Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

Message par Macros le Dim 1 Jan 2012 - 13:04

Damn, elle commence déjà à tenir ses résolutions de nouvel an. Trop de pression, je vous dis, trop de pression...

Quoi qu'il en soit, un chapitre intéressant et assez fluide, agréable à lire. En revanche, je pense qu'il serait temps que je relise tout depuis le début, parce que j'ai un peu déconnecté de l'intrigue, depuis le temps... Mais rien qui ne puisse être rapidement corrigé ! Bonne continuation, en tout cas.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

Message par Mélanie Mustang le Dim 8 Jan 2012 - 10:58

Allez! Les choses sérieuses commencent en Karia!

XIII
Une nouvelle mission



Un mois plus tard, Daïsidor et ses Chevaliers étaient de retour en Karia et ils ramenaient avec eux la Princesse Adarielle.
La jeune femme ne s’était pas montrée surprise de la demande de Daïsidor. Nul doute que son père avait déjà prévu de la marier à quelque puissant seigneur lorsque le moment viendrait. Qu’elle soit convoitée par l’un des souverains les plus puissants qu’il comptait parmi ses voisins devait tout à faire lui convenir.
Lorsqu’elle descendit du bateau, sur un cheval blanc, le silence se fit dans le port. Bien qu’elle ne fût âgée que de dix-sept ans, elle portait sur elle une telle bonté et elle était si belle que le peuple fut conquis dès le premier regard. Et pourtant, il en fallait pour émouvoir les marins de Karia.
Tous les Chevaliers présents pour accueillir le Roi s’agenouillèrent en signe de bienvenue devant celle qu’ils savaient leur future Reine. Geoffroy croisa leurs regards et il sut qu’ils étaient tout autant troublés que lui, sans savoir pourquoi. Ils étaient tout autant troublés que lorsque Geoffroy avait vu la Reine de Merith.
Pourquoi ces deux femmes avaient-elle un tel effet sur les Chevaliers de Karia ? Il n’en savait rien et cela l’intriguait. Il n’eut pas le temps de se poser davantage de questions. Le Roi et sa future épouse commencèrent à avancer au milieu de la foule. Geoffroy resta sur ses gardes. Même si la jeune Adarielle était belle et qu’elle venait d’arriver en Karia, elle n’était pas à l’abri d’un attentat visant à déstabiliser Daïsidor.
Les Chevaliers et le Roi l’accompagnèrent jusqu’au palais et l’on sonna le rassemblement. Une fois prêt, Daïsidor vint se placer sur le balcon d’où tout le monde pouvait le voir dans la cour. La foule était grande et s’étendait jusqu’aux portes de la forteresse.
Il écarta les bras, souriant, heureux.
-Peuple de Karia ! Nous, Daïsidor, sommes heureux de vous annoncer que Nous avons décidé de prendre une épouse.
Des cris de joie et des applaudissements retentirent et s’élevèrent de la foule jusqu’au balcon.
-Nous vous demandons de faire bon accueil à votre future Reine, la Princesse Adarielle, Princesse du royaume de Merith.
Lorsque la Princesse apparut au balcon au côté du Roi, les cris de joie et les applaudissements augmentèrent.
-Le mariage aura lieu dans une semaine. Ce sera jour de liesse pour notre Royaume.
Le Roi prononça encore quelques paroles sur la manière dont la fête se déroulerait, puis il quitta le balcon et se dirigea vers Geoffroy, la main de la future Reine dans la sienne. Le Chevalier ne put s’empêcher de la trouver à nouveau sublime. Il se força à reporter son attention sur Daïsidor qui s’était arrêté près de lui.
-Geoffroy, je te confie la sécurité de ma future épouse. Sa protection sera ta principale mission et tu seras en charge de sa garde personnelle. Veille à ce qu’elle ne soit composée que d’hommes de confiance. Je compte sur toi, mon ami.
-Je ne vous décevrai pas, Majesté, dit Geoffroy en s’inclinant légèrement.
-Mon amie, dit-il en se tournant vers Adarielle. Geoffroy est mon meilleur Chevalier. Je ne confierai ma vie à personne d’autre. Vous pouvez avoir toute confiance en lui.
-Si vous avez besoin de quoi que ce soit, Majesté, vous n’aurez qu’à m’en faire part, confirma Geoffroy en s’inclinant légèrement.
-Je vous remercie, mon ami. Et vous aussi, Messire Chevalier. Votre inquiétude à mon égard me touche et je suis honorée de l’attention que vous me portez.
Geoffroy se releva et leurs regards se croisèrent. Il détourna immédiatement les yeux.
-Mon Roi, je dois aller rejoindre les Chevaliers. Je vais également nommer les hommes qui feront partie de la garde de la Reine.
Daïsidor acquiesça et Geoffroy quitta la salle, soulagé d’échapper aux beaux yeux de la future Reine. Mais il savait qu’il ne pourrait plus l’éviter maintenant qu’il avait été nommé responsable de sa garde personnelle. Il en était heureux et en même temps terrorisé.
Heureux car il pourrait veiller lui-même à la sécurité de cette femme qu’il chérissait depuis le premier regard. Terrorisé car il craignait de laisser échapper un geste ou un mot qui puisse informer la jeune femme ou Daïsidor de ses sentiments.
Mais il ferait tout pour que rien ne transparaisse. Son père l’avait entraîné à ne pas montrer ses sentiments, à contenir ses émotions. Il mettrait en œuvre toutes ces leçons pour ne pas trahir son Roi.
Il rejoignit ses amis Chevaliers et leur annonça sa nouvelle mission. Ceux-ci le félicitèrent et ils se rendirent tous les douze chez Geoffroy pour fêter cela.
-Geoffroy, que penses-tu de la Princesse ? demanda Helio lorsqu’ils furent tous chez le Premier Chevalier.
Geoffroy hésita. Ses camarades ne devraient jamais se douter de ses sentiments.
-Et toi, qu’en penses-tu donc ? Que pensez-vous tous, d’elle ? demanda-t-il en rivant son regard sur chacun des onze Chevaliers. Pensez-vous qu’elle sera une bonne Reine pour Karia ? Etes-vous prêts à lui jurer fidélité et loyauté comme vous l’avez fait pour Daïsidor ?
Chacun des Chevaliers répondit par l’affirmative, sans aucune hésitation. Jamais Geoffroy ne les avait vus aussi sûr d’eux. A nouveau, il se demanda comment une personne qu’ils connaissaient à peine pouvait ainsi rendre des hommes comme eux si loyaux, sans avoir prononcé le moindre mot.
-Elle est d’une grande beauté, le Roi a fait un excellent choix, dit Karmer.
-Et je suis sûr qu’elle a tout autant d’esprit que de beauté, dit Helio. Il ne pouvait y avoir de meilleur choix pour Karia. Qu’en penses-tu, Geoffroy ?
-J’en pense que tu devrais prendre garde à tes paroles, car ton épouse risque d’être jalouse.
Les douze Chevaliers rirent de bon cœur puis, Geoffroy redevint sérieux.
-Elle se montrera digne de notre Royaume, sans aucun doute. Et en ce qui concerne son esprit, Helio, je te confirme qu’elle n’en manque pas. J’ai eu l’occasion de parler avec elle le soir de notre arrivée en Merith, pendant le dîner. Tout comme sa mère, c’est une femme d’une grande noblesse. Aussi bien dans la lignée que dans l’esprit et le cœur. Karia ne pouvait rêver meilleure Reine.
Tous les Chevalier semblèrent satisfaits des paroles de leur camarade. Ils continuèrent de deviser jusque tard dans la nuit avant d’aller se reposer.

Le lendemain, Geoffroy choisit lui-même les soldats qui composeraient la garde de la Reine. Le Duc Louis, un homme assez proche du Roi, avait proposé depuis quelques années que des soldats de son Duché renforcent les effectifs du palais. Et comme ils étaient tous d’habiles combattants, Geoffroy en choisit une vingtaine pour assurer la garde de la Reine. Ils se relaieraient au fil de la journée et de la nuit, selon les ordres de Geoffroy.
Le Roi se montra ravi du choix fait par Geoffroy. Non seulement cela se révélait un choix judicieux au niveau de la sécurité de la Reine, mais c’était également une habile manœuvre politique de la part du Chevalier qui assurait au Duc une position particulière vis-à-vis du Roi.
Geoffroy n’aimait pas beaucoup le Duc, qu’il trouvait assez faux. Mais il devait s’avouer qu’il dirigeait l’un des Duchés les plus importants du Royaume de Karia et qu’il ne fallait pas le sous-estimer. Confier la garde de la Reine à des hommes de son Duché le rendrait sans nul doute très fier.

La semaine passa et les grands prêtres se réunirent pour célébrer le mariage du Roi. Daïsidor et Adarielle s’unirent devant les Dieux, se jurant amour et fidélité jusqu’à la mort. Adarielle jura également loyauté et fidélité au Royaume de Karia et à son peuple. Enfin, les Chevaliers jurèrent fidélité et loyauté à la nouvelle Reine.
Sans savoir pourquoi, Geoffroy sentit que son serment envers la Reine valait plus que celui qu’il avait fait envers son Roi. Et il vit dans les regards de ses camarades que leurs vœux étaient aussi sincères que le sien.
La Reine Adarielle, sans avoir rien fait ou dit, avait gagné la fidélité des Chevaliers. Geoffroy n’aurait su l’expliquer, mais c’était ainsi. Et il ne chercha pas davantage d’explication.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

Message par Macros le Jeu 12 Jan 2012 - 23:34

Eh bien, un passage qui fait très "Lancelot et Guenièvre", je dois dire. On espère pour l'ami Geoffroy que ça va mieux finir pour lui que dans l'histoire originale (ou il me semble qu'en gros, tout le monde meurt). Bon, évidemment, là, il faut quand même le temps d'avoir la génération suivante.

Et damnation. Ce sombre Louis, avec son nom si plat et si commun, cacherait-il donc une âme nooooire ? Il faut dire aussi que vu le nombre d'homonymes étant montés sur un trône dans nos vertes contrées, le soupçon est grand.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

Message par Mélanie Mustang le Dim 15 Jan 2012 - 11:24

J'avoue avoir pris le nom du Duc totalement au hasard... Il me semblait que ça lui irait très bien pour ce que je voulais en faire... Mais j'avoue ne pas avoir pensé à ses homonymes français...


XIV
Une Reine aimée


Varanis, Capitale du Royaume de Karia, année de grâce 1443.

