne rentre pas dans ma tête aussi facilement !
J’essayai néanmoins de me concentrer mais c’était difficile… Je me heurtai à un véritable mur alors que j’essayais de trouver ce qui pouvait m’intéresser, à savoir la manière dont il était entré dans ma tête. Tant pis. Je décidai d’abandonner pour le moment.
Bah c’est pas trop tôt. Tu commences à m’agacer.
Je croyais que je t’agaçais déjà ?
Ouais bah tu m’agaces encore plus.
En tout cas, j’ai déjà une petite idée de qui est derrière tout ça. Et ne vient pas me dire que Norris n’y est pour rien. Je suis sûr que c’est lui qui t’as envoyé dans ma tête. Je ne sais pas comment il s’y est pris, mais je suis sûr que c’est lui.
Et pourquoi un type aussi faible que lui aurait pu réussir un tel coup de maître ?
Parce que tu es déjà dans sa tête en temps normal, dis-je lentement. Je parierais que tu es Korgul de Cimer. Pourquoi tu es vraiment dans sa tête ? Comment ? Ca ne m’intéresse pas. Mais je n’ai pas oublié qu’il nous a expliqué qu’il avait une double personnalité. La tienne en l’occurrence. J’ai raison pas vrai ?
Peux pas dire.
J’ai raison. J’en étais sûr. Norris va m’entendre une fois que t’auras quitté ma tête, ça je peux te le promettre !
Je vis alors Linyia se diriger vers moi, visiblement toujours furieuse.
Ah, on va s’amuser !
Par pitié, Korgul, tais-toi.
-Alastar, qu’est-ce qui t’arrive ? demanda-t-elle dans un murmure froid en s’approchant de moi.
-C’est… compliqué à expliquer…
-Je crois que je suis à même de comprendre…
Pas sûr…
Korgul, la ferme !
Et puis quoi encore ! Pour une fois que je peux m’amuser un peu…
Je serrai les mâchoires. Il était hors de question que le laisse parler par ma bouche une fois de plus.
Ah t’essaye de résister ?
Je sentis mon bras tenter de bouger et je croisai les bras contre ma poitrine pour les retenir. Arrête ça, Korgul.
-Alastar…
Bah répond à la demoiselle, soit poli !
Pas avec toi qui va essayer de me faire dire je ne sais quoi…
Elle va se poser des questions…
Je lui expliquerai quand je serai débarrassé de toi.
-Ecoute, Alastar… Je… Je voulais… Je voulais m’excuser…
Je regardai Linyia, étonné, me demandant où elle voulait en venir. Son visage semblait s’être adouci…
-Je n’aurais pas dû agir comme ça l’autre soir… Je suis consciente que je t’ai fait du mal et je le regrette…
Je compris rapidement de quoi elle parlait et Korgul aussi, étant donné le rire qui résonna dans ma tête.
-Alastar… Je me doute que tu m’en veux…
Korgul, par pitié, laisse-moi lui parler sans interférer.
Et pourquoi je ferai ça ?
Tu veux continuer à ce que Norris nous suive une fois que tu seras retourné dans sa tête ?
Pourquoi tu me poses cette question ?
Parce que si jamais tu m’interromps pendant que je parle à Linyia, je te jure que je m’arrange pour que Norris ne nous suive pas plus loin. Et donc que tu restes à l’écart de cette petite troupe qui semble tant t’amuser. Alors, marché conclu ? Tu me laisses quelques minutes pour parler à Linyia et je laisse Norris tranquille.
Le barbare resta silencieux un instant.
D’accord, finit-il par concéder. Mais tu lui parles pas de moi pour le moment.
Marché conclu, dis-je intérieurement, soulagé.
-Alastar…
-Je ne t’en veux pas, Linyia, dis-je doucement dans un soupir.
-Alors pourquoi est-ce que tu restes à l’écart ? Pourquoi tu agis de cette manière ? Ca ne te ressemble pas. Ou alors je me serais trompée sur toi ?
-Ca n’a aucun rapport avec toi… Il s’est passé… quelque chose et je ne peux pas t’en parler maintenant.
-Tu crois que je ne comprendrai pas ? Mais j’ai compris pour ta malédiction, je…
-Linyia, je ne remets pas en cause ta capacité à comprendre. Seulement, je ne peux pas t’en parler maintenant. Je dois attendre que ça se termine… Ensuite, je te promets que je t’expliquerai.
Linyia détourna le regard. Je savais qu’elle m’en voulait de ne pas lui parler… Je remis une de ses mèches de cheveux derrière ses oreilles, doucement et caressai tendrement sa joue. Elle tourna les yeux vers moi.
Et finalement, elle acquiesça silencieusement, soupirant.
-Très bien. J’attendrai.
-Merci.
-J’ai hâte qu’on trouve le talisman pour te débarrasser de cette satané malédiction…
Ah ah ! s’exclama Korgul dans mon esprit. Alors c’est pour ça que tu as décidé de partir à la recherche de cet objet.
Tu parles de ça à quelqu’un je te…
Quoi ? Tu vas me tuer ? Et comment tu t’y prendrais vu que je suis déjà mort ? Hum ?
Linyia s’éloigna et retourna vers les autres qui discutaient, essayant de trouver un plan valable pour libérer les prostituées pendant la cérémonie qui allait commencer d’un instant à l’autre.
Korgul, je te jure que je trouverai un moyen de te faire payer si jamais tu dis quoi que ce soit de ma malédiction et de mes intentions concernant le talisman à celui qui t’a envoyé dans ma tête.
Je suis curieux de voir ça !

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Lena le Dim 4 Oct 2009 - 19:25

« Squiiiik ! »

La prêtresse fit un bond de côté, puis elle sauta sur l'importun qui venait de lui marcher sur la queue et planta ses petites dents aiguisées dans la chair tendre de ses mollets. Le goût était immonde, mais ça faisait un bien fou.

« Mamaaaaan ! L'écureuil il m'a morduuu ! »

Et il l'avait bien cherché. Aenerys n'attendit cependant pas que la mère engage des représailles, et fuit la scène du crime à toutes pattes, trouvant refuge sur l'épaule de Caelina.

« Il est là-bas !!
- Bon, écoute, Roderic, arrête de te plaindre. Tu vois bien que tu n'as rien, on va pas courir après cet animal.
- Mais maman...
- J'ai dit non. Ça suffit les caprices. Maintenant tu manges ta barbape hapa et tu te tais. Ça va bientôt commencer. »

La prêtresse n'avait rien perdu de l'échange. Elle lança un « squik » condescendant à l'adresse du gamin, que l'on aurait pu traduire par un quelconque « et j'espère que ça te servira de leçon. » avant de détourner sa petite tête poilue avec autant de dédain et de dignité que sa condition d'écureuil le lui permettait. C'était déjà suffisamment pénible et humiliant d'avoir été transformé en bestiole à quatre pattes, sans qu'en plus elle ait à endurer la maladresse de parfaits inconnus. Elle n'attendait qu'une chose, c'était de retrouver sa forme humaine. Elle dirait alors à la magicienne sa façon de penser. Elle songea un bref instant quel plaisir elle aurait à la foudroyer sur place, avant de se souvenir que ce n'était désormais plus chose possible. Rien ne lui était épargné décidément. Et pour couronner le tout, une nouvelle main vint lui caresser le sommet du crâne. Passablement agacé par ce nouvel affront, Aenerys attrapa la main de la rôdeuse de ses petites pattes griffues et y mordit à pleines dents, lui arrachant un cri suraigu.

« Espèce de sale petite... »

Elle n'eut pas le loisir de terminer sa phrase. Un petit bonhomme tout boursouflé s'était approché du groupe pour leur faire remarquer que le spectacle allait commencer d'un instant à l'autre, et qu'il valait mieux qu'ils se dépêchent de rejoindre leur estrade. La prêtresse ignora consciencieusement le regard noir que Caelina lui lança, et rattrapa le reste du groupe qui se dirigeait vers la dite estrade.

Doutant fortement au départ de la réussite du plan, la jeune femme-écureuil commençait à envisager la possibilité d'une victoire. Après tout, le véritable point sensible de tous ces rustres, c'était leur absence de compétences musicales – la barde mise à part -, mais au milieu de tout ce brouhaha, qui s'en apercevrait ? Ce sacrifice avait toutes les allures d'une kermesse. Les gens étaient venus en famille. Des couples se disputaient sur le bien fondé de l'élimination pure et simple des prostituées tandis que leurs mioches couinaient à qui mieux mieux, qui pour une friandise, qui pour un ballon ou une tunique à l'effigie de Scar'lath.

Et puis soudain, le silence se fit. Plusieurs gardes venaient de déplacer une immense planche, dévoilant aux yeux du public un trou béant, au fond duquel l'on pouvait apercevoir une multitude de dents brillantes, et sans doute bien tranchantes. Un homme vêtu d'un costume rouge et or particulièrement ridicule arriva sur la tribune qui surplombait le trou, tandis qu'une cage tirée par une créature exotique apparaissait au bout de la piste. La prêtresse accorda un rapide coup d'oeil à la cage, où des femmes suppliaient qu'on les laisse sortir, qui promettant monts et merveilles à qui les libèrerait, qui jurant que l'on ne l'y reprendrait plus jamais. Puis elle reconcentra son attention sur l'animal. Elle n'en avait jamais vu de semblable. Il était gros, énorme même. Sa peau était grise, il était affublé de deux immenses oreilles et d'un appendice nasal démesuré.

« Mesdames et messieurs ! »

Un oliphant peut-être. Enfin, au fond peu lui importait. Il devait être bien dressé. Ce serait un adversaire de plus à combattre. Finalement peut-être que leur tentative était effectivement vouée à l'échec. Au moins, sa forme d'écureuil lui permettrait de prendre rapidement le large si les choses tournaient mal. Elle ne le souhaitait pas. Elle n'avait aucune envie de se retrouver seule dans ce pays de dingues. Mais ce serait sans doute mieux que de finir dans la gueule du monstre...

« Voici venues les déchets de notre société. Ne vous fiez pas à l'apparente innocence de ces femmes. Ce sont des créatures sournoises qui n'apportent rien d'autre que le malheur sur notre belle cité, brisant la paix des ménages comme le vil serpent brisant la colonne vertébrale de ses malheureuses victimes. »

Du coin de l'oeil, Aenerys aperçut un homme qui commençait à protester, avant d'aviser entre les mains de sa femme un étrange objet de bois long et circulaire, aux embouts de même forme mais plus fins, et recouvert par endroit d'une sorte de poudre blanche. L'argument sembla efficace, le mari se tut aussitôt.

« Aujourd'hui, mesdames et messieurs, le bonheur va enfin revenir dans nos contrées. Ces odieuses créatures vont être sacrifiées au grand Scar'lath, où elles seront digérées pendant plus de mille ans ! 
- Non ! »

Tous les regards se tournèrent vers Liniya, qui, rougissant furieusement, avança d'un pas.

« Vous n'avez pas le droit de faire ça ! Ces femmes ne méritent pas un châtiment pareil ! »

Quelques murmures d'approbation parcoururent l'assistance, aussitôt ponctués par une série de protestations. L'homme en rouge et or planta son regard dans celui de la voleuse.

« Si vous voulez que nous fassions encore appel à vous et à votre troupe lors de nos prochaines réjouissances, je vous conseille de ne plus m'interrompre de la sorte.
- Non, nous ne nous tairons pas. »

Le grand Alastar s'était enfin décidé à intervenir. Il lâcha sa cithare et s'avança jusqu'à Liniya, lui faisant signe de reculer, puis il reprit :

« Vous pensez vraiment que ces femmes méritent une telle fin ? Vous ne pourriez pas plutôt leur trouver un métier honorable ? Je suis sûr que si on leur avait donné le choix, elles ne seraient jamais devenues...ce qu'elles sont.
- Qui êtes vous ?
- Ceux qui vous empêcheront de commettre un crime aussi abominable ! »

La rôdeuse s'y était mise aussi.

« Vous ne valez pas mieux qu'elles. Gaaaardes !
- J'savais bien qu'c'était une idée d'con ce plan.
- Attendez ! Entre gens civilisés, nous pouvons tout de même essayer de trouver un moyen de nous entendre.
- Gens civilisés ? Des gens civilisés n'interrompraient pas une cérémonie d'une telle importance !
- Eh ! J'le r'connaît l'gars ! C'est lui qui voulait s'faire une pute hier soir ! »

L'homme en rouge et or ouvrit de grands yeux, tandis que le visage d'Alastar prenait une teinte écrevisse.

« Je...Il me confond certainement avec quelqu'un d'autre ! Jamais je n'aurais tenu de tels propos. Je...nous sommes des gens tout ce qu'il y a de plus respectables. Nous... »

La prêtresse n'entendit pas la fin de la phrase. Des fourmillements gagnèrent ses extrémités et envahir rapidement tout son corps. Puis, dans un éclair éblouissant, elle reprit forme humaine. Et elle était nue, complètement nue. Elle sentit les regards se tourner vers elle. Partagée entre l'humiliation, la confusion et la colère, elle se glissa derrière ses compagnons, ses mains cachant tant bien que mal l'essentiel. Voyant que personne ne semblait décidés à réagir, elle se mit à crier, d'une voix anormalement aigüe :

« Cessez de me regarder comme ça bande de rustres ! Squik ! Et donnez moi des vêtements ! »

Réagissant enfin, la barde et la magicienne sortirent en même temps un vêtement de leurs sacs pour le lancer à la prêtresse. En temps normal, elle se serait offusqué d'avoir à revêtir de telles frusques, mais elle n'avait guère les moyens d'être exigeante. Elle enfila l'une des deux tuniques à la hâte, tandis qu'au bout de la piste, les gardes qui avaient retirés la planche dissimulant le monstre arrivaient au pas de course.

« Plus le moment de discuter, constata inutilement le gamin en dégainant son énorme épée. »

Ouvrant les hostilités, la magicienne brandit sa baguette, transformant le premier des gardes en caniche. La prêtresse fit un bond en arrière, avant de se souvenir brusquement qu'elle se trouvait déjà au bout de l'estrade. Heureusement, le sol ne se trouvait qu'à une cinquantaine de centimètres, et elle en fut quitte pour une simple humiliation supplémentaire. Pestant contre le sort qui s'acharnait sur elle, elle se releva péniblement et s'éloigna de quelques pas, préférant observer les combats de loin.

A sa grande surprise, elle réalisa que la situation ne semblait pas effrayer les spectateurs. Elle s'était attendu à les voir tous quitter les gradins. Au contraire, ils avaient plutôt l'air d'apprécier la scène, certains allant même jusqu'à applaudir par moment. La prêtresse secoua la tête. Aberrant. C'était tout simplement aberrant. Elle jeta un nouveau coup d'oeil en direction des combats. Au moins, ses compagnons étaient clairement en train de prendre l'avantage. Ils allaient peut-être pouvoir s'en sortir finalement.

Puis brusquement, les combats s'interrompirent d'eux-même, le public cessa tout commentaire, et tous les regards se tournèrent vers le bout de la piste. Incapable de voir ce qu'il s'y passait, Aenerys contourna l'estrade. Le spectacle qu'elle vit la glaça d'effroi. Quatre monstres hideux et gigantesques venaient d'entrer, accompagnés de quatre personnages revêtus de longues robes rouges et or. Le silence fit place à quelques applaudissements épars, qui se muèrent rapidement en tonnerre d'applaudissements. Plusieurs voix fusèrent.

« Waaa des trolls ! J'en avais jamais vu !
- Dis donc, ils mettent le paquet côté effets spéciaux. Jamais vu un sacrifice aussi réussi.
- J'le trouve un peu facile quand même, le retournement de situation.
- Ouais, mais avoue qu'c'est impressionnant quand même... »

La prêtresse ne prit pas la peine d'écouter la suite. Ses pensées se tournèrent vers Anator, puis, alors qu'elle commençait à l'invoquer à grand renfort de mouvements de bras, elle se souvint qu'il ne lui serait d'aucun secours.

« Dis maman, elle fait quoi la dame ?
- Je ne sais pas Roderic. Regarde plutôt les combats des musiciens là-bas.
- Oooh ça doit faire mal. Tu crois que le monsieur avec la grosse épée il a le bras cassé ?
- Mais non, ils font semblant. Tais toi et regarde. »

La prêtresse réprima une grimace. Une chance de l'emporter ? Jamais elle n'avait eu une idée aussi stupide. Ils allaient tous y rester oui. Et le pire...c'était que ce qui l'inquiétait le plus, c'est qu'elle ne pourrait plus jamais manger de noisettes.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Starman le Dim 4 Oct 2009 - 21:05

