Les douceurs assassines (titre provisoire)

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Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Plume le Sam 14 Nov 2009 - 16:22

Après avoir menacé Yoko de bien des représailles, j'ai eu l'autorisation de poster une petite fic ici. Là, on serait plus du coté du policier historique. Si vous avez des commentaires, des melons ou d'autres projectiles à jeter, c'est par ici. Mais pas trop fort. Je vais pas tout vous envoyer d'un coup pour ne pas tuer tout le monde tout de suite. ça serait dommage.

Elles étaient sorties d'Annecy dans la matinée. Au dela, la route serpentine montait jusqu'au monastère jusqu'au monastère. En bas, le lac aux eaux limpides sourait dans la chaleur de l'été. Au dela, les montagnes en touraient la ville, penchées comme au dessus d'un berceau.

Les jumelles, Louison et Coraline ouvrant la marche comme à leur habitude. Louann, la plus agée du groupe rectifiait sans cesse son assiette sur le cheval, nerveuse. Et la plus jeune, Mya fermant la marche en maugréant, comme à son habitude.

Elles étaient pressées d'arriver avant la nuit et surtout avant les nuages noirs se ruant à l'assaut de la colinne. Heureusement, le couvent n'était plus très loin. Encore fallait il qu'on veuille bien les recevoir.

"A mon avis, elle ne va pas vouloir nous voir. Elle est encore trop fâchée."

Les jumelles se tournèrent comme un seul homme vers Louann qui venait de parler. Mya comme à son habitude pestait allègrement en essayant veinement de retenir son capuchon sur sa tête.

"Oh, ça fait un an. Elle s'est sûrement habituée, lâcha Coraline, une des jumelles, après un silence prolongé.
"Un an oui, elle a digéré", reprit en écho Louise.

Mya parla de nouveau dans sa barbe.

"Et toi, si tu pouvais parler à haute et intelligible voix, on s'en sortirait mieux. Nous savons que tu es jeune, que tu vis mal ton adolescence mais si tu articulais, peut-être arriverait-on à mettre fin à tes tourments d'une manière ou d'une autre"

Le regard furibond de Mya s'était posé sur celui de Louann. Sa soeur lui sourit et se détourna pour suivre la route. Elle en profita pour lui tirer la langue. Coraline pouffa.

"Je sais, tu n'es pas obligée de me faire des grimaces. Si tu continues, tu vas rester comme ça.
- J'en ai marre, martela l'adolescente, articulant exagérement chaque mot, elle ne va pas vouloir nous voir. Encore une fois, elle va nous va nous laisser à la porte. J'ai pas envie de chevaucher pour rien, j'en ai marre de la pluie, j'ai froid, et j'ai mal au cul,"

D'un seul geste, les deux jumelles se mirent à piailler, les mains sur les oreilles.

"Oh vous, les jumelles, ça va"

Les deux autres avaient parlé d'une seule voix. Le silence retomba un peu, seulement ponctué par les éclats de rire de Coraline. Louison, comme à son habitude s'était calmée plus vite.

"N'empêche, elle n'est pas gâtée.
- Oh, elle aurait très bien pu se choisir un autre nom.
- Il paraît qu'il n'en restait plus beaucoup. Juste un soeur laterine, un soeur fenêtre, un soeur cloche et un soeur chiffon.
- Oui, mais tout de même soeur Porte ...
- Oui, ils sont pragmatiques là-bas.
- Oui, mais tout de même. Tu serais pas enragée si on t'appelait comme ça, toute la journée ?
- Moi, j'aurais choisi Soeur Chiffon, ça aurait été plus drôle.
- Tu crois qu'on aurait dû faire venir Alix ?
- Ah non, tu sais bien. Elle est la seule à pouvoir la gérer. Imagine en deux jours de voyage ..."

Encore une fois, les jumelles se livraient à un interminable concilliabule, que rien ni personne ne pouvait arrêter. Ce n'est que lorsque la porte du couvent apparut devant elles qu'elles se turent. ça y est, elles y étaient.

Louann mit pied à terre la première, histoire de montrer l'exemple. Elle se tournait vers ses trois cadettes qui la regardaient du haut de leur monture, peu rassurées.

"Bon, écoutez. Je suis d'accord avec vous, mais nous n'avons pas vraiment le choix. L'heure est grave. Et n'oubliez pas que nous faisons cela pour la protéger."

Ce disant, elle frappa à la porte. Un vantail s'ouvrit peu après, laissant entrevoir, l'espace d'une seconde, une paire d'yeux verts. Ces mêmes yeux, dont les sourcils qui les réhaussaient s'étaient mués en deux accents circonflexes lancèrent des éclairs et le vantail se referma d'un coup.

Louann se tourna vers les autres.

"Bon, je pense qu'elle nous en veut toujours."

Ses soeurs eurent un soupir de soulagement. Au moins, c'était ce à quoi elles s'attendaient. Elle se retourna vers la porte et frappa de nouveau.

"Soeur Porte, c'est nous"

La voix qui s'éleva de derrière les batants était loin d'être aimable, toute de colère et d'énnervements confondus.

"Oui, j'ai bien vu que c'était vous. Et non, je ne veux pas vous voir.
- Oui, mais là, c'est important, il faudrait qu'on discute. Allez Garance, sois gentille.
- Ah non, pas de Garance, hein ? Garance, c'était avant.
- Peut-être. Mais là, il faut qu'on te parle. Il en va de ta sécurité. Regarde, nous sommes là."

Le vantail s'ouvrit à nouveau. Derrière Louann, les trois firent leur sourire les plus aimable.

"Vous n'avez pas emmené Alix ..."

Ah oui, Alix, Louann savait que ça allait pêcher. De toute façon, elle devrait en passer par là. Garance comprendrait.

"Non, nous l'avons faite interner pour son bien et surtout le nôtre. Elle s'était mise à annoncer la fin du monde.
-Oh, mais cela, elle l'a toujours fait.
- Mais pas avec une casserole, nue dans la cour du chateau. C'était ça ou le pilori.
- Et j'imagine que si une nonne vient la chercher, on ne fera pas d'histoire pour nous la rendre.
- Certes, mais nous ne sommes pas venues pour ça. Tu n'as pas entendu parler du tueur aux rousses ?"

Soeur Porte demeura silencieuse. Louann sourit, elle avait eu son petit effet. Cette fois, la porte s'ouvrit.
Garance ne prit pas la peine de saluer ses soeurs, ignorant le petit signe de la main des jumelles.

"Bon, maintenant, vous allez m'expliquer. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
- Un tueur de rousses, commença Coraline
- Il tue les rousses, compléta Louison
- Il y en a déjà une quarantaine dans la région. Et déjà quatre dans notre bourg.
- Hé bien, lâcha Garance, je ne vois pas en quoi tout ceci nous concerne.
- Hé bien ..."

Le silence retomba. Les quatre jeunes femmes s'entreregardèrent. Mis à part Mya, venant d'un autre lit, elles avaient toutes une longue crinière de cheveux roux.

"Ah si, je vois finalement ..."

Garance s'adossa à la porte, pour indiquer qu'elle ne resterait pas longtemps. Du moins, qu'elle ne désirait pas rester longtemps. Quelque part, voir ses soeurs réunies lui faisait plaisir. Mais d'un autre coté ... Enfin, c'était peut-être du passé. Après, elle appréciait quelque peu sa petite vie de méditation. Beaucoup mieux la vie avec ce vieux croûlant riche que son père lui avait trouvé. Beurk ...

"Alors, je vous écoute"

Petit silence et échange de regards parmi ses soeurs. Puis, sans crier gare, Louann avait voulu prendre la parole, pendant que Mya s'était mise à maugréer et que les jumelles avaient commencé à gesticuler en même temps. Il en était sorti un brouaha informe.