Cela faisait désormais un an que Daïsidor et Adarielle étaient mariés. Bien que le Roi visite la couche de son épouse chaque soir, la Reine resta stérile de toute vie. Mais cela ne l’empêcha pas de l’aimer.
Comme tous les autres, il était tombé sous son charme et, intérieurement, il s’était résigné à ne pas avoir d’héritier. Peu lui importait, tant qu’il avait Adarielle. Aussi, il visita moins souvent la Reine la nuit.
Le peuple avait rapidement appris à aimer la Reine également. Elle avait insisté auprès de son époux pour aller assister aux fêtes que les villageois donnaient pour l’arrivée des différentes saisons. Quelque peu réticent au début, il avait finalement accepté, à condition que Geoffroy ne la quitte pas des yeux.
En un an, Geoffroy avait réussi à cacher ses sentiments envers la Reine et à mieux les contrôler. Elle faisait toujours naître en lui des sensations qu’il n’aurait jamais imaginées lorsqu’elle le regardait ou qu’elle lui parlait. Mais il arrivait désormais à tenir avec elle une conversation sans se sentir gêné.
Un jour, alors que Adarielle se promenait dans les rues de la capitale, accompagnée de Geoffroy, comme ils en avaient pris l’habitude, pendant qu’elle observait des étoffes sur l’étalage d’un marchand, une petite fille tira légèrement sur sa manche pour attirer son attention.
La Reine tourna son regard vers elle et lui sourit chaleureusement. Elle plia les genoux pour se mettre à la hauteur de la petite fille.
-Madame, vous voulez bien venir ? Ma maman est malade… je sais pas quoi faire… Personne veut m’aider…
-Montre-moi où tu habites, je vais essayer de t’aider.
-Majesté, ce n’est peut-être pas très judicieux, dit Geoffroy en la suivant.
-Ce n’est qu’une petite fille, Messire Geoffroy. Et elle semble si perdue.
Geoffroy devait bien admettre qu’elle avait raison. L’enfant semblait sincèrement effrayée et son regard triste fendait l’âme. Ils arrivèrent finalement chez la petite fille qui les amena à la chambre de sa mère.
Une femme était allongée sur le lit et suait à grosses gouttes. Elle serrait fort ses draps, retenant des cris de douleur. Son ventre gonflé par un enfant qui ne devrait pas tarder à naître semblait la faire horriblement souffrir.
-Vous voyez, elle est malade, dit la petite fille.
Adarielle s’approcha de la femme et posa sa main sur son front. Celle-ci ouvrit les yeux.
-Aidez-moi… Je ne vais pas… y arriver… seule…
-Geoffroy, allumez un feu dans la cheminée et faites chauffer de l’eau.
-Mais que…
-Cette femme va accoucher d’un instant à l’autre.
-C’est d’un médecin dont elle a besoin, Majesté.
-Nous n’avons pas le temps d’aller chercher un médecin, dit-elle sévèrement en braquant son regard au sien. Si nous ne l’aidons pas, elle risque de mourir.
-Très bien.
Geoffroy obéit et alluma un feu. Une fois qu’il fut prêt, il remplit un chaudron d’eau qu’il alla chercher dans le puis qu’il y avait derrière la maison, puis il retourna dans la chambre.
-L’eau est en train de chauffer.
-Bien.
La Reine avait replié les manches de sa robe jusqu’à ses coudes et enfilé un tablier qu’elle avait trouvé près de la cheminée. Elle plaçait ses mains à divers endroits du ventre de la pauvre femme qui souffrait. Elle se plaça ensuite devant la femme et écarta doucement ses jambes, relevant sa robe jusqu’à sa taille.
-L’enfant va sortir, Anna, prévint-elle, mais il va avoir besoin de votre aide.
-Oui… souffla la femme.
-Quand je vous le dirai, poussez de toutes vos forces pour l’aider à sortir.
Geoffroy regarda, médusé, la souveraine de Karia aider une simple paysanne à mettre son enfant au monde. Le travail dura près de trois heures. Trois heures pendant lesquelles Geoffroy se sentit incroyablement inutile. La petite fille qui les avait conduit jusqu’à la maison tremblait de peur près de lui.
Il posa une main sur son épaule et lui proposa de venir s’asseoir sur ses genoux. Aussitôt, elle vint se blottir contre lui et Geoffroy l’enlaça délicatement.
-Ma maman va mourir ? demanda-t-elle à voix basse.
-Non, bien sûr que non, dit Geoffroy en sentant son cœur se serrer. Ta maman est simplement en train de mettre au monde un enfant. Comme elle t’a mise au monde il y a plusieurs années. Tu verras, elle ne mourra pas.
Enfin, des pleurs retentirent alors que les cris de douleur de la pauvre femme cessaient. Geoffroy reposa la petite à terre et s’approcha de la Reine qui tenait un petit être ensanglanté en souriant.
-C’est un garçon, Anna, dit-elle à la pauvre femme.
La femme, affaiblie mais bien vivante sourit, les larmes coulant sur ses joues. La petite fille s’approcha de sa mère et se serra contre elle, sa mère l’enlaçant doucement.
-Geoffroy, coupez le cordon, s’il vous plait.
Geoffroy sortit sa dague et, avec précautions, il coupa le cordon là où la Reine le lui indiquait. Il alla enlever l’eau du feu et en fit couler dans un petit bassin. Pendant que la Reine terminait de s’occuper de la femme, il nettoya l’enfant. Il était minuscule et semblait si fragile que Geoffroy eut peur de lui faire du mal sans le vouloir. Une fois l’enfant nettoyé, il l’enroula dans un linge propre. Puis, soulagé et heureux d’avoir assisté à la naissance d’un être, il alla déposer l’enfant dans les bras de sa mère.
-Merci, souffla-t-elle. Merci beaucoup, Majesté. Mais je m’en veux que vous ayez dû faire ce travail si peu digne de vous…
-Anna, dit la Reine en écartant une mèche de cheveux du visage de la pauvre femme. Je suis heureuse d’avoir pu vous venir en aide. Et encore plus heureuse d’avoir pu aider à donner la vie.
Les deux femmes se sourirent et Geoffroy vit l’émotion dans les yeux de sa Reine. Il s’approcha enfin d’elle.
-Majesté, nous devrions rentrer désormais.
-J’aimerais me laver les mains, avant.
-De l’eau est encore en train de chauffer, venez.
Geoffroy fit couler de l’eau chaude dans un bassin et la Reine y plongea les mains pour enlever le sang qui les recouvrait. Une fois qu’elle eut réussi à les nettoyer, Geoffroy lui tendit un linge et elle glissa ses mains à l’intérieur. Il le referma sur les mains et les essuya doucement, le cœur battant de tenir ces mains délicates entre les siennes.
-Vous avez été incroyable, Majesté, dit-il. Je n’aurais jamais pensé…
-Que je serais capable de mettre un bébé au monde comme un médecin ?
-Oui. C’est la première fois que j’assiste à un évènement de ce genre. Et je dois dire que c’est plus effrayant qu’une bataille. Je me suis senti horriblement inutile.
La Reine rit d’un rire cristallin qui fit frissonner le Chevalier.
-Mais c’était aussi un merveilleux moment, dit-il. Je suis heureux d’y avoir assisté.
La Reine regarda le Chevalier dans les yeux un moment. Il tenait toujours ses mains dans le linge. Il sentait leur finesse à travers le tissu alors que son cœur battait toujours incroyablement vite. Enfin, il détourna le regard et retira le linge.
La Reine alla voir une dernière fois la femme.
-Reposez-vous bien surtout, dit-elle doucement. Et veillez bien sur ce petit être. Que les dieux veillent sur lui, dit-elle en déposant un baiser sur le front de l’enfant.
La femme regarda la Reine et le Chevalier repartir, des larmes de bonheur coulant sur ses joues, remerciant intérieurement la Reine pour sa bénédiction.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

Message par Mélanie Mustang le Dim 22 Jan 2012 - 14:31

XV
L’influence de la Reine


Varanis, Capitale du Royaume de Karia, année de grâce 1444.