Je bondis sur le côté, esquivant tant bien que mal la massue du Troll qui s’abat là où je me tenais il y’a quelques minutes à peine. La peste soit des idées de cet imbécile de Korgul ! J’aurais bien besoin de son aide maintenant. Et dire que c’est moi qui ait fait duré le sortilège plus longtemps pour m’en débarrasser et lui apprendre les bonnes manières. Incapable de manier mon fouet correctement, je décide de me diriger le plus loin possible de cet imbécile rocheux. C’est bien évidemment sans compter le magicien qui me barre la route , avec son bâton magique en main.
« Meurs, infidèle !
-Ecoutez ,tout cela est une regrettable méprise, je vous assure que… »
J’évite de justesse le sortilège du mage, qui s’abat sur mon poursuivant, tandis que je profite de la confusion pour repartir sur ma gauche .Mais le troll, à peine gêné un instant, repart à ma poursuite. Je suis dans un sacré pétrin ! Et pour tout dire , je ne suis même pas le seul. Le groupe tout entier semble en difficulté. Alastar et sa clique tentent tant bien que mal de résister à l’assaut d’un troll, tandis que ce dernier reçoit les renforts providentiel d’un acolyte. Le gnome et son insupportable garnement crasseux contiennent quelques gardes en lançant toutes sortes de potions aux effets plus ou moins utiles, tandis que la semi elfe est , contre son gré, en plein duel contre un garde trop entreprenant. La « magicienne en herbe » viens d’être désarmée par un des mages ennemis, après avoir manqué de se faire embrochée par une flèche de la femme des bois (inutile de préciser qu’elle visait le mage j’imagine). Quand à cette « charmante » Aenerys, elle se trouvait juste en face de moi, venant de cesser de gigoter dans tous les sens. Visiblement, Anathor n’avait pas, une fois de plus, daigné intervenir.
« Hééé, les ramenez pas vers moi, me lance-t-elle, peu ravie de mon intrusion.
-Je fais ce que je peux. »
Constatant très vite qu’elle est dans l’incapacité de nous faire rebrousser chemin, elle prend très vite la sage décision de se mettre elle aussi à courir.
« Faites quelque chose me lance-t-elle une fois arrivé à sa hauteur.
-Je voudrais bien vous y voir moi !
-Moi vous apprendre rudiments guerre psychologique, ricane le troll à la grosse massue.
-Sortez votre barbare de votre poche ou je ne sais quoi !
-Je crains fort que cela ne soit pas possible !
-Squiiiiiiik ! »
Au fur et à mesure que la poursuite s’éternise, je commence à comprendre pourquoi la ligne droite est la figure géométrique favorite de certains magiciens (à moins que ce ne soit la ligne courbe). Quoiqu’il en soit, si les choses continuent ainsi, je risque de devoir utiliser mes pouvoir pour survivre. Mais si je fais ça, ma couverture va être grillée.
Hélas, perdu dans mes réflexions, je manque de retomber dans le gouffre de Scar’lath. Et, bien que je ne soit pas convaincu que mille ans de digestion soit un sort moins enviable qu’une éternité de torture aux mains d’Ulyaoth, je ne suis pas encore assez désespéré pour m’y risquer. Entendant les lourds pas de la créature derrière nous, Aenerys et moi nous retournons, pour constater qu’il est très près. Trop près. Il lève sa massue, ricanant bêtement.
« Moi réduire vous bouillie, et faire de vous , heuuuuuu…. Faire de vous bouillade. »
Aucun échappatoire possible. Si je recule, mille ans de souffrance. Si je laisse le troll me tuer, ce sera encore plus horrible. Je sens la prêtresse d’Anathor se figer à côté de moi, marmonant un « Ho non ». Je sens la peur m’atteindre. Kara…..
« Maman, fais un des enfants, je m’ennuie. C’est quand qu’ils les tuent ? »
Hors de question. Tant pis pour ma couverture. Pas question de mourir pour servir de spectacle à une foule d’imbéciles sanguinaires. C’est encore la meilleure solution. Je joins les mains, et murmure mon invocation, ma prière. La massue du troll s’abat, sous le ricanement stupide de son possesseur. Ricanement qui cesse très vite quand son arme se fige en l’air, malgré tous ses efforts.
« Apparemment, commençais-je, d’un ton confiant, vous ne savez pas, A QUI VOUS AVEZ AFFAIRE ! »
Invoquant les Pics de Ner’zhul, qui se fichent dans son torse, je pompe sa vie petit à petit , jusqu’à ce que son corps ne soit plus qu’une chose molle et informe à mes pieds.
« Mais, s’exclame la prêtresse d’Anathor, comment ?
-Allez chercher les prostituées qu’on puisse partir d’ici. Je me charge d’eux.
-Hein ?
-Vite, avant que je ne perde mon sang froid ! »
Elle finit par s’exécuter. Ne lui prêtant plus attention, j’observe le groupe de soldats qui se dirigeait vers moi contempler les restes du troll. D’un murmure, une série de petites boules d’énergie nécromantique détruit leur chair, ne laissant derrière eux qu’un squelette d’une propreté impeccable. Les spectateurs ne rient plus. Même des ignares de leur espèce savent faire la différence entre la magie des gardes, et la mienne. Ils comprennent qu’il ne s’agit plus là d’un simulacre, mais de la mort qui rôde. L’attention des combattants, alliés comme ennemis, est tournée vers moi. Je dois admettre qu’utiliser mes talents au grand jour, après des semaines passés à me dissimulé aux yeux de tous, m’est bien plus agréable que je n’aime l’admettre. Je me sens enfin complet.
« C’est, murmure un des gardes.
-Un prêtre de Ner Zh’ul, termine un mage. »
Inutile de perdre mon temps avec les gardes. Je lève une main au ciel, avant de prononcer l’incantation qui a fait de nous autres nécromanciens les légendes que nous sommes. Les cadavres du groupe de groupe de gardes vaincus se relève, avant de se diriger mécaniquement vers les cibles que je leur ait désigné. Nul ne peut ramener un mort à la vie (sinon, je n’en serais pas là où je suis). Cependant, il est aisé pour nous d’instiller un peu de magie noire dans les corps des morts, afin d’en faire des serviteurs à notre mesure. Terrifiés, certains d’entre eux ne songent même pas à se défendre avant de se faire occire. Certains squelettes, sans armes, saisissent leurs victimes et les entraînent dans le gouffre selon mes ordres. Après tout, la créature a besoin de ce nourrir et je ne serais pas capable de la neutraliser si elle sortait de son trou. Autant donc ne pas attirer sa colère. Je constate que même Alastar paraît effrayé par mes créatures, et me regarde avec colère. Peu m’importe. Je dirige mon attention sur les magiciens, qui commencent à se regrouper en vue d’un affrontement contre moi.
« Alors, ricanais-je, sorciers d’opérette, vous êtes prêt à mourir ou bien dois-je vous laisser encore le temps de faire vos prières ? »
Trois d’entre eux lèvent leurs sceptres en ma direction, invoquant des boules de feu, bloquées aussitôt par un bouclier démoniaque.
« C’est tout ? C’est tout ce que votre magie divine dispose pour s’opposer à moi ? »
Mais je constate bien vite qu’il ne s’agit là que d’une diversion. En effet , le quatrième d’entre profita du répit accordé par ses frères pour commencer une invocation autrement plus. La Vague Lumière de Shäo K’han. Mon bouclier ne résistera jamais à ça. Il va falloir sortir le grand jeu.
« Tu ne pourras jamais venir à bout de ça ! Meurs, nécromancien !
-Pas aujourd’hui, et pas de ta main. »
Joignant mes deux mains, je les place au niveau de ma hanche gauche.
« Est Nahel Dormamu Mist Hakapool’quo Neil Ceininn…. »
Soudain, le magicien lance son puissant sortilège en ma direction , un rayon de lumière rouge propulsé à pleine vitesse.
« Q‘AMHEY’AMEY’HAH ! »
Je tend les bras, qui projettent à leur tour une puissante lumière noire, dévoilant un de mes sortilèges les plus destructeurs : le Rayon D’énergie Noire de Moothän Loshy, la Tortue Maudite. Un rayon de lumière noire s’échappe de mes mains , repoussant avec aisance la Vague Lumière. Les trois sorciers restants tentent de fuir, mais les sortilèges cumulés sont par trop efficaces , et l’explosion de magie qui s’ensuit les désintègre. Toujours les bras tendus, j’observe, haletant, le résultat. Pas mal du tout, je dois dire, j’ai tout donné sur celui là , mais ça en valait clairement la peine. Libéré du sortilège qui les plaçait sous domination humaine, les Trolls se désintéressent vite des mes compagnons et vont se tailler dans la foule en pleine débandade un chemin vers leurs grottes ancestrales. Un rapide coup d’œil m’informe qu’Aenerys a profité de la confusion pour faire évader les filles de mauvaise vie. Le groupe profite de la confusion pour fuir à son tour, emportant une des prostituées avec elle. Les stands vendant moult souvenirs sont réduits en petit bois par les trolls enragés. Tandis que je rejoint le groupe, je sens leurs regards accusateurs sur moi. Quand tout sera au calme, je sens que je vais devoir fournir quelques explications. Mais cela peut attendre.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Heg le Mar 3 Nov 2009 - 11:45

Alors que la bataille faisait rage, Navet avait trouvé bon se s’éclipser. Lancer les potions d’Arkanis sur l’ennemi avait été amusant quelques instants, mais, même fort d’une innocence quasiment à toute épreuve, l’enfant savait reconnaitre une situation de danger réel. Et, pour avoir été parfois aux prises avec un loup ou un ghreezli, il savait très bien quand la fuite était la meilleure stratégie possible. Profitant d’un court moment de répit après avoir assommé plusieurs gardes avec de la liqueur de navet extra-vierge (puissant effet combiné du contenu et du contenant), une idée avait germé.
Arkanis et Navet s’étaient retrouvés abrités par se qui restait d’une tente qui devait être la loge des acrobates qui lui avaient tant plu un instant auparavant. Navet repéra un objet qui lui avait tapé dans l’œil : il s’agissait d’une paire de solides bottes en cuir, assez anodines, si ce n’est qu’elles avaient pour particularité que sous chaque semelle était fixée une longue tige de bois, qui faisait sa taille, voire un peu plus. Quand un des jongleurs était monté dessus, l’effet avait était spectaculaire, il dominait la foule. Avec de grandes jambes, Navet savait que l’on pouvait courir beaucoup plus vite ; il avait lui-même souvent regretté de ne pas être plus grand, bien que, mystérieusement, il lui semblait que ces dernières années le problème avait commencé à ce régler lui-même, lentement, mais inexorablement. Il attrapa les bottes et les secoua sous le nez d’Arkanis, qui se massait le front en gémissant.

« Ah, mon garçon, mon garçon, j’ai peur que la fureur du combat ne soit en train de venir à bout de mes pauvres nerfs. Ah… Oh, Navet, crois-tu vraiment que c’est le moment de jouer ? »

Le gnome ne semblait pas comprendre. Tant pis. Navet était bien décidé à mettre son plan à exécution. De force, il ôta les chaussures d’Arkanis et les remplaça par les lourdes bottes. Celles-ci étaient beaucoup trop grandes, évidemment, elles arrivaient aux genoux du gnome qui l’observait, trop médusé pour réagir, mais Navet les laça avec soin, et redoubla de précautions en renforçant le tout par quelques tours de cordelettes qui trainaient alentours. Puis venait la partie difficile. Il se glissa dans le dos d’Arkanis, qui reposait contre un des pieux soutenant la tente, et tenta de le soulever. Navet avait sans doute assez de force pour porter le gnome un petit moment, mais celui-ci, ébahi et épuisé, était presque inerte. De plus, l’extrémité des échasses glissait sur le sol poussiéreux. Une seconde tentative se solda par un échec semblable. L’enfant eut alors une autre idée. Il alla chercher une caisse en bois qui traitait dans un coin et la plaça aux pieds d’Arkanis, puis la lesta de tout ce qu’il trouva de plus lourd. Par chance, les fers à cheval, les poids d’entrainement et les dictionnaires étaient nombreux dans la loge des acrobates. Une fois qu’elle fut pleine, il revint se poster derrière son ami. Il fallait faire vite, car le combat redoublait d’intensité et, de temps à autre, un troll passait si près qu’il faisait trembler le sol. Il poussa de toutes ses forces.

« Mais enfin, Navet…
- Arkanis… Debout ! »

Bloquées par la caisse, les échasses commençaient à se redresser. Si seulement le gnome avait pu se raidir un peu.

« Debout ! Debout ! DEBOUT !
- Oh, mais… Navet, je crois que je vois où tu veux en venir, mon petit. Penses-tu vraiment que nous en soyons capables ?
- Debout ! »

Victoire ! Arkanis avait fini par se raidir, et, debout sur ses échasses, il tanguait d’avant en arrière. Le plus dur était fait. Navet empoigna celle de droite, et lui fit enjamber la caisse, puis fit de même pour la gauche, puis reprit le pied droit et le fit avancer, et ainsi de suite sur plusieurs mètres. L’opération était assez vaine, mais il sentait qu’Arkanis prenait de l’assurance. Le temps pressait. Soudain, la tente fut entièrement soufflée par une explosion de magie. Arkanis, projeté en avant, fut obligé, pour garder l’équilibre, de marcher seul, si l’on pouvait appeler ça marcher. Il déambulait maladroitement au milieu des ruines et de la foule en débâcle, mais à grande vitesse. Navet dut lui courir après, puis, prenant son élan, il sauta jusque sur son dos, et tout deux s’enfuirent en courant alors qu’un nouveau souffle de magie noire précipitait la tente des acrobates et son contenu dans le gouffre de Scar’lath.

La suite fut un peu décevante.
Le combat prit fin immédiatement, si bien que la fuite de Navet de d’Arkanis, aussi spectaculaire qu’elle fût, avait été relativement inutile. Quitter la tente en temps voulu aurait suffi. Mais enfin, les amis, quel exploit ! Sous le poids de l’enfant sur son dos, le gnome alla s’écraser dans des buissons alentours, ce qui eut pour effet de briser les échasses. Il semblait au moins sorti de sa torpeur. Il empoigna Navet et le serra contre son torse étroit, puis prit son visage en coupe et le considéra à bout de bras, ce qui faisait tout de même bien près.

« Oh, par les baccantes de mon arrière grand père Leonard le Touffu ! Navet ! Quel plan brillant ! Génial ! Quelle évasion ! Oh, mes alleux, ça serait à refaire. Et moi qui restais planté là comme un imbécile. Je dois dire que pendant un instant, j’ai eu un peu peur que la Grande Faucheuse ne nous ait rattrapés.
- Imbécile.
- Oui, parfaitement. Heureusement, tu étais là, mon garçon. Oh, j’ai bien raison d’avoir les meilleurs espoirs en ce qui te concerne. »

Il lâcha le visage de Navet, qui se recula quelque peu. Arkanis reporta alors son attention sur le champ de bataille, ou plutôt le groupe qui s’en éloignait pour se diriger vers eux.

« Tiens, mais voilà nos amis. Ils semblent tous à peu près vivants. C’est original cette nouvelle coupe de cheveux qu’a Caeli, n’est-ce pas ? »

Compte tenu des nœuds féroces pratiqués par Navet, ôter les bottes d’Arkanis était devenu pratiquement impossible. Le garçon se contenta de débarrasser son compagnon des restes d’échasses, de sortes qu’il put marcher normalement, quand il s’agit de se remettre à suivre le groupe. Navet était rassuré par le comportement de son ami, redevenu normal. Il éprouvait également un sentiment assez inhabituel de bien-être, une combinaison bizarre de gravité et de légèreté, qu’il ne savait pas encore mettre en mots. Alors qu’il était tout pénétré de ses réflexions, Arkanis revint vers lui, trainant Lelf par le bras.

« Ce garçon est vraiment brillant, voyez-vous, chère Caéli. Son plan nous a sauvé la vie à tous deux, il peut être vraiment fier de lui. »

C’était sans doute cela. Mais Navet n’était pas du genre à ressasser le passé trop longtemps, si glorieux fût-il. Son attention fut soudain captée par une femme qu’il n’avait encore jamais vue, une nouvelle dans le groupe. Comme elle marchait devant, il ne voyait pas son visage, mais le garçon pouvait distinguer de longs cheveux bruns qui ondulaient dans son dos, ainsi qu’un vaste postérieur qui tanguait majestueusement à chacun de ses pas. Un nouveau plan s’échafauda en une seconde : il décida d’aller se glisser sous sa robe.
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Macros le Jeu 4 Fév 2010 - 22:20

Non, je vous ai pas oublié! Voilà pour fêter la fin de mes partiels!

« Eh bien, voilà qui vous fouette le sang ! »

Mon cœur commençait à retrouver un rythme normal, au fil de chaque minute qui semblait éloigner notre future rencontre avec le Grand Horloger. Tout le monde semblait en un seul morceau, nous avions accompli la quête héroïque que l’humain fantomatique nous avait confié, quand bien même…

« Maieuh? Lâchez moi, à la fin! »

… l’objet de cette quête semblait ne rien comprendre à la situation. Il fallait bien admettre que les dernières minutes avaient été… confuses, à tout le moins. Je ne me rappelais pu avoir assisté à une telle pagaille depuis la fête organisée par l’oncle Zigomar et l’attaque des clowns tueurs du clan Bozo. Grands dieux, rien qu’à repenser à cette journée, j’en frissonne encore. En ce qui concernait celle-ci, en revanche, le calme semblait être revenu. Ce qui signifiait…

« - Bon, tout le monde va bien?
- Mais qu’est-ce que vous me voulez, à la fin!
- Qu’est-ce que c’était que ça? Qu’est-ce que vous avez fait, Norris?
- Et si on fichait le camp, avant que d’autres reviennent?
-Holà, une chose à la fois, vous voulez bien? Et où est passé Navet? »

Cette question, à tout le moins, reçut une réponse lorsque la nouvelle venue poussa un cri strident, suivi d’un juron bien peu digne d’une dame.

« Que… Hors d’ici, le marmot! Reviens y dans dix ans! »

L’intéressé sembla surgir des robes de la jeune femme, ne pipant mot, mais avec un grand sourire lui remontant jusqu’aux oreilles. Je n’avais pas remarqué qu’il commençait à s’intéresser à ces choses… Peut être serait il temps de lui inculquer tout ce qu’un jeune gnome vigoureux doit savoir sur la question. Enfin dès que nous aurons étoffé son vocabulaire.

« Veuillez l’excuser, il voulait… enfin, je ne sais pas ce qu’il voulait. »

Les excuses embarrassées d’Alastar soulevèrent quelques ricanements voilés, auquel il coupa court d’un regard noir avant de reprendre la parole.

« Bon, quoi qu’il en soit, filons d’ici. Nous vous donnerons des éclaircissements plus tard. Et il nous en faudra, également. »

La dernière phrase fut ponctuée d’un coup d’œil appuyé à Chucky, qui n’échappa pas à l’intéressé. D’ailleurs, je remarquais que les autres semblaient hésiter à se tenir trop près de lui, après sa prestation sur la place publique. Craignant qu’il ne se mette à bouder - phénomène bien plus commun qu’on ne pourrait le penser parmi les adeptes de la magie noire - je vins lui administrer sur la pointe des pieds une tape sur l’épaule.

« Ne t’inquiètes pas, Chucky. Qu’importe que tu ais pactisé avec un seigneur des Neufs Enfers ou deux, que tu manges des cadavres ou que tu pirates de la musique sur ta boule de cristal. Tiens, ça me rappelle les histoires de mon oncle Jan, qui a voyagé avec un demi-dieu du meurtre qui se transformait de temps à autre en horreur cosmique ne pensant qu’à éviscérer ses alliés. Eh bien en fin de compte, ça s’est très bien passé! A un ou deux griffons près. »

Le jeune homme me regarda comme si j’avais perdu l’esprit, avant de finalement décider d’ignorer en bloc ce que je venais de dire. C’était malheureusement une réaction de plus en plus commune, ces derniers temps… Finalement, toute la compagnie, désormais enrichie d’une personne s’ébranla pour se diriger au pas de course vers un endroit plus sûr, avant que ces messieurs de la milice civile ne viennent nous alpaguer pour le spectacle de tantôt. Finalement, nous gagnâmes un refuge temporaire dans une grange apparemment désertée, en attendant de trouver mieux. L’occasion d’expliquer à notre nouvelle compagne ce qu’on attendait d’elle. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle ne s’attendait pas à ça.

« Diner avec… un fantôme. »

Acquiescement général.

« Mais… un vrai fantôme ? »

Hochements de têtes approbateurs.

« Ben… j’ai jamais… je veux dire… pas avec… »

Murmures compatissants.

Finalement, elle parût prendre son courage à deux mains, ainsi qu’une grande inspiration.

« Très bien. Combien vous me payez ? »

Silence de mort. Vite rompu par Andy.

« Mais… On vous a sauvé la vie, quand même ! 
-Eh, j’vous ai rien d’mandé, hein! Donc bon, merci et tout ça, mais si vous avez besoin de moi pour un travail, va falloir allonger la monnaie. »

S’ensuivit une fastidieuse négociation, menée par Alsty, afin de préserver ce qui pouvait encore l’être du maigre contenu de nos bourses, déjà mises à contribution par des semaines de voyage. Après d’âpres discussions, qui vit le ton monter et au moins une botte de foin voler à travers la grange, un accord fut trouvé pour quatre pièces d’or, vingt-trois pièces d’argent et une robe neuve, en dédommagement des dommages que l’actuelle avait pu subir durant notre sauvetage héroïque. 

« Bon, je suppose que maintenant que ceci est réglé, on peut faire les présentations ? »

Norris se saisit du livre solidement sanglé à sa ceinture avant de l’ouvrir, laissant s’échapper le corps translucide de Gaspard Alizan.

« Grands dieux, déjà ? Mais je ne suis pas prêt ! Et cet endroit est tout à fait… impropre ! »

Les différentes personnes présentes échangèrent des regards sombres. Caely se chargea de résumer l’état d’esprit général.

« Eh ben, on est pas sorti de l’auberge. »

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Scieszka le Sam 27 Fév 2010 - 16:00

Oooooh, du neuf!

Caelina avait raison. De plus, réfugiés dans cette grange, nous n’occupions pas exactement une position de choix. Mes compagnons, absorbés par la négociation des services de la prostituée que nous avions tirée de la gueule du monstre (enfin, presque), ne semblaient pas vraiment se rendre compte que notre situation était critique, étant donné que nous n’étions qu’à quelques centaines de mètres du champ de bataille que nous avions fui. Une demi-heure venait de s’écouler en bavardages et minauderies du fantôme.

Nous n’avions cependant pas de temps à perdre. Inquiète, je sortis discrètement de la grange, pour faire le guet. Passée la stupéfaction devant les pouvoirs, inattendus, il fallait bien le dire, de Norris, la foule commençait à reprendre ses esprits, et des renforts commençaient à arriver. Il ne fallait pas rester là. Je tentai de prévenir mes compagnons, mais la disparition de ma voix se rappela cruellement à ma mémoire. Une fois de plus, je maudis intérieurement le charlatan qui m’avait poussée à m’embarquer dans cette aventure sans queue ni tête, que j’allais finir par payer cher, si cela continuait de la même manière. Des aboiements interrompirent le fil de ma réflexion, et rappela tout le monde à la réalité : il fallait fuir. Emmenant avec nous la prostituée, nous nous mîmes à courir en direction de la forêt.