"Une seule à la fois, je vous prie."

Nouvel échange de regard. Les jumelles avaient été les plus rapides.

"Des femmes rousses ont été tuées.
- De façon vraiment horrible
- Et plus qu'inqualifiable
- ça, je ne te le fais pas dire
- On leur a fait manger leurs cheveux.
- Ils pensent que c'est des meurtres rituels.
- Et ils ont tué deux femmes à Vienne.
- Et même leur chien qui n'avait pas de cheveux.
- On pense toutes, à part Mya qui ne pense pas, et Alix qui pense à la fin du monde ...
- Bref, nous pensons qu'il vaudrait mieux que tu restes avec nous.
- Du moins, le temps que l'histoire se règle.
- Et nous pourrions l'aider à se règler.
- Et nous sommes meilleures toutes ensembles.
- Donc on voudrait que tu reviennes."

Garance avait croisé les bras. Les jumelles avaient échangé un sourire. Mya s'était remise à maugréer.

"Moi aussi je suis heureuse de te revoir", répondit Garance avec un sourire. Puis, comme très souvent, elle s'était tournée vers Louann, sa cadette directe.

"Et que nous dit la voix de la raison ? Au fait, as-tu réussi à poser l'édifice de ta nombreuse descendance ?"

Le regard de Louann se fit triste. Elle venait de poser la mauvaise question.

"Non, toujours pas. A croire que l'un d'entre nous est stérile, si cela continue, je ne tarderai pas à être répudiée. Pour ce qui est de notre affaire, je serais plus à l'aise si je te savais avec nous."

Les autres hochèrent la tête. Pour une fois, elles étaient toutes d'accord.

"Ecoutez, je ne sais pas. J'ai fait le voeu de ne pas sortir d'ici, je vous le rappelle. Et ..."

En face, ses soeurs joignaient les mains en guise de prière.

"Bon, je vais réfléchir. Rendez-vous ici pendant l'office des vêpres."

Et elle disparut derrière la porte comme elle était venue.

La lune jouait aux ombres chinoises avec les nuages. Le vent s'était levé. Il venait juste de s'arrêter de pleuvoir mais l'humidité les faisait frissonner. Louison et Coraline se tenaient serrées l'une contre l'autre sur une souche d'arbres. Louann avait préférée s'abriter sous la futaie. Mya, quant à elle s'était perchée dans un chêne. De là haut, elle avait une vue imprenable sur ses sœurs auxquelles elle lançait des glands de temps à autre. Un jeu plutôt amusant.

Louann quant à elle observait ses sœurs. Peu de choses permettaient de différencier Louison de Coraline. Les jumelles en avaient abusé de leur jeune temps. A vint-et-un ans, elles avaient pris le parti de se faire reconnaître. Louison avait les yeux un peu plus foncés et la taille un peu moins fine. Elle portait toujours ses cheveux nattés. Coraline était plus élancée et avait dans les yeux un soupçon d'ombre noire. Elle n'avait aucune patience pour les tresses auxquelles elle préférait les queues de cheval. Mis à part cette différence, Louison et Coraline étaient semblables. Même calme teinté d'espièglerie qui se réveillait à bien des occasions. Mêmes expressions, mêmes gestes. Ce que l'une disait, pensait ou faisait, l'autre le faisait en échos. On les soupçonnait parfois de ne pas avoir besoin des mots pour se parler. Et ceci était vrai dans une certaine mesure. Elles vivaient toutes les deux près de leur père dans un grand atelier qu'elles avaient emménagé à leur convenance. L'une peignait, l'autre sculptait. Elles en étaient heureuses.

Mya quant à elle était issue d'une union illégitime. Sa mère étant morte en couche, elle avait été adoptée par la maisonnée de son père. De caractère ombrageux, même si tendre parfois. Elle parcourait les routes de France avec une troupe de balladins, passant son temps à écrire et jouer des pièces de théâtre. Elle n'avait pas non plus son pareil pour chanter et jouer du luth. Sur demande, elle était capable de chanter des ballades, de sa voix à la fois douce et éraillée. Des balades qui se finissaient parfois en chansons paillardes quand l'inspiration venait à manquer. Ou quand Garance faisait traîner ses chastes oreilles de trop près.

Il y avait aussi Alix, née peu de temps après les jumelles. Cinq ans auparavant, on l'avait découverte près de leur mère assassinée, prononçant des mots sans suite. Elle n'avait jamais véritablement retrouvé la raison. Seul un médicament lui redonnait sa tête durant quelques heures, et l'apaisait.

Elles étaient toutes différentes, et en même temps semblables. Rapprochées peu à peu par la mort de leur mère. Même éparpillées aux quatre vents, même souvent fâchées, elles avaient du mal à se passer les unes des autres.

"Elle descend", prévint soudain Mya.
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Re: Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Lena le Sam 14 Nov 2009 - 16:31

J'ai juste édité ton post pour mettre ce qui ne fait pas partie de l'histoire en couleur, on s'y retrouve mieux Wink

Sinon, je t'ai déjà dit ce que j'en pensais, je ferai un commentaire plus approfondi plus tard et pour l'instant, je vais laisser la parole aux autres...

(ah, juste un point, j'préfère ce titre au précédent (a))

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Re: Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Mélanie Mustang le Sam 14 Nov 2009 - 17:33

J'aime bien le titre aussi^^

Bon sinon, je trouve que tu écris bien, tu as un style fluide agréable à lire. Je ne crois pas avoir vu de fautes d'orthographe. Il y a juste des répétitions d'inattention (tu écris deux fois de suite le même groupes de mots) à deux ou trois reprises. Mais ça arrive souvent quand on écrit et qu'on arrive pas à prendre du recule à cause de l'écran d'ordinateur...

Sinon, en ce qui concerne les personnages, ils ont l'air bien attachant et j'ai hâte d'en savoir plus sur elles, sur leur passé, sur leur vie... et surtout sur ce fameux tueur de rousses (je dois avouer que je suis curieuse de voir comment tu vas le développer parce que mon prochain personnage de fic est un tueur de rousses aussi^^)

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Re: Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Azure le Sam 14 Nov 2009 - 18:11

Intéressée de suite par le mot "policier" (un peu moins par l'"historique", je l'admets..)

L'histoire commence bien, de même que Mélanie, j'ai bien envie d'en savoir plus sur ces jeunes demoiselles et ce tueur de rousses ^^ (Ce type est pas commode, il fait de la discrimination cheveuriale !)

Bon, je ne suis pas bien placée pour parler plus amplement des détails comme les fautes d'orthographe, de grammaire, etc.
Mais, c'est agréable de voir que ta "mise en page" est aérée et pis.. ça se lit très bien ! *repense aux textes qu'elle a eu en cours*
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Re: Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Elladan le Sam 14 Nov 2009 - 19:45

Très intéressant j'ai apprécié la lecture . Pour l'orthographe je serais un très mauvais juge alors je n'y ais pas fit attention . Sinon c'est léger à lire , ça passe tout seul . ( Et j'ai aussi envie d'en savoir plus sur le tueur de rousse puisque mon personnage va devoir traquer celui de Mélanie ^^)

Vivement la suite ! Bonne chance !
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Re: Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Plume le Dim 15 Nov 2009 - 10:34

Hi hi, merci Embarassed Merci pour les commentaires. Pour les répétions et tout, hésitez pas à les signaler, je remanierai tout ça. Pour le moment, j'écris la suite. J'ai bien avancé. Mais me suis promis que quand j'aurai fini, je retoucherai les deux avant de me lancer dans quoi que ce soit. Après, on verra ...

Au bout de son doigt tendu, une fenêtre située au premier étage s'était ouverte et une corde de drap s'était déployée. Louann écarquilla les yeux. Non, ses yeux la détrompaient. Garance, la raisonnable, jamais un mot de trop et la parole toujours juste. Garance qui ne se rebellait jamais. Garance était en train de se sauver de la fenêtre de sa chambre.