Au cours de l’année qui suivit, la Reine fut à de nombreuses reprises demandée par des gens du peuple pour bénir leurs enfants lorsqu’ils naissaient. Elle se pliait toujours de bonne grâce à ces demandes et le peuple de Karia l’en aima encore davantage. Les bardes avaient commencé à écrire des chansons en son honneur, pour vanter sa beauté et sa douceur.
Un jour, un vieil homme vint s’agenouiller devant elle au marché et la pria de pleurer pour la mémoire de sa femme qui venait de le quitter. Sa femme qu’il avait aimée depuis qu’ils étaient enfant et avec qui il était marié depuis plus de quarante ans.
L’homme faisait tellement de peine à voir, semblant si malheureux devant la perte de son âme sœur que la Reine s’agenouilla près de lui, à son grand étonnement. Elle prit ses mains et se mit à pleurer sincèrement désolée pour cet homme qu’elle ne connaissait même pas. Gêné, l’homme avait essayé de lui faire sécher ses larmes et de la faire se relever.
-Je suis sincèrement désolée pour vous, pauvre homme et je pleurerai votre défunte épouse. Je prierai pour recommander son âme à nos dieux.
Elle avait ensuite jeté ses bras autour du cou de l’homme et, abasourdi, il avait entouré la Reine de ses bras et avait à nouveau pleuré.
Les derniers qui doutaient encore de la bonté de la Reine furent conquis ce jour-là. Et depuis, chaque fois que quelqu’un venait lui donner nouvelle de la mort d’un de ses proches, elle pleurait et priait pour eux, tout comme elle bénissait les nouveaux nés qu’on lui présentait.
Le Roi, au début, n’avait pas vu d’un bon œil que son épouse soit si demandée pour ce genre de choses. Mais en voyant qu’elle avait acquis l’amour du peuple d’une manière aussi sincère et douce, comme son caractère, il ne dit rien.
Mais ce qui surprit le plus l’entourage de la famille royale, ce fut l’influence que la Reine avait sur le Roi en matière de politique. Geoffroy n’aurait pas pensé que cela puisse intéresser la Reine, mais un jour, elle demanda à son époux si elle pouvait assister aux réunions du Conseil lorsque celui-ci traitait des demandes particulières, comme celles que les Ducs et autres Comtes pouvaient formuler.
-En tant que Reine de Karia, je pense qu’il est de mon devoir de me tenir informée de ces choses, avait-elle dit pour défendre sa demande.
Après une brève hésitation et après avoir fait part de ses doutes à Geoffroy – qui appuya la demande de la Reine – le Roi avait finalement accepté. Et lorsque les représentants des provinces de Karia avaient remarqué que la Reine était présente aux audiences, ils n’en avaient d’abord pas tenu compte. Jusqu’à ce que le Duc Louis fasse une proposition qui déplut particulièrement à la Reine.
-A plusieurs reprises j’ai eu des demandes de loyaux sujets qui, par le plus malheureux hasard, avaient épousé une femme qui s’était révélée stérile. Incapable d’enfanter. Ces pauvres hommes se lamentent de ne pas pouvoir avoir de descendant. Aussi, j’ai pensé que nous pourrions leur permettre de prendre maîtresse pour... optimiser leurs chances d’avoir des enfants à qui léguer leur héritage.
Geoffroy vit alors le Roi s’apprêter à répondre, probablement de manière favorable au Duc au vu de sa propre situation, mais une autre voix s’éleva, faisant taire tous les murmures.
-Il me semblait que le manque de loyauté dans un couple était puni en Karia ? fit remarquer la Reine d’une voix sévère, les sourcils légèrement froncés.
-En effet, Majesté, répondit le Duc. Tromper son mari ou son épouse est passible d’une amende. Et je demande à ce que cette amende soit levée pour celui qui ne peut avoir d’enfant à cause de la stérilité de son épouse.
-Ces plaintes dont vous nous parlez, Duc, à quel nombre s’élèvent-elles au juste ?
-Elles sont peu nombreuses. En vérité, les hommes sont de nature assez fière, Majestée, et peu osent venir se plaindre de ce genre de chose. Mais je me doute qu’ils sont plus nombreux que nous ne pourrions le penser, dit-il en jetant un regard appuyé vers le Roi.
-Et qu’est-ce qui vous prouve que ce sont leurs épouses qui ne peuvent enfanter ? Et non ces hommes qui ne sont pas pourvus de la force nécessaire pour permettre à leurs épouses de tomber enceinte ?
Le Duc rougit, à la fois de fureur et de gêne, devant les paroles de la Reine. Les autres hommes présents dans la salle semblèrent un moment gênés également, le Roi y compris. Geoffroy était stupéfait de l’audace de sa souveraine. Elle avait un air furieux qu’il ne lui avait encore jamais vu.
-Majestée, dit enfin le Duc en reprenant le dessus sur sa colère, ce ne sont pas des propos qui devraient sortir de la bouche d’une… Reine.
-Vous voulez plutôt dire que ce ne sont pas des propos qui devraient sortir de la bouche d’une femme, Duc. Mais je suis Reine de Karia. Je ne vois pas pourquoi je cacherais mes pensées derrière des idées futiles. Pourquoi ces femmes seraient-elles les seules à blâmer et les seules à devoir subir le déshonneur de se voir trompées ? Avec l’accord d’une loi, qui plus est ? Mon rôle de Reine est de protéger mon peuple, cela signifie également les femmes, qu’elles soient capables d’enfanter ou non !
-Douce amie, dit le Roi en prenant la main de sa femme. Le Duc ne pensait certainement pas à mal en proposant une telle solution.
-Appuyez-vous sa demande ? demanda la Reine en le regardant d’un air outré. Accorderiez-vous aux hommes de pouvoir tromper leurs épouses parce qu’elles ne peuvent enfanter ? Ce serait une loi injuste et blasphématoire. Deux époux se marient devant les Dieux et se jurent fidélité et honneur. Vous ne pouvez décemment pas autoriser une telle chose !
-Nous vous en prions, calmez vos ardeurs, douce amie, dit-il en déposant un baiser sur sa main.
La Reine baissa le regard, mais Geoffroy, tout comme les autres hommes présents vit qu’elle était furieuse. Et si le Roi accédait à la demande du Duc, nul doute qu’elle le lui ferait amèrement regretter.
-Duc, dit le Roi en se tournant vers son vassal. Nous comprenons parfaitement la position de ces hommes. Mais notre épouse a raison. Nous nous marions devant les dieux. Que ces mariages soient d’amour ou arrangés, cela ne change rien. Nous ne pouvons autoriser une loi qui permettrait de déshonorer ainsi certains de nos sujets.
-Mais, mon Seigneur, ces hommes…
-Ne peuvent être certains qu’ils ne sont pas autant responsables que leurs épouses de ce manque d’enfant. Pourquoi n’autoriser que les hommes à tromper leurs épouses ? Tromper son conjoint est puni en Karia, et cela restera ainsi. Si vous n’avez pas d’autre demande, vous pouvez sortir.
Le Duc fulminait littéralement en regardant tour à tour le Roi et la Reine. Geoffroy aurait juré qu’il était prêt à sauter au cou de la jeune femme et machinalement, il posa la main sur la garde de son épée. Il remarqua que ses camarades avaient eu la même pensée. Et il sembla que le Duc lui-même avait vu les Chevalier mettre la main à l’épée. Il se leva, s’inclina de manière assez raide et finalement sortit.
Le Roi prit à nouveau la main de la Reine.
-Merci, mon époux, d’avoir tenu compte de mon avis.
-Je vous en prie. Vos paroles étaient censées et je ne pouvais aller à leur encontre.
Le Roi déposa un baiser sur la main de son épouse et la demande suivante fut examinée. Geoffroy croisa le regard de sa souveraine et celle-ci détourna les yeux, comme si elle était gênée des paroles qu’elle avait prononcées, qu’elle semblait les regretter en partie.

Lorsqu’ils sortirent de la salle du conseil, Geoffroy s’approcha de la Reine et s’inclina légèrement.
-Vous avez fait honneur au Royaume de Karia, Majestée, dit-il. Et je suis certain que, désormais, les sujets du Roi ne pourront rêver meilleure souveraine que vous.
Geoffroy vit un léger sourire apparaître sur les lèvres de la Reine.
-Je vous remercie, Chevalier.


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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

Message par Macros le Lun 23 Jan 2012 - 18:32

Hmmm, j'ai sans doute trouvé ce chapitre plus drôle que je n'aurais dû. Ce duc Louis manque tout de même de suite dans les idées : le problème vient peut-être des hommes ? Pas de souci, la femme aussi à droit d'aller voir ailleurs ! Paf, tout le monde est content, du coup. Et le roi et la reine seraient les premiers à donner l'exemple. Problème réglé. Comment ça, pas le genre de la maison ?

Sinon, il avait l'air d'avoir ce projet à cœur, au vu de sa réaction à son refus. Je peux imaginer d'ici les pensées qui lui passent par la tête : " Enfer et damnation ! Mon projet pour transformer Karia en lieu de débauche et de luxure tombe à l'eau ! Raaah ! ". Non mais sérieusement, Louis, quel est l'intérêt d'avoir une maîtresse ou un amant si c'est légal, mmh ? Geoffroy l'a bien compris, lui, non ?

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

Message par Mélanie Mustang le Dim 29 Jan 2012 - 9:24

Eh bien, c'est vrai que le Duc Louis aurait pu avoir un peu plus de jugeotte... Mais comme tu l'as certainement compris au vu de sa réaction devant la prise de parole de la Reine, c'est un type un brin mysogine (je suis pas sûre que ça s'écrive comme ça... mais bon^^).
En attendant, voilà la suite !



XVI
Attentat


Varanis, Capitale du Royaume de Karia, année de grâce 1445.