Lorsque nous fûmes arrivés à l’orée du bois, une surprise de taille nous attendait. En effet, la sœur d’Exall, celle-là même qui nous avait accueillis à notre arrivée dans ce pays de fous, nous attendait avec deux serviteurs et une demi-douzaine de chevaux. Devant notre air effaré, elle commença à nous donner une longue explication : manifestement, elle était dans la tribune officielle à côté du duc et de son épouse, elle avait vu notre intervention, et elle avait trouvé cela noble de notre part, de vouloir épargner à ces pauvres créatures le sort atroce qui les attendait, et qu’elles n’avaient certainement pas mérité.

« Voyez-vous, continuait-elle tandis que nous nous répartissions sur les montures, je n’ai pu vous en amener plus. Je pensais bien que vous parviendriez à vos fins, puisque votre cause était juste, et c’est pourquoi, dès le début du combat, je suis allée chercher ces chevaux pour les conduire en direction de la forêt, où vous ne manqueriez pas de vous replier une fois ces pauvres femmes libérées… Je ne pense pas que le duc, personnellement, vous en veuille particulièrement, mais il sera forcé de vous poursuivre, et d’y mettre tous ses moyens, sinon, il risquerait de perdre son autorité… De toutes façons, son épouse (quelle mégère ! vous l’auriez entendue s’emporter quand vous êtes intervenus dans le sacrifice !) ne le laisserait jamais en paix s’il ne le faisait pas. C’est vraiment une belle et noble action que vous avez accomplie, ma foi, digne de Chevaliers ! Défendre les innocents, protéger la vie des plus faibles, voilà la mission que devrait s’assigner quiconque ceint une épée ! Soyez assurés que…
- Euh, mademoiselle, nous vous sommes vraiment reconnaissants, mais…
- votre noblesse…
- dites, il faudrait vraiment qu’on parte le plus vite possible, maintenant ! »

La rôdeuse avait interrompu le long monologue de notre bienfaitrice. En effet, on pouvait distinctement entendre les chiens se rapprocher à toute allure. Assurant la sœur d’Exall de notre reconnaissance éternelle, nous fîmes partir nos chevaux au triple galop. Alastar, comme toujours, était en tête, avec en croupe Lynia et l’étrange créature qui les suivait partout, qui s’était cachée durant le combat, mais avait su nous retrouver dès que nous avions pris la fuite. Ensuite, venait Arkanis, qui expliquait à Navet les propriétés du navet mêlé à du crin de cheval pour soigner un sabot fendu. A côté de lui, Caelina, la rôdeuse, partageait sa monture avec la magicienne, tandis que juste derrière eux, la prêtresse avait daigné prendre en charge la prostituée. Je suivais, avec Exall, blessé et incapable de mouvoir son bras gauche, en croupe. Norris fermait la marche. Il était le seul à disposer de son propre cheval : personne n’avait voulu monter avec lui, et même sa monture avait eu un mouvement de recul lorsqu’il l’avait enfourchée, manquant de le jeter à terre.

Nous avions galopé ainsi pendant de nombreuses heures, bien longtemps après avoir cessé d’entendre tout signe de poursuite. Par prudence, nous n’avions pas cherché à rejoindre la route, et nous avions remonté un cours d’eau sur une assez longue distance, sans oser sortir de l’eau, de façon à brouiller notre piste et à perdre les chiens. Cependant, nous avions réussi au-delà de nos espérances, puisque nous aussi, nous nous trouvâmes passablement égarés lorsque la nuit se mit à tomber. A un endroit où le ruisseau s’élargissait une clairière s’ouvrit devant nos yeux. Alastar mit pied à terre, et, après avoir inspecté l’endroit brin d’herbe par brin d’herbe puis collé son oreille sur le sol pendant d’interminables instants pour vérifier qu’on ne percevait toujours aucune trace de nos poursuivants, déclara l’endroit sûr malgré la vague odeur de brûlé qui se faisait sentir dans le fond de l’air, et décréta qu’on devait y établir le camp. Nous étions totalement fourbus, si bien que personne ne répondit. Chacun s’empressa de se préparer un endroit où dormir, tandis que Linya faisait l’inventaire des provisions qui restaient dans nos sacs. Le dîner ne s’annonçait pas fameux : le pain commençait à être sérieusement rassis, les quelques restes de viande, faisandée, et les rares produits frais, qui avaient été achetés bien avant notre arrivée à Torgas, pourris, sans parler des navets dont, une fois de plus, Arkanis nous faisait l’éloge, invoquant un vague demi-cousin par alliance du côté de la tante d’une de ses nombreuses belles-sœurs qui n’avait dû qu’à ce légume d’être sauvé de la famine dans des circonstances invraisemblables.

« Et mon tête-à-tête, alors ? C’est tout ce qu’il y a pour le salut d’une pauvre âme défunte?»

Le bibliothécaire fantôme, qui avait disparu lorsque nous étions sortis de la grange, était réapparu, selon toute évidence peu satisfait de la tournure des événements. Il eût voulu tout faire pour nous contrarier qu’il n’eût guère agi différemment : tout à l’heure timide et ne se déclarant pas « prêt », il réclamait maintenant à cor et à cri ce qui lui avait été promis.

« Oh, vous… squiiiik ! commença la prêtresse, apparemment de fort mauvaise humeur.
- Tiens, Monsieur l’inspecteur des travaux finis daigne enfin se montrer, ironisa Caelina, qui semblait tout aussi peu apprécier la situation. Vous ne croyez pas que vous exagérez un tout petit peu beaucoup, là, non ? C’est un peu votre faute, si on se retrouve ici, et avec cet état de provision. Sans votre idée idiote, on aurait pu filer discrètement du duché, sans avoir besoin de faire de coup d’éclat…
- Eh, ma damoiselle, point d’offense, mais je ne vous ai pas forcés à accepter mon marché… et puis je ne savais pas vraiment qu’un sacrifice était prévu, voyez-vous… Quelques centaines d’années enfermé, ça n’aide pas vraiment à se tenir à jour de l’actualité ! répondit le fantôme d’un ton glacial. »

La prostituée se mit à rire, plaisantant sur la nouvelle impatience du fantôme.

« Ah bin ça, m’sieur-dame, vous voyez, des cochons et des pervers, j’en ai vu un bon paquet, vous pouvez m’croire, mais ça, jamais vu, foi d’Seilynne ! Ah ah ah ah ! Un fantôme qui veut s’dépuc’ler plusieurs centaines d’années après avoir passé l’arme à gauche ! Dites, on a pas l’air de s’ennuyer avec vous, les p’tits gars ! »

La soirée s’annonçait courte. Après un médiocre repas tiré de ce qu’il restait de comestible dans nos provisions, il fut décidé que le tête à tête du fantôme avec dame Seilynne attendrait le déjeuner du lendemain, et chacun se prépara pour la nuit, sauf Norris, qui restait de son côté, assis sur un rocher un peu à l’écart, près du ruisseau, et semblait plongé dans de profondes méditations. Peu à peu, le silence tomba.

Soudain, un hurlement strident nous déchira les tympans, nous faisant tous lever d’un bond, sauf Norris, qui ne bougeait toujours pas. Linya, qui avait traversé le cours d’eau et s’était aventurée dans les buissons du sous-bois pour se soulager, était à terre, sous la menace du couteau d’un être étrange, les oreilles pointues, dont l’apparence semblait étrangement familière. Alastar qui, comme toujours, s’était précipité au secours de sa moitié, s’arrêta net, stupéfait.

« Un… elfe de Kishnou ? Mais qu’est-ce qu’il fait là ? »

L’elfe ne lui répondit que par des borborygmes furieux, le visage déformé par la rage. La pointe de son couteau était appuyée sur la gorge de Lynia, faisant perler une goutte de sang. Notre vaillant chevalier en chef pâlit, fit un pas en arrière, déposa son arme à terre, et leva la main pour parlementer. Le moins qu’on pouvait dire, c’est que la journée ne nous avait rien épargné. Tandis que je tentai de sortir du champ de vision de l’agresseur pour le prendre à revers, celui-ci avisa la prêtresse et se mit à lui parler à toute allure dans sa langue. Visiblement contrariée d’être tirée de son repos pour servir d’interprète, Aenerys se mit néanmoins en devoir de traduire.

Manifestement, sans le vouloir, nous étions revenus à proximité du village auquel nous avions échappé à je ne sais quel supplice grâce au dragon, quelques jours plus tôt. Les abris de toile des elfes avaient entièrement brûlé, ainsi que leur temple et tous leurs buissons sacrés, tout comme une partie de la forêt environnante. Il nous en tenait pour responsables, et voulait nous le faire payer. Lynia gémit.

L’elfe se mit à nous dévisager chacun à notre tour, avec une horrible grimace, caressant la carotide de Lynia avec la lame de son couteau. La pauvre avait l’air terrifiée. Soudain, il la lâcha, se recroquevilla sur le sol, comme proie à une immense terreur, et détala comme un lapin pour disparaître dans le sous-bois. L’ensemble du groupe échangea des regards perplexes, tandis qu’Alastar se précipitait vers sa dulcinée pour l’aider à se remettre de ses émotions. C’est alors que nous remarquâmes que Norris avait gardé quelques séquelles de ses exploits : il avait un regard proprement terrifiant, et semblait entouré d’une espère de halo où la lumière paraissait s’assombrir. Trouant le feuillage environnant, un rayon du soleil couchant se posait sur lui, accentuant encore l’effet. Chacun se détourna avec gêne ; le nécromancien ne bougea pas ni ne dit un mot.

Brève et morne, la soirée s’écoula sans que le malaise ne se dissipe. Un tour de garde fut instauré, au cas où l’elfe de Kishnou reviendrait durant notre sommeil. Le lendemain matin, avant de repartir, nous allâmes explorer les restes du village elfe : il s’avéra que tout n’avait pas brûlé, et que les celliers où nous avions été emprisonnés, toujours intacts, renfermaient quantité de vivres. Le cœur rendu plus léger par cette découverte, nous regarnîmes nos fontes autant qu’il était possible. Le fantôme surtout était enchanté : son dîner galant s’annonçait finalement plus riche qu’espéré. Nous reprîmes alors notre chemin à travers la forêt, pour essayer de rejoindre des contrées plus peuplées, de préférence loin de la frontière du duché de Torgas.

En début d’après-midi, alors que les arbres commençaient à s’éclaircir, nous arrivâmes à ce qui semblait une grange abandonnée. Tous, d’un commun accord, convinrent que c’était l’endroit idéal pour tenir la promesse faite au fantôme. Quant à la prostituée, elle ne semblait pas fâchée de trouver la trace d’une présence humaine. L’humeur générale était meilleure que la veille, mais cependant, la crainte que nous éprouvions désormais vis-à-vis de Norris ne s’était pas dissipée, et il n’avait rien fait pour.

Alors que je posais mes affaires dans un coin et que je commençais à me demander quel serait l’endroit le plus propice à monter une cuisine de fortune, je me trouvai soudain encerclée par une bonne partie du groupe, menée par Alastar. Chose inquiétante, Arkanis semblait absolument ravi, et pérorait au sujet d’un vague arrière-cousin, de la culture aléatoire du lotier des marais, de carpes et de navets. Le gamin qui portait le nom de cet immonde légume semblait surexcité lui aussi, et courait dans tous les sens.

Exall fit un pas en avant, et commença à m’expliquer qu’en tant que seule barde semi-elfe du groupe (comme si cela se trouvait facilement, me dis-je intérieurement), ce serait très pratique que je retrouve ma voix… Je ne demandais pas mieux, mais je n’avais strictement aucune envie de me prêter à nouveau aux expériences idiotes de ce charlatan de gnome. Je leur aurais bien volontiers dit de patienter jusqu’à la prochaine ville, que je puisse mener par la peau du cou chez un vrai médecin l’apprenti sorcier et ses décoctions, mais, résignée, je ne me donnai même pas la peine d’ouvrir la bouche, et me lançai dans de vigoureuses protestations muettes, à grands renforts de moulinets de bras. Peine perdue : je fus menacée de devoir ingurgiter les potions de force. Bon gré, mal gré, il fallut bien céder. Je fusillai (une fois de plus) le gnome du regard.

Celui-ci ne prêtait même pas d’attention à moi. Il avait manifestement reconstitué son nécessaire à potions au village elfe, et s’affairait à la préparation d’une bouillie à l’aspect répugnant. Je préférai m’éloigner pour ne pas voir ce qu’il mettait dedans, faute de quoi je risquais de ne pas être capable de l’ingurgiter, même sous la menace d’une arme. Je notai qu’Exall me suivait d’une façon qui se voulait discrète. Cela me donna l’idée de fuir – mais dans ce cas, je pouvais dire adieu à l’espoir de récupérer élixir maudit… Et puis on ne savait jamais, peut-être que le gnome arriverait par hasard à concocter un vrai remède…

Pendant que je ruminais mes idées noires et que le reste du groupe s’activait pour préparer un repas de fête (il n’y avait pas de raison que le fantôme et la prostituée soient les seuls à faire bombance) et une alcôve appropriée pour le tête à tête de la soirée, Arkanis s’affairait. Au bout d’un moment, il m’appela, et me fit ingurgiter une mixture épaisse à la couleur indéfinissable. Pressée d’en finir, je ravalai mon dégoût et me forçai à en prendre un peu. L’effet fut immédiat : je me mis à tousser, et quelques instants plus tard, je crachais du feu, manquant de roussir davantage encore la chevelure d’Exall. Les yeux ruisselants de larmes, je me laissai tomber sur le sol, tandis que le charlatan, apparemment ravi, racontait à Navet l’histoire du dragon qui avait failli dévorer Oriane, sa cousine au septième degré, ce qui fut l’occasion de sa rencontre avec un gnome charmant. Évidemment, rien n’avait changé : j’étais toujours muette.

Cela dura pendant plusieurs heure. La seconde décoction me donna le teint bleu, la troisième me rendit blonde. La quatrième fit pousser démesurément mes ongles, si bien que désormais, en plus d’être muette et défigurée, j’étais incapable de marcher. J’en aurais pleuré de rage. Le cinquième essai eut au moins l’avantage de me rendre mon aspect normal, ce qui me soulagea grandement. Mais pour ma voix, toujours rien. Après la sixième potion, qui me rendit fluorescente par intermittence (heureusement, l’effet se dissipa au bout de quelques minutes seulement), j’étais littéralement horrifiée de voir le gnome s’amuser comme un petit fou en préparant la suivante. La septième décoction le déçut terriblement : il n’y eut aucun effet, si ce n’est de me faire vomir tout ce que mon estomac contenait. Pour ma part, je n’en pouvais plus, et si je l’avais pu, j’aurais crié grâce.

Quelqu’un eut enfin pitié de moi, et fit d’autres propositions :

« Vous croyez que si elle se contente de jouer de la musique, sans chanter, le fantôme sera quand même content ?
- Oui, mais non, il a bien dit qu’il voulait des chansons…
- Et si une des filles se cachait sous la table pour chanter pendant que Tyana joue de la lyre?»
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Lena le Ven 23 Avr 2010 - 22:56

La prêtresse poussa un soupir exaspéré, et exagéré, comme si elle espérait que quelqu’un viendrait lui demander ce qu’elle avait. Elle aurait alors puis dire que cette journée commençait à devenir franchement pesante. Non seulement elle s’était retrouvée nue devant plusieurs centaines de personnes, mais en plus elle avait du revêtir cette tunique d’un bleu épouvantable, elle n’avait toujours pas retrouvé ses pouvoirs et avait été totalement impuissante à sauver sa peau lorsque les choses avaient commencé à se corser. Pour couronner le tout, ils s’étaient arrêtés, après une course pénible et effrénée, dans une grange miteuse où il leur fallait préparer un tête-à-tête entre un fantôme et une prostituée.

Mais bien entendu, personne n’allait venir lui demander ce qui n’allait pas. Ils étaient tous trop occupés. Elle soupira à nouveau, plus discrètement. C’était sans doute l’une des pires journées de son existence. Elle avait fini par acquérir la conviction qu’Anator l’avait bel et bien abandonnée. Il ne lui aurait jamais laissé supporter de telles horreurs. Elle soupira une nouvelle fois, et son regard s’arrêta sur le nécromancien. Seul point un peu moins négatif, ce personnage, qui jusque là lui avait semblé tout sauf digne d’intérêt, avait dévoilé l’étendu de ses pouvoirs. Ils n’arrivaient sans doute pas à la cheville de ceux que lui conférait Anator, mais peut-être pouvait-elle...

« Et toi Aenerys ? »

L’interpellée haussa un sourcil et se tourna vers l’importun.

« Plait-il ?
- Tu sais chanter ?
- Evidemment. »

Elle détourna le regard, se désintéressant de son interlocuteur. Où en était-elle déjà...

« Donc c’est décidé. C’est Aenerys qui chantera à la place de Tyana. Elle n’aura qu’à se cacher sous la table, ce fantôme n’y verra que du feu... »

La jeune prêtresse se releva vivement, les sourcils froncés. Ils n’imaginaient tout de même pas qu’elle allait s’abaisser à se cacher sous une table…

« Squik ?! C’est hors de question.
- On ne vous demande pas votre avis, rétorqua le dénommé Alastar sur un ton un peu trop autoritaire.
- Vous n’avez pas à me parler sur ce ton !
- C’est notre seule option. »

La voleuse avait tenté de tempérer la réponse de son ami et Aenerys, prête à lâcher tout ce qu’elle avait sur le cœur, s’était contentée de se rasseoir, la tête haute, l’air dédaigneux.

« Je ne chanterai pas.
- Même pas pour un paquet de noisette ? »

Une lueur intéressée passa dans le regard de la prêtresse, arrachant un rire à la rôdeuse qui venait de parler. Plusieurs ricanements vinrent lui faire écho. Aenerys détourna le regard, vexée, presque prête à refuser. Mais elle imaginait déjà le goût savoureux de noisette dans sa bouche. Elle aurait déjà donné cher pour un seul de ces fruits merveilleux. Alors tout un paquet...

« Je vais...y réfléchir.
- Et t’as le droit d’aider aussi. »

L’ancien écureuil se tourna vers la magicienne et lui décocha son regard le plus noir. La magicienne haussa les épaules et retourna s’occuper des préparatifs avec les autres. De mauvaise grâce, Aenerys finit par se lever à son tour, fouilla un instant dans les sacs jusqu’à dénicher un bout de papier et une plume et se dirigea vers la barde afin d’organiser avec elle la mascarade à venir.

***

Après encore plus de deux heures de préparatifs, la grange était enfin prête. Du moins, elle pouvait passer pour un peu moins miteuse.
La plupart des toiles d’araignées avaient été enlevées, les bottes de foins avaient été amassées dans un coin, les sacs de voyages dans un autre et le sol nettoyé. Une table, formée de deux tréteaux et d’une vieille planche, avait été dressée au centre de la pièce et décorée d’une nappe trouée et d’un bouquet de fleurs de champs qui commençaient déjà à faner. Déjà cachée sous la table, la jeune prêtresse n’eut pas le loisir d’assister de visu à la suite de la scène, dont, au fond, elle se fichait comme de son premier sortilège.

Le fantôme et la prostituée furent invités à entrer et à prendre place. Aenerys grimaça en sentant l’odeur des pieds de la prostituée venir lui chatouiller les narines, ajoutant encore un peu à l’inconfort de la situation. Le premier plat arriva et, avec lui, la voix du gnome, annonçant une première chanson de Tyana la barde, reprise d’une vieille chanson très célèbre écrite par l’un de ses innombrables ancêtres. La barde s’accompagnait à la lyre, et la jeune prêtresse réussit tant bien que mal à suivre la mesure, maudissant un à un chacun de ses compagnons. De cette fichue barde qui avait perdu sa voix, à cette infâme rôdeuse qui avait proposé le paquet de noisette, en passant par cet abject gnome, incapable de fabriquer une potion qui pourrait rendre sa voix à la barde et cette ignoble magicienne qui l’avait transformée en écureuil.