Les jumelles s'étaient déjà levées d'un même mouvement pour l'attendre en bas. Mya, quant à elle n'arrivait pas à s'arrêter de rire.

Une silhouette s'encadra dans l'ouverture de la fenêtre. Garance enjamba le parapet. Ses mains tâtonnèrent à la recherche du drap et ne le trouva pas.

"Non de non, mais elle va se ..."

Louann avait crié en même temps qu'elle se mettait à courir. Mais déjà, Garance se réceptionnait la tête en bas, s'accrochant fermement au drap avec ses mains et ses genoux. Sa robe, par contre lui tomba sur la tête. En bas, les jumelles l'observaient.

"Houla, c'est bel et bien du sport, observa Coraline
- Pour une nonne, elle est bien défroquée, poursuivit Louison
- Je n'ose pas imaginer la tête que ferait la Mère Supérieure.
- Oh, on finirait pas l'appeler Soeur ahurie à la longue"

Toutes les deux se lancèrent un regard entendu et se turent. Un gland siffla aux oreilles de Louison.

"Oh, et toi ça va.", dirent-elles en même temps sans se retourner.

Mya grommela comme à son habitude et vint les rejoindre, les mains dans les poches. Une main rageuse agrippa son oreille. Elle se mit à piailler.

"C'est pas un peu fini maintenant ?", vitupéra Louann.

Le calme revenu, elles attendirent toutes les quatre, le nez en l'air que Garance pose le pied par terre. La lumière de la lune éclairait leurs sourires.

Elle leur fit face, les bras croisés pour couper court à toutes effusions. Les jumelles l'imitèrent, le visage sérieux.

"Hé bien, me voila. Quelque chose me dit que je vais le regretter. Mais je suis là."

Elle se tourna vers Louann, sa petite soeur directe, celle qui avait toujours suivi son exemple. Du moins ... Quand son père avait voulu la marier à un nobliau notoire, elle avait accepté. Et elle était bien tombée. L'ancêtre étant mort entre temps, son père l'avait donnée à un jeune, de seulement cinq ans son aîné. Elle avait eu de la chance, elle. Et elle n'avait pas proposé qu'elles s'enfuient toutes ensemble pour lui éviter le mariage.Elles l'auraient de toute façon refusé. Elles l'avaient déjà fait. Et, contrairement à elle, elle ne leur en aurait pas voulu.

"Tu vois, nous sommes là, lui souffla Louison, on ne t'a pas laissée longtemps.
- Et je pense que nous t'avons manqué en dépit de tout, poursuivit sa jumelle.
- Même si on sait que tu es encore fâchée.
- Et que nous voudrions que tu nous pardonnes"

Elles se jetèrent toutes les deux à genoux. Un sourire se dessina sur le visage de Garance.

La chambre était spacieuse et ne contenait qu'un seul et grand lit. La jonchée avait besoin d'être renouvellée et un parfum de sauge et de paille moisie embaumait la pièce. L'humidité, que même le grand feu brûlant dans l'âtre n'arrivait pas à tuer se tapissait dans les recoins. L'auberge en elle même n'était pas très propre - en scruttant le plancher pendant un long moment, on voyait passer quelques cancrelats - mais c'était la seule assez loin du couvent et ayant un prix de nuitée raisonnable qu'elles avaient pu trouver. Et surtout la seule dont l'aubergiste avait voulu leur ouvrir la porte à cette heure avancée de la nuit.

Assise dans l'un des deux fauteuils aux acoudoirs fatigués, racornis et usés, Louann frisonnait malgré le châle épais qu'elle portait sur les épaules. Il faisait frisquet pour un début de printemps. Et cela dans le sud. Bientôt, le beau temps triompherait du marasme hivernal et ce serait le retour de la belle saison. Bientôt. Elle pensa à son époux, resté seul au bourg, à une journée encore de chez son père.

Suite au quatrième meurtre de rousses dans le bourg, elle avait décidé de rassembler ses soeurs. A part Mya, elles étaient toutes menacées de par leur couleur de cheveu. Et, après l'année passée loin d'elles, elle avait envie de les revoir.

Coraline, Louison et Alix vivaient encore au domaine familial. Mya était rentrée voila quelques mois, prétendant que son groupe de balladins s'était quitté en mauvais termes. Un mensonge, vraisemblablement. Elle même répugnait à s'absenter trop longtemps. Mais à part Garance et Mya, obligées de s'éloigner par la force des choses pour l'une ou répondant à l'appel de la liberté pour l'autre, aucune ne s'était résolue à s'éloigner. Elles étaient retenues par une force impalpable mais solide, un lien immuable qui refusait de se rompre. Et cela parfois en dépit d'elles-mêmes.

Garance, accoudée à la fenêtre observait le coucher de la lune. Lune rousse. Il allait geler à pierre fendre cette nuit. Du moins, ce restant de nuit. Mais elles étaient au chaud, du moins sous les couvertures. Elle regarda son reflet dans la vitre et soupira. Son année de solitude lui avait laissé ses cheveux courts et avait amaigri ses traits fins, déjà endurcis par le poids des années. Comme elle se trouvait laide ! Pour passer inapeçue, elle avait troqué sa bure et sa colerette contre des habits d'homme et une cape à capuchon. Louann l'avisée avait tout prévu.

Le vêtement devait appartenir à Guillemot, l'un des fils du valet de ferme du domaine de leur père. Celui-ci, malgré l'argent manquant de plus en plus cruellement pour payer tout le monde refusait de partir. Ses fils aidaient Mya, Louison et Coraline dans de bien nombreux travaux. Domestiques, valets, laquais, mais aussi menuisiers, défricheurs, moisonneurs, ils occupaient la maison de leur présence utile.

Guillemot était le seul qui avait sa taille. A vrai dire, il était le seul qui la dépassait. Elle ne savait pas d'où lui venait sa taille, mais elle était grande, très grande. Et elle en souffrait, surtout qu'elle était maladroite. Souvent, elle se cognait dans le haut des portes quand elle n'avait pas le réflexe de se baisser.

Elle gagna le lit sur la pointe des pieds. Coraline et Mya dormaient déjà, fatiguées par leur chevauchée nocturne. Assise à coté d'elles, Louison était prête à s'assoupir. Quand on y regardait bien, elle avait le visage plus rond que celui de sa jumelle et était beaucoup plus douce quant à son caractère. Dans le duo, elle était celle qui tempérait, celle qui écoutait. Du moins, plus que Coraline. Elle sourit en voyant Garance s'approcher.

Sa soeur s'assit à l'autre bout du lit, après avoir brièvement caressé la joue des dormeuses et lui avait rendu son sourire.

"Alors, comment vais-je retrouver père ?"

Louison, peu habituée à parler sans sa soeur marqua un temps d'arrêt avant de se reprendre. Louann dressa l'oreille.