Geoffroy se dirigeait vers la salle du Conseil avec Marcus. Les autres Chevaliers les y rejoindraient rapidement pour la réunion de ce jour. La réunion n’ayant pas pour but de répondre aux demandes des différentes contrées de Karia, la Reine n’y participerait pas. Les Chevaliers devaient présenter leurs rapports et recevoir de nouvelles missions. Missions dont certaines se révélaient confidentielles et dont même la Reine ne pouvait être mise au courant.
La Reine serait donc sous la protection de sa garde personnelle. Il ne s’en faisait pas pour sa sécurité.
Alors qu’ils arrivaient non loin de la salle du Conseil, encore vide, Geoffroy et Marcus entendirent des bruits de pas précipités derrière eux. Ils se retournèrent pour découvrir un Helio courant à en perdre haleine. Il tomba presque dans les bras de Geoffroy en s’arrêtant.
-Eh bien, Helio, la réunion n’a pas encore commencé. Tu avais peur d’être en retard ?
Marcus sourit légèrement mais Helio se redressa et tenta de reprendre son souffle.
-J’ai… surpris… une… conversation entre…
-Reprends ton souffle, tu parleras ensuite.
-Pas le… temps… Reine… en danger…
-Comment ça ? s’alarma Geoffroy en fronçant les sourcils De quoi parles-tu ?
-J’ai entendu… deux soldats… chargés de la protection de la Reine… Ils parlaient d’ordres… qu’ils ont reçus de leur chef…
-Je n’ai donné aucun ordre… dit Geoffroy perdu.
-Pas toi… Leur chef… Le Duc…
Geoffroy ne comprenait plus rien. La garde de la Reine était sous ses ordres et plus sous les ordres du Duc…
-Geoffroy, les hommes à qui tu as confié la garde de la Reine sont des hommes qui sont au palais grâce au Duc Louis. Ce sont des hommes de son Duché. Ces soldats sont plus loyaux envers le Duc qu’envers le Roi lui-même, dit Marcus.
Geoffroy eut alors l’impression qu’il comprenait ce qui allait se passer avant même que Helio lui ait dit ce qu’il avait entendu.
-Que vont-ils faire, Helio ? demanda Geoffroy alors que Berenn et Ethore arrivaient près d’eux.
-L’emmener… au jardin Sud… ils vont tenter… de l’assassiner.
Berenn et Ethore avaient froncé les sourcils, ne comprenant pas ce qu’il se passait. Geoffroy se tourna vers eux.
-Allez chercher les autres Chevaliers et retrouvez-nous aux jardins Sud. La Reine est en danger.
Sans un mot, Berenn et Ethore repartirent en courant chercher leurs camarades. Geoffroy, Helio et Marcus se précipitèrent vers les jardins. Geoffroy sentait son cœur battre si fort qu’il avait l’impression qu’il allait exploser. Il pria pour que les dieux ne le fassent pas arriver trop tard.
Ils arrivèrent enfin aux jardins et virent la Reine, assise sur un banc, lisant tranquillement. Il fit signe à Marcus et Helio se déployer pour voir où étaient les gardes traîtres. Alors que les deux Chevaliers le quittaient, un mouvement à la périphérie de son œil attira son attention.
Geoffroy vit un homme s’approcher lentement et silencieusement de la Reine, épée sortie. Alors qu’il levait sa lame, Geoffroy tira son épée du fourreau, sentant une chaleur inconnue l’envahir et se précipita vers la Reine. Celle-ci leva les yeux et pâlit en le voyant se précipiter vers elle, épée à la main, le regard dur. Il était comme entouré d’un halo rougeoyant.
Geoffroy vit la lame commencer à s’abattre. Il déplia ses jambes et la lame du soldat frappa la sienne, à quelques centimètres de la tête de la Reine. Le soldat parut étonné et Geoffroy le fit reculer. Le soldat allait tenter de s’enfuir, mais une voix dans son dos l’en dissuada, le faisant se raidir.
-Si j’étais toi, je n’essaierais même pas d’y penser.
Geoffroy fut soulagé de voir ses onze camarades arriver et les entourer, épées sorties. Sans rengainer son épée, il se tourna vers la Reine qui était tombée au sol de surprise. Elle avait toujours les yeux écarquillés et la bouche ouverte de peur. Il lui tendit la main, affichant sur son visage un léger sourire de soulagement.
-Majestée, vous n’êtes pas blessée ? demanda-t-il.
L’inquiétude et le soulagement se mêlaient dans sa voix. Il était arrivé à temps pour sauver la Reine. Celle-ci sembla se reprendre un peu. Elle prit la main de Geoffroy et il l’aida à se relever. Elle tremblait et resserra légèrement son étreinte.
-Je ne comprends pas, je…
-Tout va bien, désormais, Majesté. Vous êtes en sécurité.
-Mais… que… pourquoi vous… enfin…
-Le Chevalier Helio a surpris une conversation entre deux soldats de votre garde personnelle. Ils parlaient d’un attentat contre vous. J’ai eu peur que nous n’arrivions trop tard. Je suis désolé si je vous ai effrayée.
-Mais qui… qui peut vouloir me tuer ? Il n’y a aucune raison. C’est insensé !
-Nous allons en avoir le cœur net, Majesté.
Lâchant la main de la Reine et la confiant à Helio, Geoffroy tendit son épée vers la gorge du soldat et le regarda dans les yeux, son visage affichant de nouveau un air froid.
-Meron, je te faisais confiance pour protéger la Reine. Tu as une chance de t’en tirer vivant. Si tu tiens à la vie, dis-moi qui a commandité cet attentat.
-Vous me laisserez la vie sauve si je vous le dis ? Vous le jurez ?
-Je t’ai donné ma parole. Ne me force pas à répéter ma question.
Le soldat baissa les yeux, les larmes coulant sur ses joues.
-Regarde-moi et dis-moi, dit Geoffroy sévèrement.
Le soldat releva la tête et jeta un coup d’œil à la Reine avant de tourner son regard vers Geoffroy.
-C’est le Duc Louis, Messire. Je suis un de ses soldats, même si je suis sous vos ordres. Il a dit que tuer la Reine serait rendre service à notre peuple. Il a dit que ce serait rendre un service à Karia.
Geoffroy retira sa lame et la rengaina, une colère sourde montant en lui. Il fit signe à deux des Chevaliers de lier les mains de l’homme. Si cela ne tenait qu’à lui, il se rendrait directement aux appartements du Duc et l’embrocherait sur son épée.
-Vous aviez promis de me laisser la vie ! s’exclama le jeune soldat.
-En effet, et je ne te la retirerai pas. Je laisserai au Roi la décision de te pendre ou non. Berenn, Ethore, Marcus, allez dans les appartements des invités et mettez le Duc Louis aux arrêts. Nous allons emmener ces deux crapules devant le Conseil. Karmer, Helio, informez le général Karn et le général Rohir de mettre aux arrêts tous les soldats du Duc Louis immédiatement. Nous sommes déjà en retard. Rejoignez-nous rapidement.
Geoffroy reprit le bras de la Reine pour la soutenir. Sans dire un mot, les cinq hommes partirent sans remettre leur épée au fourreau.
-Majesté, si vous voulez bien nous suivre, nous allons vous emmener devant le Conseil également. Le Roi doit être averti immédiatement de ce qu’il vient d’arriver.
Toujours abasourdie, elle acquiesça et suivit les Chevaliers, bien entourée. Ils arrivèrent devant la salle du Conseil et ouvrirent la porte. Le Roi et Barwald étaient déjà présents.
-Vous êtes en retard, Chevaliers, dit-il en levant la tête de documents. Vous…
Il pâlit en les voyant armés et le regard sévère. L’un des Chevaliers jeta à terre devant la table le soldat attaché. Geoffroy se déplaça d’un pas pour que le Roi voie sont épouse. Enfin, les cinq derniers Chevaliers arrivèrent et firent entrer sans cérémonie le Duc Louis.
-C’est une honte ! Un tel comportement n’est pas convenable ! Vous vous fourvoyez, Chevaliers ! Roi Daïsidor, j’exige que ces hommes soient pendus pour leur comportement violent envers ma personne.
-Geoffroy, que se passe-t-il ici, bon sang ! s’exclama le Roi en se levant. Vous entrez tous en armes dans la salle du conseil et vous malmenez l’un de Nos sujets les plus importants.
-Il se passe, votre Majesté, que le Duc Louis, ici présent, a ordonné à ce jeune soldat d’attenter à la vie de la Reine.
-Mensonge ! s’écria le Duc. Vous devriez avoir honte de proférer de tels mensonges !
-Je tiens l’aveu de ce jeune soldat.
-Geoffroy, mais… c’est insensé… bégaya le Roi.
-Majesté, le Chevalier Helio m’a rapporté une conversation qu’il a surprise entre deux soldats de la garde de la Reine, concernant des ordres qu’ils avaient reçu d’un chef. Nous sommes arrivés à temps pour empêcher ce soldat de mettre l’ordre du Duc à exécution. Si vous ne me croyez pas, alors vous croirez certainement votre épouse.
-Il dit la vérité, mon Seigneur, dit la Reine encore tremblante. Il a arrêté la lame de ce soldat à quelques centimètres à peine de ma tête. Je dois la vie aux Chevaliers.
-Mensonges ! hurla le Duc. Ce sont des mensonges qui visent à me discréditer !
-Il suffit ! dit le Roi. Duc, Nous ne pouvons croire que la Reine mente. Elle est la personne la plus sincère que Nous connaissions.
-Quelle raison aurais-je de la tuer ?
-A de nombreuses reprises, son intervention a empêché que Nous n’acceptions des lois injustes que vous aviez proposées.
-Une femme ne devrait pas avoir son mot à dire en politique ! cracha le Duc. Qu’elle soit Reine ou putain, cela revient au même ! Elles n’ont rien à faire dans les affaires du Royaume ! Elle ferait mieux de vous donner un héritier au lieu de…
-Il suffit ! dit le Roi en dégainant son épée, la pointant en direction du Duc, furieux. Je ne tolèrerai pas que vous insultiez mon épouse devant moi ! Je vous démets de votre titre et vous condamne à la pendaison. Je me chargerai moi-même de trouver un Duc loyal envers mon épouse et moi-même pour s’occuper de votre Duché.
Le Roi se tourna vers les Chevaliers.
-Qu’on le fasse enfermer avec le soldat et qu’on prépare le gibet pour eux deux. Ils seront pendus demain à l’aube pour haute trahison.
Quatre Chevaliers se frappèrent la poitrine du poing et emmenèrent les deux hommes sous les cris de protestations de l’un et les pleurs de l’autre.
-Que tous les soldats du Duché du Duc Louis soient mis aux arrêts immédiatement.
-Je me suis déjà permis de donner cet ordre, Majesté, dit Geoffroy.
-Parfait.
Le Roi rengaina son épée et s’approcha de la Reine. Il la serra dans ses bras, fermant les yeux.
-Ma douce, vous n’êtes pas blessée ?
-Non, je vais bien. Messire Geoffroy et les autres Chevaliers sont arrivés à temps pour empêcher le pire.
Le Roi se détacha de son épouse et se tourna vers Geoffroy. Celui-ci lui tendit son épée par la garde et mit un genou à terre, baissant le visage. Il sentit le regard de la Reine sur lui. Un regard curieux.
-Majesté, j’ai failli à ma mission de protéger la Reine. En confiant sa garde à des hommes que je croyais être de confiance, j’ai mis sa vie en danger. Je me plierai donc à votre jugement.
-Relève-toi, Geoffroy. Tu ne seras pas puni. J’ai moi-même donné mon aval pour que ces hommes protègent mon épouse. Je suis tout autant responsable que toi de ce qui s’est passé aujourd’hui.
Geoffroy se releva et rengaina son épée. Le Roi le serra alors dans ses bras.
-Tu as fait ton devoir, mon ami. Tu as protégé la vie de la Reine et je ne t’en serai jamais assez reconnaissant.
Il s’écarta de lui et le regarda dans les yeux en souriant.
-Nous allons choisir des soldats fidèles à l’Ordre de Karia pour protéger la Reine. Et cette fois, nous les choisirons parmi les soldats de Varanis, et non parmi ceux qui nous serons confiés par d’autres pour leur faire plaisir.



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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

Message par Mélanie Mustang le Dim 5 Fév 2012 - 9:33

Nouveau chapitre!

XVII
Nostalgie



Varanis, Capitale du Royaume de Karia, année de grâce 1446.