Finalement, après ce qui lui avait semblé durer une éternité et au moins cinq ou six chansons, le repas s’acheva. Le fantôme remercia ses hôtes et proposa, dans un souffle, à la prostituée, de poursuivre cette soirée dans un endroit plus tranquille pour faire plus...ample connaissance. L’ancien écureuil se demanda un instant comment, puis grimaça. Elle ne voulait pas savoir. De plus, elle commençait à avoir des fourmis dans les jambes, au sens propre comme au figuré, et l’odeur de pieds commençait sérieusement à lui retourner l’estomac. Mais, heureusement, tout s’était à peu déroulé correctement, et cette mascarade ne serait sans doute pas vaine. Quelques squiks étaient venus ponctuer un ou deux vers, mais le couple ne semblait pas s’en être aperçu.

« Avant que vous partiez...Nous avons respecté notre part du contrat messire Alizan. A vous de respecter la votre.
- Euh, ouais...vous vouliez savoir quoi déjà ?
- Où se trouve le talisman d’Erkandor. »

Un blanc suivit la question. La prêtresse trépignait, imaginant déjà le fantôme répondre qu’il n’avait jamais entendu parler de ce talisman, trop pressé de quitter la salle avec sa prostituée pour essayer réellement de se souvenir. S’ils avaient fait tout ça pour rien...

« Vous avez une carte sur vous ?
- Euh, sans doute, attendez. »

Quelques minutes s’écoulèrent, pendant lesquelles Aenerys se demanda un instant ce que ce fichu fantôme allait bien pouvoir leur montrer, avant de réaliser qu’elle n’en avait strictement rien à faire. Puis la voix de la voleuse retentit, victorieuse :

« Je l’ai ! »

La prêtresse failli lui enjoindre de se dépêcher un peu au lieu de parler, mais se retint juste à temps. Une autre poignée de secondes passèrent, jusqu’à ce que le fantôme reprenne la parole :

« Voilà, c’est ici.
- Pardon ?
- Ben...c’est là quoi. Fait bien deux ou trois cents ans qu’il se trouve là-bas votre talisman. Il paraîtrait que c’est un vieux nécromancien qui l’a récupéré, on sait plus trop comment. Il doit être mort à l’heure qu’il est, mais plus personne n’a jamais reparlé du talisman alors...
- Il doit toujours être là-bas... »

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Elladan le Dim 25 Avr 2010 - 18:37

Nous étions finalement sortit du duché de Torgas , nous avions faillit être emprisonné et exécuté puis dévoré par un monstre protecteur de la cité sans parler de ce fantôme qui à voulus un fille de joie ainsi qu’une semi elfe barde chantant en même temps, sans compter les nouveaux pouvoirs de notre ami et le fait que le Talisman ressemblait plus à un mythe qu'à une réalité …

Ces dernières heures avaient été vraiment spécial et je commençais à croire que jamais nous ne pourrions réaliser notre quête . Nous marchions maintenant depuis plusieurs heures dans la forêt quand nous aperçûmes une auberge au bord de la route . Celle-ci avait l’air assez accueillante et il ne fallut forcer personne à y rentrer . Lorsque nous nous renseignâmes à l’aubergiste pour des chambres il nous expliqua qu’il lui en restait une grande ou il y avait assez de place pour nous tous . Nous payâmes alors chacun notre part et nous nous installâmes à une table afin de manger et de boire . Je commanda un morceau de sanglier avec une bonne bière .

- He Exall , tu sais je ne tient pas à te trouver à quatre patte près d’un arbre en train de rendre ton repas .
- Nan pas de soucis Alastar , je n’en prend qu’une seul , ce n’est pas bien grave .


Il eu un léger sourire , heureusement que je supportais bien l’alcool sinon j’aurais eu le droit à des moqueries tout le reste de notre voyage. Enfin si on arrive à ne pas se faire tuer avant la fin de la soirée avec la chance que nous avons eu depuis le début …

- Navet Navet !

Le gamin venait de passer juste à côté de moi et de chiper ma bière , j’eus à peine le temps de commencer à parler qu’il l’avait déjà descendu toute la choppe. Le gamin avait une sacré descente pour son âge …

- Hum , he bien il me rappel mon arrière petit cousin , Erman , il avait but tout les tonneau de bière de la fête de récolte minière alors qu’il n’avait que dix ans et il n’a pas vomit le moindre centilitre de bière . Ma fois il lui faut maintenant sa ration quotidienne et il fait bien la taille d’un éléphant mais bon il reste tout de même un gnome .


Un gnome de la taille d’un éléphant , à mon avis Arkanis avait lui aussi un sacré coups dans le nez . Le repas se finit et tout le monde remonta dans la chambre , la nuit semblait froide et obscure mais je me décida tout de même à aller dormir sur le toit juste au dessus d’un des fenêtre de la chambre . La fenêtre était ouverte c’était le lit de Norris qui se situait juste en dessous . Je pus entendre quelque brique de conversation :

- Bas qu’est ce qui la le gamin en manque d’action , il fait la tête pour aller dormir à la belle étoile ?
- C’est vrai , il dort tout le temps sur le toit des auberges ça me rappel mon grand oncle …
- A mon avis si il fait cela c’est qu’il à ses raisons , comme nous tous pour chaque petite manie que nous avons .


La sorcière vieille de plusieurs centaine d’année avait vu juste et plus personne ne parla . Les bougies furent vite soufflées et tout le monde s’endormi rapidement ce qui était logique car nos aventures devenait plutôt épuisante . Je commença à m’assoupir quand j’eu une sensation de frisson dans mon dos . J’avais froid, bien trop froid pour la saison . Quelque chose ne tournait pas rond . J’ouvrit les yeux et ce que je vis me glaça le sang . Un visage dans une forme brumeuse et tout aussi sombre que la nuit . Elle me tenait par la gorge ce qui m’empêchait de crier et je me rendis vite compte que j’étais au dessus du vide . L’ombre allait me lâcher au sol et ensuite m’achever .Avec un peut de chance je pouvais m’en sortir . Ma gorge me serais et j’avais une affreuse sensation de manque d’air .

- Alors c’est toi le chevalier dragon , je t’aurais vu plus balèze en faite . Je m’attendais à quelqu’un comme Hélio, assez robuste et vivace . Mais bon tu es encore jeune tu aurais eu le temps de t’amélioré si tu n’étais pas tomber sur moi .

L’ombre me lança au sol , j’atterrit dans un bruit sourd j’avais mal au dos et à mon avis j’aurais un peut de mal à me lever tout de suite il fallait que je trouve un moyen de gagner du temps . L’ombre descendit du toit , il flottait dans les airs et il arriva à quelques mètres de moi. Mon cœur battait la chamade , et des tonnes de questions se bousculaient dans ma tête . Comment pouvais je tuer quelques chose qui était sois disant immortel ? Je m’attendais à subir un autre assaut mais à ma grande joie une intervention arriva à temps :

- Hey toi la le truc qui ressemble au fantômes des contes pour enfants !
- Cette voie ?


L’ombre se retourna comme si je n’avais plus aucune importance il fixait maintenant Alastar qui était descendu par la fenêtre de la chambre .

- Geoffroy Atalasion ? Mais le rois t’avait déclaré mort ?
- Geoffroy ? je crois que …
- Bon ce n’est pas grave , je vais corriger cette erreur et m’occuper de toi !

L’ombre sauta sur Alastar qui l’esquiva de justesse , il était tout aussi impuissant que moi sur se coups là . Les ombres étaient bien les pires adversaires que nous puissions rencontrer dans tout Karia . Les bougies dans la chambre se rallumèrent et je put apercevoir des ombres bouger .

- Je ne suis pas Geoffroy ! Je suis son fils Alastar !
- Son fils dis tu ? Quel menteur tu es devenu mon vieille ami , tu étais célibataire et affrété à la garde rapproché de … Haa serait il possible que ?


Que voulait il dire , je ne comprenais rien à se charabia mais je sentais que je pouvais bouger . Alastar se situait maintenant à ma gauche quand l’ombre sortit quelque chose de l’obscurité de sa brume . Une hache de Guerre reluisante d’une aura violette . C’était son arme lorsqu’il était chevalier . Il fendit sur Alastar et j’eu à peine le temps de sauté en dégainant Surion . Les fer s’entrechoqua et je me trouva face à se visage flottant dans les ténèbres .

- Hum alors comme ça puisque nous avons retrouvé Hélio tu à pris son fils pour te protéger Geoffroy , les Marenis sont ils tous de fervent protecteur des Atalasion ?
- Mais je ne suis pas Geo…
- Vous avez retrouvé Hélio ?
- Oui j’ai mené les chevaliers noirs jusqu’à lui il y à de cela quelques années . Mais je ne savais pas qu’ils n’avaient pas finit le travail alors je m’occupe du ménage .

Je repoussa sa hache tout en repoussant la monstruosité que cet ancien chevalier était devenue. Mon épéé fendit à nouveau les airs mais cette fois il contra mon attaque et me désarma . Je me retrouva au sol et je crus que cette fois tout était finit quand j’aperçu se point faible . Une chaine magique reliait son arme à ce qui pouvait se faire connaître comme son cœur . Si l’arme était détruite alors l’ombre aussi serais détruite . Il n’était donc pas immortel . Du moins je l’espérais…

- Il nous en aura fallut du temps pour nous débarrasser de cette lignée mais au moins le travail sera achevé .


Cet enfoiré , il était fautif de tout ce qui m’était arriver , cette nuit là n’aurais jamais été la même si il n’avait pas trahis son serment . Le froid que je ressentais depuis tout à l’heure se dissipa et laissa place à une chaleur , plus forte que tout les fièvre que j’eu connu jusque là . Mes yeux me brulaient mais bizarrement je ne souffrais pas , j’avais la sensation que tout mon sang bouillait en moi . J’ouvrit alors mes yeux ,et ce fut la meilleur chose que j’avais fait jusqu’à maintenant . Au même moment la hache s’abattit sur moi et je l’esquiva en roulant sur la côté . Je récupéra Surion tout en me relevant .

- Ces yeux , rouge comme le feux , rouge comme le sang je les ais déjà vu mais ils n’ont pas sauvé ton père .


Je planta l’épée dans le sol , elle était maintenant entouré de flamme rouge et orange . puis je posa mes mains sur la garde et je le fixa des yeux .
Un grand silence s’installa dans la nuit , le calme était agréable mais il n’allait pas durer . J’avais vu mon père faire ça une fois et je savais que je n’avais pas le droit à l’erreur .Alors que l’ombre se mit à ricaner de la fumée se dégagea du sol ce qui le calma sur le champ . Il me fonça dessus et Alastar s’interposa avec son épée. Les fers s’entrechoquaient mais l’ombre gagnait du terrain. Les autres commençaient à descendre de la chambre si il arrivait en bas nous serions trop nombreux et nous serions tous tué. L’épée était de plus en plus chaude et l’ombre était maintenant a portée. Je verrouilla ma garde et je pris la décision d’agir.

-Alastar pousse toi !

Alastar s’écarta à temps et la partie pu alors commencer.
Des cordes de flammes sortirent du sol de tout côté et se mirent à voler tout autour de l’ombre. Celui si avait l’air paniqué comme si il connaissait sont sort alors que rien était encore joué.

- Tu es fou, ces technique demande de l’entrainement et beaucoup d’énergie tu n’arrivera jamais à l’utiliser sans donner ta vie en échange !

Un ricanement sortit de ma bouche et je ne put le retenir.

- Ma vie dis tu . Tu me la prise lorsque tu as trahis mon père , la vengeance n’est pas dans les règles de la chevalerie mais elle me soulagera surement.
Les cordes de flammes fondirent alors sur l’ombre qui essayait de monter plus haut pour les éviter mais il faut attraper et entourer par toutes les cordes brulantes. Il était tomber au sol mais il avait l’air sur de lui.
- Et maintenant chevalier dragon , que compte tu faire ? As-tu déjà oublié je suis immortel !
- Immortel, c’est ce que les gens disait des chevalier de Karia car il ne connaissait jamais la défaite ! A partir de ce jour les gens seront que les ombres ne sont pas immortels .Alastar sa hache détruit là je ne tiendrais pas longtemps !
- A … Alastar ? Alors Geoffroy est bien mort mais … De qui es tu le fils ?


Au même moment Alastar frappa un grand coups d’épée sur la hache , une étincelle d’un rouge pas très naturel se fit et la hache se brisa . En quelques secondes l’ombre se transforma en une grosse flaque d’eau noir et un crâne tomba dedans . Quand à la hache elle disparu en poussière sous nos yeux . Je tomba à genoux, je toussota et je me rendis compte que je venais de cracher un peut de sang. Je n’étais pas encore assez fort pour utiliser la magie , j’aurais du m’en douter. Je peina à me relever et je regarda Alastar un instant je crus voir quelque chose de nouveau dans ses yeux puis je retomba à terre , je n’arriverais pas à remonter dans la chambre tout seul . Il s’approcha alors de moi et me fit s’appuyer sur son épaule, j’avais mal partout mais je réussi à lui dire quelque mots.

- la garde rapproché de … Qui es tu vraiment … Atalasion pour le sang de ton père et …

L’homme me fit bouger un moment sur son épaule me faisant comprendre de me taire…
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Message par Mélanie Mustang le Mar 27 Avr 2010 - 9:21

Je fis un léger mouvement d’épaule pour signifier à Exall de ne pas parler d’avantage. J’étais trop préoccupé par ce qui venait de se passer pour avoir envie de m’expliquer. Mais c’était trop tard. Les bruits de combats avaient attirés tous nos compagnons ainsi que les autres occupants de l’auberge.
Si les personnes que nous ne connaissions pas retournaient maintenant à leurs occupations sans avoir l’air de se préoccuper d’avantage de nous, nos compagnons de route nous regardaient avec insistance. En voyant les regards qu’ils nous lançaient, je sus qu’il nous faudrait nous expliquer.
-On dirait qu’il n’y a pas que Norris qui cache des choses, dit Aenerys.
-Qu’est-ce c’était ce truc ? demanda notre amie rôdeuse.
Je soupirai. Les explications devraient avoir lieu ce soir apparemment…
-Si ça ne vous dérange pas, nous en discuterons à l’intérieur. Ramenons Exall dans notre chambre et ensuite j’essaierai de vous expliquer.
Cela sembla aller à tout le monde. J’aidai Exall à monter jusqu’à notre chambre. Je croisai le regard inquiet de Linyia et essayai de lui faire un léger sourire, en vain. L’avantage de tout expliquer ce soir était que cela allait me permettre de me remettre les idées en ordre. Et Exall pourrait compléter s’il y avait des choses que je ne comprenais pas bien ou que j’ignorais.
Une fois le jeune homme allongé sur un des lits pour reprendre des forces, tout le monde s’installa comme possible dans la pièce. J’essayai de réfléchir à la meilleure manière de commencer. Je ne savais pas vraiment par où débuter mes explications. Le problème fut réglé par Caelina.
-Cette créature… Qu’est-ce que c’était ?
-Un Ombre… murmura Exall.
-Mais je croyais qu’il ne s’agissait que de légendes… dit Linyia.
Exall essaya de se redresser mais je le forçai à rester allongé. Il continua ses explications cependant.
-Les Ombres ne sont pas des légendes. Ils existent. Celui là en particulier est né il y a quelques années… lorsque le roi Karimos a ordonné l’exécution des Chevaliers déchus. Certains Chevaliers furent tués par les hommes du Roi. Mais la plupart acceptèrent de servir le Roi et de renier leurs serments de fidélité à Karia. Ceux-là devinrent des Ombres. Des créature non humaines, dont les pouvoirs avaient augmenté.
-Celui-ci avait l’air de vous connaître, fit remarquer la jeune magicienne.
-Oui… continua Exall. Je suis le fils d’un des Chevaliers de Karia. L’un des Chevaliers qui a refusé de se rendre et qui est mort. Depuis que j’ai la force de porter mon épée, je me bats contre le Roi et contre ses hommes. Alors c’est normal qu’il me connaisse. Surtout que j’ai déjà tué un des leurs.
-On n’est pas sortis de l’auberge, on dirait, dit Arkanis en riant. Sans vouloir faire de mauvais jeu de mots. Mon grand-oncle…
-Et pourquoi, coupa Aenerys, avait-il l’air également de connaître Alastar ?
-Enfin il l’a surtout pris pour quelqu’un d’autre. Un certain Geoffroy d’après ce que j’ai entendu… dit la rôdeuse.
Je soupirai. C’était à mon tour. Mais peut-être pourrais-je éviter d’expliquer certaines choses trop sensibles… Si Korgul et Norris ne disaient rien du moins…
-Cet Ombre m’a pris pour mon père. Il s’appelait Geoffroy Atalasion. Autrefois, il était le Premier Chevalier de Karia.
Je sentis Exall se raidir sur le lit.
-Vous êtes sérieux ? demanda Aenerys.
-Oui. Il était la personne la plus proche du Roi Daïsidor. Au bout de quelques années de règne, le roi a décidé de se marier. Avec plusieurs Chevaliers, dont mon père, il s’est rendu en Mérith pour rencontrer la fille aînée du Roi. Adarielle de Mérith. Les bardes ont chanté sa beauté et sa générosité longtemps après sa mort. Ils la chantent encore.
La barde muette du groupe acquiesça doucement.
-Le Roi en tomba amoureux dès qu’il la vit… Et mon père aussi. Mais il cacha ses sentiments au Roi et à la Princesse qui quelques mois plus tard devint Reine de Karia. Au bout de quelques années cependant, Adarielle avoua ses sentiments à mon père. Des sentiments d’amour pour lui. Au départ, mon père la repoussa. Mais finalement il lui avoua également son amour. Ils consommèrent leur amour pendant plusieurs mois avant d’être découverts par un officier de la garde de Daïsidor qui alla les dénoncer dès qu’il n’eut plus aucun doute.
Je me tus quelques secondes.
-Mon père fut condamné à mort. Mais lorsque Adarielle le supplia de l’épargner parce qu’elle attendait un enfant de lui, Daïsidor reconsidéra son jugement et le fit enfermer. Adarielle fut cloîtrée dans ses appartements. Je ne connais pas les détails, si ce n’est que Daisidor fit croire à mon père que Adarielle avait perdu la vie en accouchant.
-Si je me souviens bien, c’est de maladie qu’elle est morte…
-C’est ce qui a été dit, en effet, quelques années après son accouchement. Mon père et moi fûmes exilés dans la forêt de Rinor. Mon père reçut l’interdiction de contacter ses anciens camarades et de revenir à Varanis.
Ce fut le silence pendant un moment.
-Et votre père, qu’est-il devenu depuis ? demanda Aenerys.
-Il est mort d’une fièvre en hiver, il y a plusieurs années de cela. Je l’ai enterré et suis parti sur les routes pour découvrir le royaume, mentis-je.
-Qui est le roi actuel ? demanda Aenerys.
Je ne répondis pas. Je n’avais pas envie d’aller plus loin dans cette discussion.
-Il se nomme Karimos, répliqua Caelina. C’était l’un des seigneurs de Karia pendant le règne de Daïsidor. Il a pris sa place après un vote des différentes régions du royaume. Il fut élu à l’unanimité.
-Je vois, dit Aenerys. Je comprends mieux pourquoi vous avez décidé de partir à la recherche du Talisman d’Erkandor.
Je fronçai les sourcils. Qu’est-ce que le Talisman avait à faire avec tout cela ?
-Ne faites pas l’innocent. Vous voulez retrouver le Talisman pour reprendre le trône à celui que vous jugez être un usurpateur, dit-elle avec un air de triomphe.
-Je n’ai jamais eu l’intention de réclamer le trône de Karia. Je suis parti à la recherche du Talisman d’Erkandor parce qu’il y avait une juteuse prime à la clé. Certainement pas pour devenir Roi de Karia !
-Ce serait pourtant votre place si tout ce que vous nous avez dit est vrai.
-Mais, il n’est que le fils de l’ancienne Reine, qui était elle-même princesse d’une autre contrée… dit Norris.
-Mais qui comme le veut la tradition a très certainement juré de servir Karia et son peuple, reprit Aenerys. Or les règles de succession sont on ne peut plus claires. Toute personne de sang royal peut prétendre au trône. Ce qui fait de Alastar la personne la plus en droit de diriger le Royaume.
-Je refuse de devenir Roi de Karia ! m’exclamai-je en me levant. Je ne dois rien à ce Royaume ! Rien du tout ! Le trône de Karia m’a pris tout ce que j’avais. Mes parents, mon identité et mon honneur ! Je laisse le trône à qui le veut !
-Vous êtes un imbécile doublé d’un irresponsable ! rétorqua Aenerys. Vous ne pensez qu’à vous… Ces raisons ne sont pas valables pour refuser de prendre vos responsabilités.
-Et une malédiction, est-ce que c’est une raison assez valable pour vous ? demanda Linyia d’un ton de défi.
Je tournai le visage vers elle, le souffle coupé. Comment pouvait-elle leur dire ? Comment pouvait-elle faire ça sans me le demander avant ? Je sentis mon cœur se serrer… Lorsque Linyia croisa mon regard, je vis la surprise dans le sien.
-Mais de quoi est-ce que vous parlez, enfin ? demanda Anaerys.
Je détournai le regard de Linyia et me rassis sur le lit, baissant le visage, refusant de croiser à nouveau le regard de celle qui venait de me planter un poignard dans le cœur. Je ne répondis pas à la question de Anaerys. Puisque Linyia avait commencé, autant qu’elle finisse d’expliquer. Moi, je ne m’en sentais pas le courage.
-Alastar a été maudit lorsqu’il était bébé, sur ordre du Roi Daïsidor. Lorsqu’ils ont été envoyés en exil, un mage accompagnait l’escorte et Alastar a été maudit. Il ne peut aimer une femme sans lui faire du mal physiquement.
Ce fut le silence pendant un instant. Je gardai les poings et les dents serrés. C’était la dernière chose dont j’avais envie de leur parler. J’aurais cru que ce serait Norris, à cause des découvertes de Korgul, qui en parlerait… mais c’était Linyia…
-Je crois qu’il vaut mieux que nous retournions nous coucher pour assimiler toutes ces informations, dit Caelina.
-Moi, je vais emmener notre jeune ami prendre un peu l’air, dit Arkanis. Une petite balade au clair de lune lui fera le plus grand bien après les émotions qu’il a eues ce soir pendant le combat. Allez, venez Exall.
Arkanis força le jeune homme à se lever et un par un, nos compagnons de route quittèrent la chambre. Même Jorel sortit, refermant la porte derrière lui. Je restai silencieux, immobile.
-Alastar… murmura Linyia.
-Pourquoi leur en as-tu parlé ? dis-je la voix étranglée.
-Il le fallait… Tu…
-Non, dis-je en me levant. Non. Ce n’était pas nécessaire.
-Anaerys aurait continué à te traiter d’égoïste et de…
-Ce n’était pas une raison ! dis-je en la regardant à nouveau droit dans les yeux. La décision m’appartenais de leur parler ou non de ma malédiction, Linyia. Tu n’aurais jamais dû t’arroger ce droit. Jamais. Je me moque de ce que les gens peuvent penser de moi en apprenant que je suis le fils d’Adarielle de Karia. Il y a longtemps que j’ai pris ma décision à ce sujet et je ne le regrette pas. Mais ça… Ca ne regarde que moi et moi seul.
-Mais je voulais simplement t’aider…
-En criant sur les toits que je suis maudit ? Dans ce cas, abstient toi de m’aider, Linyia.
Je me dirigeai vers la fenêtre et appuyai mes mains sur le montant, essayant de me calmer. J’entendis Linyia avancer vers moi… Elle posa sa main dans mon dos…
-Je suis désolée…
-Pas autant que moi. Tu ferais mieux de dormir. Demain, nous prenons la route de bonne heure. Nous avons du chemin à faire avant d’arriver à l’antre de ce nécromancien, dis-je sèchement.
Je sentis les doigts de Linyia se crisper sur la chemise… Puis, elle alla se coucher et je n’entendis plus que le bruit étouffé de ses sanglots. Je regardai un instant la lune, laissant mes propres larmes couler. C’était probablement mieux ainsi…