"Hé bien, il vieillit. L'humidité fait mal à ses vieilles articulations, si tu savais. Mais il se livre toujours à d'étranges expériences. Des gens étranges viennent lui rendre visite. Une fois, un homme parlant une l'espagnol - à ce que père m'a dit - est venu jusqu'ici. Il fuyait, il me semble. Il lui a fait comprendre qu'il venait de l'autre bout du monde. Et père, bien sûr, l'a cru et a accepté de l'herberger. Il lui a fait un cadeau étrange, dont il ne veut rien dire. Et depuis, d'étranges odeurs sortent de sa cave. A mon avis, il n'en sortira rien de bon.
- En ça, il n'a pas changé, laissa-t-elle tomber sans amertume, il s'embarque toujours dans des expériences douteuses.
- Et nous lui rassemblons toutes un peu"

Garance hocha la tête. Oui, elles avaient toutes certaines bizarreries, certaines lubies ou manières de penser qui les différenciaient des demoiselles de leurs âges. Ensemble, elles s'en accommodaient raisonnablement. Mais c'était le monde alentour qui ne s'y habituait pas. De loin en loin, on les traitait de folles, et du temps où elle habitait encore au domaine, elle entendait murmurer des choses peu aimables à leur égard. Surtout depuis qu'Alix "déraisonnait" - comme elle et ses soeurs expliquaient ses symptômes, "était devenue folle" comme le disaient les autres. Non, ce n'était pas de la vraie folie, mais des crises de panique si fortes qu'elles la poussaient à des actes insensés. Depuis la mort de sa mère, Alix avait peur de tout, même de son ombre. Et seuls quelques remèdes fabriqués par l'apothicaire du village permettaient encore de l'apaiser. C'était leur principale source de dépense. Mais leur soeur le valait bien.

Quand elle n'avait pas ses crises, Alix était la plus douce et la plus avenante de la fratrie. Un joli minois presque épargné par les tâches de rousseur. Une peau d'albâtre, des traits fins et réguliers. Mais surtout, des yeux bleus, verts ou gris selon la lumière, limpides comme un lac de montagne. Et un regard franc qui vous désarmait dès qu'il se posait sur vous. Elle avait une douceur et une curiosité naturelle qui la faisaient s'intéresser à tout. Beaucoup d'imagination aussi. Et la patience nécessaire pour s'entendre avec toutes. Et elles lui rendaient toutes, prenant ses crises avec philosophie. Pour elles, il y avait deux Alix. Alix la douce et Alix la folle. Alix qui les rassemblait, Alix qui leur ressemblait, Alix qui les effrayait ...

"Et Alix ?"

Louison et Louann avaient pâli en entendant la question. Car c'était bien sur Alix la folle qu'elle les interrogeait. Et sur elle, elles voulaient peu en dire. Ce fut finalement Louison qui se décida à parler.

"Alix ne va pas très bien en ce moment. Depuis l'augmentation du nombre de meurtres, son angoisse s'intensifie. Elle ne dort presque plus. Elle a encore maigri, tu verras. Les crises ont augmenté aussi. Le prévôt nous a prévenu : si elle recommence à faire parler d'elle, il la fera emprisonner."

Garance avait hoché lentement la tête. Une voix ensommeillée s'éleva du coté des dormeuses.

"Je suis sure que nous n'en arriverons pas à cette extrémité là. Notre Alix a de la ressource. Par contre, si vous voulez bien reporter vos conciliabules, j'aimerais bien dormir"

Mya se redressa sur le coude et se frotta les yeux. Louann se leva sans attendre.

"Soit, allons dormir ou demain, nous aurons fort mauvaise mine"

Garance alla prendre place à coté de ses soeurs dans le lit. Louann souffla la chandelle et vint à leurs cotés. Le silence s'installa peu à peu. Au bout de quelques minutes, Garance fut la seule à ne pas dormir.
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Re: Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Heg le Dim 15 Nov 2009 - 13:42

Hé bien hé bien !

C'est ma foi un début bien sympathique que celui des Douceurs Assassines. Contrairement à Azure, je suis plus attirée à priori par le coté historique que par le coté strictement policier, mais quand les deux se marient harmonieusement, comme ça semble être le cas, ça peut être un vrai régal. (umberto, es-tu là ?)
A ce stade de l'histoire, l'époque reste encore assez indéterminée. Dix-huitième, dix-neuvième siècle ? Ca n'a pas necessairement d'importance, c'est à toi de voir si tu veux apporter quelques précisions.

Comme on l'a déjà fait remarquer, il subsiste quelques fautes d'orthographe ou de syntaxe qui semblent dues à l'inattention. Certains passages pourraient aussi être plus limpides, mais dans l'emsemble, tu as déjà un très bon niveau, je trouve. Pour améliorer encore le texte, il faudrait proceder à une relecture plus systématique, c'est à toi de decider si tu veux te lancer dans cet exercice un peu fastidieux, mais je pense que Yoko et moi pourions t'y aider.

En résumé, les personnages son sympatiques et assez originaux (la fratrie féminine est une première sur ce forum, en tout cas), et l'histoire accrocheuse. J'attends la suite avec plaisir. Smile
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Re: Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Plume le Dim 15 Nov 2009 - 16:54

Merci encore. Pour la syntaxe, l'orthographe et le style, je vais avoir du boulot. Et quelques passages à remanier. Et je pense que j'aurai besoin de votre aide. Embarassed Pour la suite, hé bien ... la voici ...

Elles furent réveillées par une employée de l'auberge, les priant de libérer la chambre pour lui permettre de faire son ménage. Après une brève toilette, elles descendirent dans la salle commune.

Le vent violent avait fait rouler les nuages jusque dans la vallée où ils n'avaient pas cessé de pleurer au dessus des terres, faisant sensiblement monter le niveau du Rhône.

Les jeunes femmes, chevauchant sur l'ancienne voie romaine étaient trempées depuis longtemps. Chacune d'entre elle serrant qui son manteau, qui les bords de sa cape ou de sa pèlerine en se donnant l'illusion d'avoir un peu plus chaud. Louann éternuait et Mya maugréait. Garance, quant à elle était plongée dans ses pensées.

Bien que son père fût un homme tolérant et ouvert à toutes les excentricités de ses filles, elle appréhendait quelque peu les retrouvailles. Pas sa réaction, plutôt la sienne. Quelque part, elle lui en voulait encore. Bien sûr, elle comprenait son choix, plus motivé par le fait de la voir vivre dans de meilleures conditions que celui de l'argent que son union aurait pu rapporter. Mais elle n'avait pas supporté le fait que son mariage l'entraîne à l'autre bout du pays. Pour elle, Rouen était l'autre bout de la terre. S'établir dans un monastère à deux jours de voyage de la maison familiale était un moindre mal.

Louison et Coraline dissertant interrompirent le fil de ses pensées.

"Et moi, je te dis Bartolomé de la Casas avait raison. Les indiens ont une âme, arguait Coraline.
- Et moi, je te dis que ton point de vue est défendable. Mais l'Église a statué là dessus, il me semble. Les indiens peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Pas nous, s'était emportée Louison.
- Comment cela pas nous ?"

Coraline ouvrait de grands yeux. Louison en profita pour continuer.

"Mais regarde autour de toi. Tu as vu comment les autres nous perçoivent ? Nous ne sommes pas mariées, et nous savons lire et écrire. Tu as vu la tête des gens quand nous allons à l'Église ? Et je ne te parle pas de ceux qui nous traitent de sorcières quand nous avons le dos tourné, ceux qui évitent de nous croiser ou qui se signent à notre approche. Tout ça parce que nous sommes rousses."

Coraline interdite voyait sa sœur s'empourprer, levant haut le bras comme si elle invectivait le ciel et les grands arbres.

"Qu'ils rigolent tous ces hommes avec leurs grandes idées. Nous, nous savons très bien que nous, les femmes, nous avons quelque chose à dire. Qu'ils ne se méfient pas et bientôt, nous prendrons le pouvoir !"

Comme pour lui répondre, son cheval renacla, provoquant un fou rire chez les autres.

"Oh, toi le cheval, poursuivit-elle en essayant de ne pas succomber à l'hilarité, je le sais, tu fais partie du complot. Surveille bien tes arrières que je ne fasse de toi un hongre !
- Oh, Louison, douce Louison, se moqua gentiment Coraline, je crois que tu t'es trompée de siècle. Mais quelque part, je crois que je suis d'accord avec toi."