Adarielle était assise dans ses appartements. Il pleuvait ce jour-là et elle resta assise devant sa fenêtre. Un livre dans les mains, elle avait essayé de lire, mais elle n’y arrivait pas. Cela faisait quatre ans qu’elle était en Karia. Quatre ans qu’elle était devenue Reine. Quatre ans qu’elle était tombée amoureuse.
Mais pas de l’homme qu’elle avait épousé. Elle avait su qu’elle était perdue dès la première fois qu’elle avait croisé le regard du Chevalier Geoffroy Atalasion. Au début, elle avait cru que, peut-être, il ressentait quelque chose pour elle également. Mais depuis qu’elle était en Karia, il n’avait rien tenté.
Aucun de ses regards pour elle n’avait montré plus que de la loyauté et du respect à son égard. Il n’avait jamais cherché à être seul avec elle. Même lorsqu’ils se retrouvaient seuls, dans les jardins ou à chevaucher à travers les plaines autour de la ville, il n’avait jamais eu une parole, un geste ou un regard déplacé.
Et pourtant, plus le temps passait et plus Adarielle sentait son amour pour le Chevalier grandir. Au début, le savoir près d’elle lui suffisait. Savoir qu’il veillait sur elle l’apaisait. Mais petit à petit, elle avait senti autre chose grandir en elle. Un désir plus profond. Elle voulait sentir ses bras autour d’elle.
Les rares fois où il avait pris ses mains dans les siennes, elle avait senti son cœur se mettre à battre si fort qu’elle avait cru qu’il allait jaillir de sa poitrine. Mais jamais il n’avait dit ou fait quoi que ce soit qui put lui faire espérer un changement. Geoffroy restait son protecteur et ce encore plus depuis qu’on avait attenté à sa vie.
Elle savait que d’autres tentatives avaient avorté avant même que les hommes chargés de l’assassiner ne puisse l’approcher. Geoffroy y veillait.
Elle ferma les yeux pour retenir ses larmes. Son cœur la faisait souffrir. Elle savait depuis toujours qu’elle épouserait probablement un homme pour qui elle ne ressentirait rien. Mais elle s’était dit que, peut-être, elle apprendrait à aimer son époux. Mais même si Daïsidor s’était toujours montré doux et attentionné envers elle, elle ne l’aimait pas. Elle le respectait car il était un bon Roi. Mais elle n’était pas amoureuse de lui et jamais elle ne le serait.
Elle repensa à son pays. Les landes vertes, les plages de sable blanc, les forêts verdoyantes… Sa jeune sœur. Sa sœur qui autrefois était sa confidente, tout comme elle était aussi sa confidente. Elles se disaient tout. Se réconfortaient. Riaient ensemble.
Tout cela lui manquait horriblement et plus encore alors que ses sentiments pour le Chevalier grandissaient. Ecrire à sa sœur ne lui permettait pas de se sentir mieux. Elle ne lui parlait pas de ses sentiments pour Geoffroy, de peur que ses lettres tombent entre de mauvaises mains.
Des coups furent frappés à sa porte. Elle ouvrit les yeux et tourna la tête pour voir entrer l’homme dont elle rêvait, qui était si près d’elle et pourtant restait hors de sa portée.
-Majesté, je…
Il s’immobilisa dans l’entrée et fronça les sourcils. Adarielle se rendit compte que des larmes coulaient sur ses joues. Elle les essuya rapidement.
-Pardonnez-moi, Chevalier.
Il vint s’asseoir près d’elle et lui tendit un mouchoir.
-On m’a dit que vous n’étiez pas sortie de vos appartements de la journée, Majesté, dit Geoffroy d’une voix douce. Qu’avez-vous ?
-Ce n’est rien. Je suis triste qu’il ne fasse pas beau. J’aurais voulu aller me promener dans les plaines.
-Majesté, je vous en prie, ne me mentez pas. J’ai bien vu depuis quelques temps que vous n’alliez pas bien. Le Roi s’inquiète lui aussi, même s’il essaye de ne pas le montrer.
-Est-ce lui qui vous envoie ? demanda Adarielle en sentant son cœur se serrer. Est-ce pour cela que vous êtes venu ?
-Non. Je suis venu car je m’inquiète aussi, Majesté. Dites-moi ce qui vous tourmente.
-Je suis stupide. Je vous inquiète pour des enfantillages, dit-elle en lui rendant son mouchoir.
-Majesté, dites-moi. Si vous voulez cesser de m’inquiéter, dites-moi ce qui vous pèse.
Un instant, Adarielle hésita à lui avouer ses sentiments. Que dirait-il ? La prendrait-il dans ses bras comme elle le désirait tant ? Mais elle avait peur qu’il la rejette. Elle ne pourrait pas supporter qu’il repousse son amour.
-Mon pays et ma famille me manquent, dit-elle finalement. Cela fait quatre ans que je suis loin d’eux.
-Pourquoi ne demandez-vous pas à votre époux de vous permettre d’aller les voir ?
-J’ai peur qu’il refuse.
-Voulez-vous que je lui demande pour vous ?
-Vous feriez cela ? demanda-t-elle en relevant les yeux vers lui.
-Je le ferai. Je ne supporte pas de vous voir dans cet état, ma Reine. Les larmes ne devraient jamais couler sur votre visage. Elles sont plus meurtrières que les épées.
-Je veux bien que vous lui demandiez. Je vous remercie, dit-elle en posant sa main sur la sienne.
Geoffroy serra quelques secondes la main de la Reine et se releva, le cœur de la Reine battant la chamade au simple contact de cette main forte et douce à la fois.
-Je vais aller lui demander. Je suis certain qu’il ne refusera pas. Ne vous inquiétez de rien.

*

Geoffroy referma les portes des appartements de la Reine derrière lui. Il soupira intérieurement en se dirigeant vers la salle d’armes où le Roi s’entraînait. Il avait usé de toute sa volonté pour ne pas prendre la Reine dans ses bras et la consoler en l’embrassant. Il ne supportait pas de la voir si triste, c’était vrai. Cela lui déchirait le cœur.
Il était soulagé d’avoir découvert ce qui la tourmentait et de pouvoir la réconforter autrement qu’en la serrant dans ses bras. Il n’était pas sûr de pouvoir se détourner d’elle s’il la prenait contre lui.
Le Roi s’entraînait avec Helio. Le jeune homme se battait avec l’épée qu’il avait héritée de son père. Il était doué, plus doué que Geoffroy lui-même. Et pourtant, l’épée semblait disproportionnée par rapport au corps du Chevalier. Il se demandait sans cesse si l’épée avait été adaptée au corps du premier Chevalier à l’avoir portée. Si c’était le cas, alors il devait être un véritable géant.
Finalement, après quelques passes d’arme supplémentaires, les deux adversaires rengainèrent leurs épée et se serrèrent la main. Le Roi se tourna vers Geoffroy.
-Il est plus difficile à battre encore que toi, Geoffroy.
-Je le sais, Majesté. Moi-même je ne l’ai battu qu’une fois.
-Parce que j’avais trébuché, Majesté.
Le Roi éclata de rire et se dirigea vers Geoffroy avec Helio.
-Ce qui reste une victoire. Sur un champ de bataille, un ennemi t’aurait embroché une fois au sol, jeune Chevalier.
Helio s’inclina.
-Je vais aller prendre un bain. Je suis poisseux de sueur. Si vous voulez bien m’excuser.
Helio sortit en souriant et disparut dans un couloir.
-Alors, Geoffroy, une petite joute, qu’en penses-tu ?
-Désolé, Majesté, mais ce ne serait pas juste après l’entraînement que vous venez de subir.
Le Roi éclata de rire.
-Tu as raison. De quoi veux-tu me parler ?
-La Reine se languit de son pays, Majesté. Depuis quatre ans qu’elle est ici, elle n’a jamais pu retourner voir sa famille.
-C’est ce qui la tourmente tant depuis quelques temps, n’est-ce pas ? demanda le Roi en fronçant les sourcils.
-En effet.
-Mais pourquoi ne m’en a-t-elle pas parlé ? Je suis son époux…
-Elle craint que vous ne lui refusiez de retourner quelques temps auprès de sa famille.
-C’est absurde ! D’où lui vient une telle idée ?
-Je n’en sais rien, Majesté. Mais le fait est qu’elle se languit de son pays et de sa famille. Je lui ai proposé de venir vous présenter sa requête et elle a accepté.
-Dis-lui que j’y accède volontiers et surtout qu’elle n’hésite plus à me faire part elle-même de ce genre de souhait. Je ne peux rien lui refuser.
-Je m’en vais lui annoncer, dit Geoffroy avec un léger sourire.
-Merci Geoffroy, dit Daïsidor en posant une main sur son épaule. Merci pour elle. Je suis heureux qu’elle ait assez confiance pour que tu sois son devenu son confident. Avec toi, je suis sûr au moins qu’elle entre de bonnes mains.
Geoffroy ne sut quoi répondre et se contenta d’un signe de tête. Il quitta la salle d’arme et retourna lentement vers les appartements de la Reine. L’aveu de son Roi l’avait profondément touché. Il savait qu’il avait fait le bon choix en lui cachant les sentiments qu’il avait ressenti en rencontrant Adarielle.
Mais son cœur se serra. Il lui fallait être fidèle à son Roi et ami. Ce serait difficile, il s’en était rendu compte. Mais il n’avait pas le droit de le décevoir.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

Message par Macros le Dim 5 Fév 2012 - 12:34

Drame familial en vue, donc. Malheureusement pour certains, on a déjà une idée de comment ça va finir...

En revanche, je ne peux m'empêcher d'être déçu par le sort de ce bon vieux Louis, qui n'aura décidément pas fait de vieux os. Un si bon antagoniste, bon sang ! Ensuite, évidemment, son plan d'assassinat était complètement crétin, mais bon. Le système de justice en Karia est... intéressant, par contre. euh

Ah, et une apparition de l'épée géante. Nice.



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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

Message par Mélanie Mustang le Lun 13 Fév 2012 - 21:44

J'avoue que j'avais pas trop d'idées pour ce bon vieu Louis... Mais on en entendra encore parler d'une certaine manière... dans un futur plus ou moins proche...^^


XVIII
Transformée


Geoffroy sortit de sa cabine et fit quelques pas sur le pont. Il aperçut rapidement la fine silhouette de la Reine près de la proue. Ses cheveux flottaient au vent et elle regardait l’horizon vers lequel le navire fendait les flots. Geoffroy profita que les matelots soient occupés pour l’admirer quelques instants.
Elle était vraiment magnifique. Geoffroy priait chaque jour pour pouvoir contempler sa beauté à jamais. Il l’aimait tant… Mais il avait l’impression qu’il y avait autre chose en lui. Un autre sentiment qui se mêlait à l’amour qu’il ressentait pour elle. Pourtant, il ne cherchait pas à comprendre ce sentiment. C’était comme s’il était tout à fait normal… Comme si c’était quelque chose qui lui avait manqué jusque là.
Il s’approcha finalement de la Reine en laissant traîner son regard sur le pont et sur les matelots qui faisaient avancer le Loup des Mers. L’un des plus beaux vaisseaux du Roi et le plus rapide.
Depuis qu’ils avaient pris la mer quelques jours plus tôt, la Reine rayonnait et Geoffroy en était incroyablement heureux.
-Vous ne devriez pas restée trop près du bord, Majesté.
-Je veux être la première à voir ma terre apparaître à l’horizon, Chevalier !
La Reine rit en le regardant.
-La vigie la verra avant vous, Majesté.
-Je sais, dit-elle plus sérieusement. Merci, Messire Geoffroy.
-Vous n’avez pas à me remercier, Majesté. Vous auriez eu le même succès que moi en demandant vous-même au Roi.
Elle sourit de plus belle.
-Je suis heureuse que vous veniez avec moi. Lorsque nous serons arrivés, je vous montrerai les plus beaux endroits que vous pourriez imaginer, comme vous m’avez montré les plus beaux endroits de Karia. J’ai hâte d’arriver.