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Starman le Ven 21 Mai 2010 - 20:46

Le matin se lève à peine que je suis déjà debout, la soupe qui sert de petit déjeuner à moitié finie. Je suis le premier debout pour l’instant. Non pas que j’en ait très envie : la seule chose qui m’empêche de m’allonger sur la table est la peur de vomir, ce qui n’arrange pas mon humeur. Fichue gueule de bois.

Boah, allez , c’est pas s’y terrible.

Pas si terrible ? J’étais en train de dormir et quand j’ai ouvert les yeux, tu étais torse nu en train de taper sur des assiettes avec des cuillères en bois, et à chanter des trucs que je ne comprenais même pas ! L’aubergiste devait être ravi.

Ouais, j’ai le rythme dans la peau, je sais. Quand à l’aubergiste, bah, disons que je lui ait tapé dans l’œil. Littéralement.. Et n’appelle pas la complainte de la Route vers l’Enfer « trucs ».

La complainte de la Route des Enfers? C’est quoi, ça, un chant barbare imbécile ? Et pourquoi torse nu, d’abord ?

Non, non, on n’a pas ce genre de trucs , nous. C’est un machin que j’ai entendu une fois il y’a longtemps, j’aime bien c’est tout. Quand au torse nu, bah ! J’aime pas porter des trucs sur le dos.

Encore heureux que j’ai évité le slip en peau de bête alors.
Je passe sous silence les protestations comme quoi il s’agit de calomnies et qu’il a toujours porté le pantalon, sauf cette fois à Shardizar où il a du affronter les gardes d’un mari jaloux juste devant le lit de la donzelle, distrait par l’arrivée en bas de l’auberge d’un deuxième membre de la Communauté, en l’occurrence la chasse gardée d’Alastar, Linya. Elle n’a pas l’air en grande forme.

Ouais, héhé. Avec la malédiction de l’autre, elle doit pas s’amuser tous les jours en même temps, même pas de bagatelle ni rien . Tu crois que si je lui demande gentiment , elle et moi on pourrait…

Tu en as assez fait pour aujourd’hui. Elle prend son bol de soupe et s’installe juste en face de moi.
« Mal dormi, me risquais-je , bien conscient qu’elle ne « m’avait pas à la bonne », comme dirait mon encombrant locataire.
-Ho, ça va, vous, retournez à vos tours de passe-passe et mêlez-vous de vos affaires ! »

Elle t’a mouchée. Tu sais vraiment pas t’y prendre avec les femmes. Ce qu’elles veulent, c’est de la fermeté. Je suis sur que l’autre crétin la tient comme ça, elles aiment sentir qu’elles sont dominées et….

J’isole son discours sans intérêt et me laisse aller à un sourire, tandis que les autres membres du groupe finissent par descendre et vont chercher leur propre gamelle.
« Mes tours de passe-passe. Ben voyons.
-Oui. N’allez pas croire que parce que la discussion a dérivée sur Alastar, on vous a oublié. »
Je sens que les autres s’approchent de la table , sans doute attirés par la conversation.
« Vous feriez sans doute mieux, « d’oublier », repris-je, agacé par son ton méprisant.
-Ha ? Et pourquoi cela ?
-Ho, je ne sais pas…..Peut être parce qu’ un des ces quatre matins, vous aurez juste du mal à vous lever. »
Elle se raidit, et de même qu’Alastar , qui visiblement prend mal que l’on parle à sa favorite sur ce ton. Peu importe je ne suis pas d’humeur aujourd’hui.

Bas-ton, bas-ton !

« C’est une menace, intervient-il, la main posée sur la garde de son épée.
-Ho, je n’ai pas du être assez clair. Difficile quand on parle à des macaques. Toi continuer embêter moi, moi massacrer toi. Toi y’en a comprendre ? »
J’ai à peine le temps de voir l’épée sortir de son fourreau. Je n’ai pas le temps de faire un geste, que soudainement, je me jette du ban, esquivant l’attaque supposée me fracasser le crâne, tout en saisissant une chope vide qui traîne. Me relevant d’une roulade en arrière, je lance la chope sur Alastar, qui la reçoit de plein fouet. Je profite alors de l’occasion pour lancer une incantation.

« Strändj H’euhlcq Cyttorak. »

Soudain , des sortes de menottes d’énergie mystique se forment autour des jambes et des poignets d’Alastar, le mettant à genou. Il essaie de se débattre, mais c’est peine perdue. Déjà les chaînes pourpres de Cyttorak s’unissent, l’empêchant de se relever.
« Lâches-moi espèce de sale petit….
-Désolé mais non. »

Oùla, il s’est passé quoi, là ? J’ai vaguement pensé éviter le coupe-chou de l’autre là, et t’as bougé ? Je ne te connaissais pas d’aussi bons réflexes, petit.

Il a raison. Korgul n’a pas eu le temps d’intervenir, et nous n’avons de toute façon jamais échangé nos places aussi rapidement. Que se passe-t-il ?
Je suis interrompu dans nos réflexions par le reste du groupe qui commence à se lever pour intervenir. Je lève la main vers eux, index et majeur pliés prêt à lancer un autre sortilège. La menace et la distance les dissuadent. Je lis sur leurs regards une expression que je connais très bien : la peur.
« Quelqu’un d’autre a des questions sur mes « tours de passe-passe » ? »
Seul le silence répond à mes paroles.
« Bien ce qu’il me semblait. »
D’un geste, je dissipe les Chaînes Pourpres de Cyttorak, laissant Alastar s’effondre au sol, à bout de souffle. Sans ajouter un mot, je monte les escaliers préparer mes affaires. C’est bien ma veine.

Je crois que tu t’es fait de nouveaux amis, mon gars.

J’aurais de la chance s’ils ne prennent pas la fuite dans la minute oui. Il va falloir que je réfléchisse au tour des évènements. Mes préparatifs furent vite terminés, je n’avait pas grand chose sur moi de toute façon. Du coup, je pense beaucoup à ce qui vient de m’arriver. Si je connaissais des cas théoriques de partage de corps, aucun n’avait duré aussi longtemps que Korgul et moi.

Et ouais on en a fait du chemin ensemble. On est comme un vieux couple. Toujours à se tirer dans les pattes.

En général le possédé se suicidait vite, s’il n’était pas brûlé par la populace. Du coup, je ne sais pas s’il y’a des effets secondaires dû à un partage trop long du même corps par deux âmes.

Comment ça des effets secondaires ?

Je ne sais pas justement. Peut être que maintenant , tu peux prendre le contrôle par réflexe, peut être que nous nous partageons nos expériences. Ou alors peut être que nos deux âmes sont en train de se mêler et commencent à n’en faire qu’une.

Ha ouais ? Marrant.

Non, ce n’est pas marrant. Qui sait jusqu’où ça peut aller. Peut être qu’un corps ne peut pas supporter longtemps la présence de deux éléments qui devraient n’être qu’en un seul exemplaire et que nous allons finir par mourir.

M’en fiche, je suis déjà mort. Mais je comprend que ça te pose problème ceci dit. Ha, qu’il est libérateur d’être mort une fois.

Soudain, je sens une présence dans mon dos. Quoi, Alastar a déjà envie de me tuer dans le dos ? Je tourne la tête, et constate qu’il ne s’agit que de la soi-disant prêtresse d’Anator, Aenerys.
« Quoi donc, fis-je , essayant de ne pas paraître trop agacé, tout en reprenant le tri de mes affaires.
-C’est une belle prestation que vous avez livré en bas, ainsi que l’autre jour.
-Ha oui ? Et tu veux quoi, m’égorger ?
-Pas exactement. Je me demandais juste …. »
Je me retourne une fois de plus , intrigué. Elle semble s’efforcer de paraître le plus aimable possible.
« Vous vous demandez quoi ?
-Je me demandais juste si…. Vous pourriez m’apprendre ? »

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Lena le Mar 29 Juin 2010 - 19:50

La prêtresse attendait la réponse, s’efforçant toujours de paraître aimable. Elle détestait être dans une position où elle demandait une faveur. Et où, bien entendu, la faveur pouvait lui être refusée.

« Pourquoi je ferais ça ? »

Et ça n’avait pas raté. La prêtresse se mordit les lèvres. Elle avait failli dire « parce que je vous l’ordonne. » C’était sans doute la dernière chose à faire pour obtenir ce qu’elle désirait. Elle prit quelques instants avant de répondre, cherchant le meilleur moyen de convaincre le nécromancien. N’en trouvant aucun, elle avança la première idée qui lui passa par la tête, soudain consciente d’avoir quelques lacunes dans le domaine de l’argumentation.

« Pourquoi vous ne le feriez pas ?
- Ferme la !
- Pardon ? »

La jeune femme avait ouvert de grands yeux et il lui avait fallu faire preuve d’une maîtrise d’elle-même dont elle ne se serait jamais crue capable pour ne pas envoyer promener l’insolent.

« Pas à vous que je parle.
- Ah...lui. Bien je préfère cela. Alors ? Qu’en est-il de ma requête ? M’apprendrez-vous votre magie ?
- Je ne sais pas. Ça risque d’être une perte de temps pour vous et pour moi. La plupart des gens ne possèdent même pas les capacités pour manipuler les énergies magiques. »

Piquée au vif, la jeune femme rétorqua, beaucoup plus sèchement :

« Squik ! J’ai eu des pouvoirs que vous n’imaginez pas !
- Des mots. »

Elle sentait la colère monter en elle. C’était une chose dont elle n’aurait jamais eu à faire l’expérience, avant : voir sa propre parole remise en doute. C’était...intolérable ! La prêtresse imagina un instant le plaisir qu’elle aurait à foudroyer le nécromancien sur place pour l’encourager à lui obéir et grimaça. L’idée avait un côté ironique assez désagréable. Il allait falloir qu’elle apprenne à faire preuve de tact pour se faire entendre désormais. Elle réprima une autre grimace. Elle avait toujours détesté l’art de la diplomatie.

« Je suis capable de manipuler les énergies magiques. De toute façon, vous n’avez pas grand-chose à y perdre.
- J’y réfléchirai. »

Aenerys ouvrit la bouche pour réclamer une réponse immédiate. Réalisant que c’était sans doute là le meilleur moyen d’obtenir une réponse négative, elle se contenta d’acquiescer et repartit vers sa chambre pour y faire ses paquets. Cette entrevue ne s’était pas déroulée comme prévue. Elle en gardait une sensation de frustration assez pénible qu’elle arrivait à peine à repousser en songeant qu’au moins, elle ne s'était pas heurtée à un refus d’emblée catégorique.

Lorsque, une bonne demi-heure plus tard, elle arriva dans la salle commune, la frustration s’était à peine atténuée. C’est à peine si elle remarqua les paquets et autres sacs des autres membres du groupe, empilés dans un coin de la salle, prêts à être emportés. Leurs propriétaires étaient assis autour d’une table, sur laquelle avait été étalée une carte. En s’approchant, la jeune femme reconnu les contours d’Anatidia. Lorsqu’elle fut à hauteur de la table, elle réalisa que les frontières avaient bien changé, à l’intérieur du continent. Karia avait gagné en importance, tandis que l’empire d’Osyhria et les terres goranaises avaient considérablement diminués.

« Moi je vous assure qu’il n’y a pas besoin de prendre ce pont. En cette saison, on peut traverser à gué à des dizaines d’endroits le long du fleuve.
- Et ça change quoi en fait ?
- Ça nous fait gagner cinq jours au moins !
- En prenant des risques.
- Aucun risque. Il n’y a rien de moins traître que le fleuve Neoptera en été. Ça me rappelle cette histoire que mon oncle, Astor Pehrk, nous racontait. Il voyageait beaucoup. Une fois il...
- Bon ça suffit ! Très bien Caelina, nous prendrons le gué. Est-ce que vous pouvez m’indiquer le plus proche sur la carte ? »

Le teint de la rôdeuse vira à l’écarlate.

« J’ai jamais rien compris aux cartes. Mais je reconnaîtrai quand nous y serons ! »

Avec un soupir, l’auto-désigné chef du groupe regarda la carte un instant. Il finit par acquiescer, marmonnant qu’ils ne perdaient pas grand-chose à essayer. Puis il plia la carte et suggéra que l’on se mette en route sans tarder. Chacun des membres du groupe se leva pour aller chercher son sac. La prêtresse fronça les sourcils.

« Et le nécro…et Norris ? L’avez-vous prévenu du départ ? »

Elle eut droit pour seule réponse à un silence embarrassé, plus éloquent que n’importe quelle parole. Une brève pensée vint effleurer son esprit, lui arrachant un sourire.

« Je vois. M’attendrez-vous ? Mes affaires sont prêtes, je n’en ai que pour quelques secondes. »

Joignant le geste à la parole, elle se dirigea d’un pas rapide vers les escaliers. Toutefois, au lieu de se diriger vers sa chambre, elle alla directement frapper contre celle du nécromancien. Après une bonne minute, il consentit à venir ouvrir, avec l’air caractéristique de celui qui vient de se réveiller.

« Les autres sont sur le point de partir. Si vous voulez être du voyage, vous avez intérêt à vous dépêcher. »

***

La journée se déroula sans incident notable. Aenerys avait profité du voyage pour réitérer sa demande auprès du nécromancien, arguant qu’il lui devait bien ça, que sans elle il se serait retrouvé à voyager seul. L’issue de l’échange fut, cette fois, nettement plus acceptable. La jeune femme avait failli se vexer, lorsque Norris lui avait proposé de lui donner un ou deux cours et de voir alors comment elle s’en sortait. Mais elle n’avait rien dit, songeant qu’elle pourrait lui montrer très rapidement de quoi elle était capable. Ragaillardie par la perspective de bientôt retrouver des pouvoirs, la prêtresse n’avait fait aucun commentaire sur la longueur du trajet, ni sur cette douleur dans les pieds qui rendait la marche fort désagréable. Elle s’était montrée d’une compagnie presque plaisante, du moins de son propre point de vue, et ce jusqu’à ce que le groupe s’arrête pour la nuit.

Après un repas rapide, plusieurs membres du groupe se réunirent autour du foyer, momentanément éteint, pour discuter. Il sembla à Aenerys que la barde muette s’était mise à...émettre de la lumière, d’une manière étrange, discontinue. Elle regarda mieux, songeant un instant que, peut-être, ses yeux lui avaient joué un tour. De fait, le phénomène, quel qu’il soit, s’était interrompu. Elle avisa Alastar, qui avait choisit de se mettre à l’écart et qui, rapidement, fut rejoint par la voleuse. Puis elle aperçut le nécromancien, seul également, et occupé à lire un épais volume. La prêtresse fut prise d’inquiétude à l’idée qui lui faudrait peut-être lire plusieurs de ces livres avant d’être capable de lancer le moindre sort, mais chassa rapidement cette idée. Ça n’avait pas été le cas lorsqu’elle avait appris à utiliser les dons d’Anator, il n’y avait pas de raison pour que cette fois soit différente. Sans hésitation, elle se dirigea vers son futur professeur.

« Alors, ce cours ? »

Après quelques secondes, l’homme leva le nez de son livre.

« Maintenant ?
- Non, le mois prochain. A votre avis ? »

La prêtresse regretta aussitôt ses paroles. Il pouvait encore refuser, ou choisir de remettre le cours à plus tard, ce dont elle n’avait aucune envie. Finalement, à son grand soulagement, il ferma son livre et l’invita à s’assoire.

« Alors pour commencer, il faut que tu saches qu’utiliser la magie peut être dangereux. Tu ne dois pas lancer un sort si tu ne sais pas exactement ce qu’il produira.
- J’en suis parfaitement consciente, venez-en aux faits.
- De plus, il ne faut jamais oublier que la magie, c’est pour les lâches. »

La remarque fit taire l’impatience de la jeune femme pendant quelques instants. Le nécromancien paraissait troublé par ce qu’il venait de dire.