Sa jumelle lui sourit, et se calma. Le reste du trajet se déroula dans un calme relatif. Si la fratrie continua de deviser, plus aucune ne s'enflamma. Bientôt apparurent les portes de "Vienne la Sainte" et plus loin, l'imposante silhouette de la cathédrale. Les jeunes femmes mirent pied à terre, le dos vermoulu, les membres courbatus et trempées jusqu'aux os.

Elles firent halte devant les hauts murs et, à l'abri des fourrés, Garance troqua ses habits d'homme contre sa collerette et sa bure. Sans trop savoir pourquoi, elle eut un pincement de cœur en les remettant.

"Haut les cœurs mesdemoiselles, les encouragea Louann en prenant son cheval par la bride, nous sommes bientôt arrivées"

Elles marchèrent dans les rues étroites aux rues pavées, héritage des romains. Car Vienne, comme une bonne partie de la France avait été colonisée en son temps par ces envahisseurs venus d'Italie. Les habitants de l'époque, les Allobroges peuple fier et féroce, plutôt que de faire durer une invasion qu'ils étaient sûrs de perdre décidèrent d'ouvrir les portes à l'ennemi. Très vite, une certaine alchimie s'opéra entre les vainqueurs et les vaincus et très vite, ceux qui allaient s'appeler Viennois devinrent citoyens de l'empire romain. Vienne prospéra jusqu'à devenir une des cinq villes les plus importantes de Gaule, et ses collines environnantes ne tardèrent pas à se couvrir de vignobles. Il restait de cette époque bénie de très nombreux vestiges.

Les jeunes femmes se signèrent en passant devant l'église Notre-Dame-de-la-vie - dont on disait qu'elle avait été un temple romain en son temps et qui deviendrait le temple de la raison presque deux siècles plus tard. Puis, elles arrivèrent enfin devant la prévôté, un bâtiment austère et massif, rehaussé d'une tour.

La fratrie regarda le bâtiment durant quelques minutes, se demandant comment elle allait procéder, dansant d'un pied sur l'autre. Se furent bien sûr Louann et Garance qui prirent les initiatives. Elles iraient parler au prévôt. Les autres attendraient dehors.

"Ne vous en faites pas, murmura Louann en frappant à la porte massive, il ne peut rien nous arriver. Au pire, ils nous enfermeront avec Alix"

On les introduisit assez vite chez le prévôt. Celui-ci, préoccupé par les événements récents ne voulait pas s'encombrer d'Alix plus longtemps que de raison.

Quelques minutes plus tard, elles étaient assises en face de lui, dans un petit réduit qui lui servait de bureau.
C'était un homme franc et honnête dont le jeune âge tranchait avec l'importance de sa fonction. Un an auparavant, le prévôt précédent avait trouvé la mort dans une bagarre d'ivrogne. Rigoureux, fin lettré, patient, attentif aux autres et ferme à la fois, on l'avait logiquement choisi pour lui succéder.

Dans leur jeune temps, il y avait eu – à ce qu'on supposait – quelque chose entre eux deux. Preuve en était qu'on l'avait souvent trouvé dans le sillage de Garance, toujours par le fruit de hasards plus ou moins incongrus. Mais comme les voix du seigneur tout comme l'intimité de Garance étaient impénétrables, nul n'avait jamais osé aborder la question. Même si leur histoire appartenait au passé, ils chérissaient cette époque bénie comme un des meilleurs souvenirs de leur jeune âge. Il avait été surpris et un peu déçu quand elle avait décidé de prendre le voile. Et avait toujours du mal à se faire à cette idée.

Pour le moment, il observait la bosse violacée commençant à se former sur le crâne de Garance : la porte était basse, et elle avait oublié de se baisser.
Louann, ne sachant rien de la proximité passagère du prévôt et de sa soeur observait leur manège avec un certain amusement teinté de questions.

"Vous êtes sure, ma Soeur, que vous ne voulez rien pour votre bosse ?
- Non, je vous remercie messire, mais je souhaiterais que vous me rendiez ma soeur au plus vite. Nous avons encore un peu de trajet. Et vous savez tout comme moi que le bac n'attend pas.
- Je ne vois aucune objection à cela, mais j'aimerais vous entretenir à son sujet, ma Soeur.
- Cela, je m'y attendais, messire.
- Je ne m'appesantirai pas sur les désordres qu'elle pourrait causer. Cela, vous le savez tout autant que moi. Mais je me fais du soucis pour elle. J'ai peur du mal qu'il pourrait lui arriver. Peut-être est-ce l'époque, mais les gens ont peur. La Sainte Inquisition nous a rendus tous plus regardants vis à vis du très haut. Les gens voient d'un assez mauvais oeil le fait qu'on vienne agiter la fin du monde sous leur nez ou je ne sais quoi d'autre. Et il y a aussi ce fameux tueur de rousses. Je n'oserais imaginer ce qui se passerait si elle, vous ou vos soeurs tombaient entre ses mains ... ma ... Soeur. Je ne saurais que vous prier de faire attention les unes aux autres.
- Je ne saurai que vous le promettre deux fois, messire. Et pour Alix, ne vous en faites pas, je veillerai sur elle.
- Je vous fais confiance, ma Soeur" répliqua le prévôt en se levant, signifiant la fin de l'entrevue.

"Si vous voulez bien me suivre, je vous emmène à Alix."

Il les mena à travers les couloirs jusqu'à un grand huis, fermé à clé. Venue plusieurs fois pour y chercher Alix, les jeunes femmes avaient appris que c'était là qu'on enfermait les criminels (il y en avait eu fort peu), les ivrognes, les fauteurs de trouble et accessoirement Alix. Cette année, c'était bien la troisième fois. Et il fallait à tout prix que ce soit la dernière. Le prévôt, bien que patient devrait céder à la vindicte populaire. Leur soeur finissait par faire peur et cela, toutes le savaient ...

Le prévôt frappa à la porte et demanda à tout hasard.

"Etes-vous encore là, Alix ?"

Un léger rire lui répondit. Il se tourna vers les deux sœurs derrière lui.

"Elle va mieux, apparemment. Guillemot lui a apporté son remède. Je suis resté un peu avec elle car je sais qu'elle n'aime pas être seule.
- Mais c'est que vous vous rapprochez de plus en plus de la Sainteté, messire, ironisa Garance avec un petit sourire.
- Oh, n'exagérons rien, ma sœur.", dit il en tournant la clé dans la serrure.

Alix se tenait assise en tailleurs sur un matelas dont la paille avait été renouvelée de frais. Sur son visage, un léger sourire. Une fois n'est pas coutume, elle fixait un point devant elle. Quelque chose qu'elle était seule à voir.

Si chaque sœur faisait travailler avec aisance ses mains et sa cervelle, Alix n'avait pas son pareil pour utiliser son imagination. Le moindre détail donnait lieu à la plus rocambolesque des aventures. Petite, elle inventait des jeux ou des histoires pour amuser ses soeurs. Elle avait des talents de conteuse incroyables, avec des fantaisies sans cesse renouvelées. L'âge venant, cette faculté ne l'avait pas quittée, elle en avait même accru ses pouvoirs. Un peu trop parfois. Elle s'en servait pour occuper le temps. Avec elle, pas de monotonie, pas d'ennui. Elle faisait naître des bateaux à la place des nuages, apparaître des farfadets et des mondes imaginaires au détour des sentiers.

Là, dans sa cellule, elle avait fait apparaître un bout de son jardin. Elle était assise entre le cerisier en fleurs et les roses sur un banc de pierre. Leur parfum embaumait. Le vent était doux et chaud. Elle ne réagit que lorsque Garance lui posa la main sur l'épaule.

Quelques secondes plus tard, la religieuse se retrouvait au sol, tenant Alix dans ses bras. Celle-ci, dans sa joie de la revoir lui avait sauté au cou. Et elle était tombée, entraînant sa sœur. Elle riait, sans pouvoir se relever, sous les regards interdits du prévôt, et de Louann.