Le voyage toucha rapidement à sa fin. Ils arrivèrent par une grande journée ensoleillée et furent chaleureusement accueillis par la famille royale. Aussitôt que Adarielle eut posé le pied sur la terre ferme, ses parents et sa sœur vinrent la prendre dans leurs bras et la saluèrent avec maintes effusions de larmes.
Enfin, elle fit signe à Geoffroy d’approcher.
-Vous vous souvenez sûrement de Messire Geoffroy, le Premier Chevalier du Roi Daïsidor.
Geoffroy s’inclina légèrement.
-Oui, Nous Nous en souvenons, en effet, dit le Roi. C’est un plaisir de vous accueillir à nouveau, Messire.
-Tout le plaisir est pour moi. Sa Majesté m’a grandement vanté les beautés de son pays et il me tardait d’arriver pour les découvrir.
Il n’avait pas menti. Tout au cours du voyage, la Reine lui avait parlé des terres de son royaume, des fêtes que les différents villages organisaient, des sources d’eau claire et de toutes les merveilles que l’on pouvait voir.
-Le Chevalier Geoffroy est chargé de ma protection, expliqua Adarielle. Et il s’acquitte parfaitement de sa tâche.
-Alors soyez doublement le bienvenu sur nos terres. Venez, un repas a été préparé pour votre arrivée ! Et surtout, profitez du temps que vous serez ici pour vous reposer. Notre fille sera en parfaite sécurité ici.

Tout au long du dîner, Geoffroy avait pu observer sa Reine. Elle était totalement transformée. Il ne l’avait jamais vue autant rire qu’avec sa sœur et il était ravi du changement qui s’opérait chez elle. Il espérait simplement que sa bonne humeur ne disparaîtrait pas à son retour en Karia.
La vie semblait beaucoup plus belle lorsqu’elle était heureuse.

*


Après le dîner, Adarielle se retrouva enfin seule avec sa sœur, dans ses anciens appartements.
-Père et Mère ont ordonné de ne rien toucher pour que ta chambre reste telle que tu l’avais laissée à ton départ.
-Cela fait tellement de bien de retrouver tout cela, dit Adarielle en s’asseyant sur son lit.
Elle caressa les draps et laissa son regard errer sur la chambre. Rien n’avait changé. Elle avait l’impression de ne pas avoir quitté son Royaume, que le temps n’avait pas passé depuis qu’elle était partie. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux mais respira profondément pour ne pas pleurer.
Sa sœur vint s’asseoir près d’elle et prit ses mains.
-Maintenant dis-moi. Qu’est-ce qui te pèse tant ? Et ne me dis pas que tout va bien, dit-elle en voyant sa sœur s’apprêter à protester. Nulle autre que moi ne peut lire aussi bien en toi. Tu le sais. Il en a toujours été ainsi. Tu n’es pas heureuse avec ton époux ? N’est-ce pas ? Est-il mauvais avec toi ?
-Non… Il est un très bon époux. Je n’ai rien à lui reprocher. Mais… je n’arrive pas à l’aimer, dit-elle en baissant les yeux.
-C’est ce Chevalier, n’est-ce pas ?
Adarielle riva son regard à celui de sa sœur, le cœur serré par la détresse.
-J’en étais sûre, soupira-t-elle. Dès le premier jour où je l’ai vu, j’ai su que ce serait lui que tu aimerais. Il ressemblait à tout ce dont tu rêvais. Un homme beau, courageux, fidèle à ses idéaux.
-Mais il ne m’aime pas.
-T’a-t-il jamais dit qu’il ne t’aimait pas ?
-Il n’a jamais laissé entendre qu’il en allait autrement. Jamais dans ses regards, dans ses paroles ou dans ses actes il n’a montré quelque attachement sinon celui d’un Chevalier à sa Reine. Et pourtant, je l’aime. Je l’aime tellement, petite sœur.
Adarielle sentit ses larmes couler et ne fit rien pour les retenir.
-Adarielle, ma sœur, aujourd’hui tu n’es plus en Karia. Ce qu’il se passera ici, jamais ton époux n’en entendra parler. Tu connais ces contrées aussi bien que moi, peut-être même mieux. Il y a des endroits où tu pourrais lui avouer ton amour sans crainte d’être entendue. Des endroits où vous pourriez vivre votre amour sans crainte d’être découverts.
-Je ne peux lui avouer…
-Pourquoi ?
-J’ai peur.
-Qu’il raconte tout à ton époux ?
-Non. Qu’il me repousse. Marina, je ne supporterais pas que…
-Alors, tu serais prête à laisser passer ta chance d’être heureuse quelques instants ? Et s’il t’aimait lui aussi, mais qu’il ne le montre pas pour ne pas s’attirer les foudres de son Roi ? Ou par crainte que tu le repousses également ?
-Tu crois ?
La jeune Reine sentait l’espoir renaître en elle.
-Adarielle, tu ne peux pas passer ton temps à douter. Tu seras ici pendant trois mois. Mets-les à profit. Avoue-lui tes sentiments. Et s’ils sont réciproques, vivez votre amour.
Adarielle serra sa sœur dans ses bras, laissant ses larmes couler. Peut-être y avait-il un espoir que Geoffroy l’aime en retour. Elle remercia sa petite sœur de la faire revivre un peu.


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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

Message par Macros le Jeu 16 Fév 2012 - 10:11

Question : est-ce que la petite sœur hait son aînée secrètement ? Ou alors elle est juste très très naïve ? Non, parce qu'on a tous les éléments d'un désastre, là. Enfin bon, tout ça prend plus ou moins la tournure attendue, et quand en plus la prédestination s'en mêle...

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

Message par Mélanie Mustang le Dim 19 Fév 2012 - 10:25

Non, la petite soeur ne hait pas sa soeur aînée. Au contraire, elle l'aime réellement. Et ça l'attriste de la voir se désespérer... Voici donc la suite du désastre tant attendu.


XIX
L’aveu



Une semaine était passée depuis que Adarielle était revenue chez elle. Elle avait commencé à faire visiter le domaine à Geoffroy et celui-ci se réjouissait de la voir si pleine de vie. C’était comme si elle s’était réveillée après une longue période de sommeil. Son teint était plus éclatant que jamais et ses yeux brillaient.
Geoffroy trouvait également les endroits qu’elle lui faisait visiter merveilleux. Il ne pouvait faire autrement que de s’extasier devant certains paysages. Certes, Karia regorgeait d’endroits superbes également, mais il lui semblait que ceux qu’il voyait en Merith étaient embellis par la présence d’Adarielle.
S’il avait eu le pouvoir d’arrêter le temps, il ne s’en serait pas privé. Il aurait voulu rester pour toujours ainsi, près d’elle, en Merith, sans avoir à craindre que ses sentiments ne soient révélés.

*


Depuis une semaine, la jeune femme réfléchissait à la manière dont elle avouerait ses sentiments au Chevalier. Elle imaginait des scénarios mais les rejetait aussitôt. Malgré l’espoir qu’elle avait qu’il cache lui aussi ses sentiments par crainte qu’il se voie rejeté, elle avait toujours peur.
Sa sœur ne manquait pas de l’encourager. Mais cette fois, elle était décidée à avouer ses sentiments à Geoffroy.
Elle l’emmena dans un endroit qu’elle seule connaissait. Elle avait découvert la source par hasard et n’en avait parlé à personne, pas même à sa sœur.
Difficile d’accès, ce lieu était vierge de toute trace humaine et Adarielle y venait de temps en temps lorsqu’elle était enfant pour échapper à son chaperon et passer un peu de temps seule à réfléchir ou à se reposer.
Lorsqu’ils arrivèrent enfin à la source, Geoffroy resta muet d’étonnement. Adarielle le regarda un instant sans rien dire.
-C’est magnifique, murmura le Chevalier. Veniez-vous souvent ici ?
-Oui. Personne d’autre ne connaît cet endroit. Je l’ai découvert par hasard. C’est… mon jardin secret si je puis dire.
Elle emmena Geoffroy près de la source et s’assit dans l’herbe près du ruisseau. Le Chevalier s’assit près d’elle et continua d’observer le paysage autour de lui. Elle prit une grande inspiration et ouvrit la bouche, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Elle essaya de calmer son cœur et sa respiration.
Elle devait se montrer courageuse. Geoffroy était lui-même un homme courageux et si elle voulait le mériter, elle devait, elle aussi, faire preuve de courage.
-Geoffroy, dit-elle doucement. Je…
-Oui, Majesté ? demanda doucement Geoffroy en tournant son regard vers elle.
Elle prit une grande inspiration et le regarda dans les yeux.
-Je vous aime, dit-elle dans un souffle.

Geoffroy la regarda un instant sans rien dire. Son cœur se mit à battre la chamade. Il aurait voulu lui dire qu’il l’aimait lui aussi. Qu’il l’aimait depuis qu’il avait posé les yeux sur elle quatre ans plus tôt. Mais il ne pouvait pas. Il ne devait pas.
Il était Chevalier de l’Ordre du Dragon de Karia. Il avait juré fidélité et loyauté au Roi Daïsidor. Adarielle était son épouse. Leur amour ne pourrait jamais être.
Il ferma un instant les yeux et se força à respirer calmement malgré son trouble. Le cœur serré, il prit les mains de la Reine et la regarda dans les yeux. Lorsqu’il parla, ce fut d’une voix calme et douce qui cachait son profond désarroi.
-Majesté, je suis honoré que vous éprouviez de l’amour pour moi. Mais je ne peux y répondre favorablement.
Il crut qu’il allait défaillir lorsqu’il vit le visage de la Reine se décomposer et les larmes lui monter aux yeux.
-Pourquoi ? demanda-t-elle désespérée, sa voix s’étranglant dans sa gorge. Geoffroy, je vous aime depuis le premier jour. Je vous aime depuis que nos regards se sont croisés lorsque votre Roi et vous êtes venus me chercher il y a quatre ans.
-Majesté…
Geoffroy sentit son cœur le brûler à l’idée de ce qu’il allait dire, tentant de ne pas montrer le désespoir qui le gagnait également. La voix tremblante de la Reine lui déchirait les entrailles. Mais il était un Chevalier de l’Ordre du Dragon de Karia. Le Premier Chevalier de surcroit. Il ne pouvait agir autrement.
-Je ne suis pas amoureux de vous, Majesté. Et même si je l’étais, je ne pourrais pas vous aimer. J’ai juré fidélité et loyauté au Roi Daïsidor. Il a confiance en moi depuis de nombreuses années. Même si je vous aimais, je ne pourrais trahir sa confiance.