« Pardon ?
- Je...rien. Donc, vous savez que la magie est un art difficile. Deux choses y sont primordiales : la source du pouvoir et ce que vous faites de cette source. Certains choisissent d’utiliser leur propre corps comme source d’énergie. A moins de posséder des dons exceptionnels, c’est une méthode qui requiert énormément de travail, pour des résultats souvent assez faibles. Pour ces...magiciens, il sera notamment très difficile, voire impossible de lancer deux sorts à la suite sans en subir des conséquences très désagréables. Ce n’est pas la source que j’utilise, mais j’y reviendrai. »

La prêtresse réprima une grimace. Si ce n’était pas la source qu’il utilisait, à quoi bon lui expliquer tout cela ? Elle le savait déjà. Elle avait déjà pratiqué la magie et savait pertinemment que les mages utilisant leur énergie comme source n’allaient jamais très loin. Et elle-même utilisait avant des pouvoirs de source divine, issus du dieu de la magie lui-même. Autant dire qu’alors ses pouvoirs étaient, virtuellement, illimités.

« Tu n’écoutes pas.
- Pardon ? Bien sûr que si ! Vous parliez des...sources de magie.
- Alors tu peux me dire quelles sont les sources propres à la nécromancie ? »

La jeune femme baissa les yeux et balaya du revers de la main une poussière imaginaire de sa robe. Elle crut entendre son professeur improvisé soupirer mais ne releva pas la tête pour vérifier. Plusieurs secondes s’écoulèrent avant qu’il se décide à reprendre, d’une voix où perçait l’agacement :

« Il existe neuf seigneurs infernaux qui émettent de la magie plus ou moins volontairement. Le nécromancien se connecte à l’un d’entre eux pour y puiser l’énergie du sort dont il a besoin. »

La prêtresse faillit pousser l’audace jusqu’à ponctuer l’explication par un ‘j’allais le dire’. Elle se contenta d’hocher la tête, encourageant Norris à continuer.

« Lorsqu’il lance un sort pour la première fois, le nécromancien passe une sorte de contrat avec un seigneur infernal, dont il tirera tous ses pouvoirs. »

Le professeur sortit un livre de son sac.

« Tu trouveras dans les premières pages de ce livre une description de chacun des neuf seigneurs. La première chose que tu devras faire, c’est en choisir un. C’est un choix important, tu peux y passer plusieurs jours, si nécessaire. Je ne peux plus rien pour toi tant que ce ne sera pas fait. »

La jeune femme soupira, attrapa le volume et commença à le feuilleter. Comment choisir ? Les illustrations étaient toutes plus hideuses les unes que les autres. Celui –ou celle- qui avait dessiné ces êtres démoniaques n’avait absolument aucun style. Et que dire des noms des neuf seigneurs ? Ils étaient imprononçables, ou simplement moches : Xel’naga, Axolotl, Theki’toi. Le pire était sans doute celui-là : Mxyzptlk. Elle avait survolé les descriptions, elles se ressemblaient toutes beaucoup. Comment choisir autrement qu’au hasard ?

La prêtresse leva les yeux vers son professeur. Il avait repris la lecture qu’elle avait interrompue en arrivant. Elle s’éclaircit la gorge, espérant qu’il lèverait les yeux et lui proposerait son aide. Mais plusieurs minutes s’écoulèrent sans que le nécromancien fasse seulement mine de l’avoir entendue. La jeune femme grimaça. Alors ce serait tout pour cette fois. C’était tout de même nettement moins intéressant que prévu. Il ne lui restait plus qu’à prendre son mal en patience, et souhaiter que le prochain cours soit un peu plus constructif. Avec un soupir, elle commença à lire les descriptions avec un peu plus d’attention. Mxyzptlk...

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Scieszka le Mar 2 Nov 2010 - 21:30

Cela faisait plusieurs heures que nous chevauchions sous une pluie battante, pataugeant dans la boue qui bordait la rivière. Chacun commençait à regretter qu’Alastar ait fait confiance à Caelina, toute rôdeuse qu’elle soit. Les détours avaient été nombreux avant d’atteindre le cours d’eau, qui s’était révélé infranchissable. Pour ma part, j’étais persuadée que, si nous avions fait le détour par la route pour rejoindre le pont, nous n’aurions pas perdu de temps. J’avais la fâcheuse impression que les souvenirs de notre guide improvisée n’étaient pas très fiables, ou qu’ils étaient très anciens. Notre seule consolation était d’avoir pu garder les chevaux, et de ne pas être enfoncés jusqu’aux mollets dans la gadoue. Cependant, nous avancions lentement, et le moral général était au plus bas, sans compter le fait qu’un certain malaise s’était instauré dans le groupe depuis qu’Alastar et Lynia avaient insisté pour partir en catimini sans Norris, ce que nous aurions fait si Aenerys ne s’était pas mêlée de le prévenir. Depuis, elle était devenue son élève en magie noire, ce qui n’avait guère contribué à dissiper la tension.

Cela faisait maintenant huit jours que nous avions quitté l’auberge. Nous avions profité de notre passage dans un lieu habité pour regarnir nos fontes de provisions autant que possible. Nous ne savions pas combien de temps s’écoulerait avant de traverser à nouveau un village. Une fois sortis du pays de forêt, nous avions coupé à travers des landes plus ou moins marécageuses, où nous avions progressé avec la plus grande prudence de peur qu’un des chevaux se blesse. Nous avions ensuite rejoint une piste qui permettait d’entrer dans une petite chaine de collines à travers un défilé qui ressemblait terriblement à un coupe-gorge. Heureusement, rien de fâcheux ne nous était arrivé. Après un certain nombre d’escalades sur des chemins plus ou moins tracés où les chevaux pouvaient à peine passer et où nous avions dû démonter, autant de descentes, toujours à pied, quelques cols et beaucoup de sueur, nous étions arrivés de l’autre côté. En redescendant des collines, nous avions aperçu au loin la rivière. Ce jour-là, l’humeur générale s’était un peu améliorée : au moins, nous avions la sensation d’avoir presque accompli la première étape de ce voyage.

Cela n’avait malheureusement pas duré : en fin de journée, le ciel s’était assombri, et une pluie abondante s’était mise à tomber sans discontinuer. C’était la deuxième matinée que nous subissions ce déluge, et, outre le fait d’être trempé jusqu’aux os et de n’avoir pu allumer de feu pour le camp deux soirées consécutives, le terrain qui descendait en pente douce vers la rivière s’était peu à peu transformé en bourbier. Lorsque nous avions atteint la rivière, nous n’étions évidemment pas encore parvenus au gué, et nous avions décidé de la longer, ce qui n’arrangeait rien à l’humidité ambiante. Nous étions terriblement sales, détrempés et frigorifiés malgré la température relativement clémente de cette fin d’été.

Seuls Arkanis et Navet semblaient échapper au climat morose. Le jeune garçon semblait indifférent à la pluie et enthousiaste comme toujours à l’écoute des curieuses leçons de son maître autoproclamé. Ce dernier était présentement en train de lui expliquer les propriétés de certains navets bien particuliers qu’on ne trouvait que dans des endroits bien précis du Pays Gnome, et qui avaient prodigué les plus grands bienfaits à divers membres de son innombrable famille.

« Vois-tu, mon jeune ami, le Pays Gnome est invisible et indétectable pour le commun des mortels. Pour le découvrir, il faut être accompagné d’un authentique gnome – ce que, sans vouloir trop rajouter à mes remarquables qualités, je suis tout à fait. Si tu veux, un jour, je t’emmènerai.
- Mènerai ?
- Oui, mon brave Navet. Et ce merveilleux tubercule dont je t’entretenais tantôt se trouve là. Mon grand-oncle Culbert en cultivait ; cela lui a d’ailleurs permis de bâtir une immense fortune, car ils sont fort rares et recherchés.
- Forrarérecherchés.
- Tout à fait. Sais-tu ce que ma grande cousine Athénaïs fit lorsque son fils se trouva sérieusement malade d’une pneumonie pour avoir tenu l’audacieux pari de plonger dans la mare aux canards derrière la ferme en plein hiver ?
- Navet ?
- Exactement mon garçon ! Tu apprends vite ! Elle en fit une décoction qu’elle lui fit inhaler puis la lui appliqua sur la poitrine pendant trois jours. Au bout de ce temps, l’enfant crachait du feu, mais il était guéri. Il suffit de lui faire avaler une soupe au navet de Ghûn pour faire disparaître le petit effet secondaire.
- Sekonnéféterre, sekonnéféterre, a pus ?
- Mais tout à fait, mon excellent Navet. Et mon cousin Chrodegang, lui… »

Il fut interrompu dans sa logorrhée par un cri de la rôdeuse. Tout le monde sursauta ; Alastar et Exall eurent le réflexe de dégainer leurs armes. Caelina était descendue de cheval ; un immense sourire barrait son visage. Chacun soupira de soulagement, nos deux chevaliers blancs rangèrent leur coupe-chou, et tout le monde se sentit plus détendu quand elle annonça qu’elle reconnaissait l’endroit et que nous n’étions plus qu’à quelques pas de ce fameux gué. Nous nous hâtâmes vers l’endroit qu’elle nous désignait.

Évidemment, étant donné que le ciel continuait à se déverser sur nos têtes, le niveau du cours d’eau avait sérieusement augmenté. Là où le gué était ordinairement très facilement traversable avec de l’eau jusqu’aux cuisses et un courant assez faible, l’eau atteignait maintenant les épaules d’Alastar, et le courant avait forci. Cependant, la rôdeuse n’avait pas menti quand elle disait que la rivière n’était guère traître : le sol semblait ferme et sûr sous le flot, et le courant n’avait rien de celui d’un torrent. Nous prîmes cependant la décision de passer à cheval pour plus de sécurité. Cela s’annonçait facile. Nous nous offrîmes le luxe d’attendre avant de nous engager : comme nous étions désormais au milieu de la journée, nous cherchâmes le meilleur abri possible sous les frondaisons pour déjeuner.

Le repas ne fut guère chaleureux. Nos vivres commençaient à diminuer sérieusement, et l’humidité ambiante nous interdisait d’allumer le moindre feu, malgré les navrantes tentatives de ce charlatan de gnome, qui essaya même d’enflammer quelques brindilles détrempées qu’il avait maladroitement empilées à l’aide d’une de ses maudites potions à base de navet. Son échec l’entraîna dans un long discours que personne n’écouta, hormis l’enfant sauvage. Le spectacle était désolant. Pour couronner le tout, nous étions inquiets de l’état du bras d’Exall : la blessure qu’il avait récoltée lors de l’extravagant sauvetage des prostituées s’était plutôt bien soignée, mais il avait toujours une gêne, et tenait son bras en écharpe. Depuis que la pluie avait commencé de tomber, il s’était mis à se plaindre de douleurs, et était devenu plus pâle. Il était à craindre que l’humidité provoque une infection de sa blessure pas tout à fait guérie. Le jeune homme avait accueilli avec scepticisme la proposition de remède-miracle d’Arkanis, et, étrangement, ce dernier n’avait pas insisté. Peut-être avait-il, pour une fois, compris la signification peu amicale du regard appuyé que plusieurs membres de la compagnie lui avaient adressé lorsqu’il avait formulé sa suggestion.

Aenerys était de plus méchante humeur encore que de coutume, ce jour-là. Je ne savais si elle avait essuyé des échecs inattendus au cours de son nouvel apprentissage, ou si cela était seulement dû à l’état lamentable de sa garde-robe, comme ses fréquents marmonnements pouvaient le laisser penser :

« Me faire porter ces frusques, à moi… Et bleues, en plus, bleues… Je ne sais pas si je dois me réjouir que la boue en cache la couleur, maintenant… Mon royaume pour un bain !... C’est vrai que je n’ai plus de royaume… Mais par Anator, pourquoi bleues ? Squiiik… Encore heureux que je sois à cheval, mais cette satanée boue… »

C’est dans cet état d’esprit que nous entreprîmes de traverser la rivière. Alastar, prenant comme toujours la direction des opérations, nous fit mettre en file indienne. Personne n’était d’humeur à contester : pour une fois, nous étions unanimes dans notre envie d’avancer le plus loin possible et si possible laisser cette pluie incessante derrière nous. Il entra le premier dans l’eau, droit sur son cheval, la tête haute, fier comme un paon, avec en croupe Lynia, qui s’accrochait plus fort à lui que la situation ne l’exigeait, et la créature qui les accompagnait, toujours aussi indifférente à ce qui l’entourait. Tous le suivirent, menant prudemment les chevaux dans le gué.

Alastar était aux trois quarts de la traversée, et nous étions tous entrés dans l’eau lorsque cela se produisit. Avant que nous puissions comprendre ce qui se passait, héros, dulcinée, créature et cheval furent culbutés et se trouvèrent à patauger lamentablement tout en essayant de lutter contre le courant. Une sorte de lutin géant avait surgi brusquement de l’eau, sans prévenir. Il s’en prit ensuite à la monture que je partageais toujours avec Exall, aux cris de « Kishnouuuuu ! ». Surpris, nous n’eûmes pas le temps de nous défendre, et nous fûmes désarçonnés et précipités dans l’eau. Sous nos yeux médusés, l’elfe s’en prit ensuite au cheval monté par Aenerys. Il bondit sur elle, toujours en vociférant le nom de sa déesse bien-aimée, et fut reçu par le pied de la prêtresse, qui lui donna un grand coup. Il tomba à la renverse, à moitié assommé, tandis que notre compagne s’emportait :

« Ah, ça suffit maintenant ! J’en ai assez, assez, assez ! Squiiiiiik ! Comme si la journée n’était pas assez mauvaise comme ça ! Allez, ouste!»

A notre grande surprise, l’elfe, ne demandant pas son reste, obéit à son injonction, et disparut. Nous reprîmes nos esprits, et achevâmes de traverser le cours d’eau. Le bilan n’était guère fameux : le niveau des vivres était bas, la pluie martelait toujours, nous étions plusieurs à être trempés jusqu’aux sous-vêtements, sans pouvoir nous sécher ni nous changer, mon luth commençait à souffrir sérieusement de l’humidité, et pour couronner le tout, Exall, fragilisé par sa blessure, s’était démis l’épaule en tombant de cheval. Cependant, nous avions franchi une étape de notre voyage : la rivière était passée. Nous touchions presque au but.
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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Mélanie Mustang le Sam 6 Nov 2010 - 19:56

Une fois la rivière traversée et l’épaule de Exall remise en place, nous prîmes la décision de marcher pendant encore une heure afin de nous en écarter. Le ciel lâchait toujours des trombes d’eau, nous empêchant de nous sécher après notre bain forcé.
Certainement comme la plupart de mes compagnons, la traversée de la rivière n’avait pas arrangé mon humeur. J’étais trempé et fatigué physiquement et mentalement. Heureusement, nous arrivâmes à une grotte dont le sol était sec.
Le visage de tous s’éclaira lorsque je proposai de s’arrêter pour ce jour-là. Aucun ne se fit prier pour se mettre à l’abri et s’asseoir. Mais la bonne humeur retomba lorsque nous nous rendîmes compte que nous passerions la nuit sans feu. Nulle part il n’y avait de bois sec. Nous nous résignâmes donc à manger froid.
Puis nous instaurâmes un tour de garde pendant la nuit. Je décidai de prendre le premier quart, et personne ne protesta. Je m’installai à l’entrée de la grotte, restant au sec, pendant que les autres s’éparpillaient dans la grotte pour se reposer.
La pluie tombait inlassablement et je l’observai pendant un long moment. Sans vraiment faire attention, observant l’extérieur, je me mis à faire tourner la bague de mon père autour de mon doigt. Son contact me réconfortait, me réchauffait, dans toutes les circonstances. Grâce à elle, j’avais l’impression que mon père était toujours près de moi. Non pas que je crois particulièrement aux esprits, mais penser que mon père pouvait veiller sur moi malgré tout était réconfortant.
-Je peux m’asseoir près de toi ?
Je tournai la tête vers ma gauche pour voir Exall, debout à mes côtés.
-Si tu veux, dis-je. Mais tu ferais mieux de te reposer. Tu as mauvaise mine.
-Je ne suis pas fatigué, mentit-il en s’asseillant.
-Comment va ton bras ?
-Ca peut aller… C’est douloureux, mais ça ira mieux demain…
Nous restâmes silencieux un moment en regardant la pluie tomber.
-C’était la bague du Chevalier Atalasion, n’est-ce pas ?
Je posai les yeux sur la chevalière qui arborait le symbole des Chevaliers de Karia.
-Oui. Avec mon épée, c’est la dernière chose qu’il me reste de mon père.
-Moi aussi je n’ai plus que son épée. Tu sais… mon père a toujours été fidèle à la mémoire du Premier Chevalier et…
-Exall.
Le jeune homme se tut.
-Nous avons déjà eu ce genre de conversation. Et tu sais déjà comment cela se terminera. Inutile d’aller plus loin.
-A cause de ta malédiction ?
Je serrai les mâchoires, agacé de devoir expliquer mes raisons.
-En partie. Ecoute, ce royaume a rejeté les Chevaliers de Karia. J’ai entendu les gens parler après les exécutions. Tous pensent que le Roi a eu raison de démanteler l’Ordre et de faire exécuter les Chevaliers. Ils n’ont pas besoin que nous reformions cet Ordre. Et même si tu arrivais à le reformer, je n’ai aucunement l’intention d’en prendre la tête, même si nous retrouvons le Talisman d’Erkandor.
-Alors, pourquoi le chercher ? Ne me dis pas que tu as l’intention de le remettre au commanditaire qui va payer la somme pour laquelle nous sommes tous partis ? Tu ne peux pas remettre cet objet sacré à…
-Calme-toi, Exall, dis-je en parvenant à sourire légèrement. Autrefois, nos pères ont juré de retrouver le Talisman et de le mettre en sécurité jusqu’à ce que le vrai descendant d’Erkandor se fasse connaître. Je n’ai pas l’intention de bafouer leur vœu. Mais j’ai besoin du Talisman pour me débarrasser de ma malédiction.
-Tu penses pouvoir l’utiliser ?
-Je suis descendant d’un Chevalier de Karia. J’espère pouvoir l’utiliser, en effet.
-Et si tu n’y parviens pas ?
-Alors, je trouverai un autre moyen…
Nous restâmes silencieux un moment. Je sentais la déception de Exall face à mon entêtement à refuser les responsabilités de mon père. Mais ma décision était prise. L’Ordre de Karia avait disparu en même temps que le dernier descendant d’Erkandor. Et cet homme serait le seul aujourd’hui capable de me convaincre de prendre la suite de mon père. Mais il n’y avait aucune chance pour qu’il se fasse connaître maintenant s’il existait.
-Tu sais, Exall, je suis content de t’avoir rencontré.
-Tu es sérieux ?
-Oui. Parce que grâce à toi, je sais que tous les Chevaliers n’avaient pas abandonné mon père. Et cela me réchauffe le cœur. Et je sais qu’il en serait de même pour lui s’il était toujours de ce monde. Mais je te demande d’être plus prudent si nous venons à rencontre d’autres Ombres. Ne me refais pas le même coup que l’autre fois, s’il te plait. Si tu veux reformer l’Ordre de Karia, il faut que tu reste en vie. Et te sacrifier maintenant ne t’aidera pas à atteindre ton but.
-Oui… Tu as raison… Désolé.
-Tu es encore jeune. Tu dois juste gagner en sagesse. Cela viendra avec le temps.
-Merci, Alastar.
Je regardai ma chevalière.
-Qu’est-ce que tu compte en faire lorsque tu seras libéré de ta malédiction ?
Je souris.
-Je demanderai à Linyia de m’épouser. Et nous fonderons une famille. Je la transmettrai à mes enfants et leur raconterai comment leur grand-père était, quel héros il fut. Peut-être l’un d’eux voudra-t-il te suivre lorsqu’il sera adulte… je ne l’en empêcherai pas. Ce sera son choix. Et cette chevalière lui reviendra à ce moment-là.
-J’espère que d’ici là, j’aurai quand même réussi à reformer l’Ordre de Karia et réussi à te faire changer d’avis.
Je ne pus m’empêcher de sourire devant l’espoir du jeune homme.
-Je crois qu’il faudrait un miracle pour que j’accepte de prendre mes « responsabilités » quant au trône de Karia, Exall. Bon. Est-ce que tu te sens d’attaque pour prendre la suite de la garde ? demandai-je pour couper court à la discussion.
-Tu peux compter sur moi.
-S’il y a quoi que ce soit de suspect, vient me prévenir.
Exall acquiesça et je me dirigeai vers le fond de la grotte. Linya était allongée, tournée vers la paroi. J’hésitai un instant, puis, constatant que tous nos camarades dormaient, je m’approchai d’elle et m’agenouillai. Je l’observai dormir un instant et constatai que sa respiration était devenue plus irrégulière.
Je souris pour moi-même en me rendant compte qu’elle ne dormait pas. J’approchai ma bouche de son oreille et murmurai :
-Pardon.
Puis, je déposai un rapide baiser sur son front et m’éloignai de quelques pas pour aller m’allonger à mon tour.