Quand enfin, elle se calma, elle se remit prestement debout, aidant Alix à se relever à son tour. La jeune femme n'avait pas lâché sa main. Garance était, depuis la mort de leur mère, devenu leur point de cohérence et d'encrage. Une sorte de maman de substitution.

"Voila pour cette fois Alix, finit par dire le prévôt, j'espère vous revoir le plus tard possible. Je ne saurais que trop vous conseiller d'être prudente. Et ceci vaut aussi pour toutes les quatre".
Alix hocha la tête sans répondre. Derrière le prévôt, une armure reconstituée, datant du moyen âge lui faisait de grands signes.
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Re: Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Mélanie Mustang le Dim 15 Nov 2009 - 19:53

Eh bien, deux posts en une journée! Tu es une vraie bourreau de travail^^ En tout cas, ces deux nouveaux passages sont toujours aussi bien écrits. Moi non plus l'historique ne me dérange pas du tout et encore moins mêlé de policier. C'est toujours intéressant un tel mélange (et j'avoue moi aussi me remémorer ma lecture du Nom de la Rose...)

Bon, eh bien l'entrée en matière continue. Peut-être le prévôt jouera-t-il un rôle intéressant? Pourquoi pas celui du tueur? (pour se venger de Garance et de sa décision de prendre le voile?^^)
Vivement la suite!

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Re: Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Plume le Dim 15 Nov 2009 - 22:20

Hé hé, vous verrez ... Pour la suite ...

"Hé bien, finit par dire le prévôt, je ne vois aucune raison de ne pas vous laisser partir. En revanche, Garance ... Pardon, ma Soeur ... J'aurai besoin d'un service en retour. Résiderez-vous ici longtemps ? Je croyais ne jamais vous revoir ... "

Garance sentit ses joues s'empourprer. Que dirait le prévôt quand il apprendrait qu'elle s'était sauvée de son couvent, et ceci par la fenêtre et en pleine nuit ? Ce fut Alix qui la tira de ce mauvais pas.

"Se sont vraisemblablement mes soeurs qui sont allées la chercher car je n'allais pas bien. Garance me manquait. Et je pense qu'elle va rester quelque temps. Jusqu'à ce qu'on retrouve le tueur de rousses. N'est-ce-pas ?"

Garance hocha la tête et croisa les bras.

"Dans ce cas, reprit le prévôt, un petit sourire aux lèvres, je vous convoque demain chez moi, à la prévôté. Je viendrai vous chercher."

D'un geste de la main, il leur donna congé. Elles partirent sans se faire prier. Par une fenêtre, il les vit se rassembler devant la porte et s'affairer pour repartir.

Cinq soeurs, quatre tons de roux. Celui de Garance était le plus classique. Un roux discret tirant sur le châtain. Quand elle les avait longs, ils retombaient en boucles épaisses sur ses épaules. Il imagina que ce n'était plus le cas. Il avait dû falloir en couper une partie pour les faire entrer sous la collerette. Ceux de Louann, délicatement ondulés étaient plus clairs et tirant vers le blond. Louison et Coraline avaient la teinte la plus vive. Un roux vif, presque couleur de carotte. Elles les avaient raides et longs. Les cheveux d'Alix étaient de loin les plus beaux, malheureusement emmêles, la plupart du temps. Une épaisse crinière de cheveux raides et fins, couleurs de flammes vives. Comme à ses yeux, la lumière leur donnait toutes sortes de nuances. Et il y avait aussi leurs yeux. Bleus clairs et en amande pour Garance. Verts et ronds pour Louann. Bruns et grands ceux des jumelles. Changeants, d'un bleu ombré de vert et de gris pour Alix. Et d'un bleu très foncé pour Mya.

Un de leurs aïeux, à ce qu'on disait, avait ramené d'un royaume du nord une femme aux cheveux roux. Ils avaient prospéré et s'étaient multiplié, ce qui expliquait - toujours d'après ce qu'on disait - le grand nombre de têtes rousses dans la région.

Garance, levant la tête vers sa direction lui adressa un petit signe de la main. Les autres l'imitèrent. Alix lui adressa un pied nez appuyé. Il se prit à sourire.

Les demoiselles descendirent jusqu'aux quais du Rhône, passant à coté de l'église Saint-Pierre, vieil édifice de pierres froides bâti au VIème siècle, et longèrent les berges du Rhône en remontant vers le Nord. De là, on voyait le château de la Batie sur le mont Salomon, imposante forteresse qui dominait la ville. Elles chevauchèrent encore durant quelques minutes et arrivèrent au bac.

Sorte de radeau muni de gardes fous, le bac permettait de traverser le Rhône sans danger. Il était tracté d'une rive à l'autre par un système de ficelles et de poulies. Un homme à une rive, un autre à la rive opposée, tirant dans un sens ou dans l'autre. Après avoir négocié avec le passeur, elles convinrent avec le passeur qu'il y aurait deux voyages. Le premier pour les chevaux, le second pour elles.

"Hé bien, je crois que ça sera notre dernière chevauchée avec eux. Du moins toutes ensemble.", soupira Mya en regardant les bêtes s'éloigner de la berge.

Garance intriguée jeta un regard en coin à ses soeurs qui hochèrent la tête, tristement.

"Leur entretien coûte cher et la maison tombe quelque peu en ruine. Il a fallu choisir.", expliqua Coraline.

Le premier voyage se passa sans problème. Une fois les chevaux attachés par la bride à un arbre, le passeur effectua le voyage du retour. Elles prirent place en silence, sentant peser sur elles la fatigue du voyage et de tristes pensées.

Presque au bout du trajet, une secousse ébranla l'embarcation. Les demoiselles sursautèrent et resserrèrent leurs mains sur le parapet, quelque peu effrayées. A la deuxième secousse, la plupart étaient au bord de la panique.

"Pas de panique, ils maîtrisent la situation", souffla Garance.

Leurs regards se portèrent sur la rive opposée qui ne leur avait jamais parue aussi loin. Là bas, il n'y avait plus de second passeur.

Le bac s'immobilisa quelques instants avant d'être emporté par le courant, traînant derrière lui une corde coupée.

Les jeunes femmes se cramponnèrent les unes aux autres, effrayées. De l'autre coté, le passeur tentait de retenir l'embarcation à la seule force de ses bras. Mais les flots puissants lui rendaient la tâche difficile. L'esquif restait immobilisé en équilibre instable, en grand danger d'être emporté. Il ne tarderait pas à être emporté. Non conçu pour la navigation, il ne tarderait pas à basculer et être envahi par les flots, ce qui signifierait très probablement la noyade pour ses occupantes.
Sur la rive,, des gens accouraient. Qui hurlant de frayeur, qui les montrant du doigt. D'autres, un peu plus censés que les autres allèrent chercher des cordes. Et, de l'autre coté du Rhône apparut Guillemot. Elles le virent s'immobiliser devant les flots puis héler un badaud et lui prendre sa corde. Sans hésiter une seconde, il avança dans l'eau jusqu'à la taille et lança le lien un peu en aval d'elles. Elles l'entendirent crier.

"Vous n'avez pas le choix. Faut sauter, et attraper la corde. Vite !"

Les demoiselles s'entre-regardèrent pour désigner la première qui serait sauvée. Comme toujours, leur regard s'arrêta vers Mya. La jeune fille, cramponnée au garde-fou secoua la tête, les yeux agrandis de terreur, incapable de bouger.

"Allez Mya, nous n'avons pas le choix, la pressa Louann, Guillemot va te rattraper."

Il y eut une autre secousse. Garance qui se tenait mal bascula dans les flots la tête la première. Le courant commença à l'emporter. Mais déjà, Guillemot avait lancé sa corde. Toussant et crachant, elle s'y cramponna. Il ne tarda pas à la tirer de l'eau.