Adarielle baissa le regard, laissant ses larmes couler. Elle ne retira pourtant pas ses mains de celles du Chevalier. Son cœur lui faisait atrocement mal. Elle aurait voulu mourir sur le champ.
-Je suis désolé, Majesté, si je vous ai blessée par mes paroles.
-N’y a-t-il…
Adarielle hésita. Mais puisqu’elle lui avait avoué ses sentiments, autant qu’elle aille jusqu’au bout.
-N’y a-t-il aucun espoir que vous m’aimiez un jour ?

Geoffroy sentait les mains de la jeune femme trembler dans les siennes. Il se détestait. Il ne voulait qu’une chose, la serrer contre son cœur et l’aimer. Il ne supportait pas de la faire souffrir ainsi. Mais il ne pouvait pas lui avouer son amour. Alors, il se contenta de serrer doucement les mains de la Reine dans les siennes.
-Non, Majesté. Ca ne peut changer.
Elle resta silencieuse un moment, toujours sans le regarder.
-Pouvez-vous me promettre quelque chose, Geoffroy ?
-Dites-moi, et si je peux, je vous le promettrai, Majesté.
-Ne dites rien à mon époux. Ne lui dites pas que je vous aime. S’il le savait, il vous éloignerait de moi. Et je ne peux pas supporter cette idée…
-Je ne lui dirai rien, Majesté. Je vous le jure. Je ne dirai rien à personne de ce que vous m’avez avoué aujourd’hui. Cela ne quittera pas cet endroit.
Il sortit un mouchoir de sa poche et le passa délicatement sur le visage de la Reine pour sécher ses larmes.
-Attendons un moment que vous ayez repris vos esprits, dit-il. Et ensuite, nous retournerons au palais. L’heure avance et il sera bientôt temps de dîner. Et si vous apparaissez toute en larmes, j’ai bien peur que votre père ne décide de me faire pendre pour vous avoir attristée.
Adarielle sourit tristement et acquiesça. Geoffroy aurait voulu mourir sur le champ.



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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

Message par Mélanie Mustang le Dim 26 Fév 2012 - 8:59

Et on continue!


XX
Froideur



Après le dîner, Marina rejoignit sa sœur dans ses appartements. Aussitôt qu’elle eut fermé la porte, Adarielle fondit en larmes dans ses bras. Marina accompagna sa sœur jusqu’à son lit et la garda contre elle pendant près d’une heure avant que les larmes ne commencent à se tarir. Sans dire un mot, elle caressa les cheveux si doux de son aînée.
Il n’y avait pas besoin de mots pour comprendre d’où venait sa détresse. Le Chevalier avait probablement refusé son amour. Marina se détesta d’avoir ainsi encouragé sa sœur à espérer.
-C’est ma faute si tu es malheureuse, Adarielle, murmura-t-elle en laissant ses larmes couler à son tour.
Adarielle se redressa et effaça les larmes des joues de sa sœur en déposant un tendre baiser sur son front.
-Non, tu n’y es pour rien.
-Je t’ai encouragé à espérer alors que…
-Allons, ne dis plus rien, petite sœur. J’espérais déjà depuis quatre ans. Un jour serait venu où j’aurais trouvé la force de demander à Geoffroy s’il éprouvait les mêmes sentiments que moi, même si tu ne m’avais pas encouragée. Mon doute n’en aurait duré que plus longtemps.
-Je suis vraiment désolée que ton amour ne soit pas récompensé.
Adarielle serra sa sœur dans ses bras.
-Que vas-tu faire, désormais, Adarielle ? Le Chevalier va-t-il répéter tes paroles à ton époux ?
Marina se redressa, s’écartant des bras de sa sœur, de l’inquiétude dans le regard.
-Non, il m’a juré qu’il n’en ferait rien. Que l’aveu que je lui ai fait resterait secret. Marina, malgré cela, comment pourrai-je cesser de l’aimer ?
-Et s’il s’éloignait de toi ?
-Mon cœur ne le supporterait pas, Marina. Rien que l’idée qu’il puisse être loin de moi me déchire le cœur.
-Je suis triste pour toi, ma sœur. Si nos parents ne t’avaient pas donné à ce Roi, tu aurais pu aimer le Chevalier. Pour te libérer de ce fardeau, j’aurais aimé être l’aînée et toi la cadette. Ainsi vous auriez été libres de vous aimer.
-Ne te tourmente pas, petite sœur. Nous ne pouvons rien changer à tout cela.
Adarielle serra à nouveau sa sœur dans ses bras et sentit ses larmes couler.

Le lendemain, Adarielle avait pris une nouvelle résolution. Puisque Geoffroy ne l’aimait pas, elle devait s’efforcer d’oublier son amour pour lui. Et pour cela, elle devait s’efforcer de le détester. Mais comment détester un homme qui faisait battre son cœur à chaque parole ? A chaque fois qu’elle entendait son pas approcher, elle sentait des frissons la parcourir.
Elle devait s’efforcer de l’oublier. De ne plus lui prêter attention. Peut-être arriverait-elle ainsi à oublier son amour pour lui.

Geoffroy n’avait pas dormi de la nuit. Il n’avait cessé de repenser à cet après-midi où la Reine lui avait avoué son amour. Il aurait pu apprécier cet instant si elle n’avait pas été l’épouse de son Roi. Il se détestait en repensant aux larmes d’Adarielle. Ces larmes qui avaient coulé sur ses joues devant lui. Ces larmes, il l’avait vu, elle les avait retenues pendant le dîner. Et peut-être les avait-elle laissées couler à nouveau une fois seule dans sa chambre.
Il avait dû se faire violence pour ne pas rejoindre la jeune souveraine dans sa chambre et consoler son chagrin dans une étreinte passionnée.
Il fut heureux de retrouver la jeune femme, souriante et riant avec sa sœur au petit-déjeuner. Il s’inclina devant les deux femmes et s’assit non loin pour prendre son premier repas.
Lorsqu’il eut terminé, il attendit que les deux femmes se lèvent pour les suivre. En le voyant venir vers elle, la Reine se tourna vers lui et il reçut un choc violent lorsqu’il vit le regard froid et dédaigneux de Adarielle se poser sur lui.
-Je vais passer la journée avec ma sœur. Vous n’avez pas besoin de nous suivre, Messire Atalasion.
Geoffroy fut pétrifié par la voix glaciale de la Reine. Il resta quelques secondes à la regarder sans vraiment comprendre, puis, comme il en avait l’habitude, machinalement, il s’inclina.
-Bien, Majesté. Je serai donc dans la bibliothèque si vous avez besoin de moi.
La Reine et sa sœur, qui semblait surprise elle aussi par le comportement de Adarielle, se détournèrent de Geoffroy. Il les regarda s’éloigner, le cœur serré. Lorsqu’elles eurent disparu dans les couloirs du château, il se dirigea lentement vers la bibliothèque.
Il s’assit à une table et se prit la tête dans les mains. Il ferma les yeux et retint ses larmes. Il avait pensé pouvoir être toujours proche d’elle malgré son refus. Mais il lui avait bel et bien brisé le cœur.

Geoffroy resta toute la journée dans la bibliothèque. Vers une heure, un des serviteurs vint lui demander s’il avait faim. Mais Geoffroy ne voulait rien manger. Il n’avait pas faim. Et il ne voulait pas se trouver à nouveau devant une Adarielle si froide. Comment pourrait-il supporter de voir jour après jour ce changement. Alors qu’elle était comme revenue à la vie en retrouvant sa famille et son pays, il la rendait plus triste encore.
Mais que pouvait-il faire d’autre ? Il ne pouvait pas répondre à ses sentiments sans trahir son Roi. Il n’aurait qu’à agir comme un serviteur. Attendre que la Reine le fasse mander si elle avait besoin de lui. Il confierait sa sécurité à un autre Chevalier dès qu’il rentrerait. Dans son pays, elle n’avait pas besoin d’être protégée par lui. Les soldats de son père s’en chargeaient. Mais une fois de retour en Karia, il confierait sa sécurité à quelqu’un d’autre.
Lorsque l’heure du dîner approcha, il alla se changer et descendit dans la salle. Le Roi se réjouit de le voir et s’inquiéta de son manque d’appétit au déjeuner.
-Ce n’est rien, mon Seigneur, je vous rassure. Une petite fatigue, mais rien de grave. Cela m’arrive quelques fois, mentit-il.
-Allez-vous mieux ?
-Je vais beaucoup mieux, je vous remercie de vous en inquiéter.
Geoffroy essaya de ne pas croiser le regard de sa Reine alors qu’il le sentait peser sur lui. Le dîner se passa tranquillement et Geoffroy réussit à ne pas croiser le regard de Adarielle. Lorsque la Princesse et sa sœur demandèrent à quitter la table, Geoffroy s’inclina et ne releva la tête que lorsqu’elles furent parties.

Une fois dans la chambre, Adarielle laissa tomber son masque et l’inquiétude se peignit sur son visage.
-Ne t’inquiète pas, Adarielle. Tu as entendu le Chevalier, ce n’était qu’une faiblesse passagère. Ca lui est déjà arrivé.
-Il ment, j’en suis sûre. Depuis que je le connais il n’a jamais eu ce genre de faiblesse. C’est ma faute. Je n’aurais jamais dû me montrer aussi froide avec lui.
-Regarde-moi, Adarielle, dit Marina en prenant le visage de sa sœur entre ses mains. Si ta froideur l’a autant touché, c’est qu’il n’est pas aussi insensible à ton amour qu’il a voulu te le faire croire.
-Mais pourquoi m’aurait-il repoussée s’il m’aime ? se lamenta Adarielle.
-Peut-être a-t-il peur que cela ne vienne aux oreilles de ton époux. Adarielle, tu sais bien que si vous êtes découverts, vous risquerez tous deux vos vies. Peut-être est-ce là ce qu’il craint. Laisse-le se lamenter et tu verras, il cherchera à gagner tes faveurs. S’il t’aime, il n’agira pas autrement.

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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

Message par Macros le Jeu 1 Mar 2012 - 23:42

Hm.

Je dois dire que les réactions des deux personnages me semblent par moment un peu verser dans l'excès. "Si je ne peux pas l'aimer, je dois le détester" semble être d'une logique plus que bancale. Et les réactions à une seule phrase glaciale semblent un peu hors de proportion. Autant on aurait pu comprendre l'émoi de Geoffroy si ç'avait été une attitude répétée et étalée dans le temps, autant une réaction distante, à un moment ou la reine n'a pas eu le temps de faire le point sur ce qu'elle ressent, est non seulement normal, mais presque même souhaité : à sa place, j'aurais presque été plus inquiet si il n'y avait eu aucun changement.