Le lendemain matin, lorsque nous nous réveillâmes, nous vîmes avec plaisir que, malgré le ciel gris, il ne pleuvait plus. Au moment de partir, Linyia s’approcha de moi et plaça pendant quelques secondes sa main dans la mienne, me souriant. Je souris à mon tour, puis nous prîmes la route.
Réconcilié avec Linyia, je me sentais de meilleure humeure et le ciel gris ne put entamer mon optimisme quant à la suite de notre quête.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Macros le Dim 21 Nov 2010 - 22:47

La fin de la pluie rasséréna quelque peu l’ensemble de notre compagnie. Je devais bien admettre que ça n’était pas des conditions dans lesquelles un honnête gnome pouvait voyager, même si mon jeune camarade semblait s’être tout à fait accommodé de la situation. Le bain qui lui avait été administré de haute lutte à Torgas paraissait maintenant bien loin ! Pour être honnête, son état n’était guère pire que le mien, ou que celui de n’importe qui d’autre ici présent. Néanmoins, tout le monde semblait de meilleure humeur qu’auparavant, certains s’essayant même à plaisanter Aenerys sur sa ferme gestion du sympathique, mais turbulent elfe dévot. Et malgré ses réponses bourrues, il était assez facile de remarquer que l’épisode semblait l’avoir hautement satisfaite. J’imagine que mon petit neveu Childebert avait raison, il n’y a pas de problème qu’un bon coup de pied au visage de quelqu’un ne puisse régler. Ce qui était plus simple pour lui et son mètre cinquante que pour le gnome de constitution moyenne, il faut bien le dire.

Pour l’heure, Alsty était plongé dans une grande discussion avec Caelina, débattant du chemin à suivre. Me désintéressant de la discussion, je portais mon regard vers Norris, le seul à avoir encore la tête de quelqu’un ayant avalé un poisson à la fraicheur douteuse. En fait, maintenant que j’y pensais, cela faisait un petit moment qu’on ne l’avait plus entendu, occupé qu’il était à broyer du noir. Ce qui n’allait pas du tout.

« Eh bien, Chucky, comment ça se passe, l’enseignement ? »

Le regard qu’il me lança mêlait surprise et résignation.

« Ah. Cela fait donc une deuxième personne qui semble encore capable de m’adresser la parole. Ne me dites pas que vous voulez apprendre la nécromancie, vous aussi. »

J’écartais l’idée d’un geste de la main.

« Oh, par le Grand Horloger, non ! J’ai déjà beaucoup trop à faire pour me lancer dans un sujet aussi vaste. Et puis, ce genre d’affaire à tendance à finir tragiquement, mon cousin Nabérius n’est plus là pour en témoigner. Enfin, j’imagine qu’invoquer simultanément l’intégralité des avatars des seigneurs infernaux pour leur proposer une partie de poker n’était pas la meilleure des idées. Surtout quand ils se sont rendus compte qu’il trichait. »

Le magicien se contenta de secouer la tête, une expression d’incrédulité polie sur le visage.

« J’imagine aisément. Dites moi, ça n’a pas l’air de beaucoup vous déranger de voyager avec un nécromant possédé. Généralement, ça donne au moins à réfléchir. Un peu. Et surtout, les gens évitent de trop les ennuyer. C’est plus prudent. »

La dernière tirade avait été prononcé sur un ton on ne peut plus sinistre, résonnant d‘un étrange écho, accompagné d’un œil changeant brièvement de couleur pour devenir entièrement noir, alors que la température chutait de plusieurs degrés. J’observais le phénomène d’un air intéressé.

« Tiens, ça me rappelle la fois ou l’arrière grand père de mon beau frère a avalé un champignon enchanté. Il est littéralement devenu fluorescent pendant plusieurs semaines avant qu’on ne puisse… 
- Assez ! Tous les deux ! »

Le phénomène était passé, ne laissant qu’un jeune homme passablement exaspéré se couvrant le visage de la main. Apparemment, son invité ne le ménageait pas, et c’est d’une voix qui paraissait particulièrement lasse qu’il poursuivit.

« Parfois, je me demande si vous croyez vraiment à tout ce que vous racontez, ou si vous ne voulez pas rendre tout le monde fou autour de vous. 
-Bien sûr que j’y crois ! Je ne parle que de faits documentés qui ont ponctués la longue histoire du clan Jansen. Bon gnome ne saurait mentir ! Pour un magicien, je te trouve étonnamment sceptique. 
-Mais c’est absurde ! Vous voudriez me faire croire que des évènements aussi invraisemblables…
-Ah, c’est le drame de la famille Jansen, que d’être sans cesse confrontés à des esprits incrédules. Dis moi, Chucky, que penserais tu alors de ça : quand un de mes arrière-arrière petit neveu racontera à ses camarades que son lointain ancêtre a connu de près un nécromancien possédé, un roi en exil maudit, une barde sans voix, une prêtresse projetée des siècles dans le futur ou un chevalier avec une épée parlante, qu’il a organisé un rendez vous galant entre un fantôme et une prostituée, qu’il a découvert des membres d’un peuple antique et mystérieux réputé disparu, et les dieux seuls savent ce que nous réserve la suite… A ton avis, Chucky, que diront les gens ? »

L’intéressé resta silencieux, auquel je répondis par un sourire presque triste.

« A peu près ce que tu viens de dire, en fait. Mais nous savons tous les deux que c’est arrivé quand même, pas vrai ? Ce monde est rempli de mystère, Chucky, et les gnomes sont bénis d’une nature curieuse, qualité que les Jansen ont développé à leur paroxysme. Naturellement, cela nous pousse vers des situations incongrues, qu’il serait vraiment dommage de garder pour soi. Et même quand l’histoire finit mal, elle peut au moins valoir d’exemple. Mourir dans son lit, voilà qui serait incroyablement ennuyeux, n’est-ce pas ? Je ne suis pas pressé de rejoindre le Grand Horloger, mais je serais heureux que ma fin soit assez distrayante pour que les générations futures de jeunes gnomes continuent à l’évoquer. »

Norris garda le silence, me dévisageant d’un œil nouveau, avant de maugréer quelque chose qui ressemblait furieusement à un « tous cinglés ». Je lui adressais un clin d’œil.

« Et parfois, la vérité gagne à être embellie un petit peu, n’est-ce pas ? Quand je parlerais de ce voyage, je ne pense pas que j’évoquerais la boue, pouah ! »

***

Le périple se poursuivit à travers les sous-bois pendant plusieurs heures, sans que nous ne croisions âme qui vive, à l’exception de quelques cerfs effarouchés. Alastar semblait ressentir le besoin de demander toutes les demi-heures si Caelina était certaine du chemin, ce qui entrainait généralement une réponse affirmative exaspérée, suivie d’un subtil changement de direction, arrachant un profond soupir à notre intrépide dirigeant. Le décor commençait néanmoins à changer, les bois laissant place à une vaste plaine, à la végétation clairsemée. Etonnamment, les lieux semblaient ne pas entièrement être déserts, une chaumière isolée au milieu d’une petite parcelle de terre labourée venant rompre la monotonie du paysage. Après un bref conciliabule, nous décidâmes de rendre au propriétaire des lieux, si il était présent, une courte visite. Comme le résuma Alastar à Caelina, « ce n’est pas que je n’ai pas confiance, mais j’aimerais vraiment une seconde opinion ». Et ce fut donc avec les grommellements de cette dernière et les paris à échangés à voix basse entre Linyia et la magicienne en herbe pour savoir sur quel type de créature improbable nous allions encore tomber, et sur les chances que la rencontre finisse avec un ou plusieurs coups échangés.

Au léger désappointement des deux jeunes femmes, la personne qui vivait en ces lieux était on ne peut plus humaine, avec pour seules déformations un visage plissé par les rides et pour seule mutation une chute prononcée des cheveux. Il se présenta comme le vieux Tobias, venu s’installer dans ces régions désolées il y a une vingtaine d’années déjà - une sombre histoire de voisinage et d’usage de saxophone s’étant visiblement mal passé. Le vieil homme offrit d’ailleurs une démonstration, mais Alastar refusa, avec une hâte presque indécente dont notre hôte ne parut pas s’offusquer, pour détourner la conversation sur la raison originelle de notre venue.

« Nous cherchons une tour abandonnée, qui devrait se situer dans la région, mais nous ne sommes pas totalement certains…
-Hmph !
- … pas totalement certains, donc, de son emplacement. Est-ce que vous pourriez nous indiquer le chemin ? »

Le vieil ermite se gratta la tête, l’air perplexe.

« Ben… y’a ben la tour du nécromant, mais…
- Oui, c’est exactement ça ! Vous savez ou elle est ? 
- Crénom oui ! C’est pas ben loin, si vous continuez plein nord, vous finirez par tomber d’sus dans quèqu‘z‘heures…
- Là ! Là ! Je vous avais dit de me faire confiance ! Mais non, sous prétexte que je ne sais pas lire une carte, je me trompe forcément…
- Oui, bon, désolé, Caelina. Et merci à vous, maître Tobias, pour ces informations, nous ne vous dérangerons pas plus longtemps.
- Euh… de rin, j’suppose. Mais savez qu’elle est comme qui dirait pas abandonnée, vot’tour ?
- Plait-il ?
- Ben s’appelle pas la tour du nécromant pour rin, vous voyez ? »

***

Quelques explications plus tard, il apparut que le propriétaire original de la tour ne l’avait vraisemblablement jamais quitté, continuant à habiter les lieux sous forme de liche avec ses sbires. Tobias n’en savait pas beaucoup plus, ses voisins ayant tendance à se montrer relativement discrets. S’ensuivit une discussion animée sur l’opportunité de continuer la quête. L’affaire risquait en effet de se révéler plus dangereuse que prévu, sans parler que certains avaient des scrupules à envahir la demeure de quelqu’un qui, bien que souffrant de graves problèmes de peau et pratiquant une magie douteuse, n’avait, à leur connaissance, rien fait de mal.

« Si ca peut vous donner bonne conscience, j’ai entendu dire qu’il a fait des actes terribles, à une époque. Terribles ! Il a brûlé des villages, tué et zombifié ses habitants, pollué leurs terres, et triché sur sa déclaration fiscale. Le diable en personne, vindiou ! »

La déclaration péremptoire parut quelque peu apaiser les scrupules naissants. Alastar arborait néanmoins une mine sombre, et c’est sur un ton grave qu’il prit la parole.

« Ecoutez, il est clair que cette mission vient de devenir bien plus dangereuse que nous ne le pensions au départ. Cette quête est mienne, et je comprendrais si vous ne désiriez plus poursuivre…
- Oh, ça va, bien sûr qu’on continue ! »

La remarque sèche d’Aenerys lui valut un regard estomaqué de la part d’Alastar, et approbateur de la part de tous les autres membres du groupe - à part Navet, trop occupé à découvrir les secrets qui pouvaient bien se dissimuler sous un lit. Ce fut Norris qui prit le relais pour préciser la pensée commune.

« Franchement. Si nous faisions demi-tour maintenant, ça voudrait dire que tout ça n’a été qu’une immense perte de temps. Et puis fuir, c’est bon pour les tafioles. »

La dernière remarque sembla le surprendre lui-même, et lui fit perdre le fil de la conversation actuelle pour entamer un énième échange mental. Je pris donc sur moi de poursuivre la démonstration.

« Dis donc, Alsty, tu imagines si après un récit interminable, les personnages d’une histoire faisaient demi tour au dernier moment ? Il y aurait des lecteurs mécontents, c’est moi qui te le dit. »

La barde muette finit d’enfoncer le clou en hochant vigoureusement la tête à chaque intervention, même si la mienne fut marquée d’un froncement de sourcils prolongé. Je me demande bien pourquoi elle serait de mauvaise humeur… Quoi qu’il en soit, notre leader improvisé capitula, même si toujours visiblement confus de la facilité avec laquelle tout le monde s’apprêtait à le suivre dans la gueule du loup.

« Eh bien… merci. Je crois. »

***

Les indications du vieux Tobias s’avérèrent exactes, et après seulement trois heures de marche pleines d’entrain, nous nous trouvions dans une clairière lugubre, au milieu d’arbres morts et desséchés, et au sein de laquelle s’élevait une gigantesque tour sombre dont le sommet semblait disparaitre dans la brume, défiant toutes les lois de l’équilibre et de l’architecture. Le vent hurlait tout autour de nous, comme relayant les complaintes des âmes damnées hantant ces lieux. Qui que soit ce nécromancien, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il savait soigner l’ambiance. Alastar parvint à arracher son regard à la contemplation de l’édifice pour se tourner vers nous, avant de commencer sa déclamation d’une voix solennelle.

« Mes amis, nous voilà donc devant l’antre du Mal Absolu où… »
°°°
Au même instant, au sommet de la dite antre, Von Ridikulus songeait aux mesures qu’il instaurerait lorsqu’il serait devenu maitre du monde. Pour le moment, il n’avait réussi à se décider que sur l’interdiction de la natation synchronisée, petite vengeance sur une carrière tuée dans l’œuf il y avait maintenant des siècles. Si elle en avait été capable, la liche aurait soupiré de son manque d‘imagination. Être maléfique venait plus facilement à certains qu’à d’autres…
°°°
« … nous ne bénéficieront que d’un seul avantage : la surprise. »
°°°
Von Ridikulus commençait sérieusement à s’impatienter. Qu’est-ce qui pouvait prendre tant de temps à ces aventuriers pour arriver ? Il consulta une nouvelle fois sa boule de cristal, pour voir l’un d’entre eux haranguer les autres dans une pose qui se voulait héroïque. Il hocha la tête. Après tout, la tradition était la tradition.
°°°
« J’ignore quels ennemis redoutables ces lieux recèlent… »
°°°
Weenog entra dans la pièce pour recueillir les dernières instructions de son maître. Et accessoirement, servir de voix de la raison et du bon sens quand le besoin s’en faisait sentir. C’est-à-dire tout le temps.

« Et tonc, che feux que le tragon squelette soit préparé pour…
- Monsieur, je suis au regret de vous informer qu’il s’est avéré au montage qu’il manquait à notre dragon squelette une patte, une aile et la mâchoire inférieure. Je vous avais mis en garde contre les achats d’occasion.
- Ah ? Pon, ce n’est pas grafe, nous prentront les golems de fer qui…
- Ils ont rouillés par manque d’entretien.
- Was ? Alors les tigres-garous feront l’affaire. Che les gardais affamés pour ce chenre t’occasion…
- Oui, un peu trop, même, ils sont tous morts de faim. Je crois que je vous avais signalé les failles de ce genre de plan il y a deux ans, maintenant.
- Schweine Hunde ! Qu’est-ce qu’il nous reste, alors ?
- Euh… des zombies et des gobelins. Beaucoup de zombies et de gobelins. »

°°°
« … mais soyez sûrs qu’ils seront unis dans un seul but, nous détruire ! »
°°°
La bande de gobelins échangèrent des congratulations en contemplant leur ouvrage. Les délais avaient faillis ne pas être tenus, mais le hall d’entrée avait été convenablement aménagé. Le sol avait été nettoyé, les fenêtres astiquées, les chaises disposées, le thé et les gâteaux mis en évidence sur la table pour accueillir les futurs arrivants. Ils étaient par-dessus tout fiers de la banderole confectionnée par leurs soins ou pouvait se lire en grosses lettres et dans une orthographe approximative : biunvenu o avanturiés.
°°°
« Nous triompherons néanmoins de tout obstacle, quel que soit sa difficulté… »
°°°
« Bon, donc le maître dit que le plan, c’est d’abord de les laisser passer sans difficultés pour les mettre en confiance.
- Et pourquoi on a sorti le troll, alors ?
- Oh, ça ? Si c’était trop facile, ils se méfieraient. Et aussi, je crois que le maître pensait que ce serait drôle. »

°°°
« … unis et solidaires, comme nous l’avons toujours été. »
°°°
Von Ridikulus décida de tuer le temps en revisionnant sur sa boule de cristal les meilleurs moments du voyage de la bande de bras cassés à sa porte. Une scène en particulier le faisait toujours rire, la bagarre entre le maigrichon et le brun ténébreux. Impayable.
°°°
« Navet, quand l’action commencera, cache toi dans un coin. Personne ne devrait faire attention à toi. »
°°°
« Et souvenez vous ! Le maître dit qu’il se fiche des autres, mais qu’il faut à tout pris lui ramener le plus petit. Enfin le plus petit qui n’a pas de barbe. Rien d’autre n’a d’importance ! »
°°°
« … et à présent que tout est dit, je ne vois pas ce qui pourrait mal tourner ! »
°°°
« … et à présent que tout est prêt, che ne fois pas ce qui pourrait mal tourner ! »

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Lena le Mar 5 Juil 2011 - 21:31

Sans que personne ne s’en soit approché, la lourde porte d’entrée de l’antre de la liche s’entrouvrit, comme pour inviter les aventuriers. Aenerys s’arrêta, sceptique.

«Ça sent le piège à plein nez. »

L’amie du masqué, la magicienne et le nécromancien s’étaient également arrêté. La masqué et le gamin à l’épée eux-mêmes ne semblaient pas particulièrement rassurés par le phénomène. Le gamin, en revanche, n’avait visiblement pas été impressionné et fut le premier à entrer dans la tour, suivit de près par le gnome, puis par la rôdeuse. Au bout de quelques instants, les autres prirent la décision de les suivre. Bon gré, mal gré, Aenerys suivit le mouvement. Elle ne tenait pas à rester seule dans cet endroit sinistre.

La porte donnait sur un couloir, long de quelques mètres, qui lui-même menait à une intersection qui elle-même, quelque soit la direction choisie, menait à une nouvelle intersection. Après plusieurs minutes de marche, la rôdeuse énonça une vérité que tout le monde, ou presque, avait au bord des lèvres sans oser la prononcer.

« C’est un labyrinthe.
- La tour n’est pas très large, ce labyrinthe ne doit pas l’être non plus. Nous en serons vite sortis. »

Alastar avait rétorqué, sèchement, se voulant sans doute rassurant. La prêtresse le toisa un instant, une expression plus que dubitative sur le visage. Personne ne remettant en cause ce raisonnement, le groupe poursuivit néanmoins sa route et Aenerys se contenta de marmonner un vague « ça va mal se terminer » en reprenant sa marche.

Plusieurs heures plus tard, la prédiction du masqué ne semblait décidemment pas vouloir se réaliser. A chaque nouveau tournant, Aenerys poussait un soupir un peu plus exaspéré. Il lui semblait que des jours s’étaient écoulés depuis qu’ils étaient entrés dans cette tour. Elle avait faim, elle avait soif, elle avait mal aux pieds et, surtout, elle était fatiguée. Un nouveau choix de direction s’offrit à eux. Ils prirent à droite, au hasard. Ils n’étaient vraiment pas prêts de sortir de là.

« Qu’est ce qu’il y a encore ? »

La jeune prêtresse mit quelques secondes avant de s’apercevoir que le...Alastar s’adressait à elle, et que plusieurs de ses compagnons s’étaient tournés vers elle. Avec un nouveau soupir, elle haussa les épaules.

« Pourrions-nous nous arrêter quelques minutes ?
- C’est hors de question ! Nous ne devons plus être loin de la sortie maintenant. »

Contre toute attente, le gnome, la magicienne, la rôdeuse et même la ‘petite amie’ du masqué commençaient à abonder dans le sens d’Aenerys. Ragaillardie par cet appui inespéré, la jeune femme se redressa et planta son regard dans celui de l’autoproclamé chef de groupe.

« La majorité a parlé semble-t-il » lança-t-elle, narquoise.