Dans le bac, les naufragées regardaient le sauvetage avec appréhension.

"Allez, aux autres.", cria Louann pour couvrir le bruit de l'eau.

Les regards se portèrent de nouveau sur Mya, qui secoua la tête. C'est Alix qui trouva la solution.

"Allez, accroche toi à moi. On y va".

Elle lui tendit la main. Mya résista quelques secondes avant de céder. Le bac fit une nouvelle embardée. Elles se jetèrent à l'eau. Grossies par la fonte des glaces, les eaux du Rhône étaient tumultueuses et gelées. Elles sentirent comme des éclats de glace les transpercer de part en part. Mais elles parvinrent à attraper la corde.

Les jumelles se tournèrent vers Louann. Celle-ci secoua la tête et leur fit signe d'y aller. Elles obéirent à contre-coeur, sachant qu'elles n'avaient ni le temps de discuter ni de la faire céder. Louann était têtue. Au moment où elles posaient le pied sur la berge, la seconde corde cassa. Le bac fit une ultime embardée. Louann, qui ne s'y attendait pas tomba et se cognant la tête disparut dans l'eau.

Guillemot, une nouvelle fois fut le plus prompte à agir. Prenant un bout de la corde, il se rua dans les flots après avoir confié l'autre extrémité aux demoiselles. Il disparut pendant d'interminables secondes. Elles le crurent perdu à jamais, avec leur soeur. Mais il reparut peu de temps après, tenant Louann d'un bras et la corde de l'autre.
Quelques secondes plus tard, il étendait la jeune femme sur le sable. Celle-ci toussait sans pouvoir s'arrêter. Mais elle était vivante.

Après, le temps qui était devenu éternité l'instant du naufrage reprit lentement son cours. On apporta des couvertures et des tisanes. On assit les demoiselles sur l'herbe pendant que Guillemot était parti chercher la charrette. En état de choc, aucune d'entre elle ne souffla mot. On avait trouvé le second passeur, décapité d'un coup de hache, dans les broussailles environnantes.
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Re: Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Scieszka le Dim 15 Nov 2009 - 22:46

Hé bien, quelle péripétie! C'est palpitant!

Et puis bon, comme je connais un peu le Rhône (je n'habite pas bien loin de l'endroit où c'est censé se passer), comment dire, j'admire le Guillemot, parce que sortir du Rhône vivant, ça n'est pas une mince affaire, surtout dans ce coin-là.

Continue, j'attends la suite avec impatience! - Quoique, vu la vitesse à laquelle tu postes, je ne devrais peut-être pas dire ça...

(Ça se passe fin XVIe, début XVIIe, c'est ça?)
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Re: Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Plume le Dim 15 Nov 2009 - 23:10

Bravo pour la date Smile Pour la rapidité des posts, en fait, c'est déjà tout écrit. J'en suis au tome 2, enfin, si on peut dire tome :p

Partie deux

Elles s'étaient regroupées dans l'atelier des jumelles. Une vaste pièce aux nombreuses fenêtre. En chemises de nuit, enveloppées dans des couvertures, elles se remettaient doucement. Leur père, parti faire une course en ville était absent.

Coraline assise dans un baquet d'eau chaude finissait d'enlever les traces de boue et de vase sous ses pieds. Louison lui versa un nouveau seau d'eau tiède sur la tête. Ses cheveux reprirent leur teinte habituelle.

Contrairement au tout venant à cette époque qui pensait que le bain était nocif, elles se fiaient au textes antiques ventant les vertus de l'hygiène. Leurs bains suscitaient soucis et amusement dans la maisonnée et alentour. C'était avec tout le reste une de leurs bizarreries. Celle-ci suscitaient le rire derrière leur dos. Elles ne s'en formalisaient pas.

Coraline sortit de l'eau. Louison l'enveloppa dans une serviette et la laissa se sécher. Elle enfila une chemise de nuit propre et s'assit sur son lit. A coté d'elle, Louann tentait de démêler les cheveux de Mya et Garance s'occupait d'Alix.

Celle-ci, à peine rentrée avait été prise d'une énorme crise de panique. Il avait fallu la maintenir au sol pour lui faire avaler son remède. A présent, elle avait cessé de prononcer des mots sans suite, mais n'arrêtait pas de trembler. Garance la serrait dans ses bras en la berçant doucement. Les yeux mi-clos, elle s'apaisait peu à peu.

Quand elle se fut endormie, elle rabattit les couvertures sur elle et se rassit à ses cotés, évitant les regards inquiets de ses soeurs.

"Ce n'est rien. Demain, il n'y paraîtra plus."

Louann lui adressa un léger sourire. Et vint s'asseoir à coté d'elle. Mya et les jumelles firent de même. Serrées dans le grand lit, elles se sentirent plus à l'aise, dans la chaleur des unes des autres. Tranquilles. Là, elles pouvaient parler.

"Hé bien, commença Louann, je crois que nous avons eu plus de chance que ce pauvre passeur.
- Oui, reprit Louison, nous au moins, nous n'avons pas perdu la tête.
- Mais pourquoi à ce moment, et à cet endroit là ?, demanda Coraline
- Au bord du Rhône et dans les broussailles, c'est assez discret, murmura Garance, tout en sachant que l'effervescence que son acte allait provoquer lui permettrait de fuir.
- Certes, poursuivait Louann, mais pourquoi nous ? Vous ne croyez-pas que le tueur de rousses ?"

Un silence se fit. L'angoisse s'installa imperceptiblement. Mais Louann chassa finalement le doute.

"Non, le tueur de rousse ne procède pas de cette façon. Il s'en prend toujours à des femmes isolées. C'est nous donner trop d'importance. Je pense que nous avons juste été là au mauvais endroit et au mauvais moment. Ce qui ne nous empêche pas de redoubler de vigilance. Le prévôt nous l'a encore répété."

Elles hochèrent la tête. Oui, elles ne le savaient que trop bien. Le silence retomba. Louann alla chercher son matériel de broderie et Mya son luth. Coraline retourna à sa table broyer les herbes dont elle extrayait les pigments nécessaires à ses peintures. Garance prononça une prière pour le repos du malheureux passeur et Louison s'assoupit.

Alix se réveilla en fin d'après midi. La lumière déclinait mais on y voyait encore bien. Ses soeurs n'avaient pas bougé. Elle se frotta les yeux. Il régnait dans la pièce un moment d'éternité. Le temps, sans qu'elles le sachent venait de se suspendre. Pour elles seules seulement. Elle sourit. Son imagination ranima les couleurs, chassa toute trace d'ombre. Heureuse du tableau, elle se leva. Puis, devant l'air intrigué des autres, elle s'expliqua.

"J'ai envie de faire du cerf-volant"

Plusieurs secondes passèrent. Mya reposa doucement son luth, Coraline abandonna son pilon, Louann ses travaux astreignants de couture. Quelques minutes plus tard, elles se tenaient au milieu d'un champ en chemises de nuit, le nez en l'air.

Alix et son cerf-volant. C'est elle qui avait assemblé ses matériaux un par un. Des armatures légères, beaucoup de voilage, quelques plumes. Louison et Coraline y avaient ajouté des couleurs. Rien de plus. .

Et le ballet, comme chaque fois se mettait en place. Commencer à dérouler la ficelle doucement, pour l'emmener sur les chevaux du vent. Se tourner pour lui faire prendre la courbe. Comme un oiseau, trouver les courants ascendants. Et tout d'un coup, changer de sens pour le surprendre, tout bouleverser. Mais ne pas lâcher prise. Voler, danser.