Bref, je sais que les grandes passions empêchent de penser clairement, et ce genre de choses, et que les deux n'ont aucune raison de faire des bonds au plafond, mais tout de même, on nous a jusqu'à présent présenté les deux comme relativement matures et responsables, capable de prendre sur eux un minimum (après tout, ça fait un moment qu'ils se tournent autour sans rien dire), et là, paf, les deux sombrent en dépression nerveuse. C'aurait peut être gagné à être un peu plus amené sur la durée, montrer comment le quotidien entre les deux se dégrade petit à petit, ect... Là, ça fait vraiment brusque.

Ah, ensuite, peut-être que je n'ai juste pas l'âme romantique... Quoi qu'il en soit, à part ça, rien à redire sur la forme. On sent que la tragédie approche de son dénouement...



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Re: Les Chroniques des Lames Perdues : le dernier descendant

Message par Mélanie Mustang le Dim 4 Mar 2012 - 10:21

Alors, c'est vrai que cela peut sembler étrange. Ils sont tous les deux très matures. Mais au refus de l'amour du Chevalier, Adarielle se comporte comme une adolescente déçue. Ce sont les sentiments qui parlent et pas la raison. Elle laisse ses sentiments la dominer et le Chevalier rentre dans son jeu, car ses sentiments l'emportent également.
Le Coeur a ses raisons que la Raison ignore, comme on dit. Il n'y a rien de logique ni de calculé dans les sentiments humains. Ils vont, ils viennent... C'est comme ça que je vois les choses. Je comprends que ça puisse surprendre...

En tout cas, voici la suite. Et pour le moment, ce sera le dernier chapitre avant un certain temps, car dans les prochains chapitres on apprend des choses qui seront dévoilées dans la saison 3 bis des Lames que je vais écrire avec Elladan, en parallèle de celle qu'on écrira tous ensemble. Donc, si vous avez hâte de connaître la suite, il va falloir se dépêcher de finir la saison 2^^

Comment ça je mets la pression? Pas du tout !!!!! ^^


XXI
Des sentiments



Une nouvelle semaine était passée. Adarielle et Geoffroy ne s’étaient plus parlé que lorsque cela s’avérait absolument nécessaire. Petit à petit, elle avait vu le Chevalier devenir aussi froid qu’elle, bien que toujours respectueux. Il n’évitait plus ses regards, mais elle ne voyait plus rien dans ses yeux.
Il s’était totalement renfermé. Eloigné d’elle à tout jamais.
A chaque fois qu’elle se trouvait près de lui, Adarielle sentait ses entrailles se tordre et se déchirer. Elle pleurait chaque nuit l’indifférence dont elle était désormais l’objet. Et chaque matin, elle reprenait le masque qu’elle s’était fabriqué, ne laissant rien paraître de son désespoir.
Mais elle sentait qu’elle ne pourrait pas tenir ainsi longtemps. Elle aimait Geoffroy et elle ne pourrait pas continuer à se montrer si froide et à supporter la froideur du Chevalier.

*


Ce matin-là, Geoffroy fut étonné de ne pas voir Adarielle à la table. Il s’inclina devant la Princesse Marina.
-La Reine Adarielle n’est pas réveillée ? demanda-t-il.
-Elle a quitté la table il y a quelques minutes, répondit la Princesse. Elle est allée se promener à cheval.
-A-t-elle été escortée ? demanda Geoffroy en s’asseyant.
-Non, je ne pense pas. Mais elle ne craint rien. Les routes et les bois sont sûrs alentours. Et elle connaît chaque recoin mieux que des brigands ne le pourraient.
Geoffroy inclina la tête et commença à manger sans trop d’appétit. Il n’aimait pas l’idée que Adarielle soit partie sans escorte. Le Royaume était peut-être sûr, mais il y avait toujours des risques.

Après le déjeuner, Adarielle n’était toujours pas reparue. Alors que ses parents et sa sœur semblaient ne pas s’émouvoir de cette absence, Geoffroy sentit l’inquiétude monter en lui. Aucun d’eux ne savait dans quelle tristesse il avait plongé la jeune femme en repoussant son amour. S’ils savaient, ils seraient plus inquiets… Probablement…
Geoffroy avait peur qu’elle ne fasse une bêtise… Aux alentours de trois heures, alors qu’elle n’était toujours pas revenue, il fit préparer un cheval et décida de partir à sa recherche. Il savait exactement par où commencer. Si elle ne voulait pas être retrouvée, elle se cacherait dans un endroit qu’elle seule connaissait.
Il espérait avoir vu juste et qu’elle ne dissimule pas un autre endroit de ce genre qu’il ne pourrait imaginer. Il arriva près de la source. Il attacha son cheval à un arbre, près d’un autre qui paissait tranquillement, lui-même attaché.
Geoffroy s’enfonça dans les buissons touffus, le cœur battant, espérant ne pas arriver trop tard. Lorsqu’il arriva devant le ruisseau, il s’immobilisa. Adarielle était allongée au sol, immobile.
Son sang ne fit qu’un tour. Il s’agenouilla près de la Reine et tenta de la réveiller.
-Majesté ! Majesté, je vous en prie, ouvrez les yeux.
Il sentit son cœur se mettre à battre de manière plus normale lorsque les yeux de la Reine s’ouvrirent et le regardèrent avec étonnement. Il ne put retenir un soupir de soulagement.
-Geoffroy ? Que faites-vous ici ?
-Majesté, j’ai eu peur… Je ne vous ai pas vue de la matinée et quand je ne vous ai pas vue au déjeuner… j’ai cru que…
Il ne put terminer sa phrase. A l’idée qu’il aurait pu retrouver la jeune femme sans vie, son cœur se serrait. Il prit les mains fraîches de la jeune femme et y déposa un tendre baiser.
-Ne me refaites plus jamais une telle peur, Majesté. Pitié, murmura-t-il.
Adarielle se redressa et posa sa main sur sa joue. Finalement, elle se serra contre lui et enroula ses bras autour de son cou. Geoffroy l’entoura de ses bras et la serra tendrement, fermant les yeux, soupirant de soulagement.
-Je ne supporterais pas qu’il vous arrive quelque chose, murmura-t-il.
-Geoffroy, je suis désolée. Je suis désolée de m’être montrée aussi froide. Pardonnez-moi.
Il sentait les larmes de la jeune femme couler dans son cou.
-Vous êtes toute pardonnée, ma Reine. A condition que vous me promettiez de ne plus disparaître de cette façon.
-C’est promis.
Geoffroy écarta légèrement la Reine de lui et essuya les larmes qui coulaient sur ses joues. Il déposa un tendre baiser sur son front et ils se regardèrent un long moment. Il s’en voulut de l’avoir fait souffrir. De lui avoir menti sur ses sentiments.
Il caressa doucement sa joue. Il avait failli la perdre, il le sentait. Et pourquoi ? Simplement parce qu’il voulait respecter les vœux qu’il avait prononcés. Il était hors de question qu’il recommence. Il ne supporterait pas de la perdre. Tant pis s’il devait bafouer son serment de Chevalier. Adarielle était plus importante que tout pour lui.
-Je vous aime, Adarielle. Je vous aime depuis que j’ai posé les yeux sur vous. J’ai prié intérieurement pour que vous ne soyez pas l’aînée, celle que mon Roi était venu chercher. Quand votre père vous a présenté, j’ai pensé que tout était perdu pour moi.
-Vous avez dit que vous ne m’aimiez pas…
-Je vous ai menti. Adarielle, je vous aime alors que vous êtes l’épouse de mon Roi. Ce Roi à qui j’ai juré fidélité jusqu’à la fin de ma vie. Depuis que je vous ai rencontrée, je lutte contre ces sentiments qui grandissent en moi. Ces sentiments qui ne devraient pas être. Que je n’ai pas le droit de ressentir pour vous. Croyez-moi, cela n’a pas été facile pour moi de vous mentir sur mes sentiments.
-Alors vous m’aimez, dit-elle en fermant les yeux. Vous m’aimez vraiment ?
-Oui. Oui, je vous aime. Plus que ma propre vie. Adarielle, quand je vous ai vue, allongée sur l’herbe à l’instant, j’ai cru que j’arrivais trop tard. J’ai cru que je vous avais poussée à des extrémités que…
Adarielle posa deux doigts sur ses lèvres et le regarda les larmes aux yeux.
-J’y avais pensé, avoua-t-elle. Mais je n’en ai pas eu la force.
Geoffroy caressa sa joue et approcha son visage de celui de la jeune femme. Pour la première fois, leurs lèvres s’unirent. Geoffroy serra la jeune femme dans ses bras et rendit son baiser plus intime, la sentant frissonner contre lui.
Adarielle répondit au baiser du Chevalier, les larmes coulant sur ses joues. Des larmes de joie. Quand leurs lèvres se détachèrent, ils se regardèrent en souriant légèrement.
-Retrouve-moi dans ma chambre cette nuit, après le dîner, quand tout le monde sera couché.
-Tu es sûre ?
-Je n’ai jamais été aussi sûre de ma vie.

Geoffroy et Adarielle rentrèrent au palais ensemble. La jeune femme n’avait jamais été aussi heureuse. Geoffroy l’aimait. Il l’aimait vraiment.
Lorsqu’elle eut laissé son cheval à l’écurie, elle jeta un dernier regard à son aimé en souriant. Il lui rendit son sourire.
Elle rejoignit sa sœur dans ses appartements et se jeta dans ses bras.
-Adarielle, si tu savais comme je me suis inquiétée.
-Tout va bien, petite sœur. Tout va bien.
-Quand je ne t’ai pas vue après le déjeuner, j’ai bien cru que tu… J’ai appris que le Chevalier était parti à ta recherche, et j’ai prié pour qu’il te retrouve avant que tu ne commettes l’irréparable. Je suis si heureuse que les dieux aient entendu mes prières.
Adarielle essuya les larmes sur les joues de sa sœur.
-Les dieux t’ont entendu. Je n’ai pas eu le courage de me donner la mort… Et Geoffroy m’a retrouvée… Marina, il m’aime. Il me l’a dit. Il m’aime… depuis aussi longtemps que je l’aime.
-C’est merveilleux ! s’exclama Marina. Adarielle, je suis si heureuse pour toi…
-Moi aussi, je suis heureuse… Geoffroy me retrouvera dans ma chambre ce soir, après le dîner. Je vais me donner à lui cette nuit.

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