Les autres ne semblant pas vouloir s’oppose au projet, Alastar finit par capituler, maugréant quelque chose qui pouvait passer pour un « pas plus d’une demi-heure. »
Satisfaite, Aenerys chercha un endroit un peu moins inconfortable que les autres pour pouvoir s’assoir. Elle jeta son dévolu sur une dalle, dans un coin, recouverte d’une épaisse couche de mousse. Elle avait connu mieux, cela allait sans dire, mais la pause était la bienvenue et pourrait peut-être lui permettre de mettre son plan à exécution. La prêtresse chercha une gourde dans son sac et but une première gorgée. Elle s’arrêta pour grimacer. L’eau était terriblement tiède. Mais elle avait soif, épouvantablement soif. Rassemblant son courage, elle porta de nouveau le goulot à ses lèvres et but plusieurs gorgées. Elle se remit ensuite à fouiller dans son sac et en sortit son grimoire. Elle avait choisit l’un des neuf seigneurs infernaux des heures plus tôt. La description l’avait séduite. D’une puissante incommensurable, il n’était que peu choisi car rares étaient les nécromanciens capables de l’invoquer. Depuis, elle avait à plusieurs reprises tenté de se concentrer suffisamment pour sentir le lien se former entre elle et Mxyzptlk. En vain. Peu disposée à abandonner et profitant du temps qui lui était imparti, elle ferma les yeux et se mit à nouveau à invoquer mentalement le seigneur infernal.

Une vingtaine de minutes plus tard, fulminant, elle baissa la tête et ouvrit les yeux. Sur ses genoux, le livre était ouvert sur une vue d’artiste de Mxyzptlk. Il semblait la narguer. Elle referma le livre d’un geste vif et le lança devant elle. Ce seigneur ne valait rien. Il devait être bien trop minable pour être invoqué, voilà qui était bien plus plausible. Et puis, ce nom ne ressemblait à rien. Mxyzptlk. Il aurait autant de sens prononcé à l’envers. Kltpzyxm. Au moment précis où le nom lui traversait l’esprit, elle sentit quelque chose, comme un écho au plus profond d’elle-même. Elle mit quelques instants à réaliser puis murmura le nom. Kltpzyxm. Le doute n’était plus permis. Elle avait trouvé. Elle avait compris. Habituée à ce genre d’exercice, il ne lui fallut ensuite que quelques minutes de concentration supplémentaire pour établir un premier lien entre elle et le seigneur infernal. Elle jeta ensuite un coup d’œil en direction de son « maître », hésita un instant et haussa les épaules. Elle n’avait pas vraiment besoin de son aide, elle savait parfaitement lancer un sortilège. Afin de se le prouver, et alors qu’Alastar commençait à inviter les autres à se préparer au départ, elle posa les yeux sur le grimoire et lança une formule basique de lévitation pour le faire revenir :

« Levih’to saalbouh k’un vitaaa…squik ! »

Le grimoire, qui avait commencé à se soulever, retomba brutalement. Aenerys sentit comme une bourrasque partir d’elle et envahir toute la zone. En quelques secondes, toutes les têtes s’étaient tournées vers elle. Et toutes avaient pris une teinte bleutée. Leurs bras et leurs jambes aussi. Tous étaient devenus bleus, avec de grands yeux jaunes et des oreilles pointues. La prêtresse écarquilla les yeux et, soudain inquiète, regarda son bras.

« Non…nonnonnonnon NOOON !
- C’est quoi ça ?!
- Tiens c’est amusant, ça me rappelle une histoire que m’avait raconté la cousine par alliance de la sœur de mon beau-frère, Ron Kamé, sur des êtres à la peau bleue et...
- La ferme, le gnome. »

Au bord de la panique, c’est à peine si la prêtresse écoutait ses compagnons discuter entre eux. Elle ne parvenait pas à décrocher son regard de son bras et de cette peau si...si bleue. C’était abominable.

« Comment tu as fait ça ? »

Avec une grimace à mi-chemin entre la terreur et l’écœurement, Aenerys se tourna vers le nécromancien qui s’était approché. Lui aussi avait viré au bleu. La jeune femme eut un haut-le-cœur.

« Je...je ne sais pas ce qui s’est passé. J’ai commencé à incanter et je me suis trom... un de ces maudits squiks s’est glissé dans ma formule.
- Tu as établi un lien ?
- Oui...
- Tu aurais du venir me voir.
- Je sais.
- J’ai toujours dit que la magie n’attirait que des ennuis. »

La prêtresse ne releva pas. Elle fixait le sol avec une attention redoublée. Elle entendit vaguement le nécromancien prononcer quelques mots. Lorsqu’il eut fini, elle releva la tête. Son visage et ses bras avaient reprit une teinte et une apparence normale. La jeune femme balaya la zone du regard et constata que les autres aussi. Soulagée, elle baissa les yeux, pour constater que son bras, lui, était resté bleu.

« J’ai lancé un sortilège d’annulation sur tout le monde, sauf sur toi. Ça t’aidera à y réfléchir à deux fois avant de lancer un sortilège. »

La prêtresse ravala, de justesse, une flopée d’insultes. Si elle s’était souvenue du sort d’annulation, elle ne s’en serait pas gênée, mais elle avait besoin du nécromancien pour lever le sortilège. Elle marmonna donc quelque chose qui ressemblait à un « bien. », rangea son livre dans son sac et se leva, décidée à ignorer toutes les remarques qu’elle pourrait entendre. A quelques mètres de là, le gamin à l’épée donnait l’ordre du départ.

Il ne leur fallut guère plus d’une demi-heure pour enfin quitter le labyrinthe et entrer dans une salle immense. Le sol était recouvert de dalles de pierre et de poussière. Il n’y avait aucune fenêtre, ni même une simple meurtrière. La faible lumière émanait d’un lustre d’un goût douteux, suspendu à un plafond excessivement haut. Au centre de la salle, une sorte d’arène rectangulaire délimitée par des barrières de corde avait été aménagée. La pièce ne comportait aucune autre porte que celle par laquelle le groupe était entré, mais personne n’eut le temps de s’en inquiéter. Surgissant d’un recoin plus sombre que les autres, un troll gigantesque se rapprocha de l’arène, une massue gigantesque dans une main, un sourire béat sur les lèvres.

« Bonjour vous aventuriers. Moi m’appeler Minidou. Si vous vouloir passer, vous devoir me battre... »

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Starman le Dim 10 Juil 2011 - 20:03

Bon, ben puisque faut s'y remettre, voici un post.

« Oùla, il vient de dire quoi le mastodonte? »
Cette réplique d'un de mes compagnons est assez représentative de la réaction provoquée par l'intervention du troll nommé Minidou au sein de notre groupe. Ce dernier nous regarde avec un sourire béât au lèvres, qui ne laisse pour ainsi dire aucun doute sur la faible étendue de son coefficient mental. Je serais presque tenté de ne pas le prendre au sérieux si ce n'est ses trois mètres cinquante tout en roche et sa masse qui faisait bien la taille de son bras.

Bof, j'en ai vu des plus gros. Et puis, si tu veux mon avis, il compense pour quelque chose, avec sa masse.

Toi, peut être, mais au vu des regards apeurés de la plupart de mes compagnons, tu doit être le seul. Même ceux que nous avons affrontés lors du sacrifice des prostituées étaient plus petit. Il me faudrait un plus gros sortilège.
« Pas de panique, commence Alastar. Il est un peu gros, mais si nous travaillons en équipe...
-Ça pas possible, intervient « Minidou ».
-Pardon?
-Vous devoir me battre en combat singulier, à armes égales, de façon sportive. Sinon porte pas s'ouvrir.
-Sportive, demande Elladan, un brin intrigué.
-Oui. Vous poser armes, moi poser massue, vous monter dans ring , et nous nous battre comme êtres civilisés. Pas ruses. Pas armes. Talent contre talent. »
Un ring? Tu crois qu'il parle de l'espèce d'arène dans lequel il se trouve?

Ouais, c'est un terme antique, pour désigner ce genre de trucs. Surtout utilisé pour un vieux sport qui était à la mode quand j'étais jeune, où deux types se mettait des pains dans la gueule jusqu'à ce que l'un d'entre eux ne se relève pas.

« Et, heu....si nous refusons de nous battre, propose timidement Linya.
-Moi lancer gros rochers sur vous et fracasser crânes. »
Après un bref silence permettant à la plupart d'entre nous de considérer les conséquences d'un tel refus, nous nous mettons en cercle afin de déterminer la démarche à suivre.
Cette discussion pourrait se résumer à une question d'Elladan:
« Bon, qui y va en premier? »


L'on ne peut pas dire que les choses se passaient tout à fait comme prévu. Alastar, premier à relever le défi, fût envoyé au tapis d'une droite bien placée de Minidou à la fin du 1er round. Un gobelin a compté jusqu'à dix (sans doute une sous règle obscure de ce sport barbare), mais cette précaution n'était pas nécessaire, vu qu'on a du le traîner hors de l'arène en le tirant par les pieds. Puis, on est passé à Elladan , qui n'a pas fait mieux, avant d'enchaîner sur Linya, l'amie des bêtes, la barde muette (elle s'appelle comment, elle, déjà?), et même ma nouvelle disciple. Sans grand résultat.

Ha, quand même, quand la p'tite Aenerys a essayé de lui mordre les noix en hurlant « Squiiiiiiiiiik », ça l'a surpris.

C'est vrai qu'il avait l'air stupéfait en lui saisissant la jambe et en la balançant à l'autre bout de la salle en hurlant « coup dessous ceinture ». Le gnome,lui, passait son temps à hurler quelque chose au sujet de « dj'abz », de « jeux de jambe », et « d'avoir l'œil du tigre », mais personne ne comprenait ce qu'il voulait dire.
Enfin bref, tout ça pour dire que je viens d'être désigné nouveau « volontaire » au jeu de massacre du troll. Il faut dire qu'à ce stade, plus personne n'y croit vraiment.

Attend, laisse-moi faire ,et ton troll je le massacre.

Je ne veux pas paraître sceptique, mais je SUIS sceptique.

Tu rigole? J'ai affronté un dragon avec une dague, un monstre chauve souris avec une cuillère à soupe, et j'ai assommé un ours d'un coup de poing.

Bon, je laisse la place alors. Sans trop y croire malgré tout.


Et c'est avec assurance que je monte sur le ring. Ce sport je connais . Deux cultures seulement pratiquent ce noble art: les trolls et les barbares. J'enfile mes gants, fais quelques mouvements d'échauffement, et je suis parti.
« H'adri'ayyyyyyyyyyyyyyne, hurlais en m'élançant vers lui, invoquant les faveurs de la déesse barbare du pugilat et de la détermination. Il tente un coup dans la tête, mais j'esquive avec prestance, avant de lui porter un coup dans le ventre. Bien sur, l'effet est limité, mais c'est comme ça qu'on gagne un combat: en affaiblissant progressivement l'adversaire. Le troll essaie à nouveau de m'aligner, mais je suis trop rapide. Les coups suivants ne portent pas non plus, tandis que chacune de ses tentatives sont suivies d'une riposte fulgurante. Je suis le maître de l'arène , dansant comme un papillon, et cognant comme un moustique.

Pas très impressionnant , comme métaphore. Et puis, je veux pas dire, mais tu lui fait pas trop de dégâts non plus, avec tes pichenettes.

Ouais, ben ça, c'est parce que je suis trop occupé à faire des dégâts à ta mère.

Et puéril avec ça. Ce ne me surprend guère.

Je décide d'ignorer le gringalet. J'ai assez joué avec ce troll. Il est temps d'en finir.
« Je vais te montrer, gros tas de cailloux minable, pourquoi les femmes me voulaient et les hommes voulaient me ressembler. »
Il me regarde d'un air vide, ce sourire stupide toujours fixé aux lèvres. Patience mon gars. Dans deux minutes, tu va arrêter de sourire.
Il essaie à nouveau de m'étaler d'un coup dans la tête , mais je plonge sous son attaque.
« Mouvements trop amples mon gars, rétorquais-je. Ça va te coûter cher. »
Je me met en position: jambes fléchies, mon poing droit en retrait, afin de canaliser toute mon énergie, je m'apprêtais à sortir ma technique secrète, celle qui avait fait de moi le champion incontesté de la rixe de bar sur toute la côte ouest de ce continent.
« PHALK'ON..........PAWNCH! »
Toute ma puissance concentrée dans mon poing, je le frappe dans les tripes d'un coup dévastateur. Je sens le temps se figer autour de moi. Ça y' est, je l'avais emporté. Il ne peut pas avoir réchappé à cette atta....
« Ça être tout, fait la voix du troll juste au dessus de moi. »
Je lève la tête, et constate qu'il n'a pas bougé d'un pouce. Inconcevable! C'est tout bonnement, simplement, et de toute autre manière, inconceva....
Je me sens soudain de nombreux points commun avec les taupes tandis qu'il m'enfonçait par terre d'un coup bien placé.

Je me relève avec peine, constatant que le sol n'est plus aussi stable qu'autrefois, à moins que ce ne soit juste moi. Je me demande combien de temps je suis resté inconscient, et qui d'autre a eu le temps de se faire étalé par le bien nommé Minidou pendant ce temps là. C'est en voyant les gants fixé sur mes mains que je me rend compte que je suis toujours dans l'arène. Je lève la tête, juste à temps pour observer le troll me regarder avec un grand sourire stupide sur son visage.
« Ho, fais chi...... »
Je suis interrompu par un retentissant crochet du droit qui me fait sombré à nouveau dans l'inconscience. Quête stupide.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues 2

Message par Heg le Mar 12 Juil 2011 - 21:32

« Bien, Navet. A situation désespérée, mesure désespérée ! Je vais maintenant tenter de nous débarrasser de ce maraud de troll. »

La créature en question venait d’assommer le Norris. Tout à sa joie, il parcourait la pièce des yeux, certainement en quête d’une nouvelle victime. Son regard s’arrêta sur Arkanis et Navet, qui étaient les seuls encore debout. Le gnome sortit une fine baguette de la poche intérieure de son veston violet. Peut être du chêne, ou du sureau.

« Cet instrument ne paye pas de mine, je te l’accorde, dit-il en reculant prudemment. Mais si anodin paraisse-t-il, il a été spécialement conçu pour les occasions de ce genre.
- Tuer Troll ?
- Je n’irais pas jusque là, mon petit. Mais la sagesse ancienne des manuscrits de Jikaër nous enseigne que la bête, malgré son allure menaçante, est affligée d’un point faible. Voyons voir si la sagesse ancienne dit vrai. »

En quelques enjambées, Minidou avait parcouru toute la distance qui le séparait d’eux. Il s’était accroupi, peut être bien pour avoir une meilleure vue de ses nouvelles proies. Arkanis et Navet, acculés, se tenaient immobile. Malgré le danger, Navet avait foi en la détermination d’Arkanis. Il fallait voir avec quelle vaillance le gnome avait brandi le morceau de bois entre son visage et celui du troll. Certes, il fermait les yeux et semblait ne pas pouvoir contenir le tremblement de ses mains. Mais la peur n’était-elle pas ce qui séparait le vrai courage de l’inconscience ? Navet fut surpris par le fil de ses propres pensées. Il ne savait pas vraiment d’où ses dernières réflexions lui étaient venues. Peut être d’Alastar, lors de l’un ou l’autre de ses discours.

Le garçon, cependant, n’eut guerre le temps de méditer la question en profondeur. Après quelques tâtonnements bien compréhensibles, Arkanis venait de mettre sa baguette dans la narine droite de Minidou. Pesant de tout son poids, il avait réussi à introduire l’instrument sur presque toute sa longueur. Le vieux gnome ouvrit un œil, pour découvrir que son adversaire semblait assez peu troublé par cette intrusion nasale, et affichait même un sourire sardonique. Arkanis était alors dangereusement près de Minidou, et il semblait que son petit corps pouvait tenir en entier dans la gueule monstrueuse du troll.

« Ca pas marcher, gnome. Rumeur être infondée.
- Damnation, répondit Arkanis, qui suait à grosse gouttes. Les prêtes de Jikaër ont pourtant fait fortune avec leur Manuel de Défense Contre les Créatures Magiques. Ce pourrait-il qu’ils aient menti ?
- Dommage toi acheter… »

Une lueur de sincère compassion traversa l’œil vitreux de Minidou, tandis qu’il prenait une profonde inspiration. Puis il éternua violement, envoyant Arkanis valdinguer contre le mur le plus proche dans une gerbe de mucus. Le corps de son compagnon tomba au sol, inerte. Navet en fut frappé d’horreur. Le garçon avait déjà vu des créatures recevoir des chocs violents, ou tomber de grandes hauteurs, pour demeurer ensuite dans une immobilité semblable. Ca ne l’avait jamais affecté plus que ça. Parfois même, quand il s’agissait d’un lapin, d’un glanosk ou d’un écureuil, il avait pu en tirer profit en mangeant ce qui restait de la créature. Mais Navet était à peu près sûr de ne pas vouloir goûter à Arkanis. Le Grand Horloger. Tout à coup, le garçon crut comprendre quelque chose à propos du Grand Horloger dont son maître lui avait parlé. La gorge de Navet se serra, ses yeux se mirent à piquer.

Pendant ce temps, Minidou avait fini de lécher le mucus qui s’était répandu sur le bas de son visage, aussi reporta-t-il son attention sur Navet. Le drame que vivait ce dernier lui passait totalement au dessus de la tête, qu’il avait d’ailleurs fort épaisse. Les larmes du garçon étaient impossibles à différencier du mélange de morve et de bave qui le recouvrait. Et quand bien même les aurait-il vues, il n’aurait sans doute pas pu les interpréter. Les trolls ne pleuraient pas.

« A ton tour, deuxième petit gnome ! »

Peu de gens le savent, mais les trolls ont une vue extrêmement basse. C’est d’ailleurs là une des causes de leur préférence pour des techniques de combat plutôt grossières - en plus d’un goût fort prononcé pour le maniement du marteau de guerre ou du fléau d’armes. Minidou se pencha pour examiner la petite créature, qui se tenait curieusement immobile et silencieuse. Quelque chose clochait. Peut être était-ce les yeux noirs du gnome dont émanaient une rage froide, peut être simplement quelque chose dans sa physionomie. Soudain, l’horrible vérité s’imposa à Minidou.

« Mais… toi pas gnome. Toi petit garçon ! »

Le troll se figea. La terreur l’envahissait par vagues, tandis que lui revenait les paroles de sa mère : « Minidou sage, sinon petit garçon venir le dévorer. Maintenant, Minidou finir haricots. » En cet instant précis, Minidou regrettait amèrement de ne pas avoir suivi les conseils maternels et de s’être embauché dans les légions infernales. Ils payaient bien, mais tout cela en valait-il la peine ?

« Minidou méchant. TRES MECHANT ! »

L’instant était suspendu. Il semblait que la barde humaine, sortie de l’inconscience, jouait un air d’harmonica particulièrement dramatique. Un autre sifflait. Une boule d’herbe sèche, venue d’on ne savait où, roula entre le gnome et le garçon, poussée par un des nombreux courants d’air qui parcouraient la tour. Minidou esquissa un pas en arrière. Tout alla alors très vite. Le petit garçon se rua sur lui en poussant des cris inarticulés. Le troll trébucha, et le garçon en profita pour s’accrocher à son pagne. En quelques bons habiles, l’infâme créature s’était hissée sur ses épaules massives. Elle hurlait.

« BEEERRRSEEEEERK ! »

Minidou courut et se tordit dans tous les sens, mais son assaillant tenait bon, car il s’accrochait fermement aux longs poils de son dos, mordant et griffant. Navet savait que ses dents et ses ongles étaient d’une piètre efficacité contre le cuir épais de Minidou. Il décida alors d’ajouter un nouveau volet à sa stratégie. S’agrippant d’une main, il se mit de l’autre à arracher de grosses touffes de poil au troll. Celui-ci hurla de plus belle, le suppliant d’arrêter. Bientôt, le colosse s’effondra au sol, sanglotant.

Ce jour là, Minidou apprit que même les trolls pouvaient pleurer.



Ben, ça, si c'est pas épique...
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