Au bout de la ficelle, Alix n'avait plus les pieds sur terre. Non, elle était là-haut, où rien ne pouvait l'atteindre. Ses soeurs observaient le ballet, les yeux écarquillés et le sourire aux lèvres. Alix rayonnait. La lumière jouait avec ses cheveux de flamme et faisait briller ses yeux. Dans ces moments là, leur soeur était presque normale. Non, pas normale, mais au dessus des autres. Une sorte d'ange étrange tombé du ciel. Alix n'était pas de ce monde.
Une rafale soudaine lui fit cependant perdre le contrôle et expédia le cerf-volant dans un arbre.

En quelques secondes, les six couraient vers l'arbre en riant. Mya prit la tête des opérations. Elle grimpa avec agilité dans les frondaisons. Quelques secondes plus tard, ses soeurs l'entendirent hurler. Elle descendit doucement, sans le cerf-volant. Son visage pâle comme la mort, contrastant plus que jamais avec ses cheveux de jais. Elle articula doucement.

"Là, un cadavre ... dans l'arbre ..."

Ses soeurs avaient pâli d'un coup. Alix poussa un cri inarticulé et se réfugia dans les bras de Garance. Les jumelles se rapprochèrent instinctivement l'une de l'autre. Louann leva la tête. C'est alors qu'elle le vit.

Au dessus des frondaisons, bien visible de la route - les jeunes femmes, tout à leur amusement ne l'avaient pas remarqué - on avait accroché un cocker. Les quatre pattes clouées, il pendait la tête en bas, dans une grotesque parodie de crucifixion. Auparavant, on avait offert au chien roux son premier sourire d'une oreille à l'autre.

Doucement, Mya ouvrit une main écorchée par les branches. Quelqu'un, sur un morceau de vélin taché de sang avait tracé ces mots.

"Partez tant qu'il est temps. Premier avertissement".

Dans un geste rageur, Mya voulut déchirer le parchemin mais Garance l'en empêcha. Comme la jeune fille l'avait présumé, le texte s'adressait bien à elles. L'analogie n'en était que trop clair. On voulait les effrayer, ou les mettre en garde. Sûrement les deux.

"Attends. Je sais que ce n'est pas agréable mais il vaut mieux le garder. Je le montrerai demain au prévôt pour voir ce qu'il en pense"

Louann hocha la tête, l'air grave. Autour d'elles, le monde avait perdu de sa magie, de sa couleur. L'endroit qui leur avait paru féerique leur apparaissait soudain hostile. Elles se dépêchèrent de rentrer.

Elles furent à peine arrivées chez elles que la pluie se mit à tomber, obscurcissant définitivement leur horizon.

Alix alla s'asseoir dans un coin, se balançant lentement d'un coté de l'autre, étrangère. Quand Garance voulut la réconforter, elle la repoussa et s'enferma dans ses pensées. Autour d'elle, il n'y avait plus que la couleur noire.

Assises sur le lit, les jumelles se taisaient. Louison pleurait doucement, Coraline serrait les poings. Louann, à coté d'elle rangeait ses travaux d'aiguille. Mya tirait des notes discordantes de son luth et Garance faisait les cent pas.

"Alors, quelqu'un nous en veut et veut que nous partions, finit elle par dire, pour le moment, il s'en tient à des menaces. Ce qui viendrait appuyer l'hypothèse que ce qui s'est passé sur le Rhône n'était pas pour nous. Du moins, c'est ce que je pense. Et ...
- Et moi, je crois qu'il ne s'en est pas tenu à des menaces.", l'interrompit Coraline.

Ses soeurs, se retournèrent d'un bloc et levèrent leurs yeux vers elle. Louison hocha la tête. Coraline poursuivit.

"Cela fait plusieurs mois que quelqu'un arpente notre maison, la nuit.
- Une ombre tout au plus, des bruits. Nous l'entendons. Et chaque fois que nous prenons notre courage à deux mains pour le confondre, il disparaît, poursuivit Louison.
- Nous pensons qu'il s'agit d'un fantôme.
- Ou de quelqu'un qui cherche quelque chose"

Les jumelles frissonnèrent.
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Re: Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Heg le Lun 16 Nov 2009 - 17:35

Bien, bien, les evènements s'accélèrent. C'est toujours une histoire aussi intéressante. Quand à ma mésestimation historique, je m'en étais aperçue. S'il vous plait, mettez la au compte du peu de posts qu'il y avait alors.

Le seul petit truc qui me chagrine, c'est que, pour l'instant, le caractère des filles semble un peu d'une pièce, mais peut être vont elles se complexifier au fur et à mesure. Les descriptions d'Alix, sans parler du fait qu'elles sont visiblement en avance sur leur temps, leur donne un coté un peu idyllique qui ne me convainc pas tout à fait. Mais c'est très supportable, car l'ensemble est de qualité. J'espère que mes petites remarques ne te chagrinent pas.

J'attends la suite, mais, comme Sciezska, peut être l'impacience ne m'est elle pas necessaire. (C'est difficile de suivre ton rythme effréné !)
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Re: Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Plume le Lun 16 Nov 2009 - 20:59

Non, ça va, je suis pas chagrinée Smile Je comprends la critique. C'est vrai qu'elles ont des caractères tranchés. Je ne pense pas qu'ils bougent tant que ça, en fait Embarassed J'avais peur que si elles évoluent, elles se mettent à se ressembler toutes. Pour Alix, par contre, je garderai le personnage tel qu'il est. C'est une sorte de parenthèse hors du temps, idyllique, peut-être. Mais c'est comme ça. C'est sa manière de se distinguer des autres. Bon, certains événements risquent de les ébranler un peu. Pour la suite, je posterai demain Smile


Bon, si en faites, pour toi, toutes d'un même bloc ça veut dire toutes pareilles, je me permets juste de dire que sur les lecteurs que j'ai eu sur l'autre forum, ça n'a chagriné personne. Au contraire, ils les trouvaient bien distinctes. Embarassed

Et je le dis et le redis, le texte a vocation à être remanié.

J'enregistre tout de même.


Dernière édition par Plume le Mar 17 Nov 2009 - 10:28, édité 1 fois
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Re: Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Mélanie Mustang le Mar 17 Nov 2009 - 10:25

Dis-moi tu poste toujours 2 chapitres par jour? lol Effectivement rythme effréné... C'est pire que moi!

Bon j'aime toujours autant et je continue de soupçonner le prévôt! Il était le seul au courant que les soeurs ont l'intention d'enquêter. Ca l'a inquiété, du coup il a voulu s'en débarrasser rapidement... Manque de peau, elles s'en sont sorties...
Inutile de préciser que j'attends la suite avec impatience lol

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Re: Les douceurs assassines (titre provisoire)

Message par Heg le Mer 18 Nov 2009 - 9:21

Non, il me parait tout à fait visible qu'elles ont des personnalités bien distinctes, que tu t'attaches à décrire soigneusement. Rassures-toi, je ne pense pas que la caractérisation de personnage, comme on dit dans le jargon, soit ratée, au contraire : chaque soeur est identifiable en fonction de son caractère et elles ne sont pas interchangeables dans l'histoire.

Ce que j'entendais par "d'un bloc" c'est plutôt que chaque personnage est très entier, et présente peu d'aspérités visibles pour le moment, de gros défauts qui fonctionnent au delà du ressort comique (Mya est grincheuse, Garance est maladroite et timide) pour faire véritablement obstacle au personnage, mis à part le dérangement mental d'Alix, qui est en fait plutôt assimilable à une maladie.

Mais, d'après ce que je comprend, tu l'as fait par choix, donc, partant de là, je ne peux que me retirer. C'est un récit qui possède beaucoup de qualités, et que je serais ravie de continuer à suivre, même si je tenais à te faire part de cette petite réserve (ou peut être parce que je ne peux simplemennt pas m'en empêcher). Donc, à bientôt pour la suite. Je n'ai pas d'inquiétudes là dessus. Smile